Archive mensuelle de août 2014

Et alors?: Chapitre 6

Je ne suis allé en cours que le lendemain, afin de rendre le document. Inconsciemment, j’ai croisé ton regard et tu m’as adressé un sourire que j’ai ignoré. J’ai remarqué quelques murmures derrière mon dos. Nathan avait surement dû raconter l’incident d’hier. Une fois, je t’ai surpris en train de faire taire des garçons qui parlaient de ma défaite face à toi. Je n’avais rien à faire que tous soit au courant de ce détail…même si me faire battre par une fille pouvait être considéré comme une humiliation, je l’avoue.

Le lundi et le mardi, j’ai feint d’avoir attrapé un gros rhume pour éviter le collège. La plupart du temps, je suis resté au lit, à me retourner sous ma couette sans arriver à m’endormir. Je n’avais pratiquement rien à faire à la maison, puisque maman refusait de me laisser faire quoi que ce soit, hormis me reposer. Alors, pendant qu’elle était dans sa chambre, je rangeais et faisais le ménage discrètement. Rien de spécial. J’ignorais combien de temps encore j’allais jouer la comédie. Ne pas aller en cours, éviter les regards dégoûtés …c’était tout ce dont j’avais besoin. Néanmoins, je savais que plus je feignais d’être malade, plus maman travaillerait à ma place, et plus elle se fatiguerait. J’étais un monstre de la faire subir une telle chose.

Le mardi soir, quand elle est rentrée après être allé chercher mes frères, je suis allé la voir.

« Je me sens bien maintenant.

-Tu es sur ? Tu peux te reposer encore un peu.

-Non, ça ira, j’irai en cours demain.

-Comme tu veux, a-t-elle répondu avec un haussement d’épaules. »

Malgré ses protestations, j’ai insisté pour préparer le repas de ce soir. J’ai vite regretté lorsque j’ai vu le contenu des placards. Avec une poignée de brocolis, quelques bananes et une carotte, la tâche allait s’annoncer plus difficile que jamais.

Je n’avais pas le choix. J’ai regardé l’heure. 17h01. Casino devait encore être ouvert. Avec un soupir j’ai pris quelques sous et me suis préparé.

« Tu vas où ? M’a demandé Jon.

-Acheter de quoi manger. D’ailleurs, tu veux quelque chose en particulier ?

-Je sais pas…de la viande peut-être.

-Je m’en occupe. »

Que pouvais-je acheter d’autres aussi…du riz ? De la purée ? Je détestais aller faire les courses, c’était un vrai casse-tête pour moi. En plus de réfléchir aux plats, il fallait tenir compte des dépenses.

« Au revoir, Jérémy, m’a dit Lola. »

Avec un signe de la main en guise de réponse, j’ai ouvert la porte et me suis apprêté à sortir. Avant de me retrouver nez à nez avec toi.

***

« Eh, il est pas là le sous-merde !

-Il a trop honte de pointer sa face ici, après s’être fait battre par une meuf ! »

C’était le lundi matin, durant la pause. Elie les écoutait discrètement, sans intervenir. De toute façon, quoi qu’elle pût dire, cette information ne se dissiperait pas.  Elle le savait, elle avait déjà essayé maintes fois de faire taire cette nouvelle qu’elle jugeait inutile. Cependant, elle savait que Jérémy se moquait de tout cela. Même s’il ressentait sans doute une pointe d’humiliation, il ignorerait les moqueries des autres à propos de cela. Sur ce point, c’était lui le meilleur, se disait Elie.

Lorsqu’elle l’avait vu rendre le document à Mme. Roussel qui, d’ailleurs, malgré l’état déplorable de la feuille, était très surprise, Elie avait ressenti une bouffée d’espoir et de joie l’envahir. Elle devait avouer qu’elle n’était pas du tout sure que Jérémy y céderait. Ce n’était qu’un geste insignifiant, certes, mais pour elle, cela prouvait qu’elle avait raison sur ce garçon. Il n’était pas aussi mauvais que l’on le prétendait. D’ailleurs, en parlant de cela, le discours de la jeune fille semblait avoir fait de l’effet sur Nathan. Le vendredi, il était venu la voir à ce sujet-là.

« Dis, Elie…tu penses que Jérémy se sent vraiment blessé par nos insultes ? J’ai pourtant vraiment pas l’impression.

-Il ne veut pas l’avouer, c’est tout. Il se peut aussi qu’il essaye de l’ignorer complètement. »

Dès lors, Nathan semblait préoccupé par ce sujet et ne participait plus aux moqueries sur le garçon.

Lorsque le mardi arriva, l’absence de Jérémy inquiéta Elie. Elle y songeait parfois, mais se disait que c’était peu possible. Et si elle lui avait fait vraiment mal ? Au point qu’il dût rester chez lui ? Peut-être avait-il réellement un problème à cause d’elle… A présent, elle trouvait cela assez probable. Si cela se révélait être vrai, elle n’allait pas rester sans rien faire. Elle ne s’était même pas excusée, quelle idiote !

Ce fût pendant l’après-midi que l’idée lui vint à l’esprit. Elle demanda à Mme. Roussel l’adresse de Jérémy. En justifiant par le fait qu’elle le lui donnerait le travail, la prof ne s’y opposa pas.

A la dernière sonnerie de la journée, elle sortit précipitamment du cours et, ignorant l’appel de Nathan, prit le premier bus qui l’amena à Casino.

« Désolée, Nat… » S’excusa-elle mentalement.

Lorsque la prof avait sorti la fiche d’identité de Jérémy, elle avait pu voir qu’il était écrit qu’il avait des frères. Elle prit un paquet de bonbons ‘’Haribo’’, ainsi qu’une boite de Kinder Bueno. Elle n’hésita pas à prendre aussi deux boites de spaghettis. En passant devant le rayon ‘’boissons’’, elle s’arrêta deux secondes avant de décider :

« Une bouteille de Coca ne ferait pas de mal. »

Avec ses achats, elle chercha et trouva sans difficulté le quartier de Jérémy, que l’on pouvait qualifier de bidonville. A la vue de ces petites maisons majoritairement construites en bois, Elie sentit son cœur se serrer. La pensée d’offrir de l’argent à ces pauvres gens lui traversa l’esprit.

« Si mon père l’apprenait… »

A cette idée, elle frissonna et dut contrôler ses tremblements.

La maison de Jérémy était la deuxième en partant du fond, à gauche. Arrivée devant la porte, elle inspira un grand coup. Evidemment, elle se doutait qu’en la voyant ici, le garçon allait se mettre dans une colère noire…

« Tant pis, il est trop tard pour se défiler ! » Pensa-elle pour se donner du courage.

Elle s’apprêta à frapper lorsque la porte s’ouvrit d’elle-même.

***

Viande. Riz. Purée. Viande. Riz. Purée. Viande. Riz. Purée. Viande. Riz. Purée.

Je les répétais dans ma tête en continu, sans m’arrêter. C’était le seul moyen que j’avais trouvé pour ne pas perdre la tête et ainsi éviter d’effrayer Lola. Mais, étrangement, je me sentais moins énervé que d’ordinaire, lorsque je te voyais.

Je te regardais de la tête aux pieds, espérant que tu ne sois qu’un mirage, en vain. Tu portais deux sacs de courses à tes mains et ton cartable au dos. Tu as baissé la main avec laquelle tu allais frapper la porte, et as commencé :

« Salut ! J’espère que tu vas b…

-Qu’est-ce que tu fous là, dis-moi ? T’ai-je coupé d’un ton moins sec que je ne l’aurais cru.

-Je voulais prendre de tes nouvelles, te donner les cours, et m’excuser, tu as dit en prononçant ce dernier mot d’un ton un peu gêné.

-C’était vraiment pas la peine… »

Tu as jeté un coup d’œil à ma tenue.

« Tu allais sortir ?

-Oui, mais ça te regarde pas. Je vais bien, merci, j’ai pas besoin de savoir ce que vous avez fait en classe, ni d’un mot d’excuse. Maintenant, t’as plus qu’à p…

-Jem, à qui tu parles ? »

Jon a glissé sa tête sous mon bras. En le voyant, tu l’as salué poliment. Mon frère, lui, a littéralement fait les yeux ronds. Apparemment, il ne s’attendait pas à ce qu’une fille vienne chez nous.

« Bo…bonjour, a-t-il bégayé. Vous êtes une amie de Jérémy ?

-Nan, c’est qu’une personne de ma classe, ai-je répondu à ta place.

-Enchantée, je m’appelle Elie, tu as dit en lui tendant la main.

-Euh, moi c’est Jonathan, a-t-il articulé en la serrant. »

Puis est apparue Lola. En t’apercevant, elle s’est cachée derrière ma jambe. Tu as émis un petit rire et t’es baissée vers elle.

« Bonjour ma petite, comment tu t’appelles ?

-Lola, a-t-elle répondu timidement.

-Et tu as quel âge ? »

Elle a réfléchi, puis a fait trois avec ses doigts. Je commençais déjà à en avoir marre de toutes ses présentations inutiles. Ma sœur m’a interrogé :

« Jérémy, et manger ?

-J’allais partir à Casino, t’inquiète pas. »

A mes mots, tes yeux ont soudainement brillé et tu t’es relevée avec enthousiasme. Tu as agité les sacs de courses devant moi.

« J’ai bien fait alors, d’acheter tout ça !

-Hein ?

-J’y suis allée tout à l’heure, et je vous ai ramené de quoi manger ! »

Nous t’avons regardée, médusés, figés sur place. Je pensais avoir mal compris, me disant que ce n’était que mon imagination.

« Tu…tu délires là…

-Pas du tout ! C’est pour m’excuser de ce que je t’ai fait. Et puis je me suis dit qu’offrir quelque chose à tes frères ne serait pas de trop. »

J’ai voulu refuser ce cadeau que je considérais comme une sorte de pitié, ce qui me dégoûtait au plus haut point, mais tu as donné les sacs à Jon avant que je ne fasse quoi que ce soit. Ce dernier t’a contemplée, le regard plein d’admiration, comme s’il était face à une divinité.

« Maman ! A crié Lola. Des bonbons ! a-t-elle ajouté en vérifiant les contenus.

-Que dis-tu ? »

A son tour, maman est venue. Et un de plus… En te découvrant, elle a eu la même réaction que mon frère.

« Bonjour, madame, je suis Elie, une camarade de Jérémy.

-Oh ! Enchantée ! Et que signifie tout…ça ?

-Eh bien, je ne me suis pas comportée correctement avec votre fils, alors je voudrais m’excuser en offrant ceci.

-Mais…non, c’est…

-Ne vous inquiétez pas, ça ne me dérange pas, au contraire ! S’il vous plait, acceptez.

-…Je vois que je n’ai pas le choix. Mange avec nous alors, au moins. »

En entendant ça, j’ai failli m’étouffer tout seul. Le pire était que maman n’avait pas l’air de se forcer à t’inviter.

« C’est gentil à vous, mais ce n’est pas la peine.

-Mais si, mais si ! Je peux prévenir tes parents, si tu veux. »

Il m’a semblé que ton visage s’est un peu crispé, mais je n’en étais pas sûr.

« Ils ne sont pas à la maison, tu t’es contentée de répondre.

-Raison de plus pour que tu dînes avec nous, ce n’est pas amusant de rester toute seule ! Il faut bien que je te remercie pour toute cette nourriture et cette boisson ! Allez, viens ! »

Elle t’a alors entraînée dans la maison par le bras, sous mes yeux hébétés et les cris de joie de Lola. Elle t’adorait littéralement.

Maman t’a installée à la table et a refusé ton aide. Ensuite elle est venue vers moi.

« Jérémy, va préparer les couvercles, puis en chuchotant elle a ajouté, comment as-tu fait pour sympathiser avec une fille aussi charmante ?

-Pas important…ai-je bougonné. »

Vraiment, je peinais à y croire… je devais à présent te supporter dans ma maison ! Comme si cela ne suffisait, tu semblais déjà t’entendre à merveille avec mes frères et ma sœur. Ainsi que maman. Oui, je trouvais cela horrible mais…supportable. J’étais plus surpris qu’énervé de te voir ici.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer une scène ridicule. Toi dans le costume d’une ange-démon, envoûtant tour à tour mes proches, me laissant seul. Au moins, cette image a réussi à me calmer un peu, sans que je ne puisse mettre encore de l’ordre dans mes sentiments. Je me suis rendu compte que je n’avais pas encore regardé ce que tu nous avais apporté, alors je suis allé jeter un coup d’œil. Purais, du Coca ! Ça faisait un temps fou que je n’en avais pas bu ! La dernière fois devait remonter au temps où le vieux était encore là. Le vieux…A peine cette pensée m’a-t-elle effleuré l’esprit que j’ai secoué la tête pour la dissiper.

Remarquant que ma mère discutait avec toi avec enthousiasme, je me suis moi-même mis au fourneau, avec les spaghettis, les brocolis, et la carotte que j’ai découpée en morceaux.

Même si cela m’énervait, je devais avouer une chose : grâce à toi, l’ambiance n’avait pas été si joyeuse depuis bien longtemps.

Quentin, mon frère de 5 ans, est venu me demander :

« Elle est jolie. C’est ton amoureuse ?

-Pas du tout, ai-je dit en me retenant de pouffer. »

La préparation terminée, j’ai placé les couvercles et ai servi.

« Whaa, ça sent drôlement bon ! Tu t’es exclamée.

-Jérémy cuisine très bien. Comme je suis plutôt de santé fragile, il m’aide aussi pour le ménage et garde les petits à ma place, et…

-M’man, c’est bon, pas la peine de tout raconter. »

Je n’avais vraiment pas envie que tu connaisses toute ma vie privée.

« Ça ne m’étonne pas de lui, tu as remarqué. »

J’ai haussé les sourcils et ai voulu te demander la raison, mais tu t’es levée pour servir le Coca. Mes frères ont tous crié : « Coca ! Coca ! Coca ! »

A table, maman a dit :

« Au fait, Jérémy, Elie m’a prévenu pour ton heure de colle de demain. J’espère que tu as l’intention d’y aller.

-Ouais…ai-je marmonné la bouche pleine, en te lançant un regard meurtrier mais tu ne t’en es pas aperçu. »

Pour tout dire, je l’avais complètement oubliée, cette retenue, comme d’habitude.

« Elie, que font tes parents pour ne pas être à la maison ?

-Mon père fait souvent des voyages d’affaires, donc je ne le vois pas beaucoup. »

J’ai voulu demander : et ta mère ? Mais tu as changé de sujet. Le dîner s’est passé dans une atmosphère très détendue et chaleureuse. Je devais bien être le seul à être maussade. Le repas fini, maman m’a ordonné de faire la pire des choses.

« Jérémy, montre ta chambre à Elie. »

Tu semblais aussi étonnée que moi par cette proposition.

« Et pourquoi ? Ai-je maugrée.

-Vous pourrez discuter des cours que tu as manqués. »

Tss…avais-je le choix ?

Je me suis dirigé vers ma chambre. Tu as sorti les feuilles de ton sac et as commencé à m’expliquer. Mais je t’ai coupé la parole :

« Réponds sérieusement, tu te plais ici ? Tu peux partir maintenant.

-Non…j’adore l’ambiance qui règne dans votre famille.

-Comment ça ?

-Eh bien, vous êtes tous ensemble, à manger… ça peut te paraître banal, insignifiant, mais je trouve que vous êtes chanceux. Et puis, ça fait longtemps que je n’ai pas dîné en famille. Je suis vraiment heureuse. »

Ta réponse m’a sérieusement surpris. Je pensais que tu mentais, mais ton visage avait l’air vraiment épanoui.

« Jérémy, ce serait super que tu reviennes en cours et que tu travailles. Pas seulement pour toi, mais pour tes frères et ta sœur. Tu dois tenir compte du fait qu’ils prendront exemple sur toi à l’avenir. Et puis, ce serait bien que tu finisses l’année avec ton brevet, ça fera vraiment plaisir à ta mère. Tu peux l’avoir, si tu travailles. Je vois bien que tu es quelqu’un qui peut faire preuve d’intelligence et…de gentillesse, tu es juste timide…à ta façon, du moins. En tout cas, je me répète, mais je suis prête à devenir ton amie, à t’aider, à te soutenir. S’il te plait, pense à ça et ne crois pas que je mens. Je peux le prouver, je te le promets. Il est temps que tu sortes de ta coquille pour t’ouvrir à ton entourage, et tu verras, la vie te paraitra bien moins mauvaise. »

Un silence a suivi tes paroles. Je ne savais quoi répondre. Je n’arrivais plus à répliquer que c’était faux…petit à petit, je le sentais. La part en moi qui te croyais grandissait de plus en plus. Une part que je voulais dissimuler derrière ma colère.

C’est là que j’ai compris. Je ne te détestais plus. Du moins pas autant qu’avant.  Inconsciemment, j’étais devenu moins agressif envers toi.

De plus, si je me mettais à réfléchir, il y avait plusieurs preuves de ta sincérité. Ton sourire quand tu me parlais. Ta course pour moi malgré ta blessure. Tes mots. Ma défense contre Nathan. Tes mots. Ta présence ici. Ces cadeaux. Et tes mots.

Tu m’as interrompu dans mes réflexions.

« Bon, alors cette feuille, c’est en français, celle-là…

-T’es vraiment sure de vouloir traîner avec moi ? Je t’ai coupé de nouveau.

-Evidemment ! Tu as dit sans hésiter. Et tu viendras chez moi pour cuisiner, car je suis une bonne à rien aux fourneaux ! »

J’ai ri spontanément avant de me reprendre presque immédiatement. Waouh… C’était bien la première fois que je ressentais pareille émotion. Je savais qu’il était en train de m’arriver une chose inédite, inattendu, mais je ne m’en rendais pas encore totalement compte. C’était tout bonnement inimaginable pour moi. Pourtant, tu étais là, devant moi, m’assurant vouloir être mon amie. J’ai laissé échapper derechef un rire avant de dire :

« Bon, alors, ces cours, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

-Ne sois pas si pressé ! Donc ça, c’est…

-Ah, et merci pour la nourriture…et le Coca, c’est sympa.

-Jérémy, tu vas me couper encore combien de fois ? Tu t’es esclaffée.

-Désolé, pardon. »

Tu as fini de m’expliquer une dizaine de minutes plus tard, sans que je ne t’interrompe cette fois.

« Bon, eh bien je vais y aller. »

J’ai constaté que tu regardais le ciel sombre d’un air inquiet, que tu voulais sans doute dissimuler derrière ton sourire. Je t’ai alors proposé :

« Ben, si tu veux…je peux t’accompagner.

-Ah ? Tu as fait en haussant les sourcils. Ce n’est pas la peine, ne te dér…

-T’inquiète pas pour moi, je peux quand même pas te laisser rentrer toute seule. T’es bien au courant que les rues peuvent être louches parfois. »

Après avoir remercié trois fois ma mère et promis à mes frères et Lola de revenir, nous sommes sortis dans la pénombre.

« Tu habites loin ?

-Non, ça doit nous prendre une dizaine de minutes, environ. Dis-moi, comment as-tu appris à cuisiner aussi bien ?

-Ça s’est fait comme ça, comme je faisais rien à la maison, j’ai d’abord commencé par apprendre quelques plats simples, puis quand le vieux est… »

En repensant à lui, une multitude de souvenirs a resurgi de nouveau dans mon esprit, m’interrompant dans ma réponse. Tu as dû avoir remarqué mon malaise.

«Oublie ma question.

-Non, ça va. Au fait, comment ça se fait que tu nous as pas questionnés sur l’absence du vi…de notre père ?

-Je ne sais pas trop…j’avais peur qu’il s’agisse d’un sujet grave, donc je ne voulais pas prendre le risque de plomber l’ambiance…

-…il est parti.

-Ah…

-…alors que ma mère est fragile et malade.

-Oh…

-Il nous a abandonné, sans un mot.

-…

-Ce connard, si je le trouve, je le…

-Jérémy, c’est bon, ne parlons plus de ça. »

Silence. Nous écoutions tranquillement durant un instant le vrombissement des voitures, les musiques de différentes radios de ces automobiles.

« Si ton père voyage autant, tu dois être super friquée alors.

-N’exagère pas…de toute façon, que ce soit le cas ou pas, l’argent ne fait pas le bonheur… »

Tu avais prononcé ce proverbe d’ un ton amer.

« T’es pas heureuse ?

-Euh…non, enfin si, quand même… »

J’étais plutôt étonné de ta réponse. Moi qui croyais que tu étais comblée, avec ta popularité, ta scolarité excellente…

« Et ta mère, elle fait quoi ? »

A ma question, tu as ralenti le pas.

« Elle est morte.

-Ah…merde, enfin je veux dire, désolé. »

Un nouveau silence, cette fois gêné, s’est installé entre nous. Donc tu avais perdu ta mère…pourtant, tu ne laissais pas le moindre doute d’une telle tragédie. Ton père voyage beaucoup, cela veut donc signifier qu’il est souvent absent. Si l’on ne prend pas en compte l’argent, ce n’était pas si super que ça, ce métier… je me suis souvenu de tes paroles : « ça fait longtemps que je n’avais pas dîné en famille. »

« Ça doit être triste, t’ai-je lancé.

-De quoi ?

-D’être souvent seule. »

Je me suis aussitôt demandé si je n’étais pas trop brutal. Tu as produit un rire bref.

« Tu es le premier qui me dit ça.

-Merde, désolé, je…

-Non, ne t’excuse pas, au contraire. Quand les gens apprennent ce que fait mon père, ils sont envieux…mais ils ignorent qu’il n’y a pas que des avantages… J’ai l’impression qu’avec toi, Jérémy, je peux tout te confier. Mais…

-Ben vas-y.

-Quoi ?

-Je vois pas pourquoi tu hésites à m’en parler. Tu te confies aux autres aussi, non ? »

Tu as secoué la tête.

« Même s’ils sont sympas, je n’ai pas le sentiment que je puisse tout leur dire. Ils ne comprendront surement pas, mais ce n’est pas grave ! En fait, pour eux, je suis la petite fille modèle, chanceuse, mais je suis bien loin d’être ça.

-Vu comme t’as l’air de galérer, c’est vrai.

-Ha ha…t’es super. »

Euh…j’avoue que je ne comprenais pas tout. Mais j’ai tout de même fait l’effort de dire :

-Euh, ben, si tu veux parler, ben y a moi. Enfin je sais pas si ça peut servir à quelque chose, mais… »

Tu m’as interrompu en m’ébouriffant les cheveux en souriant, comme si j’étais un gamin qui venait d’accomplir une bonne chose.

« Merci, Jérémy ! Mais on vient de devenir amis, alors je ne veux pas t’encombrer de mes problèmes tout de suite. Et sache qu’en ce moment, je suis très heureuse d’être avec toi, donc le reste n’est pas important.

-Ah…euh…ben…ouais…ai-je bégayé. »

Je ne sais pas si c’est parce que mon point de vue sur toi avait changé, mais te voir si près m’a fait penser que tu étais très jolie. J’ai prié de tout mon être que tu ne me voies pas rougir. Merde, c’était bien la première fois que je me comportais ainsi…

« Ah, j’ai complètement oublié, mais tu es sur que je ne t’ai pas fait mal, avec ma prise de judo ?

-Non, t’inquiète, ça va. Enfin j’avoue que tu m’as pas mal surpris.

-Héhé, une fille doit savoir employer la force par moment. »

Quand nous sommes arrivés chez toi, j’étais ébahi par la taille de ta maison. Elle ressemblait quasiment à un appartement, avec sa grandeur et ses multiples fenêtres. Par contre, malgré les magnifiques fleurs qui l’entouraient, je la trouvais sobre, car aucune lumière ne l’éclairait. Je n’étais pas habitué par ce détail, car ma maison était toujours occupée par ma mère quand je rentrais.

« Eh bien merci de m’avoir raccompagné. Tu peux retrouver le chemin ?

-Ouais.

-N’oublie pas de venir en cours.

-J’ai plus le choix.

-A demain, alors. »

Alors que tu tournais les talons, je t’ai interpellé :

« Elie, viens manger chez nous quand tu veux ! »

Tu t’es retournée avec un sourire éclatant, et je t’ai envoyé un signe de la main avant de partir. Eh ben, quelle fin de journée…

J’ai une pote…

            Tss, je ressemblais vraiment à un gamin qui vient d’avoir sa première amoureuse.

Elie…Tout en marchant, j’ai constaté que c’était la première fois que je t’avais appelé par ton prénom.

***

            Tout en refermant la porte derrière elle, Elie sentait une joie immense l’envahir. Tandis qu’elle fredonnait joyeusement, elle se remémorait cette merveilleuse fin de journée. Elle n’aurait jamais cru que sa visite aboutirait à un tel résultat. Au contraire, elle s’était préparée à recevoir toute la rage de Jérémy, mais apparemment… oui, il ne la haïssait plus ! Il lui avait même proposé de tout lui confier, chose qu’elle s’apprêtait à faire avant de se raviser. Non, l’embêter avec ses problèmes était hors de question. Elle ne voulait pas être une charge pour lui. Elle s’était un peu relâchée, mais c’était sans doute car Jérémy avait une situation un peu similaire à la sienne. Son père, parti, sa mère, malade…et dire qu’il vivait tout ça…

            Une bouffée de compassion l’envahit, et elle se jura de lui remonter le moral et le soutenir dans tous les moments durs.

            Elle repensa ensuite au dîner. Qu’est-ce qu’elle était heureuse ! Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas mangé avec quelqu’un, et le repas lui semblait plus délicieux que jamais. Les paroles de Jérémy la fit sourire jusqu’aux oreilles.

« Viens manger chez nous quand tu veux ! »

 Elle ne savait pas vraiment d’où lui venait ce sentiment, mais elle voulait aider cette famille à subvenir à leurs besoins. Même si son père s’y opposerait surement, elle souhaitait encore leur acheter à manger, et dîner une fois de plus avec eux. Peut-être faisait-elle preuve d’égoïsme ?  Néanmoins, malgré sa popularité, elle n’avait jamais voulue être aussi proche de quelqu’un que maintenant. Pourquoi Jérémy ? Surement car, malgré leur vie sociale, lui et sa famille semblaient tout de même heureux et soudés, chose qu’elle enviait.

Aujourd’hui, elle avait vu la gentillesse maladroite de Jérémy. Elle continua à fredonner, de façon plus joyeuse, sans pouvoir cesser de sourire.

 

Tadaa, Jérémy et Elie se sont rapprochés! Jusqu’où iront-ils? 

A bientôt pour la suite des deux héros! Yosh!!

 

Shingeki no Kyojin (L’attaque des titans)

Shingeki no Kyojin (L'attaque des titans) dans Mangas attack-on-titan-banner-1

Résumé:

Il y a 107 ans, l’humanité a été envahie par les titans, qui ont exterminés presque tous les humains. Les survivants ont construit une cité fortifiée avec différents murs de 50 mètres de haut, afin de se protéger des titans. 

Après un siècle de paix, tout bascule quand un titan de 60 mètres de haut détruit une partie du mur du district de Shiganshina, laissant ainsi les autres titans entrer dans la ville et provoquer à nouveau un massacre. Eren Jäger, un jeune garçon qui rêve de découvrir le monde extérieur, voit sa mère se faire dévorer sous ses yeux. Ce traumatisme le pousse à s’engager dans les bataillons d’exploration, dans le but d’exterminer tous les titans, jusqu’au dernier.

Critique:

L’adjectif qui correspond le mieux à cet anime est le mot: TITANESQUE! Ce n’est pas une exagération, je vous l’assure! Le monde de Shingeki no Kyojin est riche en action, la série nous tient en haleine durant ces 25 épisodes géniaux. L’histoire est vraiment très réussie, il n’y a pas de place pour l’ennui. Le grand côté tragique accentue le charme du manga.

Les  combats sont extras, avec un point de vue qui nous donne l’impression d’être à la place du personnage. Ici, on ne sait jamais qui peut mourir, tout le monde est confronté au même danger.  

Chaque personnage est intéressant à étudier, et possède leurs propres caractères. Je pense que, pour la plupart des spectateurs, surtout du côté féminin, le meilleur personnage est Levi Ackerman, caporal-chef des bataillons d’exploration. Sa force et son sang-froid ont séduit bon nombre de personnes (moi y compris)! On peut aussi retrouver le trio classique: Eren, le héros à la détermination inébranlable, Mikasa, la fille douée en tout et Armin, le cerveau du groupe.

Et un des éléments que je trouve génial ici, c’est l’égalité de force entre les deux sexes. Moi qui suis une fille, c’est avec enthousiasme que je vois Mikasa être la meilleure de sa promotion mwahaha…heum heum.

Les titans, eux, sont complètement effrayants. L’absence d’intelligence qu’ils ont les rend encore plus imprévisibles et terribles! Quelques titans ont une attitude absolument grotesque, ce qui rend l’atmosphère gênante.

screen-shot-2013-04-07-at-2-01-53-pm dans Mangas

 

Et que dire de la musique…les deux openings, interprétés par Linked Horizon, correspondent superbement à l’anime!

Image de prévisualisation YouTube

Les OST sont sublimissimes. 

Image de prévisualisation YouTube

Note anime:

25/20

shingekinokyojin1

Le manga:

Le manga est toujours en cours de publication, et connait un véritable succès au Japon. Rien à redire, l’histoire du manga est identique à celle de l’anime, si ce n’est le graphisme pas très glorieux pour certains, mais il correspond bien à l’univers sombre du manga.

Note manga:

19/20

Je vous invite donc à essayer cette petite merveille sans plus attendre! L’univers sombre de Shingeki no Kyojin vous séduira, je vous l’assure!

En bonus: l’opening 1 chanté par Eren Jäger et Connie Springer!

Image de prévisualisation YouTube

News!!

La saison 2 est prévue pour courant 2016…Ce sera dur pour les fans, mais il faudra patienter! En attendant, on a de quoi être satisfaits avec:

-l’oav  »Shingeki no Kyojin- Kuinaki Sentaku », qui se base sur le passé de Rivaille/ Levi. Le premier épisode sortira le 9 décembre 2014 et le deuxième le 9 avril 2015.

manga-2454-300x166

-le manga  »Shingeki no Kyojin-Before the Fall » dont le tome 1 est déjà disponible en France.

manga-2769-200x300

-Les deux films, dont le premier,  »Guren no Yumiya », sort le 22 novembre 2014 et le deuxième, « Kohen- Jiyuu no Tsubasa »,  est prévu le 27 juin 2015.

manga-2770-211x300

-Le film live qui est prévu en été 2015, avec l’acteur Miura Haruma dans le rôle d’Eren.

manga-2772-300x225

Et, bien sur, il y a aussi les scan qui sortent une fois par mois, vers le 9 du mois, pour nous faire patienter!

-

Rekishi Yume: Chapitre 8

Chapitre 8 : Le feu face à la glace…

Le premier quartier de la lune était déjà haut dans le ciel de couleur encre. Sous celui-ci était apparu de façon totalement inattendue Shiro, devant les yeux ébahis de Yume. Aucun mot ne put sortir de sa bouche, comme si c’était Dieu en personne qui était présent. Elle n’eut même pas la force de formuler les questions évidentes, face à ce spectacle ahurissant, dans ses pensées.  De son côté, lorsque Shiro vit Yume, il laissa ses bras tomber le long de son corps et s’adressa à elle de son ton habituellement désinvolte :

- Oh, c’est toi Yume. Qu’est-ce que tu fais ici ?

-M…mais…articula-elle mais elle ne put finir.

« Mais c’est moi qui devrait te demander ça ! ». Voilà ce qu’elle voulut lui dire mais les yeux du garçon s’étaient tournés vers Sora. La jeune fille avait oublié la présence de ce dernier. Elle constata qu’il fixait Shiro avec un air…écœuré. Il ne semblait pas le moins du monde étonné par la venue de ce personnage aux cheveux bleus. Celui-ci fit un saut en arrière sous le regard de Sora qui dit :

-Toi…

-Ah, salut, lui répondit Shiro. Ça faisait un bail, poil de carotte.

-Je te le confirme, espèce de sale esquimau…

« Hein ?! s’écria Yume dans sa tête. Ne me dis pas qu’ils…ils se connaissent ? D’où sortent ces surnoms, sinon ? »

Néanmoins, il y avait une autre chose très étrange, inhumaine : l’atmosphère que dégageaient les deux garçons. Yume sentit une sensation des plus hostiles, qui n’avait rien d’ordinaire. Les sourires que s’envoyaient Shiro et Sora exprimaient clairement le dégoût et la haine que ressentait l’un envers l’autre. Mais pourquoi ? En tout cas, il était clair que ce n’était pas la première fois qu’ils se rencontrent.

La jeune fille n’aurait jamais pensé que Sora, un garçon si poli, si souriant et si gentil, puisse avoir un visage pareil. On aurait pu penser qu’il était prêt à tuer celui qui lui faisait face. Ils se regardèrent en chiens de faïence jusqu’à ce que, soudain, Shiro proposa avec un rictus de plaisir :

-Et si l’on se faisait un petit combat ? Histoire de vérifier que tu ne t’es pas plus ramolli que la dernière fois ?

-Tu es sûr ? Je ne voudrais pas te défigurer plus que tu ne l’es déjà.

-Tsss…c’est ce qu’on va voir, poil de carotte !

Avant que Yume ne puisse s’interférer pour leur dire d’arrêter, ils s’élancèrent l’un vers l’autre à une vitesse fulgurante, puis s’assaillirent de coups aussi rapides que l’éclair. Cette vélocité donna naissance à des gestes vifs qui dansaient autour d’eux.  Mais aucun des deux n’arriva à prendre le dessus sur l’autre. A peine ils se voyaient et, en deux minutes, ils se jetaient déjà dessus comme des fauves ! La comparaison n’était pas exagérée. Ils reculèrent jusqu’à leurs positions de départ.

- C’est tout ce que tu peux faire ? Remarque, je m’y attendais, siffla Shiro en reprenant son souffle.

-Tu parles, tu es à deux doigts de t’évanouir. Fais de beaux rêves, belle au bois dormant ! Lui répondit Sora du même ton rempli de sarcasme.

-Tu vas voir, si je suis plus faible que toi.

-Ah, on passe aux choses sérieuses ? Je ne suis pas contre.

Tout à coup, Yume remarqua à vue d’œil deux couleurs distinctes émettre de chacun des combattants. Celle de Sora fut d’un orange si foncé qu’il en devenait presque rouge. Celle de Shiro fut d’un bleu si clair que l’on aurait dit du blanc pur. Ces auras rendirent la scène encore plus incroyable et, par-dessus tout, accentuèrent la tension.

« Je dois être en train de rêver… »

Yume se frotta plusieurs fois les yeux, se pinça cinq fois le bras et se donna des gifles : la douleur lui confirma qu’elle faisait fausse route. C’était bien réel.

Comme si cela ne suffisait pas, dans la main de Shiro se forma une sorte de gelée argentée entouré de milliers de légères étincelles. Dans celle de Sora, on put apercevoir de manière distincte une flamme vermillon surgir de nulle part. Le premier réflexe de Yume fut de jeter un coup d’œil autour d’elle, cherchant un extincteur. Avant qu’elle ne puisse enlever sa veste dans le but d’éteindre ce feu, les deux garçons s’étaient derechef rués l’un vers l’autre, en se lançant cette fois les deux matières étranges dans la direction de l’ennemi. La force des impacts était à couper le souffle et provoqua une bourrasque qui projeta Yume en arrière. Elle retomba sur ses fesses après avoir reculé de plusieurs mètres.

« Mais qu’est-ce que c’est que ces trucs ???!!! J’ai l’impression d’être dans un…jeu vidéo !»

Elle se releva tant bien que mal mais le combat n’était pas fini. A présent, les coups que se donnaient ces personnages excentriques étaient armés d’un halo de lumière hors du commun. Bleu céleste et rouge flamboyant se confondaient, produisant des éclats de lumière dans la pénombre, comme des feux d’artifices avec seulement deux couleurs et ils semblaient plus dangereux que merveilleux… Le choc de tout à l’heure était encore présent, visible par les souffles de vent. Elle réussit à avancer de quelques pas jusqu’à ce qu’elle n’y puisse plus sans risquer de se faire éjecter de nouveau. Elle hurla de tous ses poumons :

« Arrêtez ! »

Mais son cri se perdit dans le vacarme que réfléchissaient les coups. Une pensée traversa son esprit : d’ailleurs, comment cela se faisait que tout ce tapage n’avait pas encore alerté les voisins ? Il y avait déjà tellement de mystères que cette question ne la préoccupait pas vraiment.

La seule façon de les convaincre de cesser de s’entretuer était de s’approcher suffisamment pour qu’ils remarquent sa présence. Cependant, elle ne se sentait pas encore prête à risquer sa vie pour effectuer cette action suicidaire.

Soudain, elle vit à sa droite une silhouette massive, sans doute un homme. Il s’avançait vers eux d’un pas tranquille et Yume remarqua qu’il ne semblait pas se soucier de ce qui se passait. Comme s’il ne les voyait pas… Il ne souffrait curieusement pas non plus des bourrasques de vents. Elle lui ordonna tout de même :

-N’approchez pas ! Restez où vous êtes !

L’homme avait dû l’entendre car il obtempéra, la regardant d’un air perplexe.

- Que se passe-il ? Lui demanda-il.

-Vous ne voyez vraiment pas ?!

-Que dois-je voir ?

-Vous êtes aveugle ?

-Vous vous moquez de moi ?

Elle jeta des coups d’œil entre le nouveau venu et les garçons. Ces derniers continuaient toujours de se battre avec vivacité.

-Euh…hésita-elle.

L’homme reprit sa marche vers elle.

- Je vous ai dit de ne pas avancer !

-Mais à quoi joues-tu ? Dit-il sans s’arrêter.

-Vous êtes sourd ? S’irrita-elle.

Yume n’avait jamais été d’une nature patiente.

-Ne me parle pas comme ça ! Vu ton uniforme, tu es du lycée Nagashima, je me trompe ? Cesse de me raconter n’importe quoi si tu ne veux pas que je les informe de ta conduite irrespectueuse !

La jeune fille eut à peine le temps de lâcher un soupir quand un éclair bleuâtre, surement issu du combat, sortit du paysage…et vola en direction de l’homme. Puis tout sembla se dérouler au ralenti: Yume sentit ses jambes courir automatiquement et elle se retrouva en un rien de temps devant lui. Elle le força à se baisser en l’écrasant de tout son poids, profitant de l’hébétude de l’homme face à son acte inattendu. Elle était certaine que l’éclair allait la toucher, elle ne pourrait l’éviter. Mais quelques secondes passèrent, sans qu’elle ne ressente la moindre douleur. Lorsqu’elle leva les yeux, il avait disparu. L’homme se redressa en la repoussant. Ses jambes se dérobèrent, non pas à cause de ce geste, mais c’était la première fois qu’elle avait ressenti une montée d’adrénaline aussi élevée, mélangée avec une frayeur sans pareille. Et tout ça à cause d’eux… Elle n’entendait même plus les réprimandes de celui qu’elle avait sauvé. Une colère sourde commença à l’envahir. Elle se releva, planta son regard bleu dans les yeux de l’homme et répliqua :

-Partez sur le champ, maintenant. Appelez mon lycée, si ça vous fait plaisir mais allez-vous-en ! Je n’hésiterais pas à crier que vous m’agressez !

Cela devait paraître brusque et soudain pour l’homme, mais elle s’en moquait. Lorsque Yume était énervée, plus rien ne la préoccupait hormis le moment présent. L’homme fronça les sourcils.

- Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête, mais tu vas avoir des problèmes, je te préviens !

Sur ce, il tourna les talons et sortit du parc. Satisfaite, elle se rendit subitement compte qu’un silence planait au-dessus d’elle. Elle se retourna et remarqua que les deux idiots avaient cessé leurs enfantillages. Ils la fixaient d’un air incrédule, le visage et les vêtements poussiéreux. Elle voulut les sermonner, mais aussi leur demander des explications sur ce combat extraordinaire, hors du commun, surnaturel, incroyable… Elle ne savait pas par où commencer. Finalement, ce fut Sora qui prit la parole :

-Comment…tu as fait ça ?

-Ca quoi ? S’intrigua  Yume. C’est plutôt moi qui devrais vous demander ! C’était quoi toutes ces lumières, ce feu et tout…on aurait dit un numéro de cirque, en plus réaliste ! Ah, j’ai trouvé ! Vous êtes des sorciers !

-Plutôt des magiciens, rectifia Shiro comme s’il avait dit ‘’je suis un garçon.’’

-Vous jouez dans une troupe ?

Les garçons se regardèrent avant d’éclater de rire.

- Vous vous fichez de moi ou quoi ? S’emporta-elle.

-Ben oui, affirma Shiro.

Ils s’arrêtèrent et Sora s’excusa :

- Désolé, tu ne dois pas vraiment voir où on veut en venir. Mais au moins, tu me crois maintenant, non ?

-De quoi tu parles ? Demanda-elle.

-Jusqu’où va ta stupidité ?

-La ferme, esquimau !

-Tu te prends pour q…

-Expliquez-moi !

Sora se calma.

« Nous sommes des magiciens de Sunight, le monde dont je t’ai parlé tout à l’heure.

-Ah là là ! Fit Yume, exaspérée. T’as pas encore fini avec ton délire ?

-Donc, si je comprends bien, tu nous prends pour des gars, seulement capable de faire des tours de magie au cirque c’est ça ? Devina Shiro.

- Pourquoi, ce n’est pas le cas ?

-Alors comment tu expliques la puissance que tu nous as montrée en sauvant ce vieux ?

-C’est quoi ce charabia, encore ?

-Tu n’as pas l’air d’être au courant. En voulant protéger cet homme, tu as dévié la portion magique de l’esquimau avec ta propre réserve de magie, expliqua Sora.

-C’était nécessaire de m’appeler ‘’esquimau’’ ?

-C’est vrai, tu mérites un surnom pire.

Yume n’entendit même pas la nouvelle querelle qui les opposait. Elle les fixait avec des yeux ronds sans vraiment les voir, ni les entendre.

« De la magie ? S’étonna-elle dans ses pensées. En moi ? C’est encore un mensonge…non ? »

-M…mais je n’ai pas de magie ! Les coupa-elle et ils interrompirent leur dispute. Je ne suis pas magicienne !

-Ça m’étonnerait que ce soit le cas, en effet, affirma Shiro.

-Ben voilà !

-Ce qu’il veut te dire, c’est que tu n’es peut-être pas une magicienne, mais que tu possèdes l’Energie.

-L’Energie ?

-Oui. On appelle cela la puissance, magique ou non, que détiennent les personnes que l’on ne peut qualifier d’ ‘’humains’’, ou à moitié. Toi, tu es une demi-terrestre, mais tu es comme nous.

-C’est vrai que nos cheveux ne sont pas communs de tous.

Shiro pouffa mais se reprit rapidement.

-T’es sûr que c’est elle que l’on recherche ? Demanda-il à Sora, puis il se tourna vers Yume. Tu t’appelles bien Yume Haruno ?

-Bah oui ! Et comment ça vous me…

-Evidemment que c’est elle, tu as bien vu comment elle a détruit ton attaque !

-C’était rien du tout !

Yume avait la tête qui tourne : elle était complètement perdue ! Bien sûr, elle aurait pu partir en laissant ces deux fous derrière elle, et prier pour ne plus jamais les revoir. Mais une part d’elle-même ne voulait pas réagir ainsi. Une petite voix l’incitait à les écouter, à les croire. Sora la tira de ses rêveries.

- Yume, peux-tu nous montrer à nouveau ta puissance magique ?

-Et comment veux-tu que je fasse ça ?

-Tout d’abord, ferme les yeux, la guida-il et elle s’exécuta. Imagine que ton corps vibre au contact d’un élément…l’air sera le plus facile. Tu n’es pas obligée de trembler pour de vrai. Bien, ça y est ? (elle hocha la tête). Ensuite, imagine que l’air entre en toi, jusqu’à ce qu’il ne fasse plus qu’un avec ton esprit. Comme c’est la première fois, essaye de mettre toute ta force (cette action lui arracha une grimace). Tends la main gauche, paume levée, voilà, et essaye de concentrer toute l’énergie sur elle.

Yume se concentra autant qu’elle put, et n’entendit plus Sora. Tout devint noir dans sa tête, et elle eut l’impression de se trouver dans un gouffre profond, sans issue. Elle sentit alors quelque chose effleurer sa main pendant un instant, avant de disparaître. L’abîme en elle disparut, remplacé par le paysage du parc plongé dans l’obscurité. Elle se rendit compte qu’elle venait d’ouvrir les paupières et les garçons la regardaient.

-Alors ? Voulut-elle savoir.

-Rien, répondit Shiro en haussant les épaules.

-Ne t’inquiète pas, Yume, tu as réussi à faire apparaître une petite lumière. Tu y étais presque, l’informa le garçon aux cheveux oranges en souriant. Et puis le fait que tu puisses nous voir signifie que tu n’es pas une fille ordinaire.

-Ah…et c’est pour ça que l’homme de tout à l’heure ne vous a pas vu ?

-Exact. En tout cas, ça prouve bien que tu es bien celle que nous recherchons.

-Vous me recherchez ?

-Oui. Nous voulons t’emmener avec nous, à Sunight.

-Un kidnapping, c’est ça ? Dit Yume.

-Crois-moi, si ça ne tenait qu’à moi, je te laisserais en plan ici, fit Shiro.

-Qu’est-ce que tu attends alors ? L’interrogea-elle.

-On ne peut pas, intervint Sora à la place de l’autre.

-Je vous préviens, je fais un peu de karaté !

-Même si tu étais ceinture noire, tu ne tiendrais pas trois secondes face à nous ! Se moqua Shiro. Du moins, contre moi.

-A vrai dire, je m’en doutais un peu aussi, vu la correction que tu avais mise aux grands lascars…

-En vérité, c’était des monstres de Sunight déguisés en humains.

-Quoi ?! S’écria-elle.

-Leur force était diminuée à cause des corps qu’ils ont pris, mais ça ne change rien à leur monstruosité. Donc arrête de paniquer sous prétexte qu’on veut te protéger, ce n’est pas nous que tu dois craindre, mais ces bêtes et une personne en particulier.

-Qui, le Père Noël ?

-Le Lanrô, bien sûr !

Lanrô…cela lui rappelait quelque chose. Ah !

- La silhouette noire ! D’ailleurs, comment vous êtes au courant ?! Cette fois, réponds-moi Sora !

-Pour résumer, cette personne fait partie de notre monde. Elle, enfin il car c’est un homme,  sème en ce moment le chaos dans Sunight, sans que personne ne soit encore en mesure de l’arrêter. La première fois que nous avions entendu parler de toi, c’était en rapport avec ton accident causé par le Lanrô.

Ce souvenir la fit frissonner. Elle revit contre son gré cette créature qui semblait sortir tout droit des entrailles de la terre, ou de l’enfer.

-Qui est-il alors, en réalité ? Comment s’appelle-il ? Voulut savoir Yume.

-Nous ne savons rien sur son identité. La seule chose qui le caractérise pour l’instant, c’est sa longue cape noire qui cache son visage. Sinon, il n’y a eu pratiquement aucun témoin dans les lieux où il est passé.

-Alors c’est bien lui qui a blessé Naomi ?

-Ton amie ? Ouais, répondit Shiro d’une voix tellement dégagé que Yume lui en aurait collé une volontiers. Bref, t’es pas la seule à souffrir à cause de ce psychopathe, garde ça en tête.

-Tu sors ça comme si je pensais que j’étais la plus malheureuse au monde, remarqua cette dernière. Mais si vous n’avez jamais vu son visage, comment pouvez-vous être certain qu’il s’agisse d’un homme ?

-Parce qu’il est très fort. A Sunight, hormis les reines, les hommes sont plus forts que les femmes. De plus, un survivant d’un village dévasté par le Lanrô nous a dit que ses pouvoirs et sa manière de se battre appartiennent à ceux d’un homme…si l’on suppose que ne bouger qu’une main peut signifier ‘’se battre’’.

-Je n’aime déjà pas votre monde…commenta-elle, dégoûtée par la supériorité du sexe masculin.

-Qui c’est, peut-être que tu as le niveau d’une reine, ricana Shiro. Enfin, je te préviens, ne compte pas trop là-dessus. Il y a environ 0,000001 chance sur un milliard.

-Merci, c’est vraiment aimable de ta part, ironisa Yume.

-Tout le plaisir est pour moi.

Décidément, ce garçon ne lui plaisait pas du tout ! Elle avait facilement deviné qu’il était prétentieux, orgueilleux et hautain. Tout le contraire de Sora…la plupart du temps, du moins. Celui-ci reprit la parole :

- Donc est-ce que tu es d’accord pour venir avec nous ?

-Eh, il faut du temps pour vraiment croire tout ce que vous venez de me dire ! Ce n’est pas une décision à prendre à la légère.

-T’as encore rien pigé ? S’exclama Shiro. En clair, Sunight est un monde magique, on vient de là-bas, le Lanrô aussi, et tu dois venir. Ça y est, c’est bon ? Même un gamin de trois ans pourrait comprendre ça.

-Je n’ai pas dit que je ne comprenais pas ! Mais tu penses bien que tout ça est…plus que bizarre !

-Pas vraiment.

A ces mots, Shiro refit apparaître la forme de gelée blanche dans sa paume. Yume était émerveillée et cela devait être visible sur son visage car le garçon pouffa :

- C’est rien du tout ça !

-Comment ça rien du tout ? Répéta-elle. Tu crois que l’on peut faire ça en un claquement de doigt ?

-Ben ouais.

A ces mots, il fit apparaitre une nouvelle gelée en claquant des doigts. Yume leva les yeux au ciel, exaspérée.

-Pardonne cet imbécile, Yume, il vaut mieux que tu l’ignores, soupira Sora.

-Tu veux mon coup de pied dans t…

-En fait, Shiro est un magicien qui maitrise la glace et moi le feu, le coupa-il, une flamme flamboyante dans sa main, et les yeux de Yume s’illuminèrent un degré au-dessus.

-Donc c’est pour ça que vous vous détestiez ? Comme le feu et la glace, supposa-elle.

-Quel que soit le pouvoir, je détesterai toujours cet idiot, répliquèrent-ils en chœur, avant d’échanger un regard entre eux et éteindre leur magie.

-Okay…marmonna-elle. Donc pour revenir au problème, je ne veux pas venir avec vous.

-On peut savoir pourquoi? Maugréa Shiro.

-Si je pars, que deviendrait ma vie ici ? Ma tante, mes amis, mon lycée ? Je ne peux pas les quitter comme ça !

-Si tu restes, tes proches seront en danger à cause de toi, l’informa le magicien de glace, impassible.

Yume resta interdite pendant quelques secondes.

- En…danger ? Reprit-elle. Comment ça ?

-Le Lanrô va peut-être encore s’en prendre à quelqu’un à qui tu tiens, l’avertit Sora, ou bien directement à toi. Si tu viens à Sunight, son attention ne sera sans doute plus dirigée vers la Terre. Mais ne t’inquiète pas, on fera en sorte que tu sois en sécurité, ajouta-il avec un sourire optimiste.

Dans ces conditions, si son entourage risquait encore de se blesser, ou pire, le choix était vite fait pour elle.

-On part quand ? S’intéressa-elle, d’un ton décidé.

-Du calme, ce n’est pas pour tout de suite, rit le garçon de feu. On va te laisser le temps de dire au revoir à tes amis et ta tante. Et puis comme c’est bientôt les vacances d’été, ça facilitera ton départ.

-Je peux leur expliquer où je vais ?

-Tu rigoles ? Se moqua Shiro. Tu penses que tu arriveras à les convaincre alors que nous, on a eu du mal avec toi ? Et encore, je suis prêt à parier que tu nous prends pour des fous encore.

C’était à moitié vrai.

- On trouvera un mensonge convaincant, la rassura Sora.

Yume se contenta de fixer des chaussures. Elle n’arrivait à admettre que tout ce qu’elle était en train de vivre était vraiment réel. Elle avait surtout l’impression de nager en plein rêve. Ou bien tout ceci pouvait-il être des illusions provoquées par son propre esprit, à force de jouer aux jeux vidéo ? Elle s’approcha sans hésiter de Shiro et lui pinça le bras. Ce dernier eut un mouvement de rejet.

- Hé !

-Pas de doute, vous existez vraiment, conclut-elle.

Soudain, elle entendit une mélodie qui lui était familière. La sonnerie de son portable. Elle revint vers le banc, ouvrit son sac et prit le téléphone. Le numéro affiché sur l’écran appartenait à sa tante. En voyant l’heure, Yume était certaine qu’elle allait passer un mauvais quart d’heure, voir plus… Malheureusement, elle n’eut d’autre choix que de décrocher.

- Je sais, il est tard, dé…

-Bon sang, tu réponds enfin ! J’ai essayé de t’appeler au moins 5 fois et j’ai demandé à tes amis qui m’ont dit que tu n’étais pas avec eux ! Un peu plus et j’allais appeler la police !

-Dés…, commença Yume en écartant son portable de son oreille, pour ne pas devenir sourde.

-La lune est déjà haute dans le ciel, et tu n’es toujours pas rentrée ! l’interrompit Akira. Tu ne me préviens même pas de ton absence ! Tu n’imagines pas à quel point j’étais inquiète !

-M…

-Où es-tu ? Il ne t’est rien arrivé au moins ? Je viens te chercher !

-Tata, calme-toi ! S’exclama Yume, en entendant les rires de Shiro et Sora derrière elle. Je vais bien, tout va…pour le mieux. Je n’ai rien, je suis dans le parc près de chez nous.

-Qu’est-ce que tu fais là-bas ?

-Euh…bafouilla-elle.

Elle se tourna vers les garçons, dans l’espoir qu’ils lui fournissent une explication plus plausible que la vérité. Shiro se contenta de lui adresser un sourire moqueur. Elle l’aurait surement étranglé sur place si Sora ne s’était pas avancé vers elle, et prit son mobile des mains avant qu’elle ne put réagir.

-Bonsoir, madame, je m’appelle Sora Kageyama, salua-il, sous les yeux ronds de Yume.

-Que…que faites-vous à l’appareil de ma nièce ?

-Je suis désolé, c’est moi qui l’ai proposé d’aller au parc. Je suis nouveau dans le lycée Nagashima, et Yume est la première personne avec qui je me suis lié d’amitié. Elle m’a expliqué le fonctionnement et les règles de l’établissement en me le faisant visiter, à la fin des cours. Pour la remercier, je l’ai acheté à boire et nous nous sommes installés dans le parc. Nous avons tellement discuté que nous n’avons pas prêté attention au temps qui passait ! Je vous demande pardon de vous avoir causé tant d’inquiétude et de soucis.

Yume l’observait, sidérée. Elle n’avait jamais rencontré pareil menteur que lui. Son ton ne laissait place à aucun doute sur une moindre tromperie. Au contraire, il était poli et semblait plus que sincère. Elle entendit à peine Shiro murmurer : ‘’quel mauvais comédien…’’ Elle ne fut guère étonnée de constater que sa tante était tombée dans le panneau.

-Ah…ce n’est pas grave alors, si elle t’a rendu service, dit cette dernière.

-Je vous remercie de votre compréhension.

-Oh, ce n’est rien ! Je suis contente que Yume se fasse de nouveaux amis ! Tu vois, elle n’est pas très sociable, c’est déjà un miracle qu’elle en ait !

-Je suis tout à fait d’accord, chuchota Shiro avec un rictus en s’apercevant le regard meurtrier que lui envoya la jeune fille.

Celle-ci reprit son portable.

- Pas besoin d’aller me chercher. Je suis à la maison dans 5 minutes.

Elle raccrocha sans attendre la réponse d’Akira et se tourna vers Sora.

- Je n’aurai jamais cru que tu pouvais mentir aussi bien ! En tout cas, tu m’as sorti d’un sacré pétrin, merci !

Elle mit son sac sur son épaule.

- J’y vais maintenant, avant de subir un nouveau savon.

-N’oublie pas que tu dois partir à Sunight, lui rappela Shiro.

-Tu penses que je risque d’oublier un truc pareil ? Répliqua-elle. Je trouverai un moyen de la convaincre. Par exemple : ‘’il y a un camp de vacances trop cool’’, ou ‘’j’ai revu une amie et elle m’a proposé de dormir chez elle’’…bref, j’ai le temps.

-Je te trouve bien détendue pour quelqu’un qui va quitter ses proches pour toujours et mener une nouvelle vie où tu risques de mourir à cause d’un petit manque d’inattention.

-Comment ça pour toujours ?! S’écria-elle. Je pensais que c’était seulement pour les vacances d’été !

-Ces deux mois serviront à effacer les souvenirs de ce monde en rapport avec toi, l’apprit Sora.  Cette action demande du temps et du soin.

-Mais quand vous aurez éliminé la silhouette noire, il n’y aura plus besoin que je reste avec vous !

-J’espère que tu fais exprès d’être aussi idiote, soupira Shiro. Même quand le Lanrô disparaitra, on ne pourra pas te laisser retourner sur Terre. A Sunight, les gens vont t’aider à développer ton Energie. Imagine que tu ne le maitrises plus et, qu’une fois dans ce monde, tu ne blesses quelqu’un.

-Je n’ai pas besoin de développer quoi que ce soit ! Je n’ai pas l’intention de dire adieu à ma vie actuelle, compris ?

-Si tu viens à Sunight, tu deviens une habitante à part entière, et peut-être même une combattante, riposta le mage de glace. Et si tu refuses d’y aller…tu sais ce qui pourra se passer.

Yume se mordit la lèvre. Elle ne ressentait aucunement l’envie de ne plus revoir sa tante et ses amis. Elle devait coûte que coûte assister au réveil de Naomi, et si possible retrouver Kaori. Elle ne voulait en aucun cas disparaitre de leur mémoire. Cependant…elle ne supporterait pas qu’un de plus soit blessé à cause de son caprice égoïste. Elle n’arrivait pas à croire qu’un tel dilemme puisse exister. Elle tourna les talons en annonçant :

-J’imagine que ce ne sera pas difficile pour vous de trouver où j’habite. A dans une semaine.

Elle longea le chemin qui la mena rapidement à la sortie du parc. Elle voulut courir chez elle, passer toute la soirée auprès de sa tante, ne plus perdre une seconde du temps qui lui restait. Mais son corps n’était pas de cet avis. Alors elle marcha tranquillement, laissant son esprit vagabonder. Plus les secondes passaient, moins elle avait du mal à croire ces deux garçons. Le combat qu’elle avait vue et cette maudite silhouette noire étaient des preuves irréfutables de l’existence de ce monde. Sunight… elle s’était souvent imaginé un univers fantastique, où habitent créatures fantastiques et guerriers compétents. Mais de là à ce que soit réel…

Elle regarda sa main et serra le poing. Elle aussi avait cette Energie en elle ? Elle aussi pouvait faire de la magie ? C’était invraisemblable ! Incroyable ! Impossible ! Enfin normalement… mais plus rien n’était normal pour elle. Si un monstre venait à débarquer devant elle, cela ne l’étonnerait même plus !

A peine eut-elle formulé ses mots dans ses pensées… qu’une forme massive surgit devant elle. De nulle part ! Après avoir évité de justesse la crise cardiaque, elle réprima un cri. Au premier abord, elle pouvait voir une énorme boule de poils, mesurant au moins trois têtes de plus qu’elle. Les détails ne se firent pas attendre. Cette créature se tenait debout sur ses deux pattes. Ses pupilles étaient d’un jaune terrifiant et brillaient dans l’obscurité. Des griffes en guise d’ongles semblaient aussi acérées que les couteaux les plus aiguisés du monde. Le regard de Yume s’attarda surtout sur ses dents. Ou plutôt ses crocs. Elle pouvait les voir très clairement. Leur blanc luisant contrastait avec le paysage ténébreux, qui les détachait du décor. La salive de ce monstre coulait le long de sa mâchoire. Pas besoin d’avoir un QI de 160 pour savoir qu’il était affamé.  Ses grognements ne ressemblaient pas à ceux d’un chien ou d’un quelconque animal ordinaire. Son apparence non plus d’ailleurs. Contre l’attente de la lycéenne, il lança d’une voix rauque :

- T’as des cheveux rouges, des yeux bleus, et tu peux me voir…pas de doute, t’es bien le déjeuner qu’on cherche !

Il poussa un long hurlement. Un hurlement de loup. Yume n’hésita plus : elle lâcha le cri le plus fort qu’elle put et prit ses jambes à son cou. Elle n’eut pas le temps de parcourir deux mètres que le monstre se matérialisa de nouveau devant elle. De ses griffes, il la frappa violemment, l’envoyant sur le côté. Elle tomba lourdement, une vive douleur au visage. Elle porta sa main à sa joue et vit un liquide chaud contre sa paume. Du sang. Elle voulut se relever mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Elle ne savait pas si c’était parce qu’elle était totalement terrorisée. La bête la regardait d’un air féroce et s’approchait lentement d’elle. Yume chercha des yeux la présence d’un objet pour se défendre, un simple bâton par exemple, en vain. De plus, elle se trouvait dans un endroit isolé, donc la probabilité que quelqu’un lui vienne en aide était très faible.

En un rien de temps, la tête de la créature était à quelques centimètres de la sienne, et elle put sentir très clairement l’odeur nauséabonde qui émanait d’elle. La jeune fille perçut aussi la lueur meurtrière dans son regard.

- Ne t’inquiète pas, susurra-il, mes amis vont bientôt arriver. Même si ton Energie est encore faible, y a pas à dire tu as l’air délicieuse, ajouta-il en se léchant les babines.

Yume put peu à peu retrouver l’usage de ses jambes. Malgré la frayeur que lui inspirait cet horrible monstre sorti d’elle ne savait où, elle essaya de gagner du temps.

- Qu’est-ce que tu me veux ?! Demanda-elle, en s’efforçant de limiter les tremblements dans sa voix.

-Mes amis et moi, on attend ce moment depuis si longtemps ! A Sunight, on ne peut pas bouffer un de ses combattants sans prendre le risque d’être tué ! Mais là, ce n’est pas la même chose ! Dit-il en éclatant de rire.

-Alors vous venez de Sunight ? En même temps, je m’y attendais.

-Ouais, gamine. Je n’ai pas besoin de me présenter puisque tu vas crever !

-Et je n’ai pas envie de te connaître !

En prononçant ce dernier mot, elle lui asséna un coup de poing, le plus puissant qu’elle put. Cela arracha un cri de douleur à la bête. Yume en profita pour se lever et lui envoyer sans attendre un coup de pied dans son torse poilu. Sans regarder si cette attaque avait servi à quelque chose, elle se détourna et courut.

Tout à coup, elle entendit des hurlements semblables à celui de son ravisseur. C’est alors qu’une silhouette géante se jeta sur elle, l’arrêta dans sa course, et la plaqua au sol. Ses poils effleuraient son visage, ce qui était tout sauf agréable.

-Pousse-toi, Ogry ! Ordonna une voix plus grave que celle du premier monstre.

Ogry obtempéra. Yume se redressa un peu, assez pour voir qu’elle était encerclée. Encerclée par une dizaine de ces créatures abominables, anormales. L’un d’eux, qui était plus imposant que les autres, s’avança vers elle. Ses yeux avaient la couleur du sang, le rendant encore plus menaçant que ses compères.

« Dans quel pétrin je me suis fourrée encore… » Pensa-elle. Elle songea à verser quelques larmes, mais à quoi cela servirait ? Comme si cela pourrait les adoucir et ils l’épargneraient…car elle savait ce qu’ils avaient l’intention de faire.

- Nous y sommes…lâcha la bête aux yeux rouges.

Puis il se présenta, un mauvais sourire aux lèvres :

- Je suis Gora, chef du clan des loups garous de Sunight. Enchantée, Yume Haruno. Et adieu.

Face Inconnue: Prologue

Thème: Action, Mystères, Romance

Age conseillé: à partir de 13 ans

Résumé:

Jennifer est une fille qui se sent épanouie. Elle a de supers amies, et se rapproche de plus en plus de son amour de toujours, Roméo. Mais lorsqu’elle apprend l’horrible vérité, tout s’écroule autour d’elle. Peu après, elle rencontre alors un mystérieux garçon poursuivi par un géant avec un bazooka. Elle n’a pas le temps de souffler que le garçon l’emmène malencontreusement avec lui. Jennifer découvre alors une nouvelle facette du monde qui l’entoure, une facette dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence. Elle se retrouve malgré elle en plein dans un conflit qui menace de se transformer en une guerre meurtrière. Et pour pouvoir survivre, elle n’a pas d’autre choix que…

Prologue

 

-Plus vite !

 Mardi 23 mars, 3:02. C’était une nuit de pleine lune, sans étoile. Le noir encre du ciel se déployait au-dessus des maisons, où dormaient paisiblement ses occupants. Chacun se reposait tranquillement en prévision d’une nouvelle journée. Parmi ces gens, on trouvait des bébés, des écoliers, des collégiens, des lycéens, des étudiants, des employés de bureaux, des mères aux foyers… Des personnes qui vivaient normalement.

  Dans une rue lugubre, qui, d’ordinaire, était rarement empruntée, où les lampadaires ne marchaient pas, une ombre se déplaçait rapidement. Puis vint une autre. Ainsi qu’une troisième. La première était plus massive que les deux autres, qui étaient des adolescents, et transportait une boîte dans ses bras. Son souffle irrégulier indiquait que la course l’épuisait progressivement.

  -Dépêche-toi, il va nous échapper ! Cria à nouveau la deuxième silhouette.

  -Ça va, ça va, soupira la troisième personne.

   Soudain, une sorte de masse tomba radicalement du ciel, barrant le passage à la deuxième personne. Ses lunettes luisaient dans l’obscurité et un rictus déforma ses lèvres.

  -Jouons un peu, d’accord ?

  -Cédric, continue de poursuivre l’autre cinglé, dit le troisième garçon à son compagnon. Je m’occupe de ce cas-là.

  -Pas de problème. Meurs pas, Antho !

   Cédric réussit sans mal à dépasser le nouveau venu, qui ne tentait pas de l’en empêcher.

   -De toute façon, c’est trop tard, ricana ce dernier.  Alors c’est seulement avec toi que je vais m’amuser ?

   -Désolé, mais je peux pas perdre mon temps avec toi. Si tu tiens tant à jouer, trouve-toi une baby-sitter !

   Pendant ce temps, Cédric avait perdu la trace de l’homme qu’il poursuivait durant quelques secondes, avant de le retrouver qui tournait à un angle de la rue. Il accéléra, jusqu’à se confronter nez à nez à lui. C’était une impasse, ce qui réjouit Cédric.

  -T’as pas de chance mon gars…t’as pas idée de ce qu’on fait aux traîtres comme toi, au Caméléon.

 L’homme à la boite ne sembla pas ébranlé par les menaces de son poursuivant. Au contraire, il laissa échapper un rire triomphant, ce qui surprit Cédric.

  -Tu perds la boule ou quoi ?

 En guise de réponse, l’homme sortit de sa poche un objet ovale, de la taille d’un bouchon plastique. Malgré sa petite taille, cela suffit à faire frémir le jeune garçon.

 -Tu…tu sais ce que c’est ? Balbutia-il en le montrant du doigt, les yeux écarquillés.

 L’homme rit derechef, avant de jeter l’objet à terre. Lorsqu’il toucha le sol, de la fumée d’un rouge étrange s’échappa brutalement de lui. L’homme avait déjà disparu de façon mystérieuse, laissant Cédric seul. Il voulut reculer mais une filée de fumée commençait déjà à l’effleurer, jusqu’à remonter le long de son bras. Ce contact suffit à lui faire perdre tout contrôle de son corps, et il s’écroula en toussant violemment.

 Il réussit à jurer, avant de perdre toute conscience.

 Cette fumée inconnue, mystérieuse, qui permettait de tuer efficacement en silence, continua à se propager dans l’obscurité de la ville endormie, avant de s’évaporer pour de bon.

A suivre…




Blog du niveau intermédiaire |
Cpscout |
Englishstories |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 3teenags
| Melissa vous dis tous ...
| Le blog de Christie