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Archive mensuelle de septembre 2014

Alice Rayers: Le serpent 1

Chapitre 1

Alice Rayers: Le serpent 1 dans Histoire: Alice Rayers: Le serpent manga-2446-300x168

 

‘’Un…deux…mille…trois cents mille…cinq millions…deux milliards…la Sphère peut contenir tant de vies humaines. Chaque personne possède un cœur où sont enfouis ses souvenirs, ses secrets, ses sentiments. Toutes les choses qui définissent un être sont inscrits en nous tous. Nos histoires sont différentes, nous sommes tous différents. Et pourtant, devant nous se tient le même horizon : l’avenir. Nous avons le même devoir: celui de vivre. L’existence d’un seul intrus semble futile, insignifiant. Mais s’il disparaît, tous ses rêves s’évaporent. Si deux personnes expiraient, leurs vies s’arrêteraient. Et ainsi de suite…peut-être sans avoir pu aller au bout de leurs convictions… peut-être sans avoir pu aller jusqu’au bout de leur destin…sans avoir pu rencontrer l’amour…ni continuer à rire, pleurer, crier…à ressentir ces émotions fortes qui nous animent tous les jours.

Une vie est précieuse. Dans ces quatre mots, tout l’essentiel y est. Vivre, pour exister. Ou bien exister pour viv…’’

 - Hé !

Je me relevai et essayai de reprendre mon carnet de la main de Diego, levée vers le ciel bleu. Sous son regard amusé, je laissai aussitôt tomber, sachant que je manquais dix bons centimètres afin de  pouvoir réussir à l’atteindre.

- Eh bien alors ? Tu abandonnes vite, aujourd’hui ! Se moqua-il.

-Avec le temps, je suis assez intelligente pour savoir que c’est peine perdue.

-Tu peux toujours essayer.

-Si tu rapetissais, je n’aurais rien contre.

Je me rassis dans l’herbe fraîche et il fit de même, près de moi. Les yeux rivés vers le ciel bleu, je ne vis pas tout de suite qu’il avait reposé mon carnet sur mes genoux.

-J’imagine que tu ne vas pas me dire ce que tu écrivais, devina-il.

-Tout juste !

-Tu ne veux pas faire une exception pour moi ?

-Tu sais bien que c’est trop personnel pour que je montre mes Ecrits à quiconque.

Je sentis son regard appuyé sur moi. Je n’avais pas besoin de lui demander la raison, je la connaissais. Mes Ecrits étaient très précieux pour moi, puisque je faisais partie de ces rares gens qui savaient écrire. Autrefois, cette action était tout à fait ordinaire et pratiquée par tout le monde. Mais, depuis la création de la Réalité et l’apparition du Fantastique- ensemble de toutes choses invraisemblables-, de moins en moins de gens écrivaient, jusqu’à n’en devenir qu’une poignée. J’avais de la chance de pouvoir le faire. Grâce à eux.

Cependant, même si Diego était mon meilleur ami, la personne la plus chère à mes yeux, je ne pouvais me résoudre à lui montrer mes Ecrits. Ils étaient plus qu’intimes, ils étaient la partie cachée de mes pensées, de mon âme.

Au lieu de cela, je lui proposai :

-Je t’écrirai une histoire, si tu veux.

-Comme celle où la mamie se révèle être un ogre et dévore ses enfants, à la fin ? Non, merci, refusa-il en riant.

Je me tournai vers lui. Lorsque je le voyais heureux, je comprenais sans mal pourquoi il avait autant de succès auprès de la gent féminine. Quand il souriait, il ne pouvait empêcher ses yeux noirs d’étinceler et son sourire mettait en valeur ses pommettes saillantes. Une légère brise ébouriffa élégamment ses courts cheveux sombres, légèrement bouclés. Il portait son habituelle veste en cuir noir. Dessous, sa tenue d’entraînement, composée d’un débardeur gris, d’un pantalon moulant avec une ceinture à laquelle étaient accrochées ses armes et de bottes militaires marron, m’indiquait qu’il venait juste de sortir du cours de combat.

-C’était comment ? Lui demandai-je en désignant son poignard.

-Comme d’habitude, soupira-il. Aucun changement. Le Maître nous a obligés à revoir les techniques de défense.

-‘’Esquiver, parer, piéger, tuer, mais en aucun cas fuir’’, récitai-je.

Je n’aimais pas particulièrement le Maître, mais je le respectais. C’était un homme chauve d’une quarantaine d’années, dont la carrure était imposante et le caractère sévère forgeait l’admiration de ses disciples. La rumeur disait que la Réalité l’avait choisi pour apprendre aux garçons les arts du combat, de la chasse et la survie car il avait été confronté à de nombreux phénomènes liés au Fantastique. D’où les cicatrices sur son corps et son visage, qu’il n’hésitait pas à arborer.

-Et ton cours de jardinage ? M’interrogea à son tour Diego.

-Non, on a changé. Aujourd’hui, c’ était ‘’comment cuisiner avec des restes d’ingrédients non utilisés’’.

-Ah, ça me rappelle le jour où tu avais fait un véritable festin. Ma copine de cette époque était verte de jalousie !

-…je préfère encore assister à tes cours.

Heureusement pour les autres filles, seuls les garçons apprenaient à se battre. Je n’avais rien contre les leçons que l’on m’imposait, au contraire, mais j’éprouvais une certaine fascination pour l’enseignement du Maître.

J’observai Diego. Il n’avait pas l’air fatigué, alors je me levai.

-On va dans la forêt ?

-Avec plaisir, acquiesça-il.

Aucun doute qu’il savait ce que je voulais faire. Sur la route, nous croisâmes la copine actuelle de mon ami, Rebecca. Elle s’élança vers nous, laissant ses longs cheveux blonds voler derrière elle, s’arrêta juste devant Diego et s’écria en m’ignorant :

-Diego, si tu savais comme tu m’as manqué !

-On ne s’est pas vus, ce matin ? S’enquit-il.

-Oh ! La journée m’a semblée si longue. Tu ne voudrais pas passer la soirée av…

-Non, je suis avec Alice.

Elle tourna son regard bleu vers moi, comme si elle venait juste de s’apercevoir de ma présence. Elle n’essaya pas de masquer le dégoût que je lui inspirais. Malgré cela, je lui saluai poliment, ce qui ne l’empêcha pas de gémir.

-Tu préfères passer du temps avec elle qu’avec moi ?

-C’est ça, confirma Diego sans ciller.

Ses paroles semblèrent la transpercer en plein cœur. J’avais l’habitude de voir des filles blessées par la désinvolture et la franchise de Diego, mais je ne pus m’empêcher de ressentir de la pitié pour Rebecca. Je dis à Diego :

-Ce n’est pas grave, tu peux aller avec elle. Je peux m’entraîner seule.

Il me fixa sans répondre.

-Voilà, le problème est réglé ! Se réjouit Rebecca.

Elle s’apprêta à prendre le bras de Diego lorsque celui-ci recula.

-Je n’ai plus envie.

-Quoi ?

-Je ne veux plus te voir. Salut.

Il la contourna et s’avança en direction de la forêt, m’entrainant à sa suite, par la main. Je jetai un regard par-dessus mon épaule et eus le temps de voir l’air sidéré de Rebecca. J’avais déjà détourné mes yeux de sa silhouette digne d’un mannequin, quand j’entendis sa voix emplie de colère :

-On m’avait prévenu ! Oui, on m’avait prévenue que tu n’étais qu’un sale coureur de jupons !

Je voulus répliquer que c’était faux, que c’était elles qui lui faisaient une déclaration sans qu’il n’eût rien demandé, mais elle était déjà loin.

***

 -Tu n’aurais pas dû être aussi dur.

Nous étions sous les arbres de la forêt, assez grands pour cacher les rayons de soleil. On pouvait à peine voir des fragments du ciel réussir à s’échapper de l’ombre des feuillages. Le sol était boueux et plusieurs cailloux le jonchaient, mais cela ne me dérangeait pas : au contraire, ce détail accentuait les complexités de mon entraînement, chose que j’accueillais avec plaisir. La forêt était habitée par de nombreux animaux, dont la présence servait seulement pour les cours de chasse des garçons.

Des vies que l’on éteignait pour garder la nôtre allumée.

Avec l’apparition du Fantastique, le danger pouvait survenir n’importe quand, n’importe où. Mieux valait donc s’adapter à toutes éventualités, dont la possibilité de vivre dans les bois, au milieu de bêtes sauvages.

Au lieu de me répondre, Diego se contenta de me regarder relever mes cheveux en une grande queue de cheval. Je jurai une énième fois en mon for intérieur : pourquoi diable les filles devaient-elles laisser leurs cheveux longs et détachés quotidiennement ? J’éprouvais une envie irrépressible de couper les miens pour de bon, afin qu’ils ne fussent plus susceptibles de me gêner. Si cet acte n’était pas considéré comme une faute grave envers le peuple, je ne serais pas en train de perdre mon temps à les attacher. Je fis un dernier tour avec mon élastique. Enfin !

-As-tu oublié ? Les filles ont des cœurs fragiles et c’est à vous, les hommes, d’en prendre soin, le rappelai-je.

-Il y a des exceptions, tout de même, dit-il en me lançant un regard sous-entendu-il avait enlevé sa veste de cuir, prêt à combattre.

-Je suis bizarre, c’est tout, me justifiai-je.

-Non, tu n’es seulement pas comme ces filles pénibles qui passent leurs journées à imaginer des scènes à l’eau de rose.

-Il n’y a rien de mal à rêver d’une histoire d’amour.

-Tu n’es pas la mieux placée pour me dire ça. Tu es la personne la moins romantique que je connaisse.

-C’est juste que ce n’est pas dans mes préoccupations.

-Je sais, Alice.

Une expression d’amertume traversa ses traits, si vite que je me demandai si ce n’était pas l’œuvre de mon imagination. Oui, sans doute. J’aurais aimé qu’il ne sorte pas avec n’importe quelle fille et changer de petite amie comme on change de chemise. Mais qui étais-je pour le lui interdire ? Je ne connaissais rien dans ce domaine que l’on appelait ‘’amour’’. La seule fois où j’avais ressenti un sentiment semblable à celui-ci ne se révélait qu’être une illusion. Diego faisait bien plaisir à ces demoiselles en répondant ainsi à leur déclaration, non ? Même si cela aboutissait à une triste fin, au moins elles auraient pu être heureuses durant quelques jours. Et puis, du moment que Diego l’était aussi…Je soupirai. Oui, je ne comprenais rien sur l’amour. Seulement que c’était un sentiment très fort. Bah ! Quelle importance.

Lorsque je sortis de mes pensées, je remarquai que mon meilleur ami s’était approché de moi. Je ne connaissais personne qui pouvait se déplacer aussi silencieusement que lui, hormis le Maître. Cela ne m’étonnait guère qu’il soit le meilleur élève parmi tous les garçons.

A présent, il était si près que je pouvais sentir son agréable odeur qui ressemblait à celle de la menthe. Il prit délicatement une de mes mèches noires qui s’étaient échappées de ma coiffure, et l’enroula autour de son doigt. Il joua avec elle pendant quelques secondes, sans me quitter des yeux. Ce regard m’était à la fois familier et inconnu.

Familier car ce n’était pas la première fois que je le voyais.

Inconnu car il était teinté d’un je-ne-sais-quoi dont je n’arrivais pas à définir. Quelque chose de profond, d’intense.

Quand il me contemplait ainsi, je ne pouvais me dérober à se pupilles sombres et pénétrantes. J’avais l’impression d’être capable de voir au plus profond de son âme et ne pas le connaitre à la fois. Quand il me contemplait ainsi, je ne savais plus où j’en étais. Qui il était vraiment. Pour moi. Ces moments entre nous m’intriguaient toujours sans que je ne sache la raison.

Il libéra ma mèche et reprit son air tranquille habituel, mettant fin à ces instant si étrange.

-On s’y met ? Suggéra-il.

-Oui, acquiesçai-je en tentant de paraitre détendue.

Il se mit en position de défense, poings levés devant lui, jambe gauche en avant et l’autre légèrement en arrière. Je commençai par un coup de pied, qu’il para facilement avec sa main. Je profitai aussitôt de cette petite diversion pour essayer de lui frapper le torse avec mon poing, de toutes mes forces. De son autre main, il se protégea habilement mais je ne fus pas découragée pour si peu. Ce n’était qu’un simple échauffement jusque-là. Je décidai très vite de passer aux choses sérieuses. Mon adversaire dut le lire dans mes yeux, car un sourire impatient éclaira son visage. Il lâcha mon pied et ma main, et je laissai à peine passer une dixième de seconde avant de tenter ma nouvelle attaque, toute fraichement trouvée : je fis un tour sur moi-même en sautant le plus haut possible, histoire de prendre au dépourvu Diego. A la fin de mon tour complet, je le pris par les épaules et concentrai tout mon poids dans les paumes de mes mains. Grâce à cela, je pus mettre mes jambes à leur tour sur ses épaules et les enroulai autour de son cou. Il s’apprêta à m’écarter de lui, comme je m’y attendais. Lorsqu’il leva ses mains, je les bloquai avec les miennes et, avant qu’il ne put se dégager, je fis déjà appel à toutes mes forces pour l’étape suivante, non pas la plus facile. Toujours mes jambes autour du cou de Diego, j’exécutai un salto arrière, l’entrainant avec moi. Durant l’action, je le libérai de sorte que sa tête s’écrase la première au sol. Quand j’atterris sur mes deux pieds aisément, j’entendis un bruit sourd derrière moi. Il était allongé par terre, ses traits déformés par une grimace. Exactement ce que j’avais prévu. Il ne restait plus que le coup final. Je m’avançai vers lui, en gambadant presque, et m’assis près de lui. Il avait les yeux plissés et fermés, preuve qu’il avait mal. Je souris, fière de moi. Enfin ! J’avais enfin réussi à le battre, lui ! Mais soudain, il rouvrit les paupières, sa grimace disparait, remplacée par un air triomphal, bondit sur moi et me plaqua au sol. Le tout si rapidement sans que j’eusse le temps de faire quoi que ce soit. Il me fallut du temps pour me rendre compte qu’à présent, les rôles étaient inversés. Je jurai à voix haute. J’avais baissé ma garde trop tôt, voilà tout ! Erreur que je répétais rarement. Dire que j’étais si prête du but ! Ou bien…

-Tu m’as piégée.

Son visage moqueur le confirma.

-Qui fut pris qui croyait prendre ! S’esclaffa mon meilleur ami en me relâchant. J’avais prévu de jouer la comédie, quelle que soit ta manière de m’attaquer. Tu pensais pouvoir me battre aussi facilement ?

-J’espérais avoir un peu de chance ce coup-ci.

-La chance n’a qu’une place infime au combat.

-Je sais…dis-je après un instant de silence. Si tu m’avais laissé le temps, je t’aurais porté le coup de grâce.

-Qui consistait en quoi ?

-T’assommer.

Il rit derechef tandis que je me relevai et m’appuyai contre un rocher.

-Je dois tout de même avouer que tu m’as surprise avec cette attaque. Aucun garçon n’aurait tenté de faire ce que tu as fait. Si j’étais un vrai ennemi, tu aurais pu mourir.

-Du moment que cet ennemi n’est pas toi, je m’en sortirai.

-Même si c’était le Maître ?

-Si je m’entraine encore, je pourrai le surpasser.

J’avais prononcé ces paroles sans conviction et il le remarqua aisément.

-J’attends ce moment avec impatience, me taquina-il.

-Toi aussi, Diego, tu as les capacités pour être meilleur que lui.

-On parle bien de la même personne, là ? Si je me confrontais réellement à lui, aucune chance que je ressorte vivant.

-Tss…

-Qui y a-t-il ?

Je gardai un silence avant de répondre.

-D’accord, le Maître est extraordinaire, mais il n’est pas le seul. Tu es fort, rusé, tu sais te battre mieux que quiconque ici. Tu devrais avoir plus d’ambitions, comme devenir le plus puissant de tous les puissants !

-‘’Le plus puissant de tous les puissants’’…ça sonne plutôt bien, remarqua-il, puis, avec un soupir il ajouta, mais de toute façon, tant que la Réalité existera, nous ne pourrons pas faire grand-chose.

A l’évocation de ce gouvernement répressif, un rictus se dessina sur nos lèvres inconsciemment. Diego avait raison. Nous pouvions avoir des rêves, des convictions, mais les voir se concrétiser n’était pas envisageable. Notre devoir était seulement de vivre dans la Sphère en respectant les règles imposées. Je l’avais oublié. D’ailleurs, il faudrait que je corrige ce que j’avais écrit dans mon carnet tout à l’heure.

La Réalité nous donnait un semblant de liberté, prétendait que son objectif était de nous rendre heureux et nous permettre de vivre dans la paix et la sérénité…Pff ! J’aurais voulu rire au nez de tous ceux qui admiraient ce groupe d’individus qui nous menaient seulement par le bout du nez, sans se préoccuper de nos sentiments. Oui, la Réalité apprenait aux garçons à se battre contre le Fantastique. Oui, la Réalité apprenait aux filles comment devenir de bonnes épouses. Néanmoins, toute cette éducation, qui semblait bénéfique au peuple, n’était qu’une mascarade afin de servir les biens personnels de ces hypocrites…

Diego se leva et sa voix interrompit le fil de mes pensées emplies de haine.

-Allez, paresseuse, tu t’es assez reposée ! Tu veux devenir plus forte, oui ou non ?

-Je te vaincrai un jour, lançai-je en guise de réponse.

-C’est ça. Commence d’abord par surpasser le Maître et on verra.

Je ris, ma tension retombant d’un coup. Si mon meilleur ami tenait à un rêve, je ferais tout pour qu’il se réalise. Je savais que j’en étais capable, quitte à se confronter à la Réalité. Il avait déjà assez souffert à cause de cette dernière. Je comprenais parfaitement ce qu’il ressentait. A présent, ma préoccupation principale était de le voir heureux.

Nous nous entrainâmes jusqu’à ce que les fragments du ciel à travers les feuillages deviennent noirs. Il m’enseigna quelques techniques d’autodéfense qu’il avait parfaites lui-même. Je les adoptai très rapidement. Ce n’était qu’une question d’habitude et d’efforts, bien que je ne fusse pas encore au niveau de Diego. Pour cela, je devais être très patiente.

Lorsque nous sortîmes de la forêt, exténués, un groupe d’élèves masculins était assis dans l’herbe secouée par le vent. Derrière eux se tenait un grand corps robuste, le crâne chauve, les bras croisés. Je reconnus sans aucun mal le Maître, malgré la pénombre. Il était torse nu, vêtu seulement du short marron de combat. Rien que son physique montrait sa puissance, son invincibilité peut-être. Je chassai aussitôt cette idée de ma tête et pensai plutôt qu’il serait bientôt vaincu par Diego.

Le visage du Maître était toujours marqué d’une expression plus ou moins sévère, ne laissant jamais la moindre trace de mansuétude. Néanmoins, quand je le voyais, ce n’était pas son apparence impressionnant et effrayant qui me fascinait le plus. L’épée accrochée derrière son dos provoquait en moi une jalousie irrépressible. Elle était pour moi d’une beauté exceptionnelle et surpassait toutes les merveilles du monde. N’ayant pas de fourreau, quand je voyais le Maître, je pouvais admirer ce trésor dans toute sa splendeur. Sa manche était d’un noir si sombre qu’il surpassait l’obscurité. Cependant, lorsque l’épée dansait gracieusement dans les airs, on pouvait y voir refléter des éclats pourpres, comme un champ de bataille plongé dans les ténèbres, au milieu du sang de ses victimes. Certes, ce n’était pas une image agréable, mais cela rappelait les prouesses du Maître. Deux ailerons gris, forgés dans le fer le plus solide, équipaient les deux côtés de la garde. La lame, elle, était d’une blancheur éclatante et resplendissait dans la pénombre… Lorsque le Maître combattait, elle renvoyait un miroitement de lumières vives, contrastant ainsi avec la poignée sombre. Ainsi, lors des déplacements rapides de son propriétaire, on voyait  deux éclairs, l’un de couleur arc-en-ciel et l’autre noir et rouge, virevoltant telles une fée et un démon.

Rares étaient les personnes qui possédaient une épée. Celles que je connaissais étaient le Maître et les membres de la Réalité. On ne pouvait jouir d’une telle chance qu’avec l’autorisation de cette dernière. Seulement les ‘’héros’’ de la société y pouvaient accéder. Mon tour ne viendrait surement jamais. Je n’étais pas destinée à combattre, seulement à fonder une famille et m’occuper docilement d’elle. Mes entrainements quotidiens ne servaient qu’à renforcer ma résistance physique, et à ne penser à rien d’autre qu’à l’action entre l’adversaire et moi. Cela me permettait aussi de moins envier les garçons. Cependant, cela ne m’empêchait pas de désirer ardemment avoir une épée, qui m’appartiendrait, rien qu’à moi. Et il en était de même pour Diego, même s’il le niait.

En voyant ses camarades et son professeur, il m’expliqua :

-Réunion au clair de lune. Le Maître va nous raconter quelques-uns de ses exploits. D’après lui, ça va nous permettre ‘’d’apprendre par l’écoute d’un expert en la matière’’. A mon avis, son seul objectif est de se faire encore plus admirer et respecter qu’il ne l’est déjà.

-Il va vous raconter ses exploits ? Répétai-je en ignorant sa critique.

Il avait dû percevoir la pointe d’envie dans ma voix.

-Ce ne sera pas grand-chose. Quelques tueries et c’est fini.

-Les combats contre le Fantastique sont toujours intéressants, surtout s’il s’agit de ceux du Maître, répliquai-je, refusant sa tentation de me réconforter.

-C’est gentil de ta part, Alice, répondit la voix de l’intéressé.

Nous sursautâmes en l’entendant et nous retournâmes. Il nous dominait de sa taille imposante, ses pupilles clairs brillant dans l’obscurité. Il s’était approché sans que nous ne le remarquions, aussi silencieusement qu’une ombre, ce qui était d’ordinaire impossible pour un tel gabarit que le sien. Oui il était bien meilleur que Diego. Pour l’instant.

-N’aimerais-tu donc pas écouter mes histoires, Diego ?

-Si, bien sûr…mais si je ne rassure pas Alice, elle désirera encore plus assister à cette réunion.

-Ce n’est pas possible ? Demandai-je et je ne pus maitriser le ton suppliant que prenait ma voix.

-Je te comprends, mais je pense que tu devrais aller te reposer, dit le Maître. Tu seras évaluée sur les bonnes manières d’une épouse, demain, non ?

Je hochai la tête, tentant de masquer ma déception.

-Même si tu es la meilleure élève féminine, tu devrais économiser tes forces. De plus, ajouta le Maître, la Réalité ne voit déjà pas d’un très bon œil tes entrainements habituellement destinés aux garçons.  Tu te souviens comment elle a réagi quand je t’ai laissée te mesurer à mes gamins ?

Cinq membres du gouvernement étaient venus sur place, la colère luisant dans les yeux et nous avait menacés qu’une telle chose ne devait se reproduire, sous peine de sanction. S’il ne tenait qu’à moi, j’aurais ignoré cet avertissement depuis longtemps. Mais je ne pouvais impliquer d’autres personnes que moi.

-D’ailleurs, il n’est pas dans leurs habitudes de passer par les avertissements. Je me demande ce qui les retient de nous punir tout de suite.

Ce qu’ils m’avaient fait.

-Bref, je ne doute pas que tu aies plus de potentiel que mes disciples, ce qui m’irrite beaucoup. Tes aptitudes de combat sont impressionnantes, notamment de la part d’une fille. Néanmoins, il vaut mieux ne pas prendre de risques et éviter que tu aies de contact avec les garçons le mieux possible. C’est pour toi que je dis ça.

Diego fit une grimace à peine perceptible. Il m’avait fait part de son avis un jour : plus que de mourir, le Maître avait peur de perdre son grade, ce qui expliquait pourquoi il obéissait tant à la Réalité.

-Je comprends, mentis-je.

Le Maître fit un signe de la tête avant de rejoindre son groupe d’élèves, la blancheur éblouissante de son épée brillant dans son dos.

-Je te raconterai, promit Diego.

-Merci.

-Il parait qu’il existait des ‘’enregistreurs’’, avant , qui nous permettaient de rapporter les paroles mêmes d’une personne. La Réalité a dû les prendre aussi.

-Dommage, ça nous aurait été utile.

Il laissa échapper un rire.

-Qui y a-t-il ?

-Tu n’as pas entendu ? La Maître t’a complimentée ! Le fait qu’il ait reconnu qu’une fille puisse être plus forte que ceux qu’il forme lui-même, ce n’est pas rien. D’autant plus quand on sait à quel point il peut être orgueilleux.

Maintenant qu’il me le rappelait… cela me remonta un peu le moral. J’étais tellement attristée par le refus du Maître que je n’avais pas prêté attention à cet éloge.

-Ce n’est pas assez, lançai-je cependant. Il faut que je te surpasse.

-Et moi, le Maître.

Nos paroles nous firent sourire. Je levai mon poing et il frappa dessus avec le sien. C’était une promesse. Toujours devenir plus fort. Cela pourrait nous être nécessaire un jour. Peut-être pour une autre raison que celle de combattre le Fantastique

Peut-être.

***

’Le ciel était beau aujourd’hui. Mais le jour qui se déroulait en dessous était ordinaire. Injuste. Tout serait plus simple si j’étais né garçon. J’aurais pu me battre en toute liberté. J’aurais pu avoir une chance de posséder une épée. J’aurais pu protéger le peuple. J’aurais pu écouter les récits incroyables du Maître. J’aurais pu passer plus de temps avec Diego. J’aurais pu faire tout ceci, j’aurais pu avoir tout cela. Un jour, lorsque j’avais avoué à Diego mon souhait, il m’avait ri au nez et dit : ‘’Je te préfère comme tu es maintenant, n’essaye surtout pas de changer de sexe !’’. Il est vrai qu’il vienne souvent chez moi profiter de ma cuisine qu’il trouve ‘’absolument exquis’’. Seules les filles peuvent s’exercer dans ce domaine, donc cela l’arrange d’avoir une amie qui en est capable. A part la disparition de mon talent culinaire, je ne vois pas quel problème poserait le changement de sexe… Les cours de bonnes manières et de développement artistique, culturel et social ne servent qu’à celles destinées à une vie paisible, un mari et leurs enfants à leurs côtés. Or, je sais parfaitement que ce n’est pas pour moi. Hormis Diego, je ne veux m’attacher à aucune autre personne. C’en serait trop pour moi. Je n’en ressens pas le courage. Je vois éviter tout risque de souffrance, comme dans mon enf… ‘’’

Je sentis mon cœur se serrer violemment à ce maudit souvenir. Oui, ce n’était qu’un souvenir. Je voulais croire que je ne revivrais plus pareille expérience, que la vie ne pouvait pas être aussi cruelle envers une seule personne. Mais l’existence de la Réalité m’empêchait d’être entièrement rassurée. En parlant d’elle…

‘’Je me suis trompée. J’avais écrit que nous avions une chance d’ ‘’aller au bout de nos convictions’’. Cependant, lorsque j’écris, j’oublie dans quel monde nous vivons. Nous ne sommes que les pantins de la Réalité, qui s’amuse à nous manipuler à leur guise. La liberté n’existe pas. Nous sommes pareils à des hamsters s’amusant avec une roue, sans se douter qu’ils se trouvent dans une cage. Seule une poignée de personnes le remarquent, peut-être même qu’il n’y a que Diego et moi. Nous désirons, au plus profond de nos âmes, briser ces barreaux autour de nous. Qui nous emprisonnent, nous étouffent.

Délivrer tout le monde.

Réaliser nos rêves.

Etre libre.

Pour cela, nous ne voyons qu’une seule solution. Sans Diego pour m’en empêcher, il y a des chances que je l’aurais déjà fait. Mais je dois avouer que mon ami a raison…si nous nous soulevions, seuls, tous les deux, contre la Réalité, aurions-nous la moindre chance de sortir vainqueurs ? Se révolter contre le gouvernement signifie se mettre à dos le peuple entier. Si nous débarquions chez la Réalité dans ce but, comment réagirait-elle ? Surtout qu’il s’agirait de Diego et moi… Comprendrait-elle notre choix ? S’y attendait-elle ? Après ce qu’elle nous a fait subir ? Néanmoins, si nous réussissions, comment ferions-nous pour mettre en place un nouveau gouvernement, avec de nouvelles lois ?’’

Je m’arrêtai pour méditer quelques minutes, avec la musique ‘’Time after time’’ de Cindi Lauper qui envahissait ma chambre, avant de reprendre :

‘’Cela me coûte de l’avouer, mais la Réalité est le pilier du peuple. Durant toutes ces années, elle a eu le temps d’être de plus en plus puissante, jusqu’à devenir presque invincible. De plus, à part leur offrir des mensonges quotidiens et les contrôler, elle ne fait pas vraiment du mal aux habitants-Diego et moi sommes peut-être les exceptions. Ils semblent être heureux ainsi… si on enlevait le pilier de leur monde, que se passerait-il ? Comment réagiraient-ils ? Panique, colère, désespoir. Il se peut que la Réalité soit pour certaines personnes ce que Diego est pour moi. Nous serions des monstres de leur faire subir une telle souffrance. Pourtant… j’ai peur. J’ai peur que la domination de la Réalité prenne de l’ampleur.

Qu’elle ne s’arrête pas sur notre région, qui est la plus grande de la Sphère.

Qu’elle s’étend sur les autres frontières de la planète.

Qu’elle nous contraint alors de vivre dans un monde mensonger, sous sa manipulation.

Il serait alors désormais trop tard pour tenter quoi que ce soit.

Pauvre peuple ! Devrais-je laisser le cours des évènements se dérouler sans me mêler, ou essayer de le modifier en me révoltant ? Cela touchera profondément le moral des habitants. Je les comprends : qui serait assez fou pour faire une sottise pareille ? Une fille seule, en plus ! Oui, si possible, je voudrais éviter que Diego prenne part à mon projet, s’il devait se concrétiser. Ce serait vraiment trop dangereux pour lui d’être avec moi, dans une situation aussi délicate. Moi, destinée à attirer le malheur. Mais, bien sûr, je sais qu’il refusera que je le laisse derrière moi pour faire une chose pareille…’’

Dehors, j’entendais des petits bourdonnements et quelques bruits que je ne pouvais identifier.

‘’Ce qui serait tout à fait compréhensible. Cette lutte pour la liberté le concerne tout autant que moi.’’

Des cris. Je savais que les aventures du Maître devaient être passionnantes, mais capables de susciter tant d’émotions…

‘’Son désir de voir la chute de la Réalité me donne du courage. J’ai parfois l’impression de pouvoir aller jusqu’au bout, même si je dois me sacrifier. J’accepterai n’importe quelle fin, aussi tragique soit-elle, pour lui.’’

Des pas de sabots. Un cheval ? Le Maître avait donc décidé de faire un cours d’équitation ? A cette heure ?

‘’Pour les habitants, peut-êt…’’

Des sons de croisement d’armes. J’espérai qu’ils arrêteraient leurs activités bientôt, sans quoi ils attireraient un groupe de familles épuisées et furieuses.

‘’…re devrais-je essayer de les convaincre de l’hypocrisie de la malfaisance du gouvernement qu’ils chérissent ? Autant me jeter dans la gueule du loup tête la première ! Je voudrais tant que nous ne voyons plus toutes ces affiches placardées tous les mètres, disant ‘’La Réalité, bien-être du peuple’’, ‘’Avec la Réalité, vivez dans la paix, la joie et en sécurité’’, qu’il n’y ait plus cette division inutile entre filles et garçons, qu’il n’existe plus ces règles pitoyables tels que : ‘’Les cheveux des filles doivent rester longs, à partir du coude’’ et pour mon cas : ‘’Toute rare personne ayant la capacité de faire des Ecrits ne doit imposer son savoir à quiconque’’, que nous ayons d’autres his…’’

De nouveau des cris lointains. Les habitants n’avaient pas attendu longtemps pour se manifester.

‘’…toires à lire que celles de la Réalité. J’aimerais tant faire goûter à tout le monde la liberté que j’avais- soi-disant- connu, enfant. Mais leur offrir une vraie liberté. Et pour Diego et moi…’’

Un tourbillon de bruits qui se rapprochait peu à peu.

‘’…nous défaire de ce cauchemar entièrement. Si la Réalité disparaissait, n…’’

Je ne pus jamais terminer ma phrase. Je perçus clairement des explosions retentissantes, des hurlements, des jurons qui étouffaient désormais le son de ma chanson.

Je m’étais trompée. Ce n’était pas les garçons qui s’entrainaient, pas les villageois qui se plaignaient. Les chocs d’épée confirmèrent mon mauvais pressentiment. Quelque chose de grave se produisait dehors.

‘’Diego.’’

Même si je connaissais sa force, à la pensée qu’il ait pu lui arriver malheur, je me relevai de mon lit et, sans prendre le temps d’éteindre la musique, m’élançai vers la porte, l’ouvris.

Et découvris, horrifiée, le carnage qui s’offrait à moi.

A suivre…

Alice Rayers- Le serpent

Alice Rayers

Alice Rayers- Le serpent dans Histoire: Alice Rayers: Le serpent manga-2447-300x257

Première partie:

Le serpent

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Résumé:

Dans un futur où la vie bascule entre fantastique et réalité vit une jeune fille de 15 ans, Alice. Elle vit pleinement ses jours auprès de son meilleur ami, Diego. Tous deux ont un lourd passé à cause de la Réalité, le gouvernement destiné à protéger les populations contre le Fantastique (ensemble de toutes choses sortant de l’ordinaire). Les deux adolescents profitent de l’instant présent sans se laisser abattre. Tout se passe bien jusqu’au jour où débarque un mystérieux personnage des plus effrayants. Il se présente comme le Roi Serpent qui va régner sur la Sphère (nom de la Terre). Il remarque Alice pour ses nombreuses compétences et son secret, et décide alors de la prendre pour épouse. Doit-elle accepter afin de sauver tout le monde, ou bien refuser et ainsi les condamner? Pour cette jeune fille au grand cœur, le choix est vite fait. La vie d’Alice va alors basculer dans un enfer absolu…

***

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Le serpent est symbole de la création de la Vie.

Le serpent est symbole de la Renaissance.

Le serpent est symbole de l’immortalité.

Le serpent est symbole de la protection.

Le serpent est symbole de la tentation.

 

Le serpent est symbole de la terre.

Le serpent est symbole de l’eau.

Le serpent est symbole de la connaissance.

Le serpent est symbole du Mal.

 

Le serpent est symbole de la sagesse.

Le serpent est symbole du chaos.

Le serpent est symbole de la Vie.

Le serpent est symbole de la Mort.


Dessin

Hello à tous, ici sera le petit coin dessin! (si vous voulez m’en envoyer n’hésitez pas je les publierai :) )  Yosh!!^^   

 

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Voici un super dessin d’une de mes meilleures amies :) Elle a représenté Yume Haruno au cours de basket (voir Rekishi Yume-Chapitre 1) Merci t’es trop forte!!!

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P’tit dessin de moi :) C’est Eikichi Onizuka du manga Young GTO!

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By me. Natsu pleure pas!!

 

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By me. Erza, Natsu, Luxus…z’êtes trop classes!!!!!

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Oeuvre d’art de ma meilleure amie la plus dingue qui existe en ce monde, j’ai nommé…la renarde héhé!

 

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Une autre oeuvre d’art de la p’tite renarde fofolle!

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une copie de l’oeuvre d’art ci-dessus, réalisée par la pote la plus intello! Regardez moi ce petit air sadique è_é

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une autre copie de l’oeuvre d’art…et j’avoue que ce dessin est MILLE fois mieux!!! un grand bravo à l’artiste de ce magnifique chef d’oeuvre (cette créature, pour ne pas dire fille, s’appelle Colette)!!!

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Et voilà ce que ça donne les trois supers dessins réunis!!

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merci beaucoup pour ce super dessin, les filles, il est vraiment super bien fait (surtout le corps!)!!

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Dessin par moi, de Kagura Yato & Okita Sougo, tous deux issus du manga Gintama! Un duo de choc et complètement hilarant!

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Par me, SNK!
Eren: Heichou! Tenez!
Rivaille:…
Mikasa dans ses pensées: Et moi alors?

 

 

 

Face Inconnue: Chapitre 1

Chapitre 1 : Choc

 

-Tu es libre, après les cours ? Je voudrais te parler.

Jennifer sentit son cœur rater un battement, à l’invitation de Roméo, et manqua de s’étouffer avec un morceau de poulet. Tant de pensées se bousculaient dans sa tête, mais le mot qui revenait le plus souvent était : enfin ! Enfin, le moment qu’elle attendait tant était arrivé ! Enfin, elle allait devenir la Juliette de son Roméo ! Enfin, elle pourrait… non, non il y avait tout de même environ 5% de chances que ce ne soit pas pour ça. Ces monstrueux 5% étaient à prendre au sérieux. Mais la plus grande part d’elle ne pouvait s’empêcher de sauter de joie intérieurement. Elle fit mine de prendre un air surpris, et répondit :

-Oh, bien sûr.

-A tout à l’heure, alors.

Après qu’il soit parti, elle s’autorisa à sourire béatement. Ah, son rêve allait enfin devenir réalité. Elle se doutait que ce jour arriverait, même si elle ne s’attendait pas à ce que Roméo la vienne voir à la cantine. Laura lui donna un coup de coude.

-Tu vas enfin sortir avec lui !

-Félicitations, renchérit Justine.

-Rien n’est encore sur, dit Jennifer.

Son principal défaut était de crier victoire trop vite, ce qui lui avait causé plusieurs fois de fausse joie. Par ses échecs, elle avait appris que tout pouvait arriver, qu’il ne fallait pas toujours prendre ses désirs pour la réalité.

Mais alors, pourquoi Roméo souhaitait-il la voir, si ce n’est de lui faire une déclaration ? Ces derniers temps, elle sentait parfaitement qu’ils se rapprochaient. Il la raccompagnait souvent chez elle, prenait toujours de ses nouvelles. Et puis, il y avait eu ce fameux mardi soir. En rentrant chez elle avec Roméo, la conversation avait dévié sur le sujet de l’amour. Jennifer en avait alors profité pour lui demander :

-Et…tu as une petite amie ?

L’intéressé avait alors nié, un sourire gêné aux lèvres, en la regardant droit dans les yeux.

-Non, mais j’aimerais bien…

Oui, c’était certainement ça, elle ne pouvait avoir tort ! De la cinquième jusqu’à aujourd’hui, en première, elle n’avait d’yeux que pour lui. Elle se rappelait parfaitement l’avoir remarqué pour sa générosité et son calme. A cela s’ajoutait son joli minois encadré de magnifiques boucles bruns, elle avait eu le coup de foudre pour lui. C’était la première fois qu’elle éprouvait un sentiment aussi fort que l’amour, et elle en était heureuse. Jusqu’en seconde, elle n’avait pas eu le courage de lui adresser la parole. Lorsqu’elle se retrouva dans sa classe, elle s’était dit que c’était le destin pour se motiver, et décupla tout ses efforts pour se rapprocher autant que possible de lui. Même si elle était consciente qu’elle avait un physique banal, elle faisait de son mieux pour mettre en valeur sa féminité. Chose qui était loin d’être facile pour elle, un garçon manqué. Mais à présent…oui, à présent, elle allait être récompensée !

Elle avait l’impression d’être sur un petit nuage et d’avoir un bonheur si grand que si elle le partageait avec cent personnes, il lui en resterait encore beaucoup.

Elle regarda ses deux amies, qu’elle avait rencontrées en seconde. Laura et Justine étaient toutes les deux très jolies, et assez coquettes. Jennifer les enviait pour leur féminité et leur physique de rêve. Mais l’amitié qu’elle portait envers elle était plus forte que tout. D’ailleurs, elle leur en était reconnaissante.

-Merci beaucoup de m’avoir soutenue et encouragée !

-C’est tout à fait normal, on sera toujours là pour toi ! Répondit Justine.

Décidément, Jennifer était vraiment chanceuse. Elle remercia en silence Dieu de lui avoir donné une vie aussi parfaite.

Les deux heures de cours suivantes lui semblèrent être un supplice insupportable. Elles semblaient passer à une lenteur impitoyable. Jennifer jetait un coup d’œil à sa montre presque toutes les 2 minutes. Aussi décida-elle de la ranger dans son sac.

Au cours d’anglais, elle surprit un regard de Roméo qui lui était adressé. Elle dut se faire violence pour ne pas crier un ‘’Je t’aime !’’ devant tout le monde.

Vint ensuite la pause. Avec ses deux amies, Jennifer alla aux toilettes afin de vérifier son apparence. Tout en murmurant : ‘’plus qu’une heure…’’, elle s’observa minutieusement dans le miroir.

-Faut qu’on te laisse, on doit aller voir quelqu’un, l’informa Laura.

-Okay !

La glace reflétait la petite silhouette d’une jeune fille, dont les cheveux châtains mi- longs étaient coiffés en queue-de-cheval. Le visage était assez banal, avec une peau mate et des yeux marron. Aujourd’hui, elle ne portait qu’un simple T-Shirt noir et un pantacourt. Rien de bien spécial…

Avec un soupir, elle détacha sa queue-de-cheval et laissa ses cheveux descendre dans son dos. Elle regarda son reflet droit dans les yeux, et lança à elle-même :

-Allez, c’est bientôt !

Quand elle sortit des toilettes, elle chercha des yeux ses amies. Un garçon de sa classe avec qui elle s’entendait bien passa devant elle.

-Gérôme, tu as vu Laura et Justine ?

-Oui, je crois qu’elles sont dans le couloir avec Roméo.

Avec Roméo ? Que pouvaient-elles bien lui dire ? Non, elle leur faisait entièrement confiance. Elle savait qu’elles ne diraient rien de fâcheux. Mais sa curiosité la poussa à aller voir.

Il ne lui fallut pas bien longtemps pour les repérer. Ils s’étaient installés sous les escaliers. Elle s’approcha discrètement d’eux, à pas de loup, et eut l’idée de leur faire peur.  Une idée puérile, certes, mais cela lui était égal.

Alors qu’elle se préparait à lancer un ‘’BOUH !’’, elle entendit son prénom dans la conversation. Puis suivit de la phrase :

-…trop marrant !

Mmh ? Qu’est-ce qui serait marrant ? Elle s’assit sur les marches et tendit l’oreille, dans l’intention de n’en écouter qu’une partie.

-Faudra pas que j’oublie la caméra dans mon casier, s’exclama la voix de Laura

-Oui, ce serait trop dommage. Trop hâte de voir sa tête ! Se réjouit Justine.

-Et toi, t’as intérêt à bien jouer la comédie.

-Tu me prends pour qui, j’ai bien tenu pendant presque un an et demi ! Répliqua Roméo d’un ton étrangement arrogant.

Roméo ? Arrogant ? Non, ce n’était pas possible… et quelle comédie ?

-T’as vu sa tronche tout à l’heure, quand t’es venu lui parler à la cantine ?

-Ouais, c’était exactement la même que quand je lui avais dit que je voudrais avoir une meuf !

-En ce moment, elle est persuadée que tu lui demanderas de sortir avec elle !

-Pff, elle a rien dans la cervelle ! Dit Roméo. Qui voudrait d’une grognasse pareille ! Elle s’est pas regardée dans un miroir ou quoi ?

-Mais grave ! Renchérit Justine. Bon, restons un peu sérieux, c’est pas encore fini. Tu sais ce que tu dois faire, hein ?

-Ben ouais, l’attirer dans un bois, lui faire une soi-disant déclaration, l’embrasser, la toucher…

-Pendant que nous, on filme, compléta Laura. Ça va faire un de ces buzz !

-Ouais, je suis sure qu’elle sera excitée, cette sale dinde.

-Et dire qu’elle m’aimait depuis un bail, elle osera même plus revenir en cours !

-J’ai trop hâte ! Imagine qu’elle se suicide.

-Rien à foutre, cracha Roméo. Ça va faire de la peine à personne, au contraire. Au moins, elle rejoindra ses vieux.

Coup de tonnerre.

Gouffre profond.

Noir complet.

Du moins, c’était ce qu’il y avait dans l’esprit de Jennifer. Quel horrible cauchemar, il fallait qu’elle se réveille. Mais la sonnerie lui prouva que tout était bien réel. Ah, la réalité… donc il fallait qu’elle aille en cours de maths… Ses jambes la portèrent automatiquement devant la salle, sans qu’elle ne soit vraiment consciente. Elle avait l’impression d’être coupée du monde, de ne plus être qu’une marionnette obéissant au rythme du quotidien.

Elle n’entendait qu’une espèce de bourdonnement incessant, comme si ses oreilles ne fonctionnaient plus correctement. Quel jour était-on ? Elle l’ignorait, elle avait perdu la notion du temps. Deux heures pouvaient bien passer, elle ne le remarquerait pas. Pourquoi était-elle dans cet état ? Elle ne le savait pas, du moins elle refusait de l’admettre. Il lui semblait que sa vie venait de s’arrêter d’un coup, que toute trace de sentiment l’avait abandonnée. Oui, elle n’avait même pas la force de ressentir quoi que ce soit. Tout s’était effondré en l’espace de trente secondes, et elle était perdue.

Tous ses gestes se firent inconsciemment. Tout le monde, en la voyant, pourrait penser qu’elle se conduisait normalement, pas comme une adolescente de 16 ans qui venait de perdre ses deux meilleures amies et son amour de toujours.

La sonnerie de fin de cours déclencha en elle une phrase, qu’elle connaissait depuis longtemps :

« Tout peut arriver. »

Jennifer reprit conscience peu à peu et, la première chose qu’elle fit fut de rassembler à la hâte ses affaires et de partir. Partir avant que Roméo ne le rattrape, partir avant de participer à cet horrible jeu dont elle en serait la victime.

Elle courut à perdre haleine, et cette course lui permit de faire le tri dans son esprit. Aujourd’hui était vendredi, elle venait de terminer sa journée de cours. Elle allait rentrer, s’affaler sur le canapé, prendre un goûter, regarder la télé, manger, se doucher, faire ses devoirs, lire un livre, écrire, dormir, oui comme d’habitude… non, il n’y a rien eu aujourd’hui…non, mes amies ne m’ont pas trahies, non, Roméo n’est pas un mec cruel, non, tout va bien…

Elle arriva dans une rue calme que peu de gens empruntaient et s’effondra d’épuisement. Entre deux souffles, elle s’écria :

-J’VAIS PARFAITEMENT BIEN !!

Elle fuyait la réalité, mais se retrouva dans une impasse, et n’eut d’autre choix que de l’accepter.

-J’y crois pas…

Un sentiment de désespoir commença à lui serrer violemment le cœur.

-C’est pas vrai…

Une succession de souvenirs envahit brusquement ses pensées. Le jour où Laura et Justine étaient venues déjeuner avec elle, quand elle était seule. Le premier sourire chaleureux que Roméo lui avait adressé. Les secrets qu’elle avait partagés avec ses amies. La discussion remplie de fous rires qu’elle avait eus avec l’élu de son cœur.

Et lui revint la conversation, qui lui avait révélé le vrai visage des interlocuteurs.

Elle attendit que les larmes jaillissent, mais ces dernières refusèrent de couler.

« Au moins, elle rejoindra ses vieux. »

Tout à coup, tout son corps vibra de rage, de haine. Une envie d’aller leur donner une grosse raclée lui donna la force de se relever. Non, elle ne devait pas rester ainsi à s’apitoyer sur son sort, alors que ces hypocrites devaient être en train de se réjouir. Elle pleurerait  quand elle leur montrerait qui était vraiment Jennifer Gracia, avant de connaitre l’amour et devenir une fille plus docile.

Se sentant plus vivante, elle reprit sa course vers le lycée. Lorsqu’elle tourna à l’angle de la rue, elle reçut un choc qui la renversa par terre. Elle venait de percuter quelqu’un.

-Aie…fit-elle tout en levant les yeux vers l’inconnu.

C’était un jeune garçon qui devait avoir à peu près son âge. Il avait de courts cheveux blonds et des yeux d’un bleu océan. Il la dévisagea avec une grimace.

-Désolée… s’excusa-elle.

-Non, non, c’est moi, euh, oui, euh…

« Il a l’air vraiment paniqué » pensa Jennifer, intriguée.

Il se releva rapidement et elle fit de même.

-Reste pas là, y a des gens dangereux ! L’ordonna-il subitement.

-Hein ?

-Allez, va-t’en, vite !

-Mais, que…

Soudain, un hurlement la fit sursauter.

-TU VAS MOURIR !

Elle vit par-dessus l’épaule du garçon un homme massif courir vers eux…  un bazooka à la main.

-La classe…se contenta-elle de lâcher.

-Il court vite le gros lard…commenta le jeune entre ses dents.

L’homme pointa son arme vers eux et fit feu. Jennifer était sure de le prendre en plein fouet si l’adolescent ne l’avait pas poussé de côté.

Sans qu’elle ne s’y attende, elle fut soulevée par un bras et entrainée dans la fuite du garçon.

-Eh, mais pose moi !

Il ne semblait pas l’entendre.

-Eh, je te dis de me laisser ! Reprit-elle en s’agitant.

-Mourir par un bazooka, ça te va alors ?

-Euh…

Le garçon courait à une vitesse hors du commun. Elle vit tout à coup un objet longiligne s’approcher dangereusement d’elle. Elle n’eut pas le temps de s’apercevoir que c’était un réverbère avant de se le prendre dans la tête. Il lui sembla entendre son porteur lâcher un juron, et elle perdit connaissance.

A suivre…

Beelzebub

Beelzebub dans Mangas 201304280423401228

Résumé:

Tatsumi Oga est un délinquant arrogant et sans pitié envers ses ennemis. Il est craint par sa force et est surnommé  »le Fou Furieux ». 

Un jour, alors qu’il donnait une correction à des voyous qui avaient tenté de l’attaquer dans son sommeil, il découvre un étrange homme flottant dans une rivière. Oga l’extirpe de l’eau et…l’ouvre en deux. Apparaît alors un magnifique bébé aux cheveux verts! Séduit par la férocité de l’adolescent, l’enfant s’attache à lui et ne le lâche plus. Ce bébé s’appelle Kaiser des Emperana Beelzebub IV (de son surnom Beel) et est en réalité le fils du démon suprême. Le rôle d’Oga est de l’élever afin qu’un jour, Beel puisse détruire l’humanité. Ne supportant pas cette tâche et les cris mortels du jeune diable, Oga décide de tout faire pour s’en débarrasser. Mais la tâche s’avère être bien plus compliquée qu’elle n’y parait…

Critique:

Cet anime est une pure merveille, surtout grâce à son humour! J’ai bien ri tout au long des épisodes, grâce aux situations loufoques et les personnages délirants! Ces derniers sont aussi attachants et la plupart sont très classes: pour ma part, j’admire la force de Kunieda, même si elle me semble trop extraordinaire. 

Au début, Oga ne pense qu’à refiler Bébé Beel à un autre, mais au fil des 60 épisodes, leur relation évolue et devient de plus en plus forte! C’est trop mignon! 

A part quelques scènes plus « sérieuses », Beelzebub nous entraîne dans un univers décalé et complètement hilarant!

A part quelques défauts, notamment peut-être dans le 6e épisode, le graphisme est très bien fait :)

Les openings et endings sont supers, surtout le premier qui correspond parfaitement à l’anime!

Image de prévisualisation YouTube

Quel dommage qu’il n’y ait pas de saison 2!

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Note anime:

19/20

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Le manga:

Le manga est aussi excellent que l’anime! L’humour est très présente, et l’histoire toujours intéressante. Bien que le manga dure plus longtemps que l’anime, il s’est malheureusement arrêté…

On peut remarquer que le graphisme du manga devient meilleur au fil des tomes, et Bébé Beel devient de plus en kawaii!!!!

Note manga:

20/20

Si vous voulez une grosse dose de fou rire, l’univers de Beelzebub est fait pour vous!




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