Archive mensuelle de juin 2014

Et alors?: Chapitre 2

Je me souviens encore de la scène. La pièce baignait dans la lumière naturelle produite par le soleil, on pouvait entendre les éclats de voix des personnes dans la cour. Et puis, il y avait toi, assise devant moi, qui me regardais avec tes yeux caramel. Tes longs cheveux châtains étaient coiffés en une queue de cheval. Tu avais une peau tirée entre le blanc et le bronzé. Tu portais un simple T-Shirt bleu foncé et un slim noir.

Et tu souriais.

A mon étonnement, ton sourire n’était ni moqueur, ni dégoûté. Il semblait…sincère. Alors que tu me regardais. Et que tu m’avais parlé. C’était surprenant de ta part, mais je me suis quand même méfié de toi. Je me suis ensuite souvenu de ton nom. Je te connaissais déjà sans t’avoir vraiment rencontrée. Contrairement à moi, tout le monde t’aimait, tu étais très populaire. Même quelqu’un d’aussi renfermé que moi le savait.

Tu t’es présentée joyeusement :

« Salut, je m’appelle Elie ! Et toi, c’est Jérémy, je parie !

-Je m’en fous de ton prénom, je veux savoir ce que tu fous ici !

-J’ai demandé à Mme. Roussel de me prêter la clé de la salle.

-C’est pas ma question, tu te prends pour qui pour oser me réveiller comme ça ! »

Si tu étais un garçon, je t’aurais surement déjà frappée.

« Ben, c’est la récré, c’est pas le moment de dormir, tu sais, tu as dit sans cesser de sourire.

-Et alors, c’est pas tes affaires à ce que je sache !

-Tu pourrais être plus sympa quand même.

-J’ai aucune raison d’être comme ça. Quand la fille la plus populaire vient parler à un mec comme moi, ça cache forcément quelque chose !

-Qu’est-ce que tu racontes ? Tu as ri. Ça n’a rien à voir avec la popularité ou quoi que ce soit de ce genre. Je veux simplement faire connaissance avec toi, c’est tout. Tu es un nouveau dans la classe des 3e2, rien de plus normal que je t’accueille !

-Tu me crois con ou quoi ? Je parie que tu prépares encore un mauvais avec tes potes, j’ai l’habitude.

-Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

-Vous êtes pareils, toujours à juger sur les apparences ! Vous voyez pas plus loin que le bout de votre nez ! Vous me saoulez tous, surtout toi pour l’instant ! Ai-je vociféré.

Ton sourire a disparu d’un coup, mais ton visage ne m’a pas semblé énervé pour si peu.

« Arrête de penser que tout le monde te veuille du mal, tu as dit d’une voix douce. Je sais bien que tu as une vie pas si facile, mais ne te prends pas à tous les gens qui t’adressent la parole. Si quelqu’un te propose son aide, tu peux peut-être un peu réfléchir au lieu de tout de suite l’envoyer balader, non ?

-Fais pas comme si tu me connaissais ! J’y crois pas, tu débarques comme ça pour me faire la leçon ! Maintenant, lâche moi et t’avises plus de ma saouler, c’est clair ?

-Tu crois que tu peux me faire peur avec des menaces aussi pitoyables ?

-Ferme-là et dégage ! »

A la place d’obtempérer, tu es venue t’asseoir près de moi.

« Putain, mais t’as pas compris ?! Me suis-je une nouvelle fois écrié.

-Ça sert à rien de partir, c’est bientôt l’heure, imbécile. »

En effet, la sonnerie a retenti. Je t’ai rappelé, encore agacé :

« C’est pas ta place ici, barre toi !

-Eh ben, la politesse ne fait vraiment pas partie de ton vocabulaire…tu as soupiré. »

On entendait déjà les élèves dans le couloir. La prof les a fait entrer et, en la voyant, tu lui as demandée avec un sourire angélique, sous les yeux hébétés de tes amis et de moi :

« Madame, pourrais-je changer de place, s’il vous plait ?

-E…Elie, qu’est-ce que tu racontes ? A articulé quelqu’un.

-Euh, oui si tu veux, a répondu la prof. Mais ce sera ta place définitive, je te préviens, je te préviens.

-Aucun problème, merci ! »

Je me suis tourné vers toi, les yeux brillants de colère.

« Ça t’amuse de continuer encore à m’emmerder ?!

-Jérémy, ne parle pas comme ça ! Est intervenue la vieille.

-Ouais, tu te prends pour qui pour la parler comme ça, clochard ? A crié un garçon blond.

-C’est bon, Nathan, pas besoin d’aller aussi loin ! Tu as dit.

-Quoi ? Mais pourquoi tu le défends ?

-C’est vrai, j’ai pas besoin de ton aide !

-Ça suffit ! S’est énervée la prof et le silence s’est installé. »

Tu m’as adressé un dernier sourire avant de reporter ton attention à Mme. Roussel, sans me déranger pendant les deux heures restantes. Malgré ça, j’ai continué d’éprouver une rage sourde contre toi. Plusieurs personnes n’hésitaient pas à nous dévisager, encore consternés par ton choix. J’ai reçu beaucoup de regards noirs, comme si c’était moi qui avais insisté pour que tu me tiennes compagnie. Le temps semblait passer au ralenti et chaque minute paraissait se transformer en heure. Quand j’ai entendu, la sonnerie, je me suis levé, ai pris mon sac et suis parti le plus vite possible. J’ai marché sans m’arrêter, sans perdre de la vitesse. Cela m’aidait à m’apaiser. Quand je me suis enfin calmé, j’ai ralenti le pas. Je trouvais encore ton comportement insupportable, très agaçante, mais surtout étrange. Hormis pour un mauvais coup, quelle raison aurais pu te pousser à me parler, à me sourire comme tu l’avais fait ? Aucune.

Je me suis étiré, sous le soleil qui devenait brûlant et j’ai senti mon ventre gargouiller. Il fallait que je me dépêche de rentrer pour préparer le déjeuner aux petits. Avec ce qu’il restait dans le frigo, ça n’allait pas être du gâteau.

Je me suis apprêté à accélérer le rythme quand quelque chose de terrible m’a arrêté net.

« Jérémy, attends ! »

Je me suis tourné vers toi, qui courait jusqu’à moi, d’une manière bizarrement anormale. Mais cela n’avait aucune importance : rien que le fait de devoir encore te voir m’a rempli de rage. Quand tu t’es immobilisé devant moi pour reprendre ton souffle, je t’ai craché au visage :

« Putain mais tu vas me suivre jusqu’où ?! T’as pas compris que fallait que t’arrêtes de faire les pots de colles !!

-Si tu ne t’es pas enfui comme tout à l’heure, je n’aurais pas eu à te suivre comme ça, as-tu dit en étant toujours essoufflée. Tiens, tu as oublié de prendre ça, tu as ajouté en me tendant une feuille.

-Qu…

-Il faut que tu la fasses signer par tes parents pour vendredi, ce sont les…

-Rien à foutre ! »

Je t’ai arraché le papier des mains, l’ai déchiré en morceaux avant de les jeter par terre. Je n’allais pas laisser ma mère m’occuper de ce genre de conneries inutiles, me suis-je dit. Après avoir regardé les petits bouts tomber au sol, tu as levé sur moi tes yeux, énervée pour de bon, cette fois.

« Mais qu’est-ce qui te prends, bon sang ? C’était très important, t’avais rien d’autre à faire que de donner ce document à tes parents, c’est si compliqué que ç…

-Ta gueule ! Ai-je hurlé. Je vais pas mourir à cause de ça, et puis t’avais qu’à pas courir jusque-là pour me donner cette merde ! C’est ta faute maintenant si t’es si fatiguée et en colère ! Dès le premier jour, je te connais à peine et tu me les casses déjà ! Maintenant, dégage de ma vue et laisse-moi tranquille pour de bon, compris ?! »

Je me suis attendu à ce que tu répliques, mais un silence a suivi mes paroles. Ta respiration est redevenue régulière. Je n’ai pas regretté ce que j’avais dit. Quelle idée de courir pour être tout de suite fatiguée alors que le chemin n’était pas si long, seulement pour me remettre un pauvre torchon ! Un bus est passé devant nous, mais je n’ai pas fait attention aux passagers. Quand il est passé, tu t’es doucement assise par terre et, calmement, tu as ramassé les bouts de papiers.

« Qu…qu’est-ce que tu fous ? »

Pas de réponse. Je t’ai regardé quelques secondes, intrigué, et j’ai fini par tourner les talons.

« Fais ce que tu veux, mais viens plus m’emmerder, et pour de bon, ok ? »

Un grand vent frais s’est tout à coup manifesté. J’ai cru voir quelque chose de petit et blanc voler. Je suis rentré chez moi sans me retourner.

***

 

Ramasser les petits bouts du document ne fut pas très facile. Surtout après le passage de la bourrasque. Elie dut vérifier qu’elle n’en avait oublié aucun, avant de les mettre soigneusement dans sa poche et rentrer chez elle. Elle essaya de tenir le mieux possible sur ses deux pieds, malgré la petite douleur au pied gauche qui ne voulait pas disparaître. Au contraire, elle se faisait de plus en plus sentir. Sa maladresse survenait toujours aux moments importants. Mais ce garçon n’avait pas l’air de considérer ce document comme essentiel. Elle savait d’avance que ce ne serait pas une mince affaire de sympathiser avec lui, mais n’abandonna et n’abandonnera pas.

Lorsqu’elle fut chez elle, elle chercha du scotch et sortit les morceaux de papier, qu’elle éparpilla sur sa table.

Rekishi Yume: Chapitre 2

Chapitre 2 : En attendant le réveil de notre amie…

Une semaine était passée depuis l’accident et Naomi baignait toujours dans l’inconscience, à l’hôpital, sans la moindre amélioration de son état.

-Elle avait surement dû recevoir un très grand morceau de toit sur la tête qui l’a fait perdre connaissance, pensèrent les policiers.

Mais les médecins n’étaient pas de cet avis. Rien de ses blessures ne justifiait l’hypothèse des policiers. Peut-être un choc à cause de petits bouts de bois du toit mais pas un immense. A part cela, on ne put expliquer les plaies de la jeune victime. C’étaient des écorchures récentes qui avait, même aujourd’hui, avait conservé la couleur du sang et des sutures aux lèvres. C’était évident que ces coupures n’étaient pas faites à cause du bois.

Yume et ses amis demeuraient dans le tourment. Ils savaient que leur amie ne resterait pas aussi longtemps dans le coma, sans un petit signe de vie, seulement à cause de bouts de bois. Aussi, elle avait plutôt la tête solide. Et puis, le toit ne pouvait pas s’effondrer tout seul puisque de grands charpentiers l’avaient reconstruit.

Mais bien sûr, ce qui était le plus intriguant pour Yume, c’était la silhouette noire qui lui était familière. Elle était sure que ce n’était pas le fruit de son imagination. Cela aurait pu être n’importe qui. Mais ce sentiment d’effroi intense qu’elle avait ressenti…Il n’y avait pas de doutes : c’était le même coupable que celui qui avait causé l’accident de ses parents…

Yume sentit la rage envahir son cœur et son esprit. Elle avait enfin trouvé une vie joyeuse, avec un entourage chaleureux…Pourquoi était-il réapparu ? De plus, qui voudrait faire du mal à Naomi ? Pratiquement toute la ville l’adorait pour sa gentillesse et sa joie envoyées à tout le monde ! Une personne jalouse d’elle, au point de la blesser gravement ? Et la silhouette noire ? Avait-elle fait exprès de s’en prendre aux proches de Yume ? Ou était-ce une coïncidence ? Qui était-elle en réalité ? Un criminel en évasion ? Un psychopathe en liberté ? Quelles étaient ses véritables intentions ? En avait-elle au moins ?

Tellement de questions se bousculaient dans sa tête sans aucune réponse pour venir les éclaircir.

 

C’était un samedi après-midi et Yume et ses amis étaient assis dans la chambre d’hôpital de leur amie. Celle-ci semblait dormir paisiblement mais on ne pouvait savoir ce qui se passait dans son esprit. Sa peau était pâle, ses cheveux détachés dépassait le bord de son lit et son corps ne bougeait pas, immobile comme celui d’un cadavre.

Personne ne parlait. La tristesse et l’angoisse dominaient la pièce. Le silence était lourd à supporter. ‘’Yujo’’ n’avait jamais été aussi calme. On entendait juste leurs respirations.

Enfin, Kyo murmura quelques mots :

-Naomi était vraiment sympa…

-Comment ça ‘’était’’ ? S’étonna Hiro sans quitter des yeux ses genoux. Je te rappelle qu’elle est toujours vivante ! Ne l’enterre pas trop vite, s’il te plait.

-…, fit Kyo.

-Ben alors le clown, tu ne répliques pas ? Intervint Kenji d’une voix surprise mais basse. C’est pourtant pas ton genre de rester calme.

-Tu penses vraiment que je peux faire le guignol maintenant ? Tu as vu dans quel état est Naomi ? C’est nul de faire des blagues quand il n’y a pas elle, consciente, pour la voir rire…

-Peuh ! On dirait que tu es vraiment amoureux d’elle…lâcha soudain Eri.

-Que…quoi ?! S’exclama Kyo en bondissant de sa chaise, le visage rouge. Qu’est-ce qui te prends de dire ça tout à coup ?

-Pour rien…juste comme ça…

- C’est vrai que Naomi sourie toujours. Je ne l’ai jamais vu se plaindre ou s’énerver… se rappela Kaori, le visage triste caché derrière ses cheveux bruns…

-Tu as raison…  Murmura Kenji, les yeux sombres.

Le silence reprit aussitôt. Ayant eu marre de ce dernier, Yume décida d’intervenir, mais si précipitamment que ses amis sursautèrent :

-Bon arrêtez de faire ses têtes d’enterrements ! J’aurai jamais cru qu’un jour, vous aurez une conversation aussi déprimante ! Ce n’est pas comme si elle était déjà dans l’au-delà !

-Oui mais…commença Kyo.

-Ecoute-moi Kyo ! L’arrêta Yume d’un ton sec. C’est surtout toi qui me surprends avec ta face de mort ! Les clowns ne sont normalement pas aussi déprimés !  Bref, comme vous l’aviez dit, Naomi garde toujours le sourire dans n’importe quel moment critique ! Tout le monde sait qu’elle va le garder lorsqu’elle sera réveillée ! Mais pour l’instant, on va faire comme elle, on ne va pas sombrer dans une grande dépression pour si peu ! On va continuer à  sourire et je suis sure que ça l’aidera à vite guérir ! Bon, je vais aller chercher des sodas. Quand je serai revenue, je ne voudrais plus voir ces expressions de zombies sur vos têtes d’abrutis ok ? »

Sans attendre de réponses, Yume sortit de la chambre et se rendit devant le distributeur de boissons, vers l’accueil. Pourquoi avait-elle dit tout ça ? Elle-même n’arrivait pas à sourire. Elle s’était juste emportée sous le coup de l’émotion.

Elle prit 2 Cocas pour Kenji et Eri, 3 Fantas pour Kyo, Kaori et Hiro et une bouteille d’eau pour elle.

Lorsqu’elle allait retourner dans la chambre, elle vit un homme qui ne lui était pas inconnu, assis sur une chaise à l’accueil. C’était le père de Naomi, Mitsuru Tsukamoto. Il était blond avec les mêmes yeux verts que sa fille qui étaient cachés derrière des verres de lunette rouges. Sa chemise décontractée était blanche et son pantalon noir. Il travaillait comme professeur de Sciences, dans un autre lycée.

Yume s’approcha de lui lentement. Il ne la remarqua pas. Il semblait perdu dans ses pensées. La jeune fille décida de l’appeler, mais doucement :

- Excusez-moi…monsieur Tsukamoto…

Il ne réagit pas. Elle l’appela une seconde fois mais un peu plus fortement. Cette fois-ci, l’homme tourna la tête vers elle et s’exclama d’un ton enthousiaste, un sourire aimable aux lèvres :

-Ah, bonjour Yume ! Comment vas-tu ?

-Bien, merci monsieur répondit-elle le plus poliment possible. Mais pourquoi restez-vous ici ?

-Oh, comme j’ai vu que toi et tes amis étiez déjà dans la chambre de Naomi, je ne voulais pas vous déranger.

-Merci beaucoup de votre attention mais ce n’était pas la peine d’attendre.

-Si tu le dis…affirma Mitsuru. Tu sais, je suis vraiment content que ma fille s’est faite des amis aussi gentils. Elle me parle très souvent de vous.

-Vous savez, c’est normal que l’on soit comme ça avec Naomi. Elle est tellement attentionnée et si joyeuse qu’on ne peut que l’adorer !

-Tu as raison. Elle ne mérite vraiment pas cet accident…

Son téléphone sonna.

-Ah, excuse-moi Yume. Dit-il

Il alla répondre à l’appel en s’éloignant de la jeune fille.

‘’Accident’’…ce mot résonna dans la tête de Yume et la fit directement penser à la silhouette noire. Mais elle enleva tout de suite cette maudite pensée. Ce n’était vraiment pas le moment opportun pour penser à ce genre de choses…Du moins elle voulait éviter le plus possible d’y songer.

Elle vit Mitsuru discuter au téléphone mais il était tourné de dos, ce qui empêcha à Yume de voir son visage. Il raccrocha puis poussa un long soupir, ressemblant à celui de la fatigue. Il se retourna vers la lycéenne et lui sourit en le disant :

-Excuse-moi, je dois te laisser. Une petite affaire à régler. Merci à toi et à tes amis de t’occuper aussi bien Naomi.

-Ce n’est rien monsieur. Et rassurez-vous. Je suis sure qu’elle se réveillera bientôt.

-…Oui je l’espère de tout mon cœur. Merci Yume. Je reviendrai ce soir, dès que j’aurai du temps. A bientôt !

-Au revoir monsieur.

Elle le regarda s’éloigner. Son corps était droit et sa démarche sur.

Elle rejoignit la chambre de son amie. Lorsqu’elle entra dans la pièce, ses amis étaient en train de parler vivement et gaiement.

-Ah ! Et bien te voilà enfin ! On commençait vraiment à avoir soif ! déclara Eri joyeusement.

-Heu…qu’est-ce qui vous arrive ? demanda Yume.

-Ben on fait comme tu as dit. On garde le sourire ! Répondit Kyo avec un sourire rayonnant.  Il faut que l’on soit joyeux pour qu’un bon présage se réalise pour Naomi !

-Ouais ! Et au fait, maintenant que j’y pense, qu’est-ce qui t’a pris de nous traiter d’abrutis ? Réagit Kenji.

-Parce que c’est vrai !  Dit Yume avec un éclat de rire.

Mitsuru avait raison. Sa fille était entourée d’excellents amis.

Une infirmière entra plusieurs fois dans la chambre pour demander un peu de silence.

Le soir arriva. Ils rentrèrent chez eux et croisèrent en même temps M. Tsukamoto. Une courte discussion s’entreprit entre eux et ils se quittèrent.

Mitsuru vint dans la chambre de sa fille. Assis devant le lit de celle-ci, son visage était marqué par un sentiment de rage et murmura en serrant ses dents :

- Maudit Darkar…

 

Rekishi Yume: Chapitre 1

Première partie: Une lumière sous une ombre funeste…

Chapitre 1 : Une journée banale…enfin presque…

         << Ah là là !! Qu’est-ce que je m’en lasse du lycée ! Dès la première année en plus ! La vie est tellement normale qu’elle en devient ennuyeuse ! Je voudrais qu’il se passe quelque chose d’enfin intéressant, comme dans les jeux vidéo ou les mangas !!>>

Voilà ce que se disait Yume Haruno depuis plus d’un mois, à presque tous  les matins d’école en se réveillant. Pourtant, ce jour-là, ces mots ne purent se formuler dans ses pensées.

<< Je crois que je change un peu…même si je ne vais pas me mettre à aimer le lycée. >>

Elle s’apprêta à se rendormir dans son lit douillet aux motifs de fleurs de cerisiers, lorsque la voix énergique de sa tante la réveilla complètement :

-Yume ! Dépêche-toi ! Tu vas encore être en retard !

-Ouais ouais…J’arrive ! répondit-elle entre deux bâillements.

La journée ne devait pas être nuageuse. La météo avait annoncé de la chaleur et une présence dominante du soleil. Yume mit son uniforme de printemps-été du lycée. Il était composé d’un T-Shirt dont le col, formant un léger V, était bleu foncé, le nœud papillon et les mini collants de la même couleur, une jupe blanche et des chaussures noires. Elle remonta ses longs cheveux lisses en queue de cheval, laissant échapper quelques mèches qui lui tombèrent sur le visage et qu’elle remit derrière ses oreilles. Ses cheveux étaient d’un rouge foncé surpassant le pourpre et lui arrivaient jusqu’aux hanches. Ils étaient très précieux pour elle car, grâce à eux, elle ressemblait à une grande guerrière d’un de ses  jeux vidéo préférés. Sa mère lui avait souvent fait la remarque qu’elle avait plutôt l’air d’une rebelle, tandis que son père trouvait qu’ils lui allaient très bien.

Malheureusement, elle ne pourrait plus entendre ses parents la dire quoi que ce soit. Le jour de ses 8 ans, un horrible accident de voiture s’était produit à cause d’une mystérieuse silhouette enveloppée dans une longue cape noire, recouvrant tout son visage.

Yume avait survécu à ce drame mais celui-ci avait enlevé la vie de ses parents. Depuis, la jeune fille vit avec sa tante, Akira, du côté de son père.

7 ans étaient passés après cette catastrophe et Yume avait une vie normale, avec des amis auxquels elle tenait beaucoup. Mais, depuis que les policiers qui enquêtaient sur l’accident ne l’avaient pas cru lorsqu’elle leur avait raconté la présence de la silhouette noire, elle n’en avait plus parlé à qui que ce soit. A quoi cela aurait pu servir, de toute façon… Elle-même se disait parfois qu’il s’agissait peut-être de son imagination, mais le souvenir clair et précis qui la hantait prouvait qu’elle avait raison.

Elle sortit de sa chambre, descendit les escaliers, puis alla dans la salle à manger qui baignait dans la lumière provoquée par les rayons de soleil, et salua sa tante.

Cette dernière était une femme qui allait sur ses 32 ans et d’une grande beauté : ses yeux vifs et bleus comme ceux de Yume semblaient nager dans un océan de douceur, ses courts cheveux bruns ondulés encadrant une frange lisse brillaient à la clarté du jour. Sa petite robe rose arrivant jusqu’à ses genoux donnait l’impression qu’elle rajeunissait. Sa gentillesse et sa splendeur avaient touché le cœur de nombreux hommes bien qu’elle fût toujours célibataire. Elle travaillait dans une entreprise d’informatique et vivait à Tokyo dans une modeste mais charmante maison.

 Les murs de celle-ci étaient voilés de papiers peints de couleur crépuscule, la petite cuisine décorée par des images de fruits et de sucreries était dans la même pièce que la salle à manger. Le jardin était empli de toutes sortes de fleurs : des roses, des violettes, des jonquilles mais aussi des narcisses qui étaient ses préférés.

- Prends une ou deux tartines et file à l’école ! fit Akira d’une voix pressée. Je n’ai pas envie que tu arrives une fois de plus en retard.

-C’est bon, répliqua Yume en levant les yeux au ciel. Si ça arrive seulement de temps en temps, ce n’est pas dramatique !

-Souviens-toi que les profs ne sont pas stupides, ils remarqueront ton…

-Ne t’inquiète pas…la coupa sa nièce en se préparant un bol de céréales.

Après avoir fini de manger, Yume mit sa tenue de sport dans son sac, embrassa sa tante et partit en direction de son lycée, à pied.

Le vent était assez frais apaisant ainsi la chaleur et faisant voler ses mèches rouges. Le ciel était d’un bleu éclatant et ne laissait apparaître aucun nuage. Yume le contempla et se perdit lentement dans ses pensées. Elle se souvint quand ses parents et elle pique-niquaient au bord d’un lac, sur l’herbe, sous la même atmosphère paisible.

Le chemin qu’elle empruntait pour au lycée Nagashima n’était pas souvent emprunté par les autres car il était assez ardu, à cause du gravier et des grosses pierres qui rendait la marche inconfortable. Les arbres qui bordaient la route des deux côtés étaient assez grands pour cacher la moitié des lueurs envoyées par le soleil. A sa droite, un peu plus bas, on pouvait admirer une rivière. Yume aimait écouter le son mélodieux que produisait le bruissement de l’eau. Un soir, elle avait pu voir la lune qui s’y reflétait, donnant ainsi à la rivière une couleur entre le blanc et l’argenté. Cette scène resta gravée dans sa mémoire, tellement elle le trouvait magnifique.

La jeune fille aimait se promener sur ce chemin car elle se sentait protéger par la nature mais aussi libérée des regards autour d’elle.

Lorsqu’elle arriva dans la cour de l’établissement, une voix joyeuse la fit sortir de ses rêveries :

- Yumeee !!! Comment ça va ? 

 Yume pouvait la reconnaitre entre mille. C’était celle de Naomi, sa meilleure amie. Elle était belle comme une rose : c’était une lycéenne menue à la démarche gracieuse qu’enviait Yume. Elle était métisse avec un père américain et une mère japonaise. Elle avait un visage lisse au teint rose, encadré par de longs cheveux blonds coiffés en deux grandes tresses. Ses yeux vifs avaient la couleur de l’émeraude. Son sourire chaleureux qui ne disparaissait pratiquement jamais de son joli minois la rendait encore plus resplendissante. D’ailleurs, elle avait assez de succès auprès des garçons un peu plus âgés qu’elle, mais ne le remarquait pas.

La lycéenne courut vers Yume et s’élança dans ses bras :

-Doucement ! s’écria cette dernière en riant. Tu es vraiment cinglé pour te jeter comme ça ! Imagine si je me serais décalé hein ? J’avoue que le résultat serait assez marrant…

-Haha !! Ne te moque pas trop ! En plus je suis sure que ça n’arrivera pas, sinon je te mets une grosse tarte dans ta figure et tu ne t’en remettrais pas ! Plaisanta Naomi.

 -Pfft ! Vu ta force, même si le mot n’est pas le plus approprié, je ne sentirais rien du tout ! 

Les conversations entre ses deux amies n’étaient jamais sérieuses.

La sonnerie retentit et elles se dirigèrent vers leur salle, la 1-D. Yume salua ses amis, Kaori, Kenji, Kyo, Hiro et Eri.

 Ces derniers s’amusaient beaucoup avec elle et Naomi. A eux sept, ils formaient une bande d’amis assez hétérogène : Kaori était une fille assez timide mais tout de même ouverte à ses proches ; Kenji était un ancien voyou donc difficile à approcher à part pour ses amis ; Kyo était le plus pétulant mais aussi le plus étourdi ; Hiro était le cerveau du groupe et peut-être même de toutes les 1ère années  et Eri était surnommée ‘’la sportive du siècle’’. Quant à Yume et Naomi, l’une était la surdouée des jeux vidéo et l’autre la fashion victim mais aussi la mascotte du groupe car elle était la plus jeune en naissance et la plus petite en taille. Ils s’étaient rencontrés seulement en 3ème  en se retrouvant dans la même classe, mais leur fidélité l’un envers l’autre était insondable et plus solide que l’acier. Leur bande était appelé ‘’Yujo’’.

La première heure de cours fut de français. Comme d’habitude, Mme. Mitani, professeur assez aimable, essayait d’amuser la classe avec des blagues qu’aucun adolescent ne pourrait comprendre,  et n’y arrivait pas. Hiro les prenait tout de même en note, en pensant que cela pourrait lui servir pour l’avenir. Ensuite, l’heure de maths arriva. Kyo faisait le pitre comme toujours et divertissait ainsi la classe. Mais il était à chaque fois renvoyé de la classe, sous la grande peine de ses camarades. A la récréation, la bande d’amis parlait de tout et de rien. C’était souvent des conversations ressemblant à :

  -Tu as vu hier la cascadeur à la télé ? Quand je serai grand je deviendrai comme lui !

-Mais oui ! Je viendrai te voir tous les jours à l’hôpital. 

Ou bien :

-Savez-vous que dans l’exercice 1 p.253, la lettre x représentait le double du quadruple de…

-La ferme, on s’en fout complètement !

Mais toutes leurs discussions étaient constamment entourées de rire joyeux.

La sonnerie résonna et ils rejoignirent le reste de leur classe devant le gymnase de sport. C’était un bâtiment assez vieux d’un seul étage, mais qui était rénové solidement, avant la rentrée. Il composait maintenant deux étages avec plusieurs salles de sport, des dojos et des vestiaires séparés.

La 1-D utilisait une salle de sport du premier étage. Ils allèrent se changer dans les vestiaires, ce qui permettait aux élèves les plus perturbants comme Kyo ou Kenji de provoquer des agitations. Mais cela ne durait pas longtemps à cause de la crainte qu’ils avaient envers le professeur de sport. Ce dernier s’appelait M. Ashikawa et était un instituteur au crâne chauve et avec une taille de géant qui aidait beaucoup les élèves en difficulté. Ce qui ne l’empêchait pas d’être assez sévère. Les élèves le rejoignirent dans la salle.

C’était le contrôle de basket. Evidemment, tout le monde pensa qu’Eri aurait la meilleure note. Yume, elle, était assez mauvaise dans ce domaine. Elle avait l’habitude d’obtenir des notes plutôt basses en sport. Heureusement, elle avait de l’endurance pour les courses.

Pour l’évaluation, la classe se divisa en 4 équipes de cinq personnes. Kyo, Eri, Kaori et Naomi furent ensemble avec un autre garçon  et Yume, Hiro et Kenji avec deux autres filles dans une autre équipe.

-Ah ! Ah ! Avec Eri dans notre équipe, c’est gagné d’avance ! Se réjouit un joueur dans l’équipe de la jeune sportive.

-Ne crie pas victoire trop vite ! Nous, on a Hiro, l’intello du lycée ! Se défendit un autre.

-Eh ! Ce n’est pas parce qu’il a de supers notes qu’il est le plus intelligent de tout l’école !

-Arrêtez-vous deux ! Intervint M. Ashikawa d’une voix forte. Enfin sauf si vous voulez un bon gros zéro et dire bonjour au banc ! 

Les deux galopins se turent.

Le professeur revint sur le terrain, un ballon de basket dans ses mains.

Deux équipes d’aucuns membres de ‘’Yujo’’ y  allèrent aussi. Ils se séparèrent en deux camps.

- Attention…c’est parti ! S’écria l’arbitre en lançant le ballon et en sifflant pour marquer le début du match.

Les deux autres équipes étaient en attente.

- Dis, Yume, les mèches te tombent souvent sur ton visage, elles ne vont pas te déranger ?demanda Kenji.

-Tu devrais les couper, suggéra Hiro.

- Alors là, pas question ! Répliqua-elle. Vous savez qu’ils sont précieux pour moi. Je ne les couperai que s’ils sont vraiment longs comme…jusqu’aux pieds. Sinon pour rien au monde je m’en débarrasserai.

-Tout ça pour des cheveux…murmura Kenji.

- Je suis d’accord avec toi, Yume. Lança Naomi avec un grand sourire. En plus, c’est quand même rare de voir une chevelure aussi belle et rousse que la tienne.

-Merci, Naomi. Fit la jeune fille. 

Ils regardèrent un peu le match mais d’un air peu intéressé.

- Rhaa !! Pourquoi ce n’est pas nous qui jouons en premier ! Bouda Kyo. Je suis super impatient de mettre une raclée à ce voyou !

-Tu rêves un peu trop, mon gars ! Protesta Kenji. Figure-toi qu’autrefois, on m’appelait ‘’le gorille du basket’’ !

-N’importe quoi ! remarqua Eri. Je te connais depuis toute petite et jamais on ne t’a donné ce surnom débile !

-Qu’est-ce que tu en sais ! On n’était même pas amis !

-Oui, mais tu te faisais tellement remarqué par les adultes que je commençais à te connaître ! 

-Ouh ! s’exclama Kyo. Ce n’est pas bien de mentir espèce de racaille sans cervelle ! 

-Il n’a pas vraiment menti. Une fois, plusieurs personnes l’avaient traité de gorille…en l’appelant King Kong à cause de ses cris ridicules qu’il poussait quand il se battait.

Tous les trois commencèrent à s’agiter.

- Assez, s’il vous plait ! S’énerva Hiro en remontant ses lunettes. J’ai besoin de concentration pour analyser les techniques de l’adversaire afin de le vaincre facilement en finale !

-Qu’est-ce que tu racontes ? demanda Kyo, surpris. Il faudrait d’abord que tu nous battes et t’y arriveras pas, pas vrai Eri ?

-Bien sûr que non ! répondit-elle fièrement. En plus, tu crois qu’ils ont des techniques ? Tu es vraiment stupide parfois ! 

-Heu…arrêtez, s’il vous plait…chuchota Kaori d’une voix timide. Le professeur va nous punir.

-T’inquiètes pas, Kaori, la rassura Kenji, il est tellement absorbé par le match qu’il ne nous remarquera même pas ! 

Naomi rit de bon cœur avant de déclarer :

-Excusez-moi, puisque M. Ashikawa ne nous regarde pas, je vais en profiter pour aller aux toilettes ! A toute !

-Ok mais fais vite c’est bientôt à nous. L’avertit Yume. 

Un quart d’heure plus tard, les deux équipes en attente allaient jouer et Naomi n’était toujours pas revenue.

- Mais qu’est-ce qu’elle fait ? S’impatienta Kyo. Pour aller aux toilettes, ça ne prend pas aussi longt… 

Il fut interrompu par le retentissement d’un énorme vacarme, suivi d’un cri en direction des toilettes. C’était Naomi. Tous les élèves paniquèrent et firent des braillements incessants. Mais Yume et ses amis coururent pour voir ce qui s’était passé.

Arrivés devant la porte à demi détruite, ils ne crurent pas ce qui était devant leurs yeux. Le spectacle était désastreux : le toit s’était transformé en décombres sur le plancher, laissant apparaître le ciel éclatant. Les portes des toilettes étaient au sol et les robinets cassés faisaient de longues fuites d’eaux.

On pouvait aussi voir une tresse sortir de sous les débris. Le groupe se précipita vers elle et sortit son possesseur de tous les décombres. Naomi était évanouie et du sang coulait le long de son visage sale.

-Eh ! Naomi ! Réveille-toi ! Crièrent désespérément ses amis.

 En vain. M. Ashikawa le prit dans ses bras pour l’emmener à l’infirmerie du lycée, sans se demander ce qu’elle faisait dans les toilettes. Il appela ensuite la principale, l’ambulance et la police. Tous les élèves partirent vers les vestiaires en étant effrayés par l’évènement. ‘’Yujo’’ voulut aller avec Naomi mais fut dissuader par le professeur. Ses membres n’eurent d’autres choix que de rejoindre les autres, mais sans un mot, avec la plus grande inquiétude qui régnait entre eux.

A part Yume.

Celle-ci était restée sur place, devant la porte démolie des toilettes toutes détruites. Sur son visage se dessinait un sentiment effaré bien plus grand que celui de ses amis ou de ses camarades, probablement même que de tout autre humain.

Elle était devenue pâle comme une morte.

Ce qu’elle avait aperçu n’avait duré qu’un bref instant mais cela suffisait pour la terroriser : elle lui avait semblé reconnaître une silhouette vêtue d’une longue cape noire complétée d’une large capuche sur sa tête…s’enfuir avec un sourire des plus cruels sur les lèvres de son visage mystérieux…

Et alors?: Chapitre 1

Je me suis réveillé avec le bruit de l’eau du robinet, les cris de mes frères et ma sœur et les rayons de soleil qui m’ont aveuglé les yeux. J’avais toujours regretté de ne pas pouvoir acheter des rideaux, car maman me disait que ce n’était pas une des choses les plus indispensables. Alors tous les matins d’été, dès que je me levais, je grommelais qu’elle avait tort. Mais les vacances étaient finies, c’était la rentrée scolaire, j’allais passer en 3e. Là, je n’ai pas pensé que c’était l’année la plus importante du collège ou quelque chose de ce genre, non, je me suis dit que ce n’était rien qu’une année de malheur de plus que je devais ajouter à ma pauvre vie.

Je me suis levé sans hâte, sans faire attention à Lola qui m’a bousculé, et suis descendu préparer le petit déjeuner. Enfin bon, c’était plus le reste du repas d’hier qu’autre chose. Manger a été très rapide car, comme j’étais l’aîné, je devais laisser une grande partie de la nourriture aux plus jeunes. Pendant qu’ils finissaient leurs assiettes, je suis remonté me brosser les dents, m’habiller et me coiffer rapidement. Non, je n’espérais pas faire craquer les filles ou jouer les beaux gosses. De toute façon, avec ma dégaine de voyou, mes yeux noirs trop profonds et mes cheveux courts bruns, j’étais tout le contraire du prince charmant de la gent féminine.

J’ai préparé mon sac d’école qui m’avait servi les 6 années précédentes. On pouvait facilement remarquer qu’il ne datait pas de la veille. Je suis allé réveiller maman et j’ai vu que son visage avait repris un peu de couleur. Mais elle n’était pas encore en grande forme. Je l’ai un peu aidé à se lever puis elle m’a fait signe de m’en aller. A contre cœur, je l’ai obéi. J’avais raison de m’inquiéter pour elle, sa santé n’était pas très stable. Ça lui arrivait parfois de tomber subitement par terre, mais jusque-là, il n’y avait rien eu de grave. Cela ne l’empêchait pas de s’occuper de mes 3 frères, ma sœur et moi. Depuis que notre père était parti, c’était elle qui employait toute sa force pour subvenir à nos besoins, nous, des enfants âgés de 14, 8, 6, 5 et 3 ans. Je l’aidais de mon mieux, mais je n’avais pas l’impression de faire grand-chose.

Je suis sorti de la baraque en prenant mon temps, puis zigzagué entre les cabanes pour sortir de la clôture. Le temps avait encore gardé sa chaleur, alors j’ai enlevé ma veste. Pendant que je marchais vers le collège, un bus est passé devant moi. A l’intérieur, quelques élèves m’ont vu et ont fait un sourire sarcastique, mais j’ai préféré faire semblant de les ignorer.

Arrivé, je me suis avancé vers les listes des classes. Autour de moi, beaucoup de filles s’enlaçaient en piaillant je ne sais quoi. Certains se réjouissaient de la répartition des classes, d’autres non. J’ai vu mon nom sur la liste des 3e2 et, visiblement, je n’étais pas le seul.

« Merde, on a ce SDF de Jeremy !

-On va être contaminé par ses microbes !

-Parle moins fort, il peut nous entendre.

-Rien à foutre, il sait déjà qu’il est qu’un pauvre déchet ! »

Le soleil brille beaucoup aujourd’hui.

«  J’ai entendu dire qu’il a essayé de cramer des pauvres gens pendant la nuit !

-Il a aussi envoyé à l’hôpital des gars avec de sévères blessures. Ce mec se la joue grave.

-Peuh ! Il n’a pas encore compris qu’un clochard, ça reste un clochard, quoi qu’il arrive ! »

Heureusement que l’on soit mercredi, il n’y aura pas cours, l’aprèm.

« Ce qui est cool, c’est qu’on va bien se marrer avec lui dans la classe !

-Haha, tu comptes lui faire quoi ?

- Le pire possible, il ne mérite que ça !

-Il parait qu’il porte le même slip pendant un mois !

-Ouais, je sais, c’est dégoûtant ! »

Qu’est-ce que je vais cuisiner ce soir ?

« Hé, le clochard ! Qu’est-ce que tu fous là, t’es pas dans les poubelles, normalement ? »

Je me suis tourné vers la voix et les ricanements qui l’ont succédée. C’était Romain et ses trois fidèles amis, des gars qui ne pouvaient pas s’empêcher de me chercher des poux.

« Apparemment, je ne suis pas le seul à m’être trompé d’endroit. Ici, c’est pas la porcherie, tu sais.

-Toi, fais pas le malin, ok ? T’es peut-être un peu balèze mais t’y crois pas trop, t’es qu’un…

-Ouais, cause toujours. »

La sonnerie a retenti et je suis parti sous les insultes de l’autre gros lard. Je me suis dirigé d’un pas trainant vers la salle 124, et je suis arrivé dans les derniers. Il y avait encore des moqueries sur moi qui s’élevaient du rang. Je ne pouvais pas répliquer contre les insultes des autres. On ne peut pas contredire la vérité, c’est tout. Ma maison n’en était même pas une, elle ressemblait plus à une cabane qu’autre chose. A cause de ma misère, personne ne s’approchait de moi. Pour diverses raisons pas très louables, je m’étais forgé une réputation de sale racaille et les profs de me portaient pas dans leur cœur. Je ne trouvais aucun intérêt à aller au bahut, ce n’était qu’une source de douleur de plus. Je n’avais pas l’intention non plus de me faire des amis, et être froid avec tout le monde me convenait parfaitement. Oui, c’est ça, aller en cours pour répondre au souhait de maman, et c’était tout.

Pendant le premier cours, la prof principal, Mme. Rou quelque chose, nous a présenté et expliqué les enjeux de l’année de 3e. Un discours qui m’a permis de dormir pendant deux heures jusqu’à la pause. Mme. Machin n’a pas pris la peine de me réveiller ; ses collègues l’avaient dû prévenir qu’un élève paresseux, violent et mal habillé allait étudier dans sa classe et qu’il ne fallait pas s’occuper de lui afin d’éviter les problèmes. J’ai terminé ma sieste juste avant le début de la récré, au moment où la prof a dit qu’il fallait revenir ici après pour la suite des explications. J’ai gardé les yeux fermés, espérant pouvoir continuer de dormir dans la salle. C’était mieux que d’aller dehors. Ma tête enfouie dans mes bras, j’ai entendu une conversation :

« Hé, qu’est-ce qu’il y a ? Viens !

-Pourquoi on ne le réveille pas ? A demandé une voix féminine et j’ai su qu’elle parlait de moi.

-Ne t’occupes pas de lui et viens, on va voir les autres qu’on n’a pas vu ce matin !

-Madame, on fait quoi pour lui ?

-Euh, laisse-le, il a sûrement besoin de repos. Allez, sortez je vais fermer la porte ! »

J’ai entendu celle-ci se refermer et un bruit de verrou. Je n’ai pas bougé la tête mais j’ai ouvert les yeux, regardant la matière propre du bureau. De vagues pensées ont traversé mon esprit. Pour la énième fois, je me suis posé des questions sur mon avenir. Là où j’en étais, il ne devrait pas trop ressembler au monde des bisounours.  Je me suis même demandé si j’en allais avoir un, de futur. Je n’avais pas de rêves, pas d’espoirs, pas de but alors je ne pouvais rien imaginer, à part ma vie dans les bois, seul. J’ai pensé que ça devrait m’aller, du moment que je serais en paix.

Lorsque j’ai voulu me lever pour m’étirer, j’ai entendu une clé tourner dans le verrou de la porte et cette dernière s’ouvrir. Il y a eu quelques pas et le bruit d’une chaise tirée en arrière. Était-ce la prof ? J’ai alors senti une présence près de moi. J’ai choisi de faire semblant d’être plongé dans le sommeil. Néanmoins, une main m’a secoué vivement le bras et la voix de tout à l’heure est apparue :

« Eh, réveille-toi ! C’est le moment de prendre l’air ! »

Je me suis redressé, énervé et pressé de voir qui était cette idiote qui osait me toucher.

« Qu’est-ce que t’es en train de foutre, toi ?! »

C’était la première fois que je t’ai adressé la parole.

Et alors?: Prologue

Et alors?: Prologue dans Histoire: Et alors? 9638844-un-pissenlit-souffle-des-graines-dans-le-vent

Thème: Vie sociale, école, amitié

Age conseillé: à partir de 15 ans

Résumé:

Jérémy est un garçon détesté de tous: il est pauvre et vit dans une espèce de bidonville. De plus, il est très violent et renfermé. Pourtant, à la rentrée de 3e, la fille la plus populaire du collège, Elie, n’hésite pas à venir lui adresser la parole. Devant tant de gentillesse, Jérémy, surpris, se renferme encore plus et refuse de lui accorder sa confiance.  Mais si Elie était vraiment sincère? Si elle voulait vraiment devenir son amie? Pour Jérémy, cette perspective est tout simplement invraisemblable. Mais peut-être qu’il est temps pour lui de s’ouvrir un peu plus, et commencer à s’ouvrir un peu plus à la vie devant lui….

 

Prologue

 Pouvoir être vraiment heureux sans rien avoir, je ne savais pas que c’était possible. Surtout lorsque l’on est habitué aux regards remplis de haine et de dégoût à cause de la différence de milieu de vie. Pitoyable.

Et pourtant, toi, tu n’étais pas comme les autres. Tu as pris le temps de m’apprendre ce qu’est une vie joyeuse où l’on peut espérer tout ce que l’on veut, où les jours s’écoulent comme un fleuve tranquille, où la solidarité existe. Et surtout, une vie où je peux ressentir de nouveaux sentiments. Tu m’as appris à sourire dans les moments difficiles, à ne pas abandonner quoi qu’il arrive, à surmonter mes peurs, à rêver, à me battre pour mes rêves, à garder espoir, à contrôler ma colère, à accepter la vérité, à ne pas hésiter, à aller de l’avant, à éprouver de la joie, à me faire des amis et tout un tas de choses qui m’échappent tellement il y en a.

Tu m’as changé, je pense que tu t’en doutes, mais tu ne sais pas jusqu’à quel point.

 

Rekishi Yume: Prologue

 

Rekishi Yume

Thème: Mystères, magie

Age conseillé: A partir de 13 ans.

Résumé:

Yume est une jeune fille ayant perdu ses parents dans un mystérieux accident de voiture. Malgré ce traumatisme, elle réussit à profiter pleinement de ses journées, aux côtés de ses amis et sa tante. Pourtant, alors que tout semble passer pour le mieux, un accident va tout basculer, et annoncer le retour de sa plus grande peur… 

 

 

Prologue

          Isa courait à toute vitesse dans la forêt de tous les dangers, Brovard. Quoi qu’il lui arrive, pas question de s’arrêter : elle avait perdu la totalité de ses pouvoirs et était poursuivie par une horrible créature avide de meurtres.

Le sang de la jeune fille coulait le long de son visage et lui troublait la vue. Sa robe de couleur jaunâtre tombait en lambeaux au fur et à mesure de sa course. Ses cheveux, autrefois d’un blond éclatant, avaient maintenant la couleur de la terre poussiéreuse. Ses yeux blancs n’exprimaient rien d’autre qu’une peur intense. La sueur ruisselant sur son front indiquait sa fatigue incommensurable.

La bête, elle, courait avec une espèce de grimace affichant son plaisir à l’idée de jouer avec sa proie. Ses dents acérées faisaient apparaître le sang de ses victimes récentes. Sa peau était recouverte d’une fourrure à écailles aussi tranchantes que des couteaux bien aiguisés. Ses yeux sombres telle que l’obscurité qui régnait dans la forêt, reflétaient la cruauté dont elle s’apprêtait à faire preuve. Elle pourchassait Isa sur ses quatre pattes, poussant des grognements effrayants, dans le but d’exprimer sa faim sauvage.

Devant Isa se trouvait une grosse racine dont les deux extrémités étaient implantées dans le sol boueux. Elle ne la remarqua pas, trébucha et tomba. Ce fut la fin : la créature bondit sur elle et, avant que la princesse ne put laisser échapper un cri  d’effroi, l’avala tout entier de sa énorme bouche visqueuse, puis la déchiqueta entre ses dents, laissant le sang se mélanger à ceux des autres membres du clan neigeux. Après avoir dévoré son dernier repas pour la soirée, il poussa un hurlement de satisfaction, et s’enfonça dans Brovard, entre les arbres inquiétants et la pénombre ténébreuse.

C’était une des grandes menaces de la forêt de tous les dangers, qui était remplie de monstres assoiffés de sang. Un des endroits les plus périlleux de Sunight…

Imagination

  Imagination

          

Comment me suis-je retrouvée là ? Je ne sais pas. La seule chose qui me vient à l’esprit, ce sont ses pensées suivantes : « c’est dingue ! » Je suis sous un ciel de couleur sang, dans un grand paysage sombre et lugubre,  avec seulement un pyjama. Je tourne sur moi-même, espérant en vain apercevoir quelque chose de familier. Mais je ne vois qu’une étendue de piques  d’hérissons implantées dans le sol et, à part ça, rien à l’horizon. Un lieu aussi étrange peut-il réellement exister ? Je me frotte les yeux plusieurs fois mais rien ne change. Je m’avance prudemment et pose délicatement mon pied nu sur une pique. Je remarque que ça ne fait pas du tout mal. C’est comme du caoutchouc, alors je commence à marcher dessus, tout en essayant de me rappeler où j’étais avant d’arriver ici.

Je me souviens de ma journée. J’ai eu un contrôle en maths qui m’a posée pas mal de problèmes ; Julie m’a confiée qu’elle aimait le même garçon que moi ; j’ai eu 15/20 en physique ; mes parents se sont encore disputés ce qui m’a vraiment fatiguée. Alors je suis allée dormir très tôt. Ensuite ? Le trou noir. Cette situation me rappelle les histoires fantastiques dont je raffole. La plupart du temps, l’héroïne se fait enlever par de mystérieux magiciens, car elle possède en elle un grand pouvoir. Peut-être que je suis comme elle. Néanmoins, je ne vois aucune créature magique ou même une présence humaine.

Soudain, je constate que les piques commencent à durcir. Je les sens à travers ma peau et je baisse les yeux vers mes pieds. Ils sont percés et du sang jaillit doucement des blessures. Je panique et me mets à courir en sautillant afin d’éviter le mieux possible les piques. Je veux crier mais étrangement, aucun son ne sort de ma bouche. Tout à coup, une forêt se matérialise devant moi. Elle n’a pas l’air très accueillant mais mes jambes m’emmènent contre mon gré à travers les arbres ténébreux. Je m’arrête enfin pour prendre mon souffle et remarque que le sol est devenu plat et poussiéreux. Mes pieds sont dans un sale état mais ne saignent plus. Je n’ai plus mal. Je ne comprends rien. Je lève la tête vers les arbres. Ces derniers me dominent de toute leur hauteur, me donnant l’impression d’être un petit cafard perdu au milieu des géants. Devant moi, il n’y a rien qu’un tunnel sombre, mystérieux. Derrière moi, je constate que le paysage avec ses piques d’hérissons ont disparu. Comme s’il n’avait jamais existé. J’ai le sentiment que je ne peux plus faire machine arrière, peu importe ce qui arrive. Partagée entre la peur et la curiosité, je m’engouffre alors dans cette grotte, laissant derrière moi cet endroit aussi hostile qu’incompréhensible.

                  ***

 

Hormis le bruit des gouttes d’eaux sur les roches humides, je n’entends rien. Le tunnel est d’une profondeur étonnante et je ne suis même pas sure d’arriver au bout un jour. Je commence à perdre la notion du temps. Je ne sais pas si dix minutes sont passés mais je ne suis pas sure que cela fait plus d’une heure que je marche. Plus j’avance, plus je me demande ce qui m’a pris d’y aller. Je pense que j’ai toujours été comme ça : trop téméraire au point de se mettre bêtement en danger. Il m’est arrivé de me mettre dans des drôles de situations mais je m’en suis toujours sorti grâce aux gens de mon entourage. Mais là, j’étais seule. Aucun signe humain. Peut-être qu’il y a un animal tapi dans ces ténèbres mais je ne pense pas qu’il me verra autrement que de la nourriture.

Mes jambes cèdent brusquement et je tombe à plat ventre sur la terre moite. Je ne ressens plus aucune énergie dans mon corps. Je n’ai même plus la force de me relever et de retourner à la case départ. Je n’arrive pas à croire que je sois aussi faible dans un moment aussi dingue que celui-ci. Alors tout ce que j’ai à faire maintenant, c’est de rester sagement là et mourir à petit feu, tout en attendant qu’une personne découvre par hasard cet endroit inconnu. C’est tout ? J’ai envie de pleurer mais mes larmes refusent de couler. J’ai envie de râler mais ma gorge est sèche. Alors je continue de ne rien faire, seulement à me tenir allongée là, à me plaindre du monde, de son existence et de mon existence, à l’intérieur de moi. Puis, je ferme les yeux.

***

 

Un crépitement…un deuxième…plusieurs autres…c’est un feu je pense…suis-je en enfer ? Pourtant, il n’y a aucun cri d’agonie comme le dit dans les livres.

J’ouvre les paupières pour découvrir un toit sombre et humide, ce qui m’informe que je suis encore dans le tunnel. Une lumière jaunâtre causée par les flammes éclaire le souterrain. Je tente de me relever mais une voix humaine survient :

« Il vaut mieux que tu te reposes encore. »

Intriguée, je ne l’écoute pas et me redresse,  non sans mal. Je vois d’abord une silhouette d’homme assise.  Je mets quelques instants pour retrouver toute ma vue et l’homme me parait plus clair. Il s’agit plutôt d’un jeune garçon et doit avoir le même âge que moi. Enfin je crois. Son visage a un côté très mature mais très enfantin aussi. Ses yeux sont d’un noir ténébreux et ses cheveux ont une couleur châtain et des reflets roux. Il porte une tenue d’explorateur vert kaki qui lui va à merveille et de longues bottes noires.  Ça m’étonne un peu de dire ça, mais c’est le plus beau garçon que j’ai vu. Et pourtant, il n’a rien de particulier. Il me sourit chaleureusement, les bras autour de ses jambes :

« Tu vas mieux ?

-Qu’est-ce que tu fais ici ? Je demande subitement.

-Je te retourne la question ! S’esclaffe-il et son rire résonne mélodieusement entre les parois. Je t’ai découvert étendue sur le sol, inconsciente. On peut dire que tu m’as fait une belle frousse !

-Je…je me suis perdue, je balbutie.

-Il est rare de trouver quelqu’un ici, surtout une enfant.

-Et toi, pourquoi es-tu là ?

-J’habite ici.

-Quoi, dans cette grotte ?!

-Eh bien, on va dire que cette île m’appartient, me rectifie-il avec un sourire. Il n’y a personne dans les environs à part moi.

-M…mais… »

Je reste perplexe devant lui, des questions me brûlant les lèvres. Comment ça, il est la seule personne qui vit ici ? Depuis quand existe-il une île pareille ? Pourquoi n’en ai-je jamais entendu parler ? Que va-t-il faire de moi à présent ? Pourquoi est-il aussi beau ? Où se trouve la nourriture ?

Finalement, je commence par la plus banale :

« Comment t’appelles-tu ? »

Au moment où il ouvre la bouche, une succession de prénoms envahit mes pensées, se bousculant bruyamment. J’ai pu attraper quelques-uns tels que ‘’Victor’’, ‘’Jeremy’’, ‘’Damien’’, ‘’Nathan’’, ‘’Sacha’’, ‘’Austin’’…Quand il s’est arrêté, sans perdre son éternel sourire charmeur, j’ai eu l’impression de sortir d’une foule à Carrefour en plein solde. J’acquiesce tout de même avec un air pas très convaincu, mais il ne m’en fait pas la remarque.

« Et toi ?

-Euh…Alice.

-Comment as-tu fait pour trouver cet endroit ? Cela m’étonnerait qu’un petit moment d’égarement t’ait amené jusqu’ici.

-Je ne peux pas te l’expliquer, je ne comprends rien moi non plus…je me souviens juste d’avoir été dans mon lit en train de dormir, et puis je me suis retrouvée sur cette île. »

Il semble réfléchir, ce qui m’indique que je ne dois pas me trouver ici normalement. Au bout de quelques secondes, il dit avec un petit rictus aussi inattendu que ses paroles :

« Tu dois être la fille que tout le monde cherche alors. »

Je le regarde, abasourdie.

« Tu sors d’où cette histoire ?

-Les loups garous et les licornes ont ordonné à tout le monde de te capturer. Puisque tu as volé le sceptre sacré, ce n’est pas surprenant.

-Mais qu’est-ce que tu racontes ?! Je croyais qu’il n’y avait perso…

-Ne fais pas l’innocente, je sais bien que c’est toi qui l’as ! Allez, tu peux bien le montrer à ton sauveur, non ? »

Ça doit bien être la première fois où je me sens vraiment perdue. Son visage a perdu son expression aimable et chaleureuse, remplacée par une attitude froide et sarcastique. Depuis quand, un humain peut-il changer autant après quelques instants ? Depuis quand les créatures de contes de fées existent-ils ? Depuis quand suis-je devenue une voleuse recherchée ?

Soudain, je sens une part de moi-même remuer dans mon esprit. J’ai alors le sentiment de comprendre de quoi il parle, qu’il dit la vérité. Des souvenirs refont surface et ce sont bien les miens.

            J’entre dans un sanctuaire.

            Je tue avec une épée tous les gardes qui se dressent avec moi, sans la moindre exception.

            J’avance jusqu’à une grande porte et l’ouvre.

            Devant moi se dresse le sceptre sacré, celui qui tient en vie la nature toute entière.

            Avec un sourire cruel, je détruis d’un coup de poing la vitrine qui le conserve, comme si ce n’est que de la pâte à modeler.

            Je m’empare du trésor.

            Je sens son pouvoir se déferler en moi, avec une telle puissance que ma tête est sur le point d’exploser.

            J’ai le temps de voir par la fenêtre le paysage se vider de sa beauté et devenir sombre.

            Ensuite…

J’essaye de rechercher ce qui se passe ensuite, en vain. C’est comme s’il n’y avait rien après cela. Inconsciemment, je mets la main dans le sac qui est à côté de moi. Je ne me demande même pas depuis quand il est là, comme si c’était normal que les objets apparaissent d’un coup, comme ça.

Je sors alors le sceptre. Je ne sais pas comment le décrire : je n’arrive pas à voir quelle apparence il a vraiment. Je peux tout de même constater qu’il est en or. Je pense alors, je sais en fait, qu’il est majestueux, magnifique. Des mots sortent de ma bouche sans que j’en aie envie :

« Je l’ai enfin… »

Oui. Je le voulais depuis longtemps. Pourquoi déjà ? Ah oui, pour ça…ou bien pour ça…peu importe, je le convoitais. Et à présent, je l’ai, c’est tout ce qui compte. Le garçon me regarda d’un air partagé entre l’excitation et le sérieux :

« On va enfin pouvoir le soigner… »

Un visage se dessine dans ma tête, de façon très brève. Un vieillard très ridé, des yeux transparents comme des billes, un sourire niais. Grand-père.

            J’ai sept ans. Je cours dans la prairie, au milieu des grandes herbes vertes et fraîches, un petit animal en bois dans ma main. Lorsque j’aperçois la petite cabane, j’accélère le pas, je trébuche et m’étale. Du sang coule le long de mes jambes. Lorsque j’ai voulu crier, mon ami apparaît devant moi. Il me porte jusqu’à chez nous. Je lui montre mon œuvre.

            « C’est pour pépé ! »

            Il sourit. Je le trouve très grand. Normal, il a cinq ans de plus que moi. Il est beau. J’aime bien regarder ses yeux, toucher ses cheveux châtains, sentir sa présence.

          Dans la maison, nous retrouvons grand-père, allongé sur son lit, épuisé. Il est trop malade. Quand nous nous approchons de lui, il ouvre à peine les yeux mais s’efforce de sourire. Je mets mon cadeau sur sa table de nuit, très fière de moi. Il me remercie, puis retombe dans le sommeil. 

           J’ai grandi.

           Un jour, mon ami m’entraîne dans la forêt. Il veut me parler. Il me dit qu’il sait de quoi souffre grand-père. C’est à cause de la nature qu’il est aussi mal en point. Comment le guérir alors ? Il y a un moyen. Nous pouvons prendre l’essence de la nature.  L’essence ? Oui, son énergie qui lui permet de vivre. C’est le sceptre sacré, caché dans le sanctuaire derrière les montagnes. Nous pouvons le prendre et offrir la totalité de la vitalité qu’il conserve à grand-père. C’est à toi de le faire. Moi ? Et pourquoi pas toi ? Parce que.

 

            Je remets l’objet dans le sac et me lève, suivi de mon compagnon. Il me prend par la main, et nous sortons de la grotte. Je ne peux m’empêcher de sourire. Nous allons réussir ! Enfin ! Je sens aussi qu’il partage la même joie que moi. Son regard doux me transperce, comme d’habitude.

Sur le chemin du retour, nous ne rencontrons aucun ennemi. Il nous a fallu que quelques minutes pour descendre les montagnes, traverser la rivière et sortir de la forêt. Nous courons ensuite vers la maisonnée, ouvrons ensemble la porte et découvrons l’effroyable spectacle. Je n’ai même pas la force de crier, je reste figée. Tout est sens dessus-dessous, mais ça je m’en moque. Son corps est allongé sur le ventre, sa tête à côté. Du sang dégouline de ses yeux vitreux, de sa bouche grande ouverte, et de ses narines. Son visage est tourné vers moi et son regard semble dire : ‘’Vous avez échoué…’’

Grand-père est décapité.

Grand père est mort.

Je m’aperçois que la main de mon ami est encore dans la mienne. Il la serre fort, je le sais, mais je ne ressens pas la douleur. Je ne peux détacher mes yeux du cadavre et je devine que lui non plus. Soudain, il me prend dans ses bras et mon regard se fixe sur sa veste d’explorateur. Mes larmes ne viennent pas, j’ai la gorge sèche, je sens une brûlure acide dans mon estomac, je commence à trembler.

Nous entendons des bruits de pas et deux silhouettes apparaissent dans l’entrebâillement de la porte. Ils ouvrent cette dernière et sourient en nous voyant. Je remarque alors que l’un d’eux tient une épée ensanglantée. Mon cerveau vibre à la vue de celle-ci et je laisse mes membres réagir.

Avant qu’ils n’aient pu faire quoi que ce soit, je m’écarte de l’étreinte de mon compagnon, m’élance vers celui avec l’arme et l’abat d’un coup de pied.  Je n’attends pas qu’il s’effondre pour m’attaquer au deuxième de la même manière. Ils essayent de se relever, mais je prends l’épée et les abat avec. Du liquide rougeâtre gicle sur mes vêtements, je ne prête pas grande attention. Mon ami m’entraîne dehors, nous courons à perdre haleine puis nous arrêtons au fin fond de la forêt. Nous ne nous essoufflons pas. Mes larmes arrivent enfin et coulent le long de mes joues. Je ne peux pas m’empêcher de hoqueter violemment. Il m’enlace derechef, et je me blottis contre son torse. La chaleur de son corps m’apaise lentement, et plusieurs minutes après, je parviens à contrôler mes tremblements. Je lève la tête vers lui et remarque que lui aussi a pleuré. Il caresse mon visage et nous nous regardons tristement. Le voir si malheureux me pince douloureusement le cœur. Il me dit, de sa voix pleine de tendresse :

« On reste ensemble, hein ?

-Oui…je réponds, en m’accrochant à lui. »

Il approche ses lèvres des miennes, quelques millimètres nous séparent à peine. Je perçois son haleine se mélanger au mien.

Tout à coup, il lève brutalement la tête, effrayé, et mon espoir de l’embrasser s’estompe.

« Des gens approchent. »

Nous nous apprêtons à partir, trop tard. Des silhouettes apparaissent à travers les arbres obscurs, des armes à la main. Les soldats forment un cercle autour de nous, ne nous laissant aucune échappatoire.  L’un d’eux s’avance, suivi par tous les autres, un sourire aux lèvres.

« Vous êtes cernés, misérables insectes ! »

Je me mets dos à dos contre mon compagnon afin de nous protéger mutuellement. Je n’ai même pas le temps de souffler que nos poursuivants se jettent sur nous, dans un unique cri de guerre. Je pare un coup de hache et retourne l’attaque contre l’utilisateur. La confusion nous sépare très rapidement. J’essaye de repérer mon allié, en vain. J’ai l’impression de combattre des heures, je ne reçois que des blessures superficielles, et les ennemis ne diminuent toujours pas. Je ne le vois nulle part, mon inquiétude s’amplifie de plus en plus. A présent, il ne me reste que lui. Le perdre lui-aussi serait mourir définitivement.

Je sens une main attraper mon bras et tente de me dégager, avant de m’apercevoir que c’est lui. Il se crée tant bien que mal un chemin entre les soldats. Je me prépare à recevoir un coup qui m’achèvera mais rien ne vient. Nous nous écartons d’eux, dans une course folle. Bientôt, les éclats de voix s’évanouissent. Je n’ai pas la force de me demander comment nous avions pu réussir à sortir aussi facilement de ce guêpier, je me contente d’être infiniment soulagé. Lorsque nous nous arrêtons, je constate alors que mon sauveur se tient le ventre. Ce dernier est rouge de sang, à mon effarement. Il s’effondre, et je l’aide aussitôt à se mettre contre un arbre. Il a l’air tellement fatigué, tellement faible… Son teint a pris une couleur extrêmement pâle. J’enlève ma veste- sans vraiment remarquer que mon pyjama ait été remplacé par des vêtements de ville-, et le presse doucement contre l’entaille. Je sais qu’elle est profonde et que…non je chasse cette idée impossible de ma tête. Alors que j’effectue soigneusement ma tâche, il agrippe ma main, arrêtant sa guérison. Des mots rauques, ceux que je redoutais tant, sortent de sa bouche.

« Cela ne sert à rien…tu as compris, non ?

-Ne raconte pas n’importe quoi, laisse-moi faire.

-Non…pars avant…avant qu’ils ne te repèrent…

-Tu me prends pour qui ? Je ne te laisserai pas seul !

-Cela ne sert… à rien que je vienne aussi, répète-il entre deux toux. Je vais mou…

-NON, TAIS-TOI ! Arrête de parler, repose-toi… »

Je sens les mots se bousculer afin de sortir le premier de ma bouche, je ne sais pas par où commencer, je ne comprends plus le sens de mes phrases, mais je sais que lui si, quoi, pourquoi tu dis ça, pourquoi tu me fais ça, ce n’est pas vrai, tu vas vivre, tu avais promis, que l’on resterait ensemble, pour toujours, quoi qu’il arrive, hein, oui on va vivre en la mémoire de grand-père, ensemble, on affrontera tous les dangers, on sera uni, rien ne peut nous séparer, rien du tout, je te protégerai, tu me protégeras, on fera tout ensemble, on parcourra le monde, on découvrira pleins de nouvelles choses, on s’amusera, on rigolera, on pleurera, on avancera, tout ça ensemble, pas vrai, alors…alors…

« Je t’interdis de mourir ! »

Je pleure sans m’arrêter, je crie à pleins poumons, afin de le dissuader de sombrer dans les ténèbres à jamais. Il sèche doucement mes joues humides, ses lèvres étirées dans un sourire tranquille. Il m’attire contre lui, son sang s’imprègne sur mon pull. Caresse tendrement mes cheveux, et pose un baiser rempli d’amour sur mon front. Me chuchote quelque chose qui tombe aussitôt dans l’oubli. Je ne peux pas m’écarter de ses bras, je n’en ai pas le pouvoir. Je ne peux pas admettre la douloureuse vérité, je ne le veux pas. Peu à peu, sa main retombe le long de mon dos, son étreinte faiblit, il ne bouge plus, ne respire plus.

Je reste immobile.

Je suis seule.

J’ai tout perdu.

Je n’ai plus rien.

J’ai tué la nature. La nature m’a tué.

Je vois des pieds devant moi qui s’approchent. Je n’ai pas entendu les soldats venir. Tout cela m’importe, à présent. Je tente toutefois de lever mon regard vers le visage de mon amour perdu, afin de garder une dernière image de lui, mais ma tête refuse d’émettre le moindre mouvement.

Tout se mélange dans mon esprit, je perds le fil de la vie, de mon existence. Avec une dernière pensée pour les deux personnes qui ont compté pour moi, je ferme les yeux, et bascule à mon tour dans l’obscurité.

***

 

Le réveil sonne. Ma mère va encore s’énerver. Il est temps de se réveiller. Je n’ai pas envie d’aller en cours. Mais la vie n’est pas un rêve…

 

 




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