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Archive mensuelle de juillet 2014

Rekishi Yume: Chapitre 7

Chapitre 7 :Un temps révélateur…

       Lundi matin, soit quatre jours après la réunion du conseil des cieux, la pluie tomba constamment, avec cependant un brin de chaleur. Le ciel était assez terne, et il y avait un brouillard épais. Yume avait horreur de ce genre de temps. Elle préférait les jours ensoleillés lorsque le ciel était d’un bleu éblouissant. Ceci mettait de la joie dans la vie, disait-elle.

Ce matin-là, elle regarda le journal télévisé.

-Ces temps-ci, d’étranges nuages verdâtres apparaissent un peu partout dans le pays. Nous ignorons si cela arrive dans d’autres états, mais c’est un cas assez rare. Cela ne semble cependant pas dangereux, reporta le journaliste.

-L’invasion des extraterrestres, lâcha-elle.

Avant que Yume ne sorte, Akira lui rappela de prendre un parapluie, objet qu’elle détestait sans aucune raison :

- Prends-un d’assez grand pour au moins deux personnes. On ne sait jamais si un de tes amis en aurait besoin.

-Oui oui…fit Yume en mettant ses mini-bottes marron sans talons.

- Au fait, est-ce que tu as reçu des nouvelles sur la disparition de Kaori ? Demanda sa tante, soucieuse.

- Oh…non, rien pour l’instant… répondit sa nièce en enfilant sa veste noire.

-Tout de même, la police pourrait être plus efficace ! Une jeune fille ne pourrait pas être loin, si l’on a placé des avis de recherches dans tous les environs. Bon. Vas-y Yume, sinon tu vas encore être en re… 

Sans attendre la fin de la phrase, cette dernière sortit de la maison, refermit la porte derrière elle et déploya son parapluie. Celui-ci était de couleur kaki, couleur que la lycéenne haïssait le plus. Mais la pluie était de plus en plus intense, alors elle n’avait pas d’autre choix que de s’en servir. Elle partit vers le lycée en empruntant son chemin habituel. La route était glissante à cause de l’eau qui se mélangeait à la terre du sol. Yume tenta tout de même de courir, manqua alors de tomber, son parapluie presque emporté par le vent.

« Un temps fabuleux en été » se dit-elle.

Lorsqu’elle pensa être bientôt arrivée au lycée, elle s’arrêta et se remit à marcher. Plus elle avançait, plus le brouillard changeait de couleur…elle remarqua très vite qu’il passait du gris au vert. Néanmoins, il semblait commencer à reprendre sa couleur initiale. Le vert s’évaporait doucement. Yume n’était pas d’humeur à essayer de deviner quelle en était la cause de ce cas. Elle restait sur son hypothèse puérile d’invasion d’alien.

A travers le brouillard, non loin d’elle, elle vit vers sa droite un garçon à l’allure mystérieuse et solitaire. Elle se tourna vers lui pour mieux l’observer. Pendant un instant, Yume crut que c’était Shiro, mais se rendit rapidement compte que ce n’était pas lui. Celui qui était devant lui était tout aussi beau mais avait des cheveux ébouriffés de couleur orangé, des yeux gris comme le brouillard qui l’entourait. On pouvait croire qu’il s’agissait d’une poupée en porcelaine à cause de sa peau qui semblait lisse. Yume remarqua qu’il n’avait pas de parapluie et était habillé en uniforme du lycée Nagashima. Il ne bougeait pas et semblait être une statue.

« Je pensais que les extraterrestres étaient verts. »

Mais elle se reprit rapidement. Il fallait qu’elle soit plus mature !

Yume s’approcha de lui, et un ‘’Hé’’ sortit accidentellement de sa bouche. Il se retourna aussitôt vers elle, et s’adressa d’une voix rigide :

-Bonjour.

-Ah heu…balbutia la jeune fille. En fait, j’ai remarqué que tu avais l’uniforme de mon lycée, et je ne t’ai jamais vu- avec une tête comme la tienne je ne peux pas te louper, ajouta-elle dans sa tête-. Est-ce que tu es un…

-Oui, je suis un nouveau, lui coupa le garçon avec un sourire amical.

-Mais pourquoi restes-tu sous cette pluie ? Sans parapluie en plus. 

Il émit un petit rire.

- Eh bien pour te dire la vérité, je ne me rappelle plus vraiment du chemin pour m’y rendre. On ne peut pas vraiment dire que j’aie une bonne mémoire.

-Ah bon ? Viens sous mon parapluie, alors, je vais t’accompagner. Heureusement que ma tante m’avait recommandé celui-là.

-Vraiment ? Merci beaucoup, c’est très gentil de ta part ! Je suis content de t’avoir rencontré ! 

« Waouh, quel garçon poli ! Se dit Yume. Tout le contraire d’un garçon hostile que j’ai rencontré récemment… »

L’adolescent se mit sous la protège-pluie.

-Tu veux que je le tienne ? Proposa-il avec un sourire qui dissuada Yume de refuser. 

Ils marchèrent tous les deux en direction de l’établissement. La jeune fille, n’aimant pas le silence, demanda :

- Au fait, comment tu t’appelles ?

-Ah désolé de ne mettre pas présenter plus tôt. Je m’appelle Sora Kageyama. Et toi ?

-Sora ? C’est un joli prénom pour un garçon. Moi c’est Yume Haruno. » 

La pluie commençait à disparaître petit à petit, même si elle restait assez dense. Yume lâcha un soupir en se tournant vers Sora.

- Ce temps est vraiment mauvais pour ton premier jour pas vrai ? 

Le garçon ne répondit pas. Elle s’aperçut qu’il regardait à l’horizon, comme s’il réfléchissait.

- Tu t’appelles…Yume Haruno ? 

Yume vit alors que son expression était identique à celui de Shiro, lorsqu’elle avait révélé ce nom à ce dernier. Le fait qu’ils réagissent aussi étrangement à l’évocation de son nom l’énerva :

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Toi aussi ? Tu trouves qu’il y a un problème avec mon nom ? Si c’est le cas, dis le moi ! Je connais un autre gars qui a eu la même réaction que toi. En plus de toi, j’ai l’impression d’être un extraterrestre !

-Ah mais non…heu… Bégaya Sora, en reprenant peu à peu son air ordinaire. Je suis vraiment désolé de t’avoir mise en colère. Ne t’inquiète pas, je pense que tu es bien une humaine. C’est juste que…ton nom…je l’ai surement entendu quelque part…

-Ah bon ? Où ça ?

-Heu…dans le quartier peut-être…ça arrive. 

       Il ajouta sur ces mots un petit sourire tranquille. Le fait qu’il l’ait entendu par hasard dans la rue intriguait Yume. Il y avait peu de chance pour que ça se produise vraiment. En dehors de ses amis, peu de gens la connaissait vraiment. Mais elle préféra ne rien dire pour l’instant. Ils arrivèrent au lycée à la dernière minute. La pluie avait cessé de tomber, comme si elle ne voulait que contrarier Yume. Celle-ci se dirigea vers sa salle et Sora vers le bureau du principal. Pendant les deux premières heures de cours, la jeune fille jeta plusieurs fois un coup d’œil vers la porte, espérant que Sora se retrouverait dans sa classe, mais apparemment, non.

       A la récréation, elle chercha de vue le garçon. Kyo l’interrompit dans sa recherche :

       -Eh, Yume ! Qu’est-ce qui t’arrives, tu es en train de fuir une bande de yakuzas ?

-Depuis ce matin, on dirait que tu attends quelqu’un, ajouta Eri.

-Ah, vous l’avez remarqué ? Fit-elle en se tournant vers eux.

-On l’a tous remarqué ! Dirent ses amis en chœur.

-Alors qu’est-ce qu’il y a ? Le questionna Kenji, impatient.

-Eh bien, ce matin, en allant en cours, je suis tombé sur un nouveau du lycée et on a fait le chemin ensemble jusqu’ici en faisant connaissance…

-Ah, j’ai compris ! S’exclama Hiro calmement en remontant ses lunettes. Tu voulais savoir s’il allait être dans notre classe, ce qui explique le fait que tu regardais souvent la porte.

-Toujours même justifia Kenji.

-Oui, tu as raison, continua Hiro. Et maintenant, tu le cherches dans la cour, exact ?

-Exact, affirma Yume.

-Oh Oh, tu as eu le coup de foudre ? La taquina Eri.

-N’importe quoi ! S’écria-elle en rougissant légèrement. Tu crois vraiment que je suis le genre de fille à tomber amoureuse de quelqu’un sorti de nu…

-C’est bon, je rigolais, lui coupa son amie en riant. 

       Mais Yume ne l’écoutait déjà que d’une oreille. Elle suivait du regard Sora qui sortait du bâtiment. Il se dirigea vers un banc au fond de la cour. Il s’assit et sortit de son sac un petit cahier vert ainsi qu’un stylo, puis commença à écrire.

  - Eh oh ! L’appela Kenji. Qu’est-ce que tu as ?

-Euh…rien pourquoi ? 

       Kyo suivit le regard de Yume jusqu’au garçon.

       - C’est lui, le gars ? dit-il en le montrant du doigt.

-Waouh, il est beau, tu ne trouves pas, Yume ? S’exclama Eri.

-Si tu le dis, hésita la jeune fille.

-On dirait une poupée, commenta Hiro.

-Je trouve aussi, remarqua Kyo.

-Ben, peut-être que c’en est une…ajouta Kenji.

-Haha, très drôle, mec, t’en as une autre d’aussi stupide ? Lui lança Eri.

-Et si on allait faire connaissance ? Proposa Kyo.

-Bonne idée, s’écria la sportive. 

       Yume ne voulait pas vraiment les accompagner, mais le fit malgré tout. Elle connaissait son amie. Cette dernière pourrait faire des suppositions douteuses si elle refusait de venir avec eux.

       Lorsqu’ils furent arrivés devant Sora, celui-ci leva aussitôt la tête et dit avec un sourire radieux :

       -Bonjour Yume ! Oh, ce sont tes amis avec toi ?

-Oui, voici Eri, Kyo, Kenji et Hiro présenta-elle.

-Je m’appelle Sora Kageyama, enchanté.

-Nous aussi, répondit Eri. Pour tout te dire, il y a deux autres personnes, Naomi et Kaori. Naomi est à l’hôpital et Kaori a disparu d’un seul coup.

-Ah…alors si je comprends bien, ça va mal pour vous ces derniers temps. 

       Tous hochèrent tristement la tête.

            -J’espère que Naomi se réveillera bientôt et que l’on retrouvera vite Kaori. 

       La sonnerie retentit et tous les élèves se dirigèrent vers leurs classes. Ils saluèrent Sora qui rangea son cahier et son stylo. Puis il se leva et fit face à Yume, un air sérieux peint sur son visage :

 - A la fin de la journée, je voudrais te dire quelque chose. Pourrais-tu m’attendre à la sortie ? J’essaierais de ne pas être long.

-Euh, oui si tu veux.

-Merci, à toute à l’heure ! 

       Pendant la journée, Yume se demanda ce qu’il voudrait la dire à la sortie. Elle était plus distraite en cours que d’habitude.

 « Mais pourquoi ça me préoccupe tellement ? Ça ne doit pas être très important… se disait-elle. »

       Pourtant, elle n’arriva pas à sortir ce garçon de la tête. Son visage sérieux restait ancré dans ses pensées. Il était étrange, la jeune fille le sentait, mais elle n’arrivait pas à deviner la raison.

       « Peut-être parce qu’il est trop poli pour un adolescent ? C’est normal s’il veut se faire des amis, non ? »

       A la fin, le soleil s’était déjà couché, chose étrange en été. Beaucoup de lycéens étaient excités par l’approchement des vacances, qui arrivaient dans une semaine.

       Yume attendit Sora pendant un quart d’heure. Tout le monde était déjà parti, excepté le surveillant qui tenait le portail d’entrée.

       - Vous ne partez pas, mademoiselle ?

       -Non, j’attends quelqu’un.

       -Sûrement une personne de la classe de 1ère D. C’est la seule classe qui n’est pas encore sortie. Je crois qu’ils ont un petit cours de vie de classe. 

       Le surveillant était un homme maigre et assez petit. Il avait une grande gentillesse mais à cause de celle-ci, mes élèves les plus agités en profitaient pour le contrarier. Son nom était Fujiru Ichihara.

       On vit des élèves sortir du collège. Yume aperçut Sora discuter avec quelques filles et garçons.

       « Il s’est déjà fait des amis, on dirait, comprit-elle. Je parie qu’il a du succès auprès de la gent féminine. »

       Lorsque le nouveau la vit, il salua ses amis et courut vers la jeune fille.

       - C’est donc lui que vous attendiez, remarqua Fujiru. C’est votre petit ami ?

       -Non ! S’écria Yume en rougissant légèrement. On vient juste de se re…

       -Hahaha ! Rit Sora. C’est bon Yume, ne te mets dans tous ces états. Merci de m’avoir attendu et excuse-moi si c’était long.

       -Pas grave !

       -Je préfère que l’on ne reste pas devant le lycée pour parler. Tu viens ?

       -Okay. 

       Après avoir salué le surveillant, Yume suivit le garçon sans savoir où il allait. Elle voulut se méfier de lui, mais n’y arriva pas vraiment. Finalement, il l’emmena près de chez elle. Ils s’assirent sur un banc, dans un parc, près de quelques coquelicots. Yume posa son sac pour être plus à l’aise. Sora fut le premier à reprendre la parole :

       - Dis-moi…est-ce que tu crois au surnaturel ?

       -Euh…hésita Yume, perplexe par cette question.

       -Réponds-moi, c’est tout, s’il te plait. 

       La lycéenne repensa à la silhouette noire. Pouvait-on qualifier cette apparition cauchemardesque de ‘’surnaturelle’’ ? Elle choisit de dire :

       - Eh bien, ça m’arrive…pourquoi ?

       -Tu fais référence au Lanrô ?

       -Hein ?

       -La silhouette noire. Celle qui a provoqué l’accident où tu as perdu tes parents. 

       L’évocation de cet assassin d’une autre bouche que la sienne lui fit l’impression d’une douche glacée pétrifiant son cœur par la même occasion. Elle regarda Sora avec des yeux aussi ronds que des boules de cristal.

       - Co…comment es-tu au courant ? Bégaya-elle.

       -Ecoute-moi, ce que je veux te dire est assez délicat, étrange, mais très important pour toi Yume. Cela peut aussi concerner tes amis.  Tout ce que je vais te raconter va paraître impossible, c’est normal…mais c’est la vérité.

       -Comment es-tu au courant ? Répéta-elle entre les dents.

       -Du calme, ce que je veux te révéler a un lien avec ta question.

       -De quoi tu parles à la fin ?! S’emporta Yume, énervé par ce charabia.

       -Tu viens bien m’écouter sans discuter, maintenant ? 

       Sora avait gardé son calme, mais son air était devenu étrangement très sérieux, ce qui fit taire la jeune fille.

       -Je sais qu’il t’est arrivé beaucoup de choses, ces derniers temps, bien avant que tes amis me le disent. Il faut que tu saches que tous ces évènements ne sont pas arrivés au hasard. Leur point commun est lié à un monde totalement différent du tien : son nom est Sunight. C’est un royaume peuplé de magiciens, de guerriers, et de créatures fantastiques, souvent dangereux. Je fais moi-même partie de ce monde et on me surnomme ‘’Sora le garçon de feu’’. Il parait que tu as aussi rencontré d’autres personnes de Sunight, mais je ne sais pas qui. Est-ce que tu comprends jusque-là ? 

       Comme l’on pouvait s’y attendre, Yume resta muette de stupeur pendant quelques secondes.

       « Ce…ce garçon est fou ! Pensa-elle. Il a l’air gentil, mais il n’est pas normal… »

       Sora, qui avait compris la situation dans lequel se trouvait la jeune fille, reprit son air serein et un sourire calme.

       - Je suis désolé, ça ne doit pas être facile pour toi d’entendre toutes ces découvertes. Tu dois me trouver étrange. Mais tout ça est réel, crois-moi. 

       ‘’ Crois-moi’’…Il avait prononcé ces mots avec une telle gravité ! Elle retrouva l’usage de la parole.

       - Mais non, c’est quoi ce délire ? Tu es fou ! Comment as-tu pu penser que je pourrais croire toutes ces bêtises ? Et tu n’as pas répondu à ma question : je veux savoir comment as-tu appris pour la silhouette noire !

       -Je ne suis pas fou, répondit-il toujours paisiblement. Je sais que ça semble impossible mais c’est la vérité.

       -Mais quelle vérité ? Tu as dû confondre la réalité avec les jeux vidéo, ce n’est pas fréquent mais c’est possible.

       -Non, je n’y joue jamais. 

       A ce moment-là, Yume avait la ferme conviction qu’à la fin de cette conversation insensée, elle l’emmènerait chez le médecin le plus proche.

       - Ne t’inquiète pas, le jour où tu réussiras à croire à Sunight viendra. Dis-moi, comment s’appellent les autres personnes que tu as rencontrées récemment ?

       -Réponds à ma question d’abord ! Tu ne sais pas combien c’est important pour moi ! Personne n’est censé connaître ce secret et toi, tu débarques de nulle part et je vois que tu le connais ! Tu sais en plus que c’est elle la raison de la mort de mes parents, ce n’est pas normal !

       -Si tu réponds à la mienne, je pourrais peut-être mieux t’expliquer. Cela dépend de ta réponse.

       -Tu rigoles ?

       -Non. S’il te plait, essaie de t’en souvenir. Tu peux être plus en danger que tu ne l’es déjà.

       -Comment ça je suis en danger ?

       -Tu peux très bien avoir rencontré des gens malfaisants.

       -Ah bon ? Mis à part sa force inhumaine, ça m’étonnerait qu’il puisse me faire quoi que ce soit…murmura Yume pour elle-même, ce qui n’échappa à Sora.

       -Qui ça ?

       -Un gars aussi bizarre que toi. Il s’app… 

       Tout à coup, avant qu’elle ne puisse achever sa phrase, une petite explosion inoffensive se fit  entendre derrière les deux adolescents. Ils se retournèrent brusquement dans sa direction, se levèrent et s’approchèrent lentement.

       -Reste en arrière, Yume, lui recommanda Sora avec un air prudent. Je connais cette explosion. C’est lorsqu’un habitant de Sunight pénètre sur Terre. J’espère que ce n’est pas un ennemi. 

       « Il recommence encore à délirer ! » Se dit Yume en levant les yeux au ciel.

       Devant eux apparaissaient les brumes vertes causées par la détonation, qui se dissipèrent peu à peu.

« Donc ces brouillards verts sont causés par des explosions ? Se demanda Yume »

 Ils virent une vague silhouette déformée par les étranges nuages, s’avancer vers eux. La forme humaine devint de plus en plus reconnaissable.

       Lorsque Yume réussit à identifier le mystérieux personnage, elle fut médusée, figée sur place. Shiro se tenait là, sans égratignure, l’air ennuyé. Il bougonna en se grattant machinalement la tête :

       - La vache ! J’ai connu des atterrissages plus agréables… 

Et alors?: Chapitre 5

Autour de moi, rien que ta respiration et le chant des oiseaux.

A l’intérieur de moi, rien que la douleur de mon dos. Et l’amertume profonde de s’être fait battre par une fille. Par toi, qui plus est.

C’était la première fois que je me sentais ainsi. Que je sentais ce goût amer de la défaite.

La voix de Nathan a brisé le silence :

« Elie…d’un seul coup…tu l’as…

-Tu tiendras ta promesse, alors ? Tu m’as demandé en l’ignorant.

Tss… au lieu de dire quelque chose du genre ‘’fallait pas me sous-estimer’’ ou bien ‘’ça fait quoi de se faire rétamer par une fille ?’’, tu voulais seulement que j’aille en cours et devienne sage comme un toutou.

-J’ai rien promis du tout, ai-je répliqué en serrant les dents. Tu t’es faite des films toute seule.

J’ai essayé de me relever, accentuant ainsi la souffrance que tu m’avais infligée. J’ai dû faire appel à toute ma force restante pour réussir à obliger mes jambes à tenir debout et ne pas céder sous mon poids.

Tu t’étais appuyée contre un arbre, mais n’étais pas assise. Ce qui aurait tout de même été une bonne idée pour reposer ton pied blessé.

« Tu ne crois pas que tu devrais arrêter de faire l’enfant capricieux ?

-L’enfant capricieux, c’est toi, t’ai-je dit. Tu veux que tout se déroule comme tu le souhaites. Si tu savais comme c’est pénible les gens dans ton genre !

-Eh tu…

-Laisse, Nathan, tu as ordonné d’une voix ferme. »

Comme d’habitude, tu ne semblais pas ébranlée par mes insultes. Cette indifférence m’exaspérait au plus haut point.

« Elie, je ne comprends toujours pas. Pourquoi tu le défends sans arrêt, pourquoi tu te préoccupes de lui ? Il n’en vaut pas la peine !

-‘’Il n’en vaut pas la peine’’ ? Tu as répété. »

J’ai remarqué que ta voix avait haussé d’un ton. Nathan aussi a dû le constater car il a sursauté.

« Il est moins important que nous car il est différent, car il est plus pauvre, car il n’a pas d’amis, c’est ça que tu veux dire ?

-Elie, calme-t…

-Je n’ai jamais compris ce qui vous dérangeait en lui. Oui, c’est vrai, il est violent, colérique, vulgaire. Mais c’est à cause de nous s’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Car nous l’avons rejeté ! Je sais qu’il est peut être vraiment sympa !

-Mais…

-Regardez la vérité en face ! Il est comme nous ! Si nous sommes gentils entre nous, pourquoi pas avec lui, hein ? Sachant que sa vie n’est pas facile, pourquoi ne pas l’aider, au lieu de parler dans son dos comme s’il était un animal insignifiant ? Ce n’est pas comme s’il était un criminel tout juste sorti de prison ! Bon sang, je ne pourrai jamais comprendre votre logique ! Il ne le montre pas, mais il peut souffrir de vos insultes ! Ce n’est pas un être dépourvu d’humanité et de sentiments ! Vous le savez, non, que les mots peuvent faire aussi mal que des coups de couteaux en plein cœur ? »

Pendant que tu reprenais ton souffle, Nathan et moi n’avons plus émis le moindre son. Je ne ressentais même pas la force de protester. Contre mon gré, ton discours m’avait stupéfait. C’était bien la première fois que l’on considérait ma situation de cette façon. Que l’on faisait attention aux insultes. Que l’on prenait la peine de se mettre à ma place.

Oui, c’était bien la première fois.

Tes mots tournaient en boucle dans ma tête. Je n’arrivais pas à les balayer de mes pensées. J’éprouvais une sensation nouvelle. Que l’on pense ainsi à moi… Tu ne me connaissais même pas il y a deux jours, et pourtant, tu n’hésitais pas à dire de telles choses. Avec surprise, j’ai perçu comme une pointe de vérité dans tes paroles…

‘’Je sais ce que tu éprouves’’… alors tu saurais mieux que moi ce qui se passait au fond de mon âme ? Je n’avais jamais fait attention à mes sentiments. Mes vrais sentiments. Pour la première fois, je me suis dit que…peut-être que…enfin que tu…faisais vraiment attention à moi. Non. C’était complètement absurde.

Une voix m’a tiré de mes pensées.

« Eh ! Qu’est-ce que vous faites là ? »

C’était un surveillant. Il a couru vers nous, la colère luisant dans ses pupilles et brûlant ses paroles.

« Vous devriez être en cours, à cette heure ! Mon dieu, toi aussi, Elie ? Il a ajouté en te voyant. »

Tu as repris ton calme et lui as souri.

« Oui, une affaire d’adolescent. Excusez-nous.

-Oh, je vois, c’est Jérémy qui t’a forcée d’aller ici ? Ah ! Nathan, qu’est-ce qui t’es arrivé ? Tu t’es blessé…je vois, vous vous êtes bagarrés !

-Non, monsieur, je suis venue de mon plein gré.

Le surveillant t’a fixée, les yeux ronds. Puis il s’est repris rapidement.

« Bon…venez, tous les trois, vous irez vous expliquer chez le principal. »

Le voir deux fois en une journée, c’était bien trop pour moi.

Nous l’avons suivi silencieusement. J’ai jeté un bref coup d’œil à Nathan. Il te regardait avec un air pensif. Il songeait surement à ton discours inattendu. De toute façon, j’étais sûr qu’importe les mots que tu utiliserais, tu ne le ferais pas changer d’avis vis-à-vis de ma personne. Je me suis soudain rendu compte que je n’avais plus mal au dos. Enfin !

Lorsque nous sommes arrivés dans le bureau du principal, celui-ci a haussé les sourcils en te voyant. C’était toi qui avais pris la charge de lui expliquer la situation. Tu lui as seulement dit que Nathan et moi nous étions éclipsés pour se battre, que tu nous avais suivis. Aucune mention sur la présence des deux autres avec Nathan, aucune mention de la raison qui nous avait poussés à se battre. Juste que nous étions énervés l’un contre l’autre.

Le principal nous a regardés tour à tour quelques instants. Quand il m’a observé, ses yeux ont dit clairement : ‘’ tu es un cas désespéré’’.

Après un soupir, il a décidé :

« Mercredi après-midi, vous viendrez en heure de colle.

-Oh, soyez sympa, monsieur, l’a supplié Nathan.

-Non, c’est amplement mérité, a-t-il refusé. Vous vous faites remarquer dès le lendemain de la rentrée, je ne peux pas y croire. »

Il t’a fixée quelques secondes avant de reprendre.

« J’espère que ça vous fera passer l’envie de sécher les cours, surtout en troisième. »

Nous sommes sortis, tandis que je songeais à ce que j’allais faire mercredi après-midi. Il était évident que je n’irais pas en cours, alors que je pouvais l’éviter. Tu as dû lire dans mes pensées, car tu m’as dit :

« Jérémy, n’oublie pas de venir.

-Lâche-moi. »

Le reste de la journée s’est déroulé au ralenti. J’ai eu l’impression que la dernière heure correspondait à une journée entière. Un cauchemar.

J’ai pu rentrer tranquillement, sans que tu me poursuives. Toi…tes mots surgissaient dans mes pensées sans crier gare. J’avais beau les chasser, ils revenaient en force. Bon sang…ça aurait été tellement facile si je pouvais rester indifférent face à tout cela !

A la maison, maman avait déjà préparé le repas.

« J’aurais pu le faire, tu devrais te reposer, lui ai-je dit.

-Ne t’inquiète pas autant, je ne suis pas une grand-mère handicapée. »

Comme je n’avais rien à faire, après quelques minutes à jouer à la poupée avec Lola, j’ai choisi de ranger mon sac. Au moins, ça m’occuperait peut-être l’esprit… Vu les feuilles que j’avais rencontrées en prenant mon agenda durant la journée, il devait vraiment être en désordre.

J’ai renversé le contenu sur mon lit et ai regardé le tout, stupéfait.

Il n’y avait que mon agenda, ma trousse, le carnet de correspondance, deux pochettes vides…et une feuille. Je l’ai prise et ai constaté que ses morceaux déchirés étaient rassemblés avec du scotch. Intrigué, j’ai lu le titre en haut de la page.

‘’Document destiné aux parents. A rendre impérativement avant le vendredi 06/09’’

Les évènements de la veille me sont revenus de plein fouet. Toi, la feuille à la main. Moi, la déchirant. Toi, ramassant les morceaux.

« Elle a vraiment fait ça…ai-je soufflé, les yeux ronds, bouche bée. »

Tu avais surement dû la mettre ce matin, quand j’étais aux toilettes durant la pause. Franchement…qu’est-ce que tu avais pensé en prenant le temps de faire ça ? En recollant minutieusement les petits bouts? Tu croyais que j’allais être attendri par cet acte, que j’allais la montrer à maman ? Alors que j’avais dit que je ne l’embêterais pas avec ce genre d’idioties inutiles ? Pff !

Malgré le fait que je te détestais, il fallait bien que je l’avoue : tu étais vraiment étonnante. Je me suis surpris à sourire bêtement et me suis insulté mentalement. J’aurais bien aimé te disputer pour ce que tu as fait, mais l’envie d’avoir le moins de contact possible avec toi était plus forte.

Je me suis allongé sur mon lit, me contentant de regarder le plafond crasseux, les bras croisés derrière la tête. J’ai laissé mon esprit vagabonder, essayant de ne plus faire attention à la feuille.

Jon est venu me tirer de mes rêveries.

« Jem, quand est-ce qu’on mange ? J’ai faim !

-Maintenant alors, ai-je répondu en baillant. »

Je me suis apprêté à rejoindre la salle à manger, mais suis retourné dans ma chambre.

« Merde, pourquoi je fais ça ? »

J’ai pris la feuille et me suis dirigé vers maman.

«M’man, faut que tu regardes ça. »

***

En rentrant chez elle, Elie se laissa tomber sur le canapé.

Une si longue journée ne devrait même pas exister ! Elle avait réussi à donner le document à Jérémy, elle avait pu lui parler…et aussi le mettre à terre, ce qui n’était pas à la portée de n’importe qui. Ses années de judo durant son enfance l’avait enfin servie. Le fait qu’elle eût sa première heure de colle l’importait bien peu. Son esprit était tourné vers les paroles qu’elle avait dites. Oui, elle les pensait vraiment, elle était sure de n’avoir dit que la vérité. Même si Jérémy ne le montrait pas, il avait besoin d’amis, de personnes en qui il pouvait avoir confiance, qui pouvait l’aider à se sentir heureux. Même s’il était dur avec elle, elle n’abandonnerait pas. Elle ne l’abandonnerait pas.

Elle se leva et alla à la cuisine. Tout en préparant son goûter, elle se demanda encore pourquoi les autres détestaient tant Jérémy. Pourquoi ne remarquaient-ils pas que ce garçon pouvait être sympa ? Pourquoi ne devinaient-ils pas à quel point c’était dur d’être seul ?

Elie connaissait ce sentiment. Ce n’était pas dans le cadre des relations amicales, mais elle pouvait aussi souffrir…

A propos de cela…

Elle regarda son portable. Devait-elle l’appeler ou pas ? Pour lui dire quoi ? Elle pouvait prendre de ses nouvelles…oui c’était tout à fait normal entre père et fille. Elle composa le numéro et attendit.

« Votre correspondant n’est pas disponible pour le moment. Veuillez laisser un mes… »

Elle raccrocha, un sourire amer flottant sur ses lèvres.

« Qu’est-ce que j’espérais…qu’un miracle se produise ? Dit-elle à haute voix. »

Dans ces moments-là, elle échangerait volontiers sa place contre celle de Jérémy.

Elle laissa tomber la préparation du goûter. De toute façon, elle n’avait pas vraiment faim.

Elle monta dans sa chambre et s’y enferma toute la soirée, sans prendre la peine de dîner. Elle voulait éviter de se confronter à la solitude qui régnait dans cette grande maison dénuée de vie.

Rekishi Yume: Chapitre 6

Chapitre 6 : Réunion au clair de lune…

Ces derniers temps, le silence avait du mal à régner à Sunight…

Jour et nuit, on entendait dans la forêt de tous les dangers, des cris de monstres féroces souhaitant sortir des bois ténébreux. Les créatures les plus terrifiants et les plus dangereux s’apprêtaient à sortir de leurs repères afin de semer la terreur sur leur chemin, certains ayant déjà commencé à attaquer les villages les plus proches. Beaucoup de victimes étaient à déplorer, malgré le déploiement des différents clans pour repousser ces abominables monstres. Le royaume entier était agité dans tous les sens, sans que personne ne sache vraiment la raison.

Le conseil des cieux décida alors de faire une réunion ce soir même. Certains rois et reines de clans différents de Sunight vinrent à Aré, le plus grand et le plus majestueux bâtiment du royaume. Il y avait le représentant des elfes, des fées, des loups garous, des centaures, des sorcières, des cyclopes, des lutins et des dryades. Ils prirent place sur des chaises en mousse argentée confortable, autour d’une grande table ronde en or. La salle vaste était décorée de nombreuses images fantastiques vivantes, représentant diverses actions de combats, de spectacles ou autres. Il y avait aussi deux grands chandeliers dorés placés dans deux des quatre recoins de la pièce qui maintenaient une lumière chaleureuse et pleine de douceur dans toute l’espace.

Le grand maître des anciens, Toba, s’assit à la place principale. Celle-ci était un trône ornée de diamants brillants de toutes les couleurs, également en mousse d’argent. Toba, lui, était un vieil homme d’une centaine d’années. Sa longue barbe blanche lui tombait jusqu’aux hanches, et ses cheveux aussi.  Plusieurs rides lui masquaient le visage et son air était à la fois doux et sévère. Ses yeux bleus reflétaient une grande sagesse. Son corps était comme son visage, mais on pouvait constater qu’il semblait avoir quelques muscles autrefois. Il portait une large robe d’un blanc bleuâtre, laissant à peine apparaitre ses pieds nus. Une cape de la même longueur et même couleur lui donnait un air royal. Une petite couronne d’un jaune vif était posée sur sa tête. Il devait s’aider d’une canne en bois pour se déplacer.

Lorsque le silence se fit dans la salle- on entendait tout de même l’agitation de dehors- le vieil homme prit la parole d’une voix rauque :

-Rois et reines des créatures magiques de ce monde, je vous salue. Il est fort dommage que tous les autres n’ont pu venir en ce lieu ce soir, car cette convocation traitera les problèmes, que l’on peut qualifier des plus importants.

-En bien ou en mal ? Ricana un homme massif aux oreilles de loups mais à l’apparence humaine, un sourire narquois à dents acérées aux lèvres.

-Tu le sais très bien, Gora, lui réprimanda une femme d’une beauté incomparable, faisant secouer ses ailes d’une blancheur éclatante dans son dos, alors arrête d’interrompre le maître juste pour pouvoir amuser ta petite personne !

-Oh mon dieu ! S’écria le dénommé Gora d’un ton ironiquement affecté. Quel cruauté tu as, sale petit papillon !

-Comment ose…

-Il suffit tous les deux ! Leur coupa Toba fermement. Linara, il vaudrait mieux que tu évites les conversations inutiles avec lui. Cela ne créera que des conflits entre vos deux clans.

La fée prit un court instant de silence pour se calmer avant de reprendre la parole :

- Bien maître.

-Merci. Donc, pour répondre à ta question, qui est évidemment tout à fait stupide Gora, le problème est grandement négatif.

Tous les autres firent échapper un gloussement de rire, excepté Gora qui laissa échapper un grognement et un homme au regard endormi, dont le bas du corps était celui d’un cheval.

- Comme vous le saviez, continua Toba sereinement, des monstres assoiffés de sang souhaitent sortir de la forêt de tous les dangers mais pour quelle raison ? Et bien pour pouvoir semer la terreur dans notre royaume et le monde ordinaire.

Une vieille femme coiffée d’un grand chapeau pointu toussa deux fois doucement pour attirer l’attention de tout le monde.

-  Excusez-moi maître, mais mise à part le fait de pouvoir se nourrir de créatures et d’humains frais, que va-t-il leur apporter à envahir les deux mondes ? Brovard est un endroit fabuleux pour eux et subvient parfaitement à leurs besoins.

-Bonne question. Répondit le maître. Ceci est vrai que se promener en dehors de leur territoire ne pourra rien leur apporter de spécial, mais je me demande si –sa voix se transforma en un murmure- si ce serait pour quelqu’un…

-Que voulez-vous dire ? Le questionna un lutin.

-Attendez…dit Linara, vous voulez insinuer que ce serait une personne qui a ordonné à ces monstres de sortir de la forêt ?

-C’est ce que je pense en effet, fit-il.

-Mais enfin c’est impossible ! Aucun être de ce monde  ne pourrait contrôler un si grand nombre de monstres dépourvus de bons esprits! Même nous, les rois et reines regroupés, n’y pourrons pas ! Et puis, il y a une puissante barrière magique difficilement franchissable autour de la forêt qui les empêche de se sauver normalement.

-Il est vrai qu’il soit possible que je me trompe. Je doute aussi qu’il existe une personne assez puissante pour tous les manipuler. Mais…j’imagine que vous avez tous entendu parler d’une étrange silhouette vêtue d’une longue cape noire qui rôde en ce moment même dans le royaume

Tout le monde approuva d’un hochement de tête.

-  J’ai entendu dire qu’il y a 7 ans, cette mystérieuse personne a déclenché un accident dans le monde ordinaire, informa Linara. Je crois que c’est ce jour-là où l’on a entendu parler d’elle la première fois.

-Et qu’ensuite, elle a complètement disparu avant de réapparaitre il y a quelques temps, ajouta le lutin.

-Exact, affirma Toba.

-Pff… dit Gora. Elle se fait parler d’elle dans tout Sunight ! En puis, on ne sait même pas s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Son but est de se faire remarquer, c’est tout !

-Comme si elle n’avait que ça à faire…murmura un homme avec un seul œil placé au milieu de son front. Mais quelqu’un aurait une idée de son sexe ?

-Il s’agit certainement d’un garçon. Pensa le lutin.

-Oui, tu as raison, approuva Toba. Puisque dans ce monde, les garçons ont un pouvoir plus puissant que les filles, racontées par cette légende, il doit surement s’agir de cela. D’autant plus qu’on peut confirmer sa puissance en se basant sur les catastrophes qu’il a commis récemment.

-Et cette histoire dit vrai ! Fit remarquer le loup-garou d’un ton vaniteux.

-Garde tes pensées pour tes sales clébards ! Lança la sorcière.

- Je rêve ! Tu me cher…

-Maître, cela veut dire  que c’est cette silhouette noire qui… lui coupa une jeune fille portant un diadème dans ses longs cheveux ondulés.

- En effet. Nous ne le connaissons pas, certes, mais je suis certain qu’il est la cause de nos problèmes actuels. Certaines personnes l’ayant vu ont tenté maintes fois de le capturer, sans résultat.

-Il se peut qu’il vienne de la forêt des enfers…supposa le cyclope. On ne sait jamais ce qui habite cette forêt !

-Belle hypothèse, Oro, dit le maître. Et nous pouvons le considérer comme le nouveau Lanrô, le grand destructeur.

Il commença à caresser sa barbe :

- En tout cas, c’est à cause de lui- il prit un ton grave- que certains monstres commencent déjà à peupler le monde ordinaire.

-Quoi ?! S’exclamèrent-ils d’une même voix.

-Vous…voulez dire qu’ils sont déjà en train de l’envahir ? s’écria une petite fille volante d’un ton aigüe.

-Hélas oui. Soupira-t-il. Mais rassurez-vous, ils ne sont pas encore nombreux et possèdent chacun un corps humain, ce qui diminue leur force.

-Mais il faut quand même intervenir au plus vite ! Répliqua le cyclope en clignant de l’œil. D’abord les abominations de Brovard, puis je vous parie que ceux de Dragnir vont s’y mettre aussi !

- Calme-toi, le tranquillisa Toba. Pour l’instant, ce n’est pas le cas alors ne sois pas aussi pessimiste. Et n’oublie pas que le magicien de la lune est dans le monde ordinaire. On peut compter sur lui.

Oro s’apaisa doucement. Tous les autres firent de même lorsqu’ils entendirent ‘’ le magicien de la lune’’.

- N’importe quoi ! Intervint Gora d’un ton arrogant.  Qui sait, peut-être que cette silhouette noire est plus forte que lui !

-Toujours aussi optimiste…fit remarquer le lutin ironiquement.

- Tu peux dire ce que tu veux, tu ne peux pas dire qu’il a toujours répondu à vos attentes ! Souvenez-vous, de l’incident du clan neigeux ! Il était là et n’a rien pu faire face à des monstres aussi minables que des insectes !

- C’est normal, c’étaient des créatures de Dragnir ! Ajouta Linara.

-Ça prouve quand même qu’il n’est pas si invincible qu’on le croit ! A cause de lui, ça a été un vrai désastre !

-Ce n’était pas à cause de lui ! J’aimerais bien t’y voir toi, face aux monstres les plus dangereux que l’on puisse rencontrer !

-Arrêtez tous les deux ! Répéta le vieil ancien.

Ils se turent.

-L’incident du clan neigeux…reprit la fille au diadème. Rien que d’y penser j’ai les larmes aux yeux… Cela nous a tous bouleversé…

Gora fit échapper un ricanement que personne n’entendit.

-  Oui, surtout la mort de la petite Isa… se lamenta Kiri, la reine des sorcières. Pauvre enfant…Elle était si gentille et venait seulement d’avoir ses 14 ans…

-Mais elle était dans la forêt de Brovard. Leur rappela Toba. Je me demande pourquoi s’est-elle enfuie dans un endroit aussi dangereux…Je pense qu’il faudrait mener une enquête.

-Vous pensez que le nouveau Lanrô pourrait être derrière ce désastre ? Demanda Linara.

-Je ne sais pas…médita Toba. Je doute qu’il soit si fort pour contrôler des monstres de Dragnir. Mais on ne sait jamais, comme le dit Oro, il vient peut-être même de là-bas.

-Je n’espère pas… fit ce dernier.

Un silence se fit pendant quelques secondes. Tout le monde semblait réfléchir aux évènements. Gora paraissait s’ennuyer et le centaure toujours endormi. Le lune était encore accrochée dans le ciel et veillait sur le royaume d’un éclat éblouissant. Risa  fut la personne à reprendre la parole :

- Dites maître, avez-vous entendu  la dernière nouvelle toute récente ? Le garçon de la glace est dans le monde réel.

-Est-ce vrai ? Non je n’étais pas au courant.

-Mais que va-t-il faire là-bas ? murmura Kiri.

-Raison de plus pour se calmer, ajouta la fille au diadème. Il est très fort.

-Tu as raison, Midori. Approuva Toba.

-Mais j’ai entendu dire qu’il y avait aussi le garçon de feu. Fit le lutin.

-Oh non…pensa Linara à voix haute. Lui aussi ? Cela ne fait qu’accroître mon inquiétude…

-Moi de même, dit Oro. Leurs relations sont bien pires que le feu et la glace eux-mêmes…

-Leur rivalité est aussi plus profonde ! Fit la sorcière.

-Ne vous inquiétez pas, les rassura encore le maître, tout ira bien pour eux.

-Facile à dire qu’à penser ! S’enquit Risa. Enfin bon, si vous le dites…on peut toujours espérer.

- En parlant du garçon de la glace, reprit Toba, vous devez surement être au courant pour ce qui s’est passé dans Dragnir.

-Ah oui, avec cette fille… se rappela Linara. Mais quelle grosse têtue ! On avait insisté pour qu’elle ne s’y aventure pas, elle ne nous a pas écouté et résultat : elle a failli y laisser sa vie !

-Hahaha !! S’esclaffa Oro bruyamment. Elle ne cessera jamais de m’impressionner cette petite ! Si seulement les autres humains étaient aussi téméraires qu’elle !

- Il n’y a rien de drôle ! S’énerva Kiri. Elle avait vraiment dépassé les bornes cette fois-ci !

-L’essentiel est qu’elle soit saine et sauve. Fit Midori d’un ton positif.

-C’est vrai. Enfin, continua le maître, je vais à présent vous parler du dernier sujet de la réunion, qui n’est pas la moins importante. Ceci concerne un peu l’accident causé par le Lanrô il y a 7 ans.  Il s’avère que l’enfant qui a survécu, Yume Haruno, possède en elle une puissante réserve de magie qui sommeille en elle. Pour l’instant, on ne peut savoir de quel type elle est et si elle est bonne ou maléfique. De plus, une de ses amies est en ce moment même inconsciente à cause de même coupable. Il a peut-être aussi ressenti les pouvoirs qui dormaient en Yume.

-Mais alors pourquoi ne s’attaque-il pas à la jeune fille directement ? Demanda Risa.

-Un mystère…Répondit le vieux.

- Et alors ? Intervint Gora. Je ne vois pas en quoi elle est interessante.

-Et moi, je ne sais pas si tu le fais exprès ou pas, mais vraiment, ce que tu peux être stupide parfois ! Remarqua la reine des fées.

-Grrr…Tu me cherches encore ? Grogna le loup-garou.

-Oh ! Vous n’allez pas recommencer ! S’écria Kiri.

Toba ne prêta aucune attention à cette dispute et poursuivit :

- Il se peut que cette jeune humaine ait déjà rencontré les deux jeunes magiciens et qu’ils soient déjà amis. Cela peut être une bonne chose car elle se sentira un peu plus à l’aise dans Sunight.

-Elle va venir dans notre monde ? Interrogea le cyclope.

-Puisqu’elle possède des pouvoirs à l’intérieur de son corps, pourquoi pas…Répondit-il. Elle est comme Lizzie après tout.

-Pourvu que cette Yume n’ait pas le même caractère qu’elle… espéra le lutin.

-Mais si la magie qu’elle a en elle est maléfique ? Demanda Midori.

-Eh bien dans ce cas, nous la tuerons. Dit le maître calmement.

-C’est évident… murmura Gora. Je me demande quel goût elle a…

Mais tout le monde ignora sa remarque. Ou plutôt ils ne l’avaient pas entendu.

-Bien. Je déclare le conseil de cette nuit terminé. Annonça Toba. Merci à tous d’être venu et surveillez bien les alentours du royaume. Eliminez tous les monstres que vous croiserez. Et à propos du Lanrô, évitez de vous retrouver face à lui. Il vaut mieux pour l’instant de recueillir plus d’informations sur lui avant de prendre le risque de le combattre. Evidemment, avertissez les autres rois et reines sur les nouvelles de cette soirée.

-Oui ! Répondirent les autres.

Tous se dispersèrent dans tous les coins de Sunight en un éclair, excepté Gora et le centaure au regard endormi qui restèrent à leur place. Le grand maître des anciens s’approcha de ce dernier et s’adressa à lui d’une voix basse :

-Veille à ce qu’elle vienne ici sans difficultés.

-Compris, maître. Affirma l’intéressé d’une voix assurée.

Il quitta Aré à son tour aussi rapidement qu’une étoile filante. Il resta Gora.

- Que fais-tu là encore ? Lui demanda Toba. A ce propos, j’espère que tu n’as pas manigancé un plan contre la jeune Yume…

-Mais que dites-vous là maître ?! Je suis un gentil loup-garou maintenant ! Depuis ma sortie des ‘’autres ténèbres’’, je me suis adouci !

-Je le souhaite…

Gora partit à son tour mais en marchant, devant les yeux de son supérieur.

Une fois dehors, la pleine lune brillait toujours aussi fort. Arrivé dans une forêt obscure, ses sbires étaient agités, c’est-à-dire comme d’habitude.

-Alors chef ? Cria l’un deux. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

-Patience Ogry, patience. Une humaine tout fraîche, qu’en pensez-vous ?

A ces mots, tous les loups garous présents se mirent à crier d’enthousiasme. Quant à Gora, son sourire des plus cruels fit montrer ses crocs aussi tranchants que des lames, et il hurla à la lune. Ce fut un hurlement qui avait envie de sang humain…

Et alors?: Chapitre 4

A midi, après le cours de sport, je suis rentré préparer le repas aux petits. Maman était allée les chercher à l’école, puis s’était recouchée. Je n’ai pas changé mon sac et ai emmené mes frères à l’école, accompagné de Lola. Ma sœur n’était pas encore en âge pour entrer en enfer, mais elle savait déjà très bien marcher. Elle me ressemblait un peu et tenait beaucoup de maman. Ses cheveux étaient de couleur caramel, prenant des reflets châtains au soleil. Ses yeux étaient aussi sombres que les miens. Elle était un peu maigre pour son âge, même si l’on faisait tout pour bien la nourrir (ce qui n’était pas une partie de plaisir).

Je suis donc arrivé en histoire en retard. Quand je suis entré dans la salle (une demi-heure après le début du cours), à la fin du sermon habituel du prof, je me suis dirigé vers la seule place disponible, au milieu de la pièce. La fille qui occupait ma table a lâché un ‘’beurk’’, ce qui lui a valu des regards de soutien et de compassion. Je n’ai pas pris la peine de voir à quoi elle ressemblait. J’ai sorti derechef mon agenda en frôlant une feuille. Décidément, mon sac devait être vraiment en désordre. J’étais tellement concentré sur mon activité artistique que seule la sonnerie a réussi à me tirer de mon monde.

Alors que je me dirigeais vers le prochain cours, anglais, trois garçons m’ont barré la route. C’était les mêmes personnes de ce matin, vers le pont.

« On peut parler ? M’a demandé Nathan, même si sa question n’en était pas vraiment une.

-Vous voulez sécher ? Me suis-je enquit.

-On s’en fout, c’est important ce qu’on a à te dire !

-Pas de problème, ai-je soupiré. »

Je les ai suivis, jusque dans la cour, dans un coin où l’on ne nous verrait sans doute pas. Au moins, ils avaient eu la bonne idée de me mettre à l’ombre de ce soleil dominant. Quand nous nous sommes arrêtés, ils m’ont entouré et leurs corps massifs ont bloqué les issues de secours. Ils me fixaient avec un air encore plus énervé que ce matin.

« Bon, vous allez me dire ce qu’il y a ? Me suis-je impatienté.

-On veut savoir ce que t’as fait à Elie hier, a dit l’un d’eux.

-Je croyais que c’était important ?

-Ça l’est !

-Vous êtes encore sur cette histoire ? Pourquoi vous êtes persuadés que je lui ai fait quelque chose ?

-Hier, elle allait très bien alors qu’aujourd’hui, elle boite.

-Ah, vous l’avez finalement remarqué ?

-Te fous pas de nous ! Est intervenu Nathan. Je suis sûr que c’est à cause de toi !

-Et si elle s’était faite cette blessure l’après-midi ?

-Y a pas beaucoup de chances, je l’avais proposé de sortir et elle avait refusé. Donc elle se l’est faite entre midi et le début d’aprèm !

-Sûrement.

-Et c’est tout ce que ça te fait ? S’est emporté ton amoureux. C’est à cause de toi, et…

-Mais qui te dit que je l’ai agressé, putain ?! »

C’est alors que je me suis souvenu. Je t’ai revu courir vers moi, ton visage fatigué, ton corps essoufflé, ta façon étrange de t’avancer…la grimace que tu as faite en t’asseyant. Donc…

« Je crois qu’elle s’est blessée en voulant me rattraper.

-Je le savais, sale bâtard !

-Eh, c’est pas moi qui l’ai forcé à faire le chien ! C’est uniquement à cause d’elle.

-Tu la traites encore de chien, et t’iras vivre dans un endroit pire que les poubelles ! M’a-t-il menacé entre les dents, en s’approchant de moi.

-Ah ouais ? J’aimerais bien voir ça, l’ai-je provoqué avec un rictus. »

J’ai vu son poing serré se lever vers moi.

***

En entrant dans la classe d’anglais, Elie remarqua que le nombre d’élèves avait diminué. Elle était souvent douée pour repérer les petits détails. En jetant quelques coups d’œil autour d’elle, elle réussit à déterminer les absents. Il manquait Nathan, Roméo, Philippe. Et Jérémy. Mme. Percho ne tarda pas à formuler à voix haute la question qui hantait l’adolescente depuis 3 minutes. Où étaient-ils ? Personne ne donna une réponse, mais une fille chuchota à l’oreille d’Elie avec un sourire malicieux :

« Tes chevaliers servants sont allés mettre une correction au SDF.

-Quoi ?

-Je les ai vus sortir. Nathan avait l’air très en colère quand il a appris que tu t’étais blessée hier, et il est sûr que le dégueu y est pour quelque chose. Remarque, ça tient la route. »

Elie prit avec consternation cette nouvelle. Elle ne pouvait pas laisser Nathan faire du mal à Jérémy, à cause d’elle ! Elle demanda sans hésiter à la prof :

« Madame, pourrais-je aller aux toilettes, s’il vous plait ? J’ai mes…enfin vous voyez.

-Bien sûr, Elie, mais fais vite. »

Après l’avoir remercié, elle se dépêcha tant bien que mal de sortir dans la cour. Au début, elle ne vit aucune présence, mais en se déplaçant, elle les vit. Les garçons encerclaient Jérémy. Elle fit quelques pas vers eux, puis vit Nathan lever son poing. Le mot sortit instantanément de la bouche d’Elie.

***

Alors que je me préparais à parer le coup que ton prince dévoué allait m’envoyer, j’ai entendu ta voix :

« Arrête !! »

Nous nous sommes tous tournés vers toi. Tu étais debout sur la pelouse, t’appuyant sur un arbre. Tu t’es avancée vers nous en traînant ton pied gauche, haletante, signe de ta fatigue. En te voyant, Nathan a couru vers toi pour te soutenir, suivi des deux gorilles. Tu as dit à ton copain :

« Ne fais pas ça, ce n’est pas de sa faute !

-Qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que si !

-C’est moi qui ai voulu te rattraper, c’est à cause de ma maladresse que je suis tombée. »

Tu as levé les yeux vers moi.

« Jérémy, ne leur en veux pas, s’il te plait.

-Ce n’est pas à toi de t’excuser, Elie ! Vous deux, allez en cours, j’ai plus besoin de vous, a ajouté Nathan à l’intention de ses serviteurs, qui ont obéi. »

De vrais chiens ma parole…

« Nous aussi, allons en classe, tu as dit.

-Pas moi, ai-je répondu.

-Jérémy…tu as commencé.

-Laisse-le, t’a conseillé Nathan.

-Mais non…

-Et pourquoi tu te préoccupes de lui, hein ? De plus, c’est une affaire entre mecs que je veux régler avec lui, ne t’en mêle pas, il vaut mieux.

-Ouais, pas besoin de toi, ai-je confirmé.

-Et vous, vous n’avez pas besoin de vous battre pour une histoire aussi stupide ! Ce n’est pas comme si j’étais morte, si ? Nathan, j’apprécie beaucoup ton attention, mais ça va aller. »

L’intéressé t’a regardé. Comme tu me tournais le dos, je ne savais pas ce qu’il avait lu dans tes yeux, mais il a semblé s’adoucir et a même souri.

« Comme tu veux.

-Merci ! »

Je me suis assis sur un rocher, histoire de montrer que j’allais rester ici et qu’il n’y avait pas à discuter.

« Jérémy, viens avec nous…tu m’as supplié.

-C’est bon, tu vas pas crever si je vais pas en cours. Laisse-moi maintenant. »

Nathan a fait quelques pas vers moi.

« Tu mérites pas de parler à Elie de cette façon. Si elle n’était pas là, je t’aurais déjà démoli la tronche. Rappelle-toi que t’es rien qu’une bête sauvage puante !

-Nathan !

-T’avises plus de lui manqu… »

Je ne lui ai pas laissé terminer sa phrase. Dans un accès de colère, je me suis précipité sans hésitation sur lui, et lui ai asséné un coup de poing en plein dans le visage. Un acte que j’accomplissais au moins trois fois dans la semaine normalement. Il s’est affalé par terre, en posant un bras afin d’amortir sa chute. Tu t’es tout de suite précipitée et agenouillée près de lui.

« Connard, tu vas le payer, a menacé Nathan en se frottant la joue rougie. »

Une goutte de sang perlait sa lèvre inférieure. Il s’est relevé en s’appuyant légèrement sur toi. Tu n’as pas tardé à me saouler une énième fois :

« Mais ça va pas ? Ce n’était pas la peine d’aller aussi fort !

-La ferme, j’ai pas besoin de tes leçons pacifistes ! »

Ton pote s’est rué vers moi mais j’ai eu le temps d’anticiper son attaque pitoyable qu’il voulait me lancer.

« Arrêtez ! Tu nous as suppliés, mais nous ne t’avons pas écoutée. »

Je lui ai lâché un coup de genou dans le torse, l’obligeant à se plier en deux.  Tu t’es mise entre nous, les bras écartés, et pour la première fois, j’ai perçu une lueur de colère dans ton regard. Tu as crié d’une voix forte et autoritaire :

« Je t’interdis de le toucher une nouvelle fois.

-Dégage de ma vue ! Ai-je vociféré.

-Tu n’as pas besoin de t’énerver autant pour une simple insulte ! Essaye de contr…

-Occupe-toi de tes fesses, c’est pas tes oignons !

-Si !

-T’es conne ?

-Tu t’en prends à un ami sous mes yeux, et tu penses que je vais rester là sans rien faire ? »

Je t’ai regardé avec des yeux ronds. Tu faisais ça…pour un ami ? Tu osais me provoquer pour quelqu’un qui n’avait aucun lien de sang avec toi ? Au même moment où j’ai pouffé à cette idée complètement ridicule,  Nathan t’a pris par les épaules et t’a écarté doucement de moi.

« Laisse, Elie…Je vais me faire cet enfoiré, une bonne fois pour toute. »

Sans te laisser le temps de répliquer, il s’est de nouveau rué vers moi et m’a envoyé une série de coups que j’ai évités aisément. J’ai commencé à sérieusement me lasser de m’amuser avec un garçon aussi faible. J’ai bloqué un de ses poings qu’il s’apprêtait à me lancer, et ai levé le mien. J’étais certain que ce serait le coup final, puisque j’allais y mettre toute ma force. Avec de la chance, il aurait seulement une dent cassée.

Mais…

Par la suite, tout s’est passé très vite. Je t’ai d’abord entendu murmurer, les dents serrées :

« Je vous ai dit d’arrêter… »

En un éclair, et ce malgré ta blessure, ce qui était consternant, tu as poussé Nathan hors de mon atteinte…avant de nous gifler. Tous les deux. Moi y compris.

A ce moment-là, j’ai eu l’impression d’être resté immobile durant des heures. Tout est devenu silencieux autour de moi. Je ne ressentais plus rien, mise à part ma douleur à la joue qui mettait du temps à s’estomper.

Je n’avais pas rêvé.

Je n’arrivais pas à y croire.

Tu m’avais frappé.

Tu avais eu l’audace de me donner une gifle.

A moi.

J’ai levé lentement mes yeux vers toi. Tu n’avais pas l’air effrayée par ton geste, ni de le regretter même. Tu semblais sérieuse, et très énervée.

J’ai senti la rage qui grondait de plus en plus violemment en moi. Cette dernière semblait m’avoir enlevé tous mes sens. C’était comme si j’étais dans le noir complet, avec pour preuve que j’étais encore vivant seulement toi, debout face à moi, et ma fureur.

Je savais qu’il ne fallait pas frapper les filles, blablabla… Pourtant, je me suis senti capable de bondir sur toi pour t’asséner sans pitié des coups jusqu’à ce que je sois soulagé. Comme une bête sauvage.

Tandis que je serrais mon poing, tu as détourné ton regard du mien pour reporter ton attention sur Nathan, qui était aussi étonné de ta gifle que moi.

« Dis donc, Elie, je savais pas que tu pouvais frapper aussi fort…

-J’étais bien obligé, puisque vos oreilles étaient bouchées.

-T’as osé…ai-je sifflé…Sur moi…

-Et alors ? Tu as répondu. Si tout pour toi se résout par la violence, si tu n’es pas prêt d’écouter ceux qui veulent t’empêcher de faire une bêtise, pas de problème, je peux m’adapter à ta méthode. »

J’ai fait un pas vers toi et j’ai cru que mon pied pouvait faire exploser le sol.

« Tu peux essayer de me frapper, tu as poursuivi. On peut même se battre, si ça t’arrange. »

Un pas de plus. Tu avais un air de défi.

« Ce n’est pas parce que je suis une fille que je ne suis pas capable de me confronter à toi. Si je gagne, tu cesseras de te battre avec tout le monde et iras en cours, compris ? »

-Si tu tiens tant à crever… »

Mais à peine ai-je levé mon bras que tu l’as bloqué. Alors que je restais médusé par la vitesse de tes gestes, je me suis senti légèrement soulevé du sol et, en un instant, je suis retombé lourdement sur le dos. Une douleur fulgurante a traversé ce dernier. Je n’arrivais plus à émettre le moindre son, complètement hébété par cette prise de judo inattendue.

Je t’entendais reprendre ton souffle, épuisée surement à cause de ta blessure.

Je suis resté allongé, sans bouger, les yeux rivés vers le ciel, sans vraiment le voir.

C’est quoi ça?!: Chapitre 5 (fin)

Quelle mauvaise nuit…

J’avais réussi à trouver le sommeil, certes, mais les cauchemars qui me hantaient avaient refusé de me laisser tranquille. Je voyais sans cesse Thomas m’enveloppant de ses grandes ailes noires, m’emprisonnant du monde extérieur. Il me regardait de ses yeux verts, qui se transformaient en deux globules noirs, m’inspirant à l’intérieur de son corps.

Et puis…je m’étais vue, moi, à sa place, tenant un cadavre entre mes mains, le visage défiguré par la rage et le désespoir. Le cadavre s’était peu à peu transformé en Thomas. J’avais ressenti de la peur. La peur de le perdre. Ce fut ce sentiment qui me réveilla brutalement.

Je devenais vraiment folle.

Je chassai toute trace de Thomas de mon esprit et me concentrai sur la belle journée qui s’annonçait devant moi. Je fis tourner en boucle le nom d’Alexis dans ma tête. Le rendez-vous ! Peut-être me tiendrait-il par la main ? Peut-être m’embrasserait-il…

Pendant tout le matin, ce genre de pensées m’occupa l’esprit. Je m’imaginai n’importe quelle scène susceptible de se produire, dans un rendez-vous. C’était mon premier et j’espérai que tout serait parfait. Si ce démon ne venait pas s’interférer, alors j’étais sure à 200% que tout se passerait merveilleusement bien !

Je choisis de mettre une robe à volants que j’avais dénichée miraculeusement au fond de mon tiroir. Elle était bleu clair avec des motifs floraux magnifiques. Je décidai de laisser mes cheveux châtains lâchés et m’autorisai un peu de mascara et de gloss. Heureusement que ma mère m’avait achetée des ballerines !

Après avoir prise une profonde inspiration, je sortis et me dirigeai vers le parc du Vellein.

Le temps était magnifique : le ciel d’un bleu éclatant se déployait au-dessus de la ville, ne laissant aucun nuage assombrir le paysage. Le soleil brillait fortement et, malgré la chaleur, le vent nous rafraichissait agréablement.

J’arrivai en avance et regardai les enfants s’amuser en attendant Alexis. Je ne pus m’empêcher de penser que tout le monde continuait à vivre paisiblement, à s’amuser tranquillement sans se douter de l’existence de créatures malfaisantes tapies dans l’ombre…

La voix d’Alexis me fit revenir à la réalité.

-Désolé, je t’ai fait attendre ?

-Non, je viens d’arriver.

Un vrai début de rendez-vous, comme dans les films…j’étais aux anges.

-Où va-t-on ? Demandai-je.

-Je connais un endroit où ils font de bonnes pâtisseries ! Ça te dit ?

-Bien sûr !

Il m’attrapa tendrement la main, mais de manière tellement inattendue que je sentis mon cœur faire un bond au contact de sa peau. Mes joues s’empourprèrent contre mon gré et je priai qu’il ne remarque rien.

Nous allâmes dans un salon très chic et il fallut que je me retienne d’avaler d’une seule bouchée toutes les délices qui se présentèrent à ma portée. En présence de Léa, cela ne poserait aucun problème, mais j’étais assez intelligente pour savoir que je devais me comporter de façon plus féminine devant mon petit ami !

Il m’emmena ensuite au bord d’un lac où nous discutâmes longuement afin de faire plus connaissance. J’appris que son sport préféré était le basket, qu’il aimait les jeux vidéo, la musique mais aussi lire. Il faisait aussi du karaté et divers autres activités impressionnants les uns que les autres. Un garçon absolument parfait, en somme…

‘’Sa perfection le rend suspect…’’

Qu…mais pourquoi repensais-je aux paroles de Thomas ? Je secouai discrètement la tête. Mais d’autres mots vinrent se superposer sur ceux d’Alexis.

‘’J’ai des doutes à propos de sa véritable personnalité’’ ‘’Ça ne t’étonne pas qu’il s’intéresse si soudainement à toi…’’

Puis ceux de Léa.

‘’On dirait qu’il cache quelque choses.’’ ‘’Fais attention quand même.’’

Bon sang…pourquoi tout cela surgissait dans mon esprit maintenant ? Pourquoi ? Dans quel but ? De quoi ? J’éprouvai une douleur fulgurante dans ma tête lorsque ses paroles me parvinrent clairement.

‘’Fuis.’’

Hein ?

Je tombai à genoux dans l’herbe, la tête entre les mains. Alexis s’arrêta.

-Océane, ça va ?

Je me ressaisis du mieux que possible et me redressai péniblement.

-Ou…oui. Juste un vertige de rien du tout.

Son expression inquiète me fit fondre et j’ajoutai d’une voix enjouée :

-On va où, maintenant ?

Il me rendit mon sourire.

-Si on allait dans un petit bois. C’est un endroit tranquille.

Un sentiment de panique s’alluma automatiquement en moi.

-Tu…ne veux pas qu’on reste ici ?

-Il y a une chose que je voudrais te montrer. C’est une cabane que j’ai construite avec des amis et j’aimerais que tu y jettes un coup d’œil.

Après tout…pourquoi pas ?

-D’accord.

Le bois ne se trouvait pas loin du lac. L’absence de clarté contrastait avec la lumière vive qu’avait éblouie la journée.

Nous nous enfonçâmes de plus en plus entre les arbres et l’obscurité qui accroissait me troublait de plus en plus.

-C’est encore loin ?

-Nous y sommes presque.

Après quelques minutes encore de marche, nous nous arrêtâmes enfin. Mais je ne voyais rien d’autre que d’hautes herbes qui nous entouraient. Aucune présence qui ressemblait à une cabane.

-Où est-ce ?

Ce qui se passa me déconcerta. Alexis fut pris d’un fou rire qu’il ne prit pas la peine de contrôler. Ce rire n’était pas ordinaire : il était moqueur, triomphant.

-T’es vraiment une vraie idiote, ma parole !

Je n’arrivai pas à dire quoi que ce soit. Aucun son ne parvint à sortir de ma bouche paralysée de stupeur.

-Eh, les gars, vous pouvez sortir !

Cinq garçons du collège apparurent autour de nous, riant aux éclats.

Quoi ?

-J’arrive pas à croire que ça ait vraiment marché ! Dit l’un d’eux.

-J’ai donc gagné le pari, vous me devez 20€ !

-C’est bon, Alex, on te les donnera plus tard !

-De…quoi…parlez-…vous ?

Mais je savais déjà ce qui se passait. Les avertissements de Léa et Thomas tournèrent une fois de plus dans mon esprit.

-T’as cru que j’étais intéressé sérieusement à toi ? T’es pas un peu dingue ? En plus de ça, tu me suis ici comme un toutou sans te douter de rien !

-Ha ?

Je sentis mon corps se glacer à ces mots. Il s’approcha de moi et me prit le menton, les yeux brillants de cruauté.

-Je me suis bien amusé avec toi, à te voir te bercer de fausses illusions ! J’étais sûr que t’étais folle de moi alors j’en ai profité. Mais puisqu’on est là, autant continuer, tu ne crois pas ? En plus, tu as eu la bonne idée de porter une robe, alors ce sera plus facile…

Il me poussa violemment et je m’affalai par terre. Il se mit au-dessus de moi et me bloqua les bras. Je réussis à retrouver l’usage de mon corps et essayai de toutes mes forces de me libérer de son emprise. J’y parvins presque mais ses amis m’en empêchèrent.

Je hurlai à en brûler les poumons, en pleurant.

-Hahaha ! Ça sert à rien de crier ainsi, personne ne pourra venir !

Non…non…dans quel pétrin m’étais-je encore fourrée ? Comment avais-je pu être aussi stupide ? Me laisser si facilement bernée … Je continuais à me débattre mais c’était seulement pour attarder le malheur à venir. Mes rugissements de terreur ne firent qu’amuser les garçons.

Non…non…pas ça, non…je regrettais tellement de ne pas les avoir écoutés…j’étais la plus bête du monde…c’était de ma faute…j’enrageais de ma propre naïveté, de ma propre faiblesse.

Pourquoi…pourquoi…je voulais que quelqu’un vienne…ici, m’aider…s’il vous plait…je vous en supplie…je t’en prie…

-THOMAS !

Une tempête surgit brusquement et projeta les garçons à quelques mètres d’ici. Je me sentis de nouveau libre de mes mouvements et me relevai, hébétée.

Mes yeux se posèrent sur une grande silhouette svelte, de grandes ailes noires déployées derrière son dos. Son visage m’était méconnaissable, et pourtant je savais de qui il s’agissait. Thomas était devenu un…adulte. Il n’avait plus le physique d’enfant que je lui avais connu. J’aurais pu rester là, à contempler sa beauté, s’il ne m’avait pas tiré de ma torpeur en s’élançant d’une rapidité surhumaine vers les garçons, encore sonnés. Il ne les laissa pas le temps de se redresser et les envoya valser dans l’air une fois de plus, cette fois par une espèce d’éclair qui leur trancha les T-shirts.

Un brouillard sombre et inquiétant sortit du corps du démon et je ressentis sa puissance oppressante. Je sus tout de suite ce qu’il avait l’intention de faire.

-Arrête !

Il tourna son attention vers moi et je remarquai avec horreur que ses yeux étaient rouges sang. Comme dans le souvenir.

-Laisse-moi les tuer.

-Ça ne t’apportera rien ! Ils sont déjà mal en point, ça suffit comme ça !

Long silence. Finalement, le brouillard s’évanouit lentement et ses pupilles redevinrent verts. Les garçons étaient inconscients, mais respiraient encore.

Thomas s’avança devant moi, sans me jeter un regard et se contenta de dire :

-Allons-y.

Je le suivis en silence quelques instants, avant de demander :

-Comment ça se fait que tu aies autant grandi ?

-Lorsque j’utilise une grande partie de mon pouvoir, je retrouve ma véritable apparence. Mais je vais reprendre le corps d’avant petit à petit.

-Donc tu n’as pas vraiment besoin de moi pour délivrer ton pouvoir.

-Ce n’était rien du tout, ce n’est pas avec ça que je pourrais dominer la Terre entière.

Nouveau silence.

-Comment tu as fait pour m’entendre ?

-Je suis un démon, t’entendre ou sentir ta présence est aussi simple que dire bonjour pour moi.

Silence derechef.  N’y pouvant plus, je lâchai :

-Tu pourrais au moins me blâmer, me reprocher de ne pas t’avoir écouté, mais parle.

-Tu sais déjà tout ça, pas besoin d’en rajouter.

-…pourquoi m’as-tu sauvée ?

-C’est évident, non ? Tu es ma réceptacle.

-C’est seulement pour cette raison que je te suis si précieuse ?

-Tu en vois une autre cause ?

Bien sûr que non…j’avais posé une question totalement ridicule.

Je venais de vivre une grosse déception amoureuse, j’avais failli connaitre l’enfer. Pourtant, je ne ressentais aucune peine. Je ne pleurais pas, j’étais…normale. Je levai les yeux vers Thomas. Il avait repris sa forme d’enfant. Je repensais à ce mot que j’avais entendu dans ma tête, qui était sorti de nulle part. ‘’Fuis’’.

-Thomas, est-ce que tu peux aussi contrôler mes pensées et mes sentiments ?

Il s’arrêta.

-Le lien qui existe entre nous le permet.

-C’est donc bien toi qui m’as dit de fuir, et qui es en train…d’absorber la tristesse que je devrais ressentir en ce moment ?

-…tu es plus perspicace que je le pensais.

-Et…je peux le faire moi aussi, pour toi ?

-Il vaut mieux que non.

-S’il te plait, juste essayer !

-Ce n’est pas un jeu, on ne le fait que par nécessité !

-M’empêcher d’être triste est donc important pour toi ?

Il ne me répondit pas. Il se contenta de me fixer, impassible comme d’habitude. Je soupirai :

-C’est bon, pas la peine de me dire quoi que ce soit. De toute façon, c’est moi qui suis en tort là…je suis désolée de t’avoir causé autant de problèmes, de ne pas t’avoir écouté, sachant que je ne connais rien en l’amour. Et je te remercie d’avoir pris la peine de me sauver, même si tu l’as fait plus par devoir que par choix. Je ne me plaindrai plus et, si ton but est seulement d’être fort sans mettre en danger la population, j’accepte de t’aider.

Il se produisit alors quelque chose de totalement inattendue : il laissa échapper un rire bref. Son sourire le rendit plus…humain et, j’oubliai pendant une seconde qu’il était un démon. Je sentis alors mon cœur remuer pour une raison inconnue qui m’effraya. Ouhla…

-De toute façon, tu es obligée de m’aider. Essaye de voir le bon côté des choses : avec moi, tu ne risques plus rien.

-Et tu pourras me donner les réponses au brevet !

-N’y compte pas.

-Radin !

Bah ! Après tout, pourquoi rejeter ce que la vie nous offrait, aussi étrange soit-il ?

A présent, j’étais consciente que, même si Thomas était un démon, il était aussi doté d’un cœur et de sentiments.Il pouvait faire preuve de générosité, de compassion.

Peu importait ce que l’avenir nous réservait, il serait près de moi. Je l’aiderais, il me protégerait. Nous serions ensemble.

Pour la première fois, je ressentais vraiment que nous étions liés l’un à l’autre.

Oui. J’étais prête à faire face à la nouvelle vie qui s’offrait devant moi.

Enfin presque.

Fin

C’est quoi ça?!: Chapitre 4

‘’Océ, ça va ?’’

J’avais reçu ce message de Léa il y avait une vingtaine de minutes. Avec un soupir, je me daignai enfin à répondre.

‘’Fatiguée, c’est tout.’’

Elle me répondit quelques secondes plus tard.

‘’Révise pas trop quand même, de toute façon, t’as déjà ton brevet.’’

Ne souhaitant pas continuer, je mis un terme à la conversation.

‘’Ouais, t’inquiète. Dois te laisser, a+.’’

Je jetai mon portable à l’autre bout de mon lit et me roulai en boule sous ma couverture. Les rayons de soleil coulaient à flots à travers ma fenêtre, et je percevais malgré moi la lumière provoquée par eux. J’essayai de faire le vide dans ma tête, oublier le monde qui m’entourait, jusqu’à ne devenir qu’une enveloppe charnelle dépourvue de sentiments et de pensées. Mais mes efforts restèrent vains.

De toute façon, comment pourrais-je y arriver, après ce qui m’était arrivé?

Imaginez que vous essayez de sauver un enfant qui se révèle être un démon dont vous êtes liée de force, et qui vous a dit que vous êtes prisonnière à lui pour toujours ? Le fait que je fusse considérée comme une évadée d’un asile psychiatrique m’importait peu désormais.

J’étais restée cloitrée dans ma chambre depuis que j’étais rentrée, réussissant à dissimuler mes larmes de la vue de mes parents.

Je tentai de me rassurer du mieux que possible. Ce Thomas ne pourrait rien faire tant qu’il y aurait des gens à proximité. Même s’ils ne le verraient pas, il y aurait surement des évènements surnaturels provoqués par sa présence qui les interpelleraient ! D’ailleurs…pourquoi étais-je la seule à le voir ? Non, j’avais déjà assez de choses en tête, ce n’était qu’un détail de plus pour me brouiller l’esprit.

Pour la énième fois, je me pinçai violemment le bras, sans conviction. J’avais aussi essayé de faire disparaitre cette marque sur ma main, en passant par l’eau, le savon, les ongles, mais rien n’avait abouti. Je ne pouvais que regarder ce symbole du pacte avec dégoût.

J’aurais bien voulu tout raconter à Léa. Malheureusement, elle était certaine que j’étais déjà folle, et une histoire pareille ne ferait que renforcer cette opinion. Pourtant, j’éprouvais un besoin irrépressible de me confier à quelqu’un. Mes parents ? Cette suggestion s’évapora en un clin d’œil.

Je me rendis compte que je n’avais presque aucun ami proche. J’entretenais de bonnes relations avec des camarades, mais ça n’allait jamais plus loin. C’était surement parce que l’amitié de Léa me suffisait amplement.

Mon portable sonna, interrompant le fil de mes réflexions. Quand on parlait du loup…

Je fis appel à toute mon énergie, me redressai pour attraper le téléphone et décrochai.

-Bon sang, Léa, je t’ai dit qu…

-Océane ? C’est moi, Alexis.

Mon cœur rata un battement en entendant sa voix. Mon dieu, je l’avais pratiquement oublié, alors qu’il était devenu mon petit ami ! Honte à moi ! J’étais trop focalisée sur mon malheur que je n’avais plus prêté attention à mon bonheur ! Je m’insultai intérieurement de tous les noms et me frappai mentalement.

-Océane ? Tu es là ?

-Ou…oui ! Désolée, je ne m’attendais pas à ton appel.

-Oh, je te dérange ? Excuse-moi, je peux…

-Non ! M’exclamai-je. Je n’étais pas du tout occupée !

-Tant mieux, rit-il. En fait, je t’appelle pour te proposer un rendez-vous.

Ce mot me fit tourner la tête.

-Comme il n’y aura pas cours demain, ça te dirait que l’on sorte tous les deux ?

A ce moment-là, j’avais l’impression qu’il n’existait plus qu’Alexis et moi, que nous étions seuls au monde.

-J’accepte !

-Très bien, alors on se retrouve demain à 14h, au parc du Vellein, d’accord ?

-D’accord !

Après cet échange avec Alexis, je me sentis bien mieux. Pour la première fois, depuis l’apparition de Thomas, j’étais heureuse. Demain serait une merveilleuse journée ! J’espérais de tout mon être que tout serait normal. J’avais déjà eu mon lot de surprises pour les jours à venir et plus Thomas était absent, plus c’était mieux ainsi.

Jusqu’à 22 heures, je choisis les vêtements à porter pour le lendemain. Vu mon placard et les habits que je portais habituellement, c’était une tâche très difficile pour un garçon manqué comme moi. Mais j’étais prête à faire cet effort pour Alexis.

Epuisée par cette journée qui m’avait semblée s’étirer sur une semaine entière, je me couchai de bonne grâce. Je fermai les yeux, et laissai mon esprit divaguer pour accéder au monde des rêves, lorsque j’entendis un bruit qui me fit sursauter.

Je me relevai prudemment, tous mes sens en alerte. Je rallumai la lampe et la lumière laissa apparaitre devant moi la silhouette qui me hantait depuis 7 heures. Je voulus crier mais il m’en empêcha avec sa main. Je la repoussai et m’écriai :

-Qu’est-ce que tu fais là ?!

-Je te l’ai dit, où que tu ailles, je te rattraperai toujours.

-Pars d’ici, tout de suite !!

Mes hurlements attirèrent l’attention de mes parents, qui se précipitèrent dans ma chambre.

-Océane, qu’est-ce qui te prend ?

-Souviens-toi que tu te feras passer pour une folle, me rappela Thomas.

-Pas besoin de me le dire, sifflai-je assez bas pour que lui seul ne m’entende puis j’ajoutai à mes parents. C’est rien, j’ai juste fait un cauchemar. Vous pouvez retourner dans votre chambre.

Ils ne se le firent pas prier. Je me tournai vers le démon et poursuivit d’un ton plus bas :

-Maintenant, dégage, laisse-moi dormir.

-Tu peux le faire même si je suis là, je ne te dérangerai pas.

-Tu veux entrer dans mon intimité ? Ça ne te suffit pas de gâcher ma vie ?

-Je resterai près de toi, que ça te plaise ou non.

-Il n’en est pas question ! Tu te tiens loin de moi autant que possible, surtout demain !

-Que se passe-t-il demain ? Demanda-il.

-Ça ne te regarde pas, tu me laisses tranquille, c’est tout !

-Je n’ai donc pas le choix.

En un éclair, il se tint près de moi, son visage à quelques millimètres du mien. Ses yeux pénétrèrent les miens et je n’arrivai pas à me dérober à son regard, malgré mes efforts. La couleur de ses pupilles changea alors peu à peu, passant de l’émeraude au noir obscur.

D’un coup, j’eus l’impression qu’il était capable de…sonder mon esprit. Cela pouvait paraitre totalement absurde (quoi que tout le fût déjà), mais j’avais le sentiment d’être mise à nue, de ne plus avoir de secrets pour lui. Les barrières qui cachaient mes pensées furent complètement détruites devant cet être aussi mystérieux que diabolique. Je le sentais voyager à travers mes souvenirs, creuser là où il voulait, explorer les moindres recoins de mon âme.

J’essayai d’échapper à son emprise, mais cela était impossible. Sa puissance était écrasante. Alors je décidai de faire de même avec lui : je fis appel à toute mon énergie et tentai d’entrer à l’intérieur de son esprit. Le contact de nos regards avait créé un lien entre nous qui permettait cet acte insensé. Je le savais.

Alors que je réussis à forcer ses barrières, je fus submergée par une mare de pensées, de sentiments et de souvenirs ténébreuses. Je ne parvins pas à les déchiffrer, seulement à recueillir quelques brins qui ne me servirent pas à comprendre. C’était comme si j’étais en train de me noyer. J’étais emportée par des vagues violentes qui ne me laissaient aucun repli, je tournai dans l’eau sans savoir où j’étais. Inconsciemment, je tendis ma main et elle s’agrippa à quelque chose. Je le tirai vers moi et ouvris les yeux. C’était imprécis mais j’étais certaine qu’il s’agissait d’un souvenir. L’image qui se présenta devant moi n’était pas nette, mais cela ne l’empêcha pas de m’effrayer.

Un ange noir tenant dans ses bras une personne déchiquetée, défigurée au point d’en être méconnaissable.

Cet ange noir avait le visage déformé par la rage, le désespoir, les joues baignées de larmes qui ne cessaient de couler de ses yeux rouges sang.

Cet ange noir était un démon.

Ce démon était Thomas.

Stupéfaite, je fus projetée brutalement loin de cette rivière noire et me retrouvai à nouveau dans ma chambre. J’étais exténuée, comme si j’avais couru un marathon.

Que s’était-il passé pour que Thomas ait été dans un tel état ? Et ce mort…un proche ? Cette image me bouleversait malgré moi.

Je repris mon souffle, et levai mes yeux vers Thomas. Ses prunelles étaient redevenues vertes, et il me regardait avec une expression à la fois énervée et terrifiée.

-Qui t’a permise de fouiller dans ma tête ?

Je réussis à me reprendre en main tant bien que mal.

-Et toi alors ? C’était quoi tout…ça ?

Un moment de silence ensuivit mes paroles. Il se pinça l’arête du nez et se calma.

-Je voulais savoir ce qui se passait demain pour que tu tiennes à ce point à me tenir à l’écart. Donc c’est à cause de cet Alexis.

-J’y crois pas, c’est pour ça que tu es entré dans mon esprit ?

Toute trace de peine pour lui avait disparu.

-Il ne doit y avoir aucun secret entre toi et moi.

-C’est sûr que maintenant, il n’y en a plus !

Je me sentais humiliée. En un rien de temps, il savait tout de moi, même les parties les plus intimes de mon être. J’avais terriblement mal au cœur rien qu’à cette pensée. Alors, en plus de tuer, les démons avaient le pouvoir de pénétrer dans les esprits des gens ? C’était complètement horrible !

-Tu ferais mieux de rompre avec lui.

-Quoi ? Dis-je, déroutée.

-Sa perfection le rend suspect. J’ai des doutes à propos de sa véritable personnalité.

-Tu te prends pour le détective de l’amour ? M’esclaffai-je. Tu ne le connais même pas.

-Ça ne t’étonne pas qu’il s’intéresse si soudainement à toi, alors que vous ne vous êtes jamais parlés ?

-‘’Le coup de foudre, ça existe tu sais’’. Ah non, j’oubliais, tu ne connais rien en l’amour alors arrête de me donner des leçons compris ? Vous, les démons, vous ne pouvez pas savoir ce que l’on éprouve quand on aime quelqu’un ! Vous n’êtes que des monstres insensibles à toutes émotions !

La réaction de Thomas m’ébahit : il devint étrangement pâle, les yeux pétrifiés de terreur, la mâchoire contractée. Alors le souvenir horrible que j’avais vu refit surface. Je m’étais trompée dans mes mots, j’en avais conscience…

Je songeai à m’excuser mais il ne m’en laissa pas le temps. Il était redevenu calme.

-Je n’arrive pas à croire qu’il puisse t’aimer, toi. Alors qu’il y a des filles beaucoup plus séduisantes à ses pieds.

-Ton honnêteté me touche beaucoup… quoi qu’il en soit, je peux me passer de tes conseils. Tu ne me colles pas aux basques, demain, point barre !

Je me rallongeai, et lui tournai le dos. Je l’entendis murmurer :

-Faudra pas venir se plaindre…

J’entendis sa présence s’évaporer.

Je songeai contre mon gré à l’image que j’avais perçu à travers sa mémoire…à cause d’elle, je ne savais quoi penser de lui…

La douleur qui transparaissait dans ses yeux me hanta jusqu’à ce que je plonge dans un sommeil agité.

A suivre…

Rekishi Yume: Chapitre 5

Chapitre 5 : Quelques erreurs, sans plus…

 

La mauvaise nouvelle à propos de Kaori faisait l’objet de toutes les tristes discussions. Certains se vantaient de connaître la jeune fille, d’autres espéraient vraiment qu’elle fût saine et sauve.  Ils apprirent par le proviseur que la police ouvrait une grande enquête et qu’elle allait  poser des questions aux proches de la disparue, aussi bien dans le quartier qu’au lycée.

Le jour de l’annonce sur l’état de leur amie, on aurait presque cru le groupe ‘’Yujo’’  allaient perdre leur souffle, tellement leur visage étaient vidés de toutes couleurs. C’était comme si le monde s’était effondré d’un seul coup sur leurs petits épaules.

L’après-midi, ils allèrent voir les parents de leur amie. Ils sonnèrent et lorsque la porte s’ouvrit lentement, ils virent la mère de Kaori, Nami More, en pleurs, un mouchoir mouillé par ses larmes dans ses mains.

Nami était une femme d’une cinquantaine d’années, mais toujours en forme et assez sportive. Ses yeux avaient la même couleur marron que ceux de sa fille. Ses cheveux courts et lisses étaient noirs et était toujours décorée d’un petit bandeau de différentes couleurs selon son humeur. Pourtant, aujourd’hui, elle n’en avait pas. Elle était surement occupée de penser à son enfant, normale pour une bonne mère.

-  Ah…bonjour…mes enfants…comment allez-vous ?…dit-elle faiblement en séchant ses larmes.

-Heu…bonjour madame… répondit Kyo en baissant les yeux, ce qui était habituel chez lui lorsque qu’une fille pleurait devant lui. On a appris pour…Kaori…

-Ah oui…mais entrez je vous en prie…les policiers viennent justement de partir…

Ils entrèrent dans la maison sans oser croiser les yeux mouillés de la pauvre femme.

Quand ils furent tous assis dans le salon, refusant un jus de fruits  proposé par Mme. More, Yume prit la parole :

- Nous sommes vraiment désolés pour ce qui est arrivé…nous sommes tous autant bouleversés que vous…

-Oui je n’en doute pas. Répondit-elle. Vous êtes ses plus grands amis et nous souhaitons tous qu’elle revienne le plus vite possible en pleine forme…

-Mais madame, demanda Hiro, pourquoi n’avoir pas prévenu le lendemain même de sa disparition et avoir attendu un jour pour le faire ?

-Toujours aussi perspicace mon cher Hiro. Normalement, j’aimerais garder la raison pour moi. Je n’ai juste dit aux policiers que je n’avais trouvé Kaori nulle part. Sans doute ils me poseraient tellement de questions qu’à la fin, ils me prendraient pour une folle en connaissant ma réponse. Néanmoins, vous êtes ses plus fidèles amis donc je peux bien vous le dire. Eh bien, le soir même, avant que se produise ce malheur… nous nous étions disputés à propos de…oh non, ça je ne peux pas vous le dire c’est à Kaori d’en décider. Mais elle l’a mal pris, s’est énervée et s’est enfermée dans sa chambre. Puis, quand je suis allée frapper à sa porte pour me faire pardonner… il n’y avait aucune réponse. Je me suis permis d’ouvrir et je ne l’ai trouvée nulle part.  Au début, je pensais que ce n’était pas vraiment nécessaire d’alerter la police… je me suis dit que ce n’était qu’une simple fugue. Mais plus j’attendais, plus je m’inquiétais et je commençais à avoir peur de comprendre la vérité…

- Quel vérité ? S’intrigua Eri.

-…hésita la mère. Non, excusez-moi, mais si je vous le disais, vous me prendrez pour une vieille femme qui a perdu la tête !

-Je doute, commença Kenji, vous êtes la mère d’une fille douce, timide, qui ne raconte jamais de mensonges. Et puis telle mère telle fille.

-Merci pour ton compliment, Kenji. Dit Mme. More. Mais je ne pense pas que ce serait vraiment nécessaire de vous parler d’une chose qui sortirait du commun.  Par conséquent, cela ne veut pas dire  que je ne vous dirai jamais la vérité…Du moins, une partie en tout cas…

-Et quand est-ce que ça arrivera ?  S’impatienta Kyo.

-Bientôt, ne t’inquiète pas…surement bientôt…

La partie importante de la discussion terminée, les amis s’apprêtèrent à partir. Sur le seuil de la porte, ils saluèrent la pauvre femme

- Ne vous en faites pas madame, la police la retrouvera certainement. La rassura Yume. Elle ne peut pas être bien loin.

-Oui, je sais. Enfin je l’espère… Je vous remercie à tous pour votre soutien, revenez quand bon vous semble !

Après ce jour, 3 étaient passés et Kaori ne donnait aucun signe de vie. Aucun indice. Rien. Beaucoup de personnes venaient chez ses parents pour essayer d’apaiser leur inquiétude avec des mots réconfortants. ‘’Vous savez bien que la police met toujours du temps pour achever une enquête, ‘’Ils ont surement gardés des preuves pour vérifier si ce n’est pas une erreur avant de vous prévenir’’, ‘’ Ne vous inquiétez pas, elle va revenir…’’… Mais peu de gens étaient confiants de leurs paroles.

La police avait interrogé ‘’Yujo’’ mais les membres de ce dernier ne dirent rien d’intéressant.

Samedi matin, le groupe était dans la chambre d’hôpital de Naomi. Certes, cela faisait trop longtemps qu’elle était inconsciente pour un simple bout de bois, ce qui était de plus en plus étrange. Les policiers n’avançaient pas non plus dans cette enquête.

Comment réagirait-elle lorsqu’elle apprendra l’absence de son amie ? Surement comme ses amis…

- Qu’a-t-on fait pour mériter tous ces malheurs ? Se plaignit Kenji d’une voix désemparée. D’abord Naomi avec ce fichu accident inutile, puis Kaori avec sa disparition mystérieuse ! Et après ? Je vous parie de Kyo aura une crise cardiaque !

-Eh oh ! Tu y vas un peu fort là ! répliqua ce dernier sans vraiment être intéressé par la remarque. Mais j’avoue que tu as quand même raison, notre joyeux groupe est en train de se briser en mille morceaux. J’espère qu’un jour, on pourra la reconstruire…

Eri fit une grimace :

-Kyo, arrête de faire le garçon poétique, ça fait peur venant de ta part !

-Je dis ce que je veux ! S’énerva le turbulent. Et puis je ne fais pas le garçon poétique, comme tu le dis !

-Assez, je vous en prie ! Intervint Hiro. Ce n’est pas vraiment le moment de vous disputer !

-…fit Yume, perdue dans ses pensées.

-Il faut quand même avouer que Kaori est gonflée de laisser ses proches s’inquiéter ! Commenta Eri. Elle n’a même pas pensé à nous et aux conséquences de son absence ! Et Naomi ? L’a-t-elle oubliée ?

-Réfléchis Eri ! Dit Yume après s’être réveillée de la remarque, pensa-t-elle, déplacée de son amie. Elle avait sans doute une bonne raison pour avoir agi de la sorte. Ce qu’a dit sa mère devait être vraiment horrible…ce n’est pas son genre de faire inquiéter ses proches pour rien…

-Je suis d’accord. Affirma Kenji. Eh !  Une hypothèse vient de me traverser l’esprit ! Imaginez Kaori est en train de tous nous faire une blague ! Et puis, demain ou après, elle reviendra ! En même temps, elle est la seule à ne pas avoir fait de blague le 1er avril !

-Mais oui c’est ça…tu en as d’autres aussi stupides que celui-ci ? Idiot ! Se moqua Eri.

-Tu as vraiment cru qu’elle était du genre à faire une bêtise pareille ? Fit remarquer Hiro calmement.

-Je ne savais pas que tu le connaissais aussi mal, espèce de voyou ! s’exclama Kyo, en faisant une mimique.

-C’est bon, je voulais juste vous remonter le moral ! Voir des têtes aussi maussades que les vôtres, il y a de quoi s’inquiéter ! Il n’y avait pas besoin de m’agresser !

-Ha ! Tu n’as pas vu la tienne alors ! Plaisanta Eri. Enfin bon, c’est gentil de ta part de vouloir nous rassurer, merci.

Kenji commença à s’empourprer. Il n’avait pas l’habitude que l’on lui fasse des compliments, et ce depuis qu’il avait adopté un statut de rebelle du quartier.

Autrefois, il occupait le plus grand de son temps à trainer dans le froid, la nuit, dehors, à sécher les cours et rentrait chez lui dans les environs de minuit.

Ses parents étaient désespérés et ne savaient que faire. Heureusement, ce fut grâce à Eri qu’il arrêta peu à peu de vivre misérablement. C’était en 5ème.

      ***

       Tout d’abord, Kenji et Eri étaient des enfants qui se connaissaient depuis le début de maternelle. Ils n’étaient pas forcément amis, mais discutaient entre eux quelques fois. Eri remarquait l’évolution de la personne du jeune garçon. Elle voyait qu’il commençait à se rebeller contre ses professeurs, à frapper tous ceux qui le contrariaient… Déjà vers la 3ème année de l’école primaire, il était connu dans tout son quartier pour sa réputation d’enfant dangereux.

Eri ne prêtait aucune attention sur ce problème, considérant que cela ne la concernait pas. Lorsque, en 5ème, le comportement du rebelle s’aggrava beaucoup plus, la jeune fille ne put rester là sans tenter quelque chose.

Un soir où la lune brillait déjà fortement, elle décida de suivre discrètement son ami. Ce dernier, sans s’apercevoir de sa présence, se dirigea vers une décharge. Eri vit qu’il allait dans la direction de six individus dont leurs têtes de taureau indiquaient qu’ils n’étaient pas du genre amicaux. Ils possédaient tous une taille de géant et leurs corps étaient assez musclés. Il était assez difficile de deviner leur âge.  Face à eux, Kenji semblait être un petit enfant qui voulait juste leur tenir tête pour ressembler à un dur.

La jeune sportive se cacha derrière une petite montagne d’immondices, en se pinçant le nez à cause de la puanteur irrespirable qui se dégageait des ordures. Elle aperçut que son ami échangeait quelques paroles avec les six autres mais ne put entendre la conversation. Soudain, un des hommes fonça sur Kenji d’une rapidité inhumaine en voulant lui assaillir un coup, mais le garçon l’esquiva à temps, prit son bras musclé et, avec un souffle montrant l’effort dont il faisait preuve, le lança sur des ordures comme peaux de bananes ou encore des vieux mouchoirs accompagnés d’autres déchets répugnant, le tout entassés  les uns sur les autres. Eri ne put s’empêcher de pouffer de rire. Mais elle s’arrêta rapidement lorsque les cinq autres se lancèrent tous sur Kenji, lui balançant des coups de poings et de pieds d’une grande agressivité. Malgré sa force, le jeune voyou ne put arrêter toutes ces attaques. Petit à petit, il commença à s’écrouler sous la violence de ses adversaires et son sang coula le long de son visage. Il perdit peu à peu connaissance.

L’homme qui était mis à terre tout à l’heure se releva tant bien que mal et voulut rejoindre ses amis pour profiter de sa vengeance sur Kenji. Mais il fut empêché par Eri qui, animée par une colère noire, avait décidé de sortir de sa cachette pour venir en aide à son ami. Elle renvoya d’un seul coup de pied rempli d’énergie le garçon dans les ordures. Sans laisser les agresseurs de comprendre la situation auxquels ils faisaient face, la ‘’sportive du siècle ‘’ leur montra ses talents en boxe.

- Vous n’éprouvez même pas de honte de s’attaquer ensemble à plus petit que vous ! Ce n’est même pas un combat, mais de la violence gratuite ! Je compte bien vous apprendre moi-même ce que ça fait d’être battu par une plus jeune que vous !

Par la suite, elle gagna dès le premier round par un K.O.

Lorsque Kenji reprit conscience et réussit à se relever péniblement, il vit que tous ses ennemis étaient à terre, inanimés, et Eri se tenait debout, au milieu de ces inconscients. La jeune fille semblait quelque peu essoufflée, ce qui montra au voyou qu’elle était à l’origine de leur évanouissement.

- Mais…comment…bégaya-il.

-Que veux-tu savoir ? Le coupa-elle avec un sourire aimable. Comment les ai-je mis à terre tout seule ? Je ne peux pas vraiment te répondre, mais j’ai moi-même une question : qu’est-ce qui t’a pris de te frotter à des brutes comme eux ? Tu es peut-être plus fort que les autres garçons de ton âge, ça ne fait pas de toi un homme invincible !

-Je m’en moque de tes reproches ! Répliqua Kenji, en détournant son regard. Ce n’est pas la première fois que je provoque des gars plus âgés que moi ! Je fais ce que je veux de ma vie, ce n’est pas une petite fille dans ton genre qui m’apprendra comment me comporter !

-Je suis peut-être une gamine, mais je te signale que tu as le même âge que moi !  Et faire ce que tu fais, c’est-à-dire te bagarrer avec les autres, les blesser, te blesser, faire inquiéter tes parents, ça t’amuse ?

Eri ne souriait plus à présent. Kenji hésita et dit finalement :

- Oui, parfaitement. Et puis ma vie ne te concerne pas, à ce que je sache !

-Et bien, je ne sais pas pourquoi mais je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter pour toi…et même si ça t’amuse tant de faire du mal autour de toi, je peux quand  t’apprendre une chose très importante : il y a un autre moyen de s’amuser sans se blesser, et sans être seul. Ce moyen-là, c’est avec des amis et de la vraie joie que tu l’appliques ! Et je doute fort que tu sois vraiment heureux dans l’état actuel où tu es.

Le garçon ne sut plus quoi dire. Il ne put s’empêcher de penser aux paroles de la jeune fille. Celle-ci émit un soupir et ajouta :

- J’espère que tu tiendras compte de ce que je t’ai dit et tu verras, la vie te paraîtra moins mauvais. Bon. A plus !

Elle laisse alors son ami toujours perplexe. Au départ, celui-ci voulut oublier ses mots qui lui semblaient insignifiantes, mais plus il leur prêtait de l’attention, plus il remarqua que le monde qui l’entourait n’était pas seulement remplie de personnes déplaisants et antipathiques, mais aussi de celles qui possédaient une grande générosité et qui donnaient l’envie de vivre pleinement chacun de nos jours.

Ce fut comme cela qu’il se changea lentement en un garçon fidèle, et se promit de ne plus se battre seulement dans ses intérêts, mais aussi pour ceux des personnes ayant besoin d’aide. Avec ses parents, il se conduisit peu à peu en un adolescent bon et ordinaire, ce qui les étonna fortement. 2 ans plus tard, il rencontra Yume et les autres, qui devinrent alors ses meilleurs amis. Il devint aussi plus proche d’Eri. Même si cette dernière et lui se disputaient assez souvent, leur amitié l’un envers l’autre est incommensurable. Leurs amis se demanderaient même si ce n’était pas de l’amour qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre…ce qui n’était pas sans les énerver lorsqu’ils leur faisaient cette remarque !

 ***

       Le soir, Yume avait encore ses pensées dirigées vers Kaori, mais aussi vers les derniers évènements récents de sa vie : l’accident de Naomi, le retour de la silhouette noire, sa rencontre avec Shiro, les paroles curieuses de celui-ci, le rêve étrange… Tant de choses étaient arrivées ces derniers temps !

Elle s’endormit lentement.

Cette nuit, la pleine lune brillait haut dans le ciel obscur. Il n’y avait pas une seule étoile. La seule chose qui venait perturber ce sombre paysage était les hurlements sanglants des corbeaux, symbole d’un mauvais présage…

C’est quoi ça?!: Chapitre 3

Cuic cuic…oh, un chant d’oiseau…flap flap… un bruissement d’ailes…un oiseau, des ailes…

J’ouvris brusquement les paupières. J’étais en plein milieu d’une forêt. Les arbres cachaient les rayons de soleil qui tentaient de s’infiltrer à travers le feuillage vert, et éclairer le paysage sombre dans lequel j’étais. Assise sur le sol poussiéreux, je regardais où j’avais atterri. Enfin où il m’avait fait atterrir. Il était appuyé contre un arbre, impassible, ses ailes repliées dans son dos.

Je me levai et courus vers lui, bien décidée à avoir des explications. Je sentais brièvement une petite brûlure à la main, mais n’y prêtai pas attention.

-Qu’est-ce que c’était, tout ce truc ?

-Tu n’as pas oublié quelque chose ? Dit-il sans me regarder.

-Quoi ?

-Je t’ai sauvé deux fois de suite, ne mériterais-je pas un remerciement de ta part ?

-Deux fois ?

-De la voiture et des gens.

-Tu délires, c’est moi qui t’ai secouru alors que tu allais te faire écraser ! Dormir sur la route, tu n’avais pas une meilleure idée ?

-Je ne risquais rien. Tu as failli mourir pour rien. La voiture me serait seulement passée à travers sans me faire la moindre égratignure.

-Tu n’as pas une excuse plus crédible, gamin ?

-Gamin ? S’étonna-il. Sache que j’ai au moins 5 fois ton âge, humaine.

-L’humaine, elle a un nom et c’est Océane ! Et faut noter que t’as une sacrée imagination ! T’as même pas le double de ma taille et de mon âge ! Tu te fais passer pour un démon ou quoi ?

-Je ne me fais pas passer pour, j’en ‘’suis’’ un.

Je m’esclaffai sans retenue.

-C’est ça, je te crois ! Dis-moi plutôt comment tu as fait pour endormir ces gens, grâce à une plume !

-C’était juste une technique que tout démon se doit de connaître.

-Et comment tu as fait pour t’envoler avec ce déguisement ?

-Ce n’en est pas un.

-Quand as-tu l’intention de me dire la vérité ?!

-C’est ce que je fais.

-Arrête de paraitre aussi calme !

-C’est toi qui es énervée pour rien.

Rien que le fait de parler avec ce gamin m’avait épuisée.

-Tu es un magicien, c’est ça ?

-Ne me compare pas avec ces êtres inférieurs. Est-ce qu’un de ces débutants de magiciens arriverait à faire ça ?

Sur ces mots, il arracha deux plumes noires, le posa sur une branche d’ un arbre et dessina dans les airs une croix. Je n’en crus pas mes yeux : les feuilles se réduisaient en cendres et l’arbre mourait à vue d’œil. Une aura blanche en sortit et disparut. J’eus du mal à ravaler ma salive.

-Même le plus expérimenté des magiciens n’arriverait pas à enlever la vie d’autrui de cette manière-là.

-Satan…dis-je dans un souffle.

L’enfant se tourna vivement vers moi et pour la première fois, ses yeux exprimèrent autre chose que de l’indifférence. Ils brûlaient de rage. J’aurais presque pu dire cela au sens propre : j’avais l’impression que des flammes dansaient dans ses prunelles.

-Ne prononce pas ce nom avec tant de facilité, siffla-il entre ses dents.

Je n’osai même pas répliquer. Puis il redevint ‘’normal’’.

-Alors…les démons existent ?

-C’est bien ce que je te dis depuis tout à l’heure.

A ce moment-là, je savais que je n’avais d’autre choix qu’y croire, aussi incroyable que cela puisse paraître. Sinon, comment expliquer tout ce qui s’était passé ?

-Comment t’appelles-tu ?

-Dans le monde des humains, je m’appelle Thomas. Tu n’as pas besoin de connaitre mon vrai nom.

-Et…qu’es-tu venu faire ici ?

-Dominer cette planète, répondit-il sans ciller.

Je ne savais plus quoi penser. Il m’expliqua :

-Je ne veux pas vraiment soumettre tout le monde sous mon règne, ou quoi que ce soit dans ce genre.  Je souhaite seulement étendre mon pouvoir et devenir plus puissant que mes confrères. Et la Terre me semble un endroit approprié pour cette expérience.

Il s’arrêta, puis soupira avant de poursuivre :

-Cependant, je ne peux pas libérer toute ma puissance ici tout de suite et seul. Pour cela il faut du temps et…un réceptacle.

-Un réceptacle ? Répétai-je, déroutée.

-Une personne qui me permettra de déverser petit à petit entièrement mon pouvoir dans ce monde.

Son regard était à présent posé sur moi. Un regard décidé dont j’avais peur de comprendre le sens.

-Tu peux me voir, me toucher, sentir ma présence.

-…et…

-Tu seras ma réceptacle.

Silence.

Sa réceptacle ? Comment ça ? Que…mais…enfin…

-Non !

-Pour quelle raison ?

-Je ne te suis pas vraiment, mais je sais que je ne veux plus rien avoir à faire avec toi ! Tu es un…démon, donc un être diabolique, cruel, non fréquentable ! Je refuse de te servir de réceptacle ou quoi que ce soit ! Va-t’en et laisse-moi !

-Vois-tu, c’est trop tard.

Il désigna ma main. Je posais mes yeux sur elle et la contemplai avec un mélange de consternation et d’horreur.  Un symbole rouge était dessiné sur le dos. C’était un pentagramme entouré de plusieurs mots impossibles à déchiffrer. C’était donc cela qui me brûlait…

-C’est le signe de ton pacte avec moi. Tu n’as pas d’autre choix que d’accepter d’être ma réceptacle.

-Tu n’as même pas demandé mon avis ! C’est absolument…

-Injuste ? Je m’en moque de la justice. Au lieu de te plaindre ainsi, estime-toi heureuse que je te fasse un tel honneur.

-Lequel ? De vivre auprès d’un monstre pour toujours ? Merci, ça me fait franchement plaisir !

J’avais les larmes aux yeux, mais les refoulai rapidement. Ma vie était en train de tourner au désastre de manière incroyable, complètement inattendue.  Que devais-je faire, bon sang ? Pourquoi moi ? Qu’avais-je fait pour mériter qu’un tel malheur s’abatte sur moi ? Le miracle qui s’était passé avec Alexis me semblait si lointain à présent, comme si c’était dans une autre vie.

Je tournai les pieds et commençai à courir le plus vite possible.

-Où vas-tu ?

Je ne répondis pas. Il se posa devant moi, m’arrêtant dans ma fuite.

-Dégage !

-Où que tu ailles, tu ne pourras pas m’échapper. Tu es liée à moi, ne l’oublie pas.

Sur ces mots, il déploya ses magnifiques ailes et s’envola haut dans le ciel, jusqu’à ne devenir qu’un point noir. J’étais seule alors, dans la forêt, livrée à mon destin funeste.

Je rentrai chez moi lentement,  sans tenter de dissimuler les larmes ruisselant le long de mes joues pâles.

A suivre…

Et alors?: Chapitre 3

 

Le lendemain, j’ai eu plus que jamais envie de rester dans mon lit, d’oublier les cours et tout ce qui était en rapport avec l’école. Le jour de la rentrée m’avait achevé à cause de toi, la folle de service. Je m’étais demandé ce que tu avais fait après que je sois rentré. Je priais pour que tu m’ais enfin compris après toutes les insultes que je t’avais lancés dessus. J’ai pensé que tu avais dû pleurer, puisque tu avais l’air de ne pas avoir l’habitude que l’on te crie dessus comme je l’avais fait. Et puis, tu étais une fille. Qui dit fille dit chochotte. J’étais plutôt fier de moi.

Si Jon n’avait pas insisté pour que je me lève faire le petit déjeuner, je me serais surement rendormi.  Alors dans ce cas, maman m’aurait découvert en pleine séance de dodo et me frapperait en me criant que je n’étais qu’un pauvre imbécile incapable ne serait-ce que d’aller à l’école, et j’en passe.

J’ai regardé mon nouvel emploi du temps, qui m’a arraché une grimace, comme d’habitude. En première heure, j’avais français. Ah non, j’avais deux heures de suite, dès le matin. Si je me souvenais bien, la prof de français était aussi ma principale, c’est-à-dire celle de la veille. Donc…j’allais devoir te supporter dès le matin, puisque tu étais à côté de moi. A cette pensée, j’ai prié, une fois de plus, de tout mon âme qu’un miracle se produise et que tu m’ignores.

Je n’ai pas mis grand-chose dans mon sac, seulement les cinq premiers trucs qui me sont tombés sur la main. Je suis ensuite allé proposer à maman :

« Je peux emmener les enfants à l’école, si tu veux.

-Non, ce n’est pas la peine. Va au collège au lieu de trainer. »

Comme je n’avais donc rien à faire à la maison et qu’il restait du temps avant les cours, je suis parti me promener sur le pont. Ce dernier n’était pas loin du collège, et se situait dans un petit bois. J’aimais y aller grâce au calme qui y régnait la plupart du temps. Cela me permettait de m’évader de ce monde égoïste et affreux. Je ne pensais à rien, j’oubliais mon milieu de vie, mon quotidien, mon moi-même. Je restais debout, le regard dans le vide, mes yeux se posant sur l’éclat vert des feuillages en été, leur changement de couleur en automne, leur chute en hiver et leur renaissance en printemps.

Malheureusement, à mon plus grand regret, quand je suis arrivé ce matin-là, il y avait déjà des personnes. C’était un groupe de trois garçons dont je ne connaissais pas le nom, mais leurs visages me rappelaient quelque chose. Ils devaient être de mon collège, me suis-je dit. Ils discutaient entre eux et semblaient attendre quelqu’un. Lorsque j’ai voulu tourner les talons, un des trois m’a aperçu et a fait signe aux autres. Ensuite, quand il m’a interpellé, j’ai su que les ennuis allaient encore commencer. J’ai reconnu le dénommé Nathan de la veille, avec ses cheveux blonds, virant presqu’au blanc et ses yeux bleus clairs. Le genre de mecs que vous, les filles, qualifierez sans problème de ‘’beau gosse’’.

« Eh, le sous-merde ! T’es vraiment venu, finalement !

-Comment ça, vraiment ? Ai-je répété tandis qu’ils s’approchaient de moi, sans prendre la peine de relever l’insulte tellement j’avais l’habitude.

-On sait que tu viens souvent là. Non mais t’as vraiment rien à faire, mon pauvre ! Bref, on t’attendait depuis un bout de temps.

-Et pourquoi ?

-Essaye de deviner, salaud. Allez réfléchis un peu ! »

Il m’a pris pas le col et je l’ai repoussé violemment.

« Qui t’as permis de me toucher, connard, tu veux que je te bute c’est ça ?

-J’ai pas d’ordre à recevoir d’un sale déchet comme toi, et tu t’es pas amélioré hier, on dirait !

-De quoi tu parles, à la fin !

-Tête d’abruti, vu comment t’as parlé à Elie devant nos yeux, pense pas que tu vas t’en tirer facilement ! A répondu un de ses potes. »

A ce moment-là, j’ai compris qu’ils étaient trois de tes nombreux admirateurs. J’ai dû me retenir de pouffer face à ces trois rigolos qui voulaient jouer aux preux chevaliers défendant leur petite princesse de l’horrible monstre SDF, pour éviter qu’ils m’emmerdent encore plus. En effet, je savais que t’avoir gueulé dessus n’allait pas arranger la haine qu’éprouvaient les gens envers moi, bien au contraire. J’ai répliqué :

« Les gars, sérieux, je vous comprends pas. Pour quelle raison vous défendez une pauvre nana comme elle ? Elle a rien à faire de vous et vous vous pliez en quatre pour sa petite personne.

-N’importe quoi,c’est pas une pauvre nana !

-Peuh, on peut pas tomber plus bas que vous. Bon, je me casse.

-Eh ! On n’a pas fini !

-Moi, si.

-On t’a pas encore fait regretter ton comportement ! Et dis-nous ce qui s’est passé entre vous après les cours ! »

Je les ai ignorés en partant à grandes enjambées jusqu’à ce que je ne les entende plus

Tu étais vraiment le contraire de moi : entourée de personnes qui t’adoraient au point d’aller me provoquer. Tout le monde avait l’air de te considérer comme une fille spéciale et géniale alors que pour moi, tu étais seulement une emmerdeuse de première.

Quand je suis arrivé au collège, c’était la première fois que j’étais arrivé parmi les premiers. Le portail n’avait pas encore ouvert et j’ai commencé à attendre, sous l’ombre d’un arbre. J’ai essayé de faire le vide dans ma tête, comme sur le pont, mais il n’y avait pas le calme dont j’avais besoin pour y arriver. Plusieurs regards noirs m’étaient adressés et il n’y avait pas besoin d’être devin pour connaître la raison.

C’est alors que je t’aie vue, ainsi que les autres d’ailleurs, arriver du parking d’en haut. Une fois de plus, tu étais en T-Shirt simple, avec un pantacourt en jean et tes cheveux étaient encore attachés. Tu ne ressemblais en rien aux fashion victim que l’on rencontrait partout dans la rue. Plusieurs filles ont couru vers toi pour t’embrasser joyeusement. Tu m’as très vite remarqué et, je ne sais pas si c’était mon imagination, tu avais l’air de vouloir me sourire avant que Nathan vienne vers toi pour me cacher avec sa grande silhouette. Je lui étais reconnaissant. Le portail s’est ouvert, et je me suis faufilé à l’intérieur du collège. J’ai songé à sécher les cours en me cachant dans les toilettes pendant la journée. Quand j’ai voulu mettre mon plan à exécution, la sonnerie a retenti et un surveillant à l’air pressé m’a crié de me dépêcher d’aller en cours.

J’ai alors gambadé dans le bahut le plus longtemps possible, même après que les couloirs se soient vidés. 10 minutes plus tard, j’ai croisé une personne que je connaissais très bien, que je la voyais presque tous les jours depuis la 6e. Le principal. Il a fait les gros yeux lorsqu’il m’a vu marcher tranquillement, sans me presser. Il m’a bloqué le passage, m’obligeant à lever les yeux vers lui pour ne pas fixer son horrible cravate à rayures marron sur fond violet.

« Qu’est-ce que tu fais encore ici ?

-Rien, je m’ennuie.

-Tu n’as pas marre de répéter le même scénario tous les ans ? La troisième est une année à ne surtout pas négliger, c’est…

-Ouais, m’sieur, y a le contrôle et tout, je sais.

-C’est le brevet, Jérémy, le brevet ! Tu dois à tout prix…

-C’est bon, je sais je dois travailler, comme tous les ans quoi. Bon, j’y vais. »

J’ai essayé de me frayer un chemin mais son corps massif m’en a empêché. Et apparemment, il n’avait pas encore fini son pauvre discours répétitif. J’ai laissé tomber et me suis appuyé contre le mur.

« Jérémy, tu ne réalises pas l’importance de la scolarité. Tes notes sont tellement basses qu’elles ne peuvent pas être pires, tu dois vraiment t’améliorer et commencer à fournir des efforts ! Tout le monde est prêt à t’aider et tu le sais bien, on… »

Après quatre minutes de monologue, il m’a interpellé.

« Tu as compris ?

- Ouais ouais, vous inquiétez pas. Je dois aller en cours pour appliquer les trucs que vous m’aviez dit. Au revoir. »

Je me suis redressé et marché d’un pas nonchalant vers la salle. J’ai entendu le principal soupirer, d’épuisement surement. Quand je suis arrivé devant la porte, je suis entré sans frapper, comme d’habitude. La prof a cessé d’écrire et m’a demandé, pendant que les autres me regardaient.

« D’où arrives-tu Jérémy ? Ça va faire 20 minutes que le cours a commencé !

-Je parlais avec le principal de mes notes, c’est une bonne raison, non ? »

J’ai entendu plusieurs personnes ricaner. Je t’ai jeté un très bref coup d’œil et remarqué que tu ne m’observais pas. Tu étais la seule à être concentrée sur ta copie, comme si elle avait une importance capitale.

« Va à ta place, m’a-t-elle ordonné, visiblement exaspérée. »

Je suis allé vers notre table, écarté ma chaise vers le coin du bureau et jeté mon cartable assez loin pour ne pas en être encombré. Il a atterri vers toi et tu n’as pas pris la peine de le pousser ou de lui accorder un regard. Pendant l’heure, je fixais le tableau sans lire ce qu’il y avait de marqué dessus tandis que toi, j’entendais que tu n’arrêtais pas d’écrire chaque fois que la prof marquait un truc de nouveau. Je t’ai lancé un coup d’œil, le plus discret que j’ai pu. Tu avais un air neutre mais concentré. Tu ne m’as pas adressé la parole jusqu’à la sonnerie ce qui m’a profondément soulagé.

On a eu droit à une pause de deux minutes. Tes copines t’ont appelée :

« Tu viens, Elie ? On va se promener, un peu !

-Non merci, je vais rester là, tu as refusé poliment. »

Je suis allé aux toilettes. Je me suis dit j’avais eu raison : les filles étaient aussi fragiles que des bébés, qu’elles chialaient et se vexaient facilement. Maintenant que le problème était réglé, je devrais me sentir plus tranquille. Quand je suis revenu en classe, tout le monde était déjà arrivé. Tu n’avais pas changé de position, mis à part que ta tête était appuyée sur la paume de ta main. A la deuxième heure, tu participais quelques fois en ayant toujours la bonne réponse aux questions. J’ai pris mon sac et cherché mon agenda. Enfin ce n’en était pas vraiment un, vu que je notais jamais les devoirs ; c’était surtout mon carnet de distraction. En frôlant une feuille, je l’ai sorti et remis mon cartable à sa place. Après quelques gribouillis sur la page du 25 mars, j’ai dessiné ce qui me passait par la tête. Un ninja. Un ballon de foot. Un loup. Un sabre. Un soldat. Un sandwich. Une forêt. Le ciel. Un chat. Un dragon. Un clown. Ainsi, le temps a passé moins doucement à mon goût. Je ne faisais plus attention au monde qui m’entourait.

La sonnerie me fit revenir à la réalité. Ranger mes affaires fut très rapide puisque je n’avais pratiquement rien sorti. Je quittai la salle tandis que la prof donnait les devoirs à faire, allai dans la cour et m’assit sur un banc, sous le préau. Ce banc était une place qui m’était réservé car les élèves avaient peur d’attraper la ‘’maladie des fesses du SDF’’. Pendant la récré, je ne faisais que contempler les nuages se déplacer dans le ciel et deviner la forme qu’ils avaient. Je t’ai vu parler avec Nathan et ce dernier me lançait des regards meurtriers au début avant de cesser. J’ai pensé qu’il n’osait pas venir grâce à ta présence près de lui. Tu n’avais pas changé d’attitude envers moi depuis la première heure. A la fin, je vous ai vu vous diriger dans un coin de la cour et j’en ai déduis que l’on avait sport.

Je n’avais pas amené mes affaires, mais même si j’avais mon survêtement sur moi, j’ai décidé de ne pas participer au cours. Le prof était le même que l’année dernière pour moi donc, ayant l’habitude de moi, il m’a laissé tranquille. Vous aviez basket, mon sport préféré, mais cela ne m’a pas incité pour autant à jouer. De toute façon, aucune des équipes ne m’accepterait. Comme le temps était ensoleillé, le prof a décidé de faire le cours dehors

Je me suis assis sur l’herbe, à l’ombre, vous regardant vous échauffer. Cette situation m’a valu des vingtaines de regards noirs. Alors que vous faisiez quelques tours de terrain, j’ai vu une silhouette tomber. Tu étais assise par terre, une petite grimace se dessinant sur ton visage. Des élèves sont venus te voir mais tu as fait signe que ça allait avec un sourire. Nathan t’a dit quelque chose que tu as nié. Quand ils sont repartis, j’ai remarqué que tu as tenu ton pied et tourné celui-ci deux, trois fois. Tu t’es levé et j’ai vu qu’il te fallait des efforts pour y arriver. A partir de ce moment, je t’ai observé et constaté que tu courais de la même façon que la veille, en voulant me rattraper. Tu boitais. Tu avais l’air de faire de ton mieux pour ne rien laisser transparaitre. Au bout de plusieurs minutes, à te regarder souffrir en silence, je suis allé voir M. Lambert.

« M’sieur, vous avez pas vu qu’elle a un problème ? Lui ai-je dit en te désignant du doigt.

-Que veux-tu dire ?

-Ben regardez et vous verrez. »

Je suis retourné à mon coin et me suis demandé comment vous faisiez pour tenir sous ce soleil brûlant. Le prof t’a fixé et, par son air entendu, il a dû enfin comprendre. Il t’a appelé, tu es venue vers lui et, après quelques paroles échangées, tu t’es assise sur le banc à côté de lui. Tu n’avais pas l’air particulièrement soulagé de pouvoir arrêter de te faire du mal. Tu n’as pas dû savoir que c’était moi qui lui avais informé, ce qui ne me dérangeait pas, au contraire.

Je me suis allongé sur l’herbe, prêt à faire un somme quand tu es venue t’asseoir près de moi. J’avais pu me retourner à temps pour te voir faire deux pas avec ta jambe droite. J’ai voulu t’ignorer mais tu as décidé de parler. J’ai fermé les paupières au moment où tu as commencé :

« Je suis désolée pour hier, je ne voulais pas t’énerver. »

Je n’ai rien dit.

« J’ai réfléchi à mon attitude et je me suis dit que tu avais raison de t’être mis en colère contre moi, tu as poursuivi. C’est vrai que c’est bizarre, une fille qui s’incruste comme ça dans la vie des gens.

-…

-Mais je voudrais que tu saches que je ne te voulais aucun mal, je désire vraiment devenir ton amie, tu comprends ?

-…

-C’est normal que tu ais du mal à me croire. Je ne suis sûrement pas la mieux placée pour dire ça, mais je sais ce que tu éprouves. »

Je n’ai pas pu rester de marbre face à cette remarque et mes lèvres ont bougé toutes seules :

« Et qu’est-ce que je suis censé ressentir ?

-De la méfiance, tu as répondu sans hésiter, beaucoup de méfiance. C’est normal, puisque personne ne s’est comporté ainsi avec toi, à cause de la différence qui existe entre les autres et toi. »

Tu avais prononcé ces paroles si facilement que ça m’a irrité et j’ai ouvert les yeux.

« Qu’est-ce que tu en sais ? Tu me crois si seul ? J’ai une famille, j’ai pas besoin de cons comme vous pour être heureux.

-Ah oui ? C’est bien que tu aies une famille, mais tu n’as jamais eu envie de nouer des liens avec ton entourage ? Je ne pense pas que tu sois vraiment heureux. »

Je me suis tourné vers toi et j’ai vu que tu me regardais en souriant paisiblement. J’ai essayé de chercher une once de pitié sur ton visage, en vain. Tu semblais sérieuse, compréhensive. Mais de quoi ?

« Qu’est-ce que ça m’apportera de faire amis-amis avec vous ? Tu penses que je vais accepter tout en sachant que vous dites de la merde sur moi ? N’essaye pas de paraitre gentille, tu ne fais qu’empirer ce que je pense déjà de toi. Tu prétends une fois de plus vouloir être amie avec moi. T’as pas pu trouver plus crédible comme mensonge ?

-Pourquoi tu persistes à croire que c’en est un ? C’est si difficile de penser que c’est la vérité ?

-Laisse tomber, quoique je te dise, tu insistes pour m’emmerder. Même avec un pied blessé, tu arrives à être soulante. »

Je me suis levé en m’apprêtant à partir.

« Comment tu sais pour ma blessure ? »

Non mais quel con…

« Ça se voit que tu vas mal, ai-je répondu sans te regarder.

-Tout à l’heure, tu as dit au prof de m’arrêter, c’est ça ? Je t’ai vu lui parler. Et je ne pense pas qu’il ait pu le remarquer tout seul, il était occupé.

-Raconte pas de bêtises. »

Visiblement, tu refusais de me croire. Pendant que je m’éloignais de toi, j’ai entendu ton petit rire mélodieux derrière moi. Il a été remplacé par la voix forte de M. Lambert qui annonçait la fin du cours.

En faisant demi-tour, j’ai croisé ton regard. J’ai vu sur tes lèvres que tu articulais un ‘’merci’’, avec un sourire radieux. J’ai fait semblant de t’ignorer. Il m’a fallu un effort pour paraître indifférent face à ton action. Un petit effort.

C’est quoi ça?!: Chapitre 2

J’attendis.

Mais rien ne venait. Ou bien c’était seulement parce que la mort m’avait déjà enlevée toutes sensations. Je n’entendis plus le moteur de la voiture, mais des voix effrayées s’élever autour de moi. Etais-je en enfer ? Mais cela ne ressemblait pas aux lamentations de douleur, seulement à des cris de surprise et de panique.

J’eus le courage d’ouvrir les yeux. ..Et ne compris rien.

Au début, je ne vis que la clarté du ciel s’ouvrir devant moi. Je pensai alors être au paradis, puis mon champ de vision s’agrandit. Des dizaines de personnes s’étaient pressées autour de moi et m’observaient. J’étais allongée sur le dos, par terre. Je sentais encore mon cœur battre dans ma poitrine. Je respirais encore. J’étais toujours dans le monde des vivants.  Je bougeai sans difficulté mes doigts, mes orteils.

Mon heure n’était donc pas venue ? Je tentai de me redresser et des bras me soutinrent. Je ne pris pas la peine de vérifier qui était-ce. J’avais la tête qui tournait méchamment et une grosse migraine. Je perçus quelques brins de phrases.

-…lez bien ?

-…as blessée ?

-…bulance !

Je voulus leur dire que j’allais bien, qu’il n’y avait pas d’inquiétude à avoir (enfin c’était ce que j’espérais), mais aucun mot ne sortit de ma bouche.

Le souvenir de l’enfant s’éclaira brusquement dans mon esprit. Où était-il ? S’occupait-on de lui ?

Ma curiosité me donna la force de me relever, tant bien que mal, et je regardai autour de moi. Mais les corps des autres me bloquèrent la vue.

-Ne vous inquiétez pas, j’ai appelé une ambulance ! D’ici là, reposez-vous.

-Vous n’avez pas l’air blessée.

-Mais qu’est-ce qui vous a pris de vous jeter sur la route ainsi ?!

Je me tournai vers la voix. C’était celle d’un homme, qui était surement le conducteur.

Je parvins à articuler :

-Vous ne l’avez pas vu…il y avait un gamin couché là…

-Tu as halluciné, c’est ça ?

-Mais non ! Vous l’avez remarqué, vous, n’est-ce pas ? Ajoutai-je à l’attention de tous ceux autour de moi. Le garçon déguisé.

Je ne reçus que des réponses négatives et des murmures agaçants. J’étais à présent considérée comme une folle ! Je me creusai un passage entre les corps en les forçant à se pousser. J’étais sure de n’avoir pas rêvé ! Enfin presque.

C’est alors que je le vis. Il était assis sur l’herbe et me regardai d’une expression détachée. Ses yeux de couleur émeraude étaient anormalement pénétrants. Avec son déguisement, il avait réellement l’air d’un ange noir descendu du ciel.

-Voilà, c’est lui ! Dis-je aux autres en montrant l’interessé du doigt.

Les regards qu’ils me lancèrent se firent encore plus inquiets.

-Donc tu peux me voir.

Je sursautai à l’intervention de l’enfant. Il avait une voix mélodieuse, magnifique…étrangement intimidante.

-Ne te fatigue pas, ils ne peuvent pas percevoir ma présence, poursuivit-il.

-Ne raconte pas n’importe quoi…

-Et voilà qu’elle parle toute seule, marmonna une femme.

-Espérons que l’ambulance arrive vite, souffla un homme.

Quoi ? Mais de quoi parlaient-ils ? J’étais perdue, complètement perdue.

-Vous êtes aveugles ou quoi ? Explosai-je. Si c’est une blague ce n’est vraiment pas drôle !

-C’est à nous de te demander ça…

-Je te l’ai dit, ils ne me voient pas, répéta l’enfant. Tu te fais passer pour une dingue, là.

Je n’arrivais pas à répliquer. Tout ce que je souhaitais à présent, c’était de ne plus essayer de comprendre quoi que ce soit, de m’enfuir, de me réfugier dans ma chambre et continuer à dormir jusqu’à ce que ce cauchemar disparaisse. Tant pis si le rêve avec Alexis devait s’en aller avec !

Le gamin avait dû percevoir mon désespoir. Il se leva en s’étirant.

-Bon, n’oublie pas de me remercier.

Je ne pus lui demander ce qu’il racontait encore.

Il prit une plume d’une de ses ailes et le lança vers le groupe de personnes. Puis il pointa son index vers eux et dessina un symbole dans les airs, tandis que la plume volait toujours. Leurs corps furent pris alors d’un tremblement violent, avant de s’effondrer. Je contemplai ce spectacle, horrifiée.

-Ne me dis pas qu’ils sont…

-Malheureusement, non. On devrait partir avant qu’ils ne se réveillent.

Il prit derechef une plume, la lança vers moi et dessina un nouveau symbole.

-Qu…

-Voilà. A présent, tu es invisible mais cela ne durera que quelques minutes.

Il me prit par la taille et, sans me laisser le temps de le repousser, déploya ses ailes…et vola. Oui, comme un oiseau. Je vis le paysage rétrécir au fur et à mesure qu’il s’élevait vers le ciel. Je n’eus pas assez de force pour prononcer un seul mot. Je m’évanouis alors au milieu de milliers de questions qui me brouillaient l’esprit.

A suivre…

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