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Archive mensuelle de décembre 2014

Rainbow: Nisha Rokubou no Shichinin…ou plus clairement le manga monstrueux

Rainbow: Nisha Rokubou no Shichinin...ou plus clairement le manga monstrueux dans Yosh!! manga-2825-300x168

IF THERE’S A PLACE INSIDE THIS WORLD, WHERE HOPES AND DREAMS AR…

dscf12021-225x300 dans Yosh!!

Euh oui pardon, heum heum…

Salut à tous, je suis ici pour vous parler d’un anime que je suis en train de regarder mais que j’adore! Peut-être que je le consacrerai un article un peu plus détaillé quand je l’aurais fini, mais contentez-vous de celui là d’abord!

Donc l’histoire se passe dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale…non non, ne partez pas, on va pas (trop) faire de l’histoire! Bref, sept adolescents se retrouvent dans une maison de redressement pour jeunes à cause des délits qu’ils ont commis.  Les conditions sont particulièrement pénibles et ils sont traités pires que des animaux. Le traitement qu’on leur inflige les pousse à guetter une lueur d’espoir qui pourront les libérer… 

Ça, c’est le résumé des premiers épisodes, l’histoire ne s’arrête pas là! Donc dans cet anime, vous avez pu constater que c’est pas joyeux joyeux… On fait face à la barbarie des hommes même après la guerre, le malheur qui s’abat sur ses jeunes. Malgré cela, ces derniers font preuve d’une solidarité inébranlable et leur amitié est si belle qu’elle m’a souvent mise les larmes aux yeux! Ce qu’ils ont dû enduré à cause des conséquences de la guerre, comme la bombe atomique à Hiroshima, m’a fait pleuré je ne sais combien de fois… Bon il y a quand même des moments d’espoirs mais ils ne durent jamais bien longtemps… Ce manga est vraiment cruel, sans pitié…

Les méchants sont…ben vraiment méchants, leurs actions sont vraiment horribles et j’avais souvent envie de gerber, mais je ne peux pas vous dire pourquoi…

D’ailleurs, je ne conseille pas cet anime aux plus jeunes, il y a des scènes qui ne sont pas adaptés à certains jeunes. Vous êtes prévenus!

Bref, j’adore l’univers sombre qui vous entraîne dans une époque sans pitié. Quand je regarde ces jeunes, je me dis que ma vie n’est pas si mal et j’arrête de me plaindre de mes petits problèmes de rien du tout… J’ai tellement peur pour les persos, tellement ils sont exposés au danger, et beaucoup de situations me donnent des frissons…Ah en parlant de frissons, je ne peux pas ne pas vous parler de l’opening! Enormissime!!!!!

Comme je suis sympa, voici la chanson en entière. Ah et une dernière chose! Ne regardez pas le générique, j’ai l’impression que ça spoile…

Image de prévisualisation YouTube

Voili voulou, si vous décidez de le regarder, bon visionnage! A l’article prochain!

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Tous contre le Père Noël

Hello à tous! Mon histoire pour Noël 2014 est enfin terminée et comme vous avez pu le voir, je l’ai finie à temps MWAHAHAHAHAHA

Tous contre le Père Noël dans Histoire spéciale: Noël 2014 dscf1204-225x300

Euh oui heum heum… Bon je disais que vous pouvez enfin le lire, et j’espère que vous passerez une bonne lecture!

Elle est dédiée à mes meilleures amies, la Renarde et la Chèvre (Bêêêêê!!), ainsi qu’à mes potes avec qui je passe des merveilleux moments! Je pense que vous vous reconnaissez ;) Je cite notamment Odaniep qui est un super pote et que je remercie encore pour la montre à gousset de SNK! Super super ultra sympa!  Et sans oublier évidemment, ma cousine que j’adore et que je soutiens!

Voici les liens pour accéder directement aux chapitres:

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Epilogue

Excellente lecture à tous et joyeuses fêtes!!!!

Tous contre le Père Noël! (fin)

Epilogue

 

Rafael regarda sa montre.

-Il est quelle heure ? Demandai-je.

-Minuit moins six.

Je me frottai les mains, impatiente. Nous étions assis sur un banc, non loin de la maison de Marylin. J’étais assez proche pour voir la lumière éclatante qui transperçait les vitres des fenêtres pour venir briller brièvement sur l’herbe fraiche de son jardin. Je sentais le froid s’infiltrer à travers mes couches de vêtements. Malgré sa simple veste, Rafael ne semblait pas affecté. Il avait remis son épée dans son sac, mais il me semblait que ce n’était pas le seul objet qu’il portait. Le sac semblait bien plus chargé. Bah ! Ce n’était pas mes affaires.

-Tu crois que c’était la bonne décision ? M’interrogea-il. A propos du Vieux.

-Il a l’air d’être prêt à changer d’avis si l’on arrive à le convaincre, donc pourquoi pas. Mon intuition me dit qu’on va réussir !

-Ne confonds pas ton intuition avec ton optimisme.

-Et toi ? Tu es prêt à le pardonner ?

Il passa la main dans sa nuque.

-J’ai pas trop le choix. Dans cette histoire, ma famille est aussi fautive que lui, j’imagine.

-Et dire que tu vas l’accompagner dans la distribution des cadeaux ! On va t’appeler le ‘’Mec Noël’’ ?

-Eh oh, je te rappelle que j’ai jamais dit que j’étais d’accord !

-Bah, je me dis que si ça arrivait, tout le monde serait satisfait à la fin, non ? Tu auras en quelque sorte récupérer ce qui appartenait à ta famille et le Vieux sait maintenant qu’il est important aux yeux des enfants, donc son rêve se réalise aussi.

-…ça peut pas être mal. C’est vrai que j’ai rien contre, ça peut être cool.

-Alors tu acceptes !

-Crie pas victoire trop vite, tout n’est pas encore joué !

-La vie est surprenante tout de même. Qui aurait cru que j’aiderais celui qui je considérais comme mon pire ennemi depuis mon enfance ? Finalement, notre mission se résumait plus à le raisonner qu’à le combattre. Ça manquait d’action et curieusement, ça me dérange pas tant que ça. C’est peut-être ça…le ‘’miracle de Noël’’.

-Non, c’est juste parce que t’es bizarre. Prépare-toi, ça va être l’heure. C’est prêt ?

-Yep, affirmai-je en regardant le gros paquet enveloppé dans un papier cadeau bleu ciel, avec une étiquette dessus.

‘’J’ai convaincu le Père Noël de t’offrir ça. J’espère que ça suffira à me faire pardonner et si c’est pas le cas, attends-toi à trouver Ian Somerhalder à ta porte, avec ma signature sur son front.

Aly’’

Je le pris et m’avançai vers la maison. Je le posai sur le seuil de la porte.  Je me tournai vers Rafael.

Il me fit le compte à rebours à l’aide de ses doigts. Cinq…quatre…trois…deux…un…

Les yeux rivés sur le renne aux nez rouge accroché sur la porte, j’appuyai sur la sonnette et retournai vers Rafael en courant. Cachée dans l’obscurité, je vis Marylin ouvrir, apparaissant dans une robe laineuse grise qui soulignait à merveille sa silhouette menue.

Mon cœur battait dans mes côtes quand son regard parcourut l’étiquette. Sa bouche s’ouvrit en grand, prête à avaler cinq marshmallows en même temps. Elle jeta un coup d’œil attentif autour d’elle, mais nous étions trop bien dissimulés pour qu’elle puisse nous voir.

Elle déballa le cadeau et ses yeux s’écarquillèrent puis brillèrent en découvrant la boîte de maquillage et le gilet en cachemire. Elle les serra contre elle et il me sembla que ses lèvres s’entrouvrirent pour laisser quelques paroles s’échapper.

-Vu sa réaction, je pense qu’elle te pardonne, dit Rafael.

Lorsqu’elle rentra, je m’apprêtai à me lever quand mon compagnon m’arrêta.

-Il reste une dernière chose.

-Quoi ?

-Tu le fais exprès ?

Il ouvrit son sac et sortit un emballage rouge foncé.

-Joyeux anniversaire.

A ce moment-là, je sus que j’étais en train d’avoir la même réaction que Marylin, ou bien en deux fois pire. Mon expression d’hébétude fit rire Rafael.

-J’avais…oublié.

-T’es vraiment unique en ton genre, comme fille. Allez, ouvre.

Je m’exécutai et un cri d’exclamation, d’émerveillement filtra entre mes lèvres quand le maillot, LE maillot dédicacé par Jordan, LE prix du concours qui me faisait tant envier apparut devant moi, dans toutes sa splendeur.

-T…toi…Tu…comment…

-Secret confidentiel.

-T’as triché ?

-Ça me touche à quel point tu fais confiance en mon honneur.

-M…mais…

-C’est aussi pour te remercier convenablement d’avoir accepté de m’aider. Tu le mérites bien vu que si tu n’étais pas là, le Vieux aurait peut-être déjà commencé son règne. D’ailleurs, je vois pas comment un simple T-Shirt peut t’émouvoir autant, c’est étrange de la part d’une fille.

C’était plus fort que moi. Je me jetai à son cou, l’étreignant de toutes mes forces. Je sentis sa chaleur corporelle se diffuser en moi.

-Merci, merci, merci, merci, merci, merci, merci, merci…

-C’est bon, j’ai compris, lâche-moi ! Et t’as oublié l’autre cadeau aussi.

En effet, il y avait également un manteau noir, en soie avec une capuche en fourrure et un col montant. J’avais déjà vu ce genre de vêtement à la télé.

-Ça t’a coûté une fortune !

-Tu oublies la formule essentielle.

-Euh, t’étais pas obligé ? Ah non, merci ! Merci, c’est…c’est super attentionné ! C’est quand ton anniversaire ?

-C’est pas tes affaires. Et puis si tu oublies ton propre anniversaire, tu risques pas de te rappeler de la mienne.

-Je demanderai à Sam et je te préparerai une surprise encore plus grandiose !

-Ça, ça m’étonnerait, il y a peu de choses qui me plaisent, ricana-il.

-Je relève le défi ! Prépare-toi à rester baba !

Je sentis soudain une goutte gelée sur ma joue. De la pluie ? Je levai les yeux.  Du ciel noir coulaient paisiblement, féeriquement de minuscules parcelles blanches, comme si les étoiles elles-mêmes se décrochaient.

Elles atterrissaient sur le sol pour former une épaisse couche de neige, où lorsque le soleil s’élèverait, ses rayons viendraient déposer sa chaleur par des reflets satinés sur la blancheur qui recouvrerait tout le paysage.

-Il est temps d’y aller, dit Rafael.

-Yep !

Je rangeai le trésor qu’était mon maillot ainsi que mon manteau dans mon sac et le passai sur mon épaule. Rafael s’était déjà mis en marche. Je courus pour être à sa hauteur et nous nous dirigeâmes vers le Père Noël.

-Ben alors, les gamins, vous en avez mis du temps ! Faut se dépêcher, les enfants d’aujourd’hui sont incapables d’attendre !

Je me tournai vers Rafael.

-Il y a une question qui me turlupine.

-Dis.

-Est-ce que tu élèves des chameaux dans un désert situé dans un monde parallèle que l’on peut accéder en sautant dans la cuvette des toilettes ?

 

Fin

Voilà, c’est la fin de l’histoire spécial Noël 2014! J’espère qu’elle vous a plu et qu’elle vous a permis de passer un petit bon moment!

Passez de bonnes fêtes!!!!!

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Tous contre le Père Noël! 6

Chapitre 6

Le Père Noël n’avait pas bougé. Il était assis au bord du toit, les jambes pendant dans le vide, la tête levée vers le ciel. Lorsqu’il nous entendit, il se contenta de nous lancer sans se retourner :

 -Vous en avez mis du temps.

Rafael avait voulu que je reste à l’abri, mais il connaissait mon entêtement, donc il n’insista pas.

-Ça faisait longtemps, gamin. Et toi gamine, tu m’as pas mal déçue. Je pensais que tes mots étaient sincères mais apparemment, tu n’es tout simplement qu’une simple menteuse.

Je sentis le regard de Rafael fixé sur moi.

-Si vous me connaissez vraiment, vous n’aurez jamais dit ça, lâchai-je.

-Ah ouais ? Bah ! De toute façon, c’est sans importance.

Il se releva avec un raclement de gorge. Mon compagnon sortit l’épée de son fourreau.

-Le Vieux, je vais mettre un terme à ce combat qui a duré depuis bien trop longtemps.

-On aurait pu s’en tenir à ce que tu te barres avec la gamine.

-Compte là-dessus, riposta-il avec un rictus.

Ni une ni deux, il s’élança vers le Père Noël et le précipita avec lui dans…dans le vide ?! Bon Dieu, il aurait pas pu se contenter du toit !

Je n’avais vraisemblablement aucun moyen pour descendre convenablement. Heureusement, la blessure à mon dos ne me faisait plus l’effet que d’une courbature. Sauter ? Mourir à 15 ans, non merci. Instinctivement, je regardai autour de moi et mes yeux se posèrent sur… la ceinture. Celle avec laquelle Rafael était montée. Mon cerveau s’illumina. Je pris un poignard et le mis dans ma poche arrière, au cas où. Le contact froid de sa lame qui transperçait le tissu de mon jean comme de la glace me fit frissonner mais je m’efforçai de garder mon sang-froid.  Je mis la ceinture autour de ma taille, pris la corde avec crochet tempest, la tournoya dans les airs et la balança, crochet en avant, le plus loin possible. Il s’accrocha à la bordure du toit de l’autre bâtiment. Je tirai dessus, une fois, deux fois. Satisfaite de sa résistance, je laissai l’énergie incandescente qui bouillait en moi envahir les dernières parcelles de mon corps, pris une grosse inspiration, tins de mes mains moites la corde…et plongeai. Tout se déroula en une fraction de seconde. Je vis le mur s’approcher dangereusement, tel un camion qui roulerait à 120 km/h. Je plaçai mes pieds devant moi et pris appui sur le mur. Une fois de plus, j’avais à peu près oublié ma fracture, aussi la douleur fut encore plus expressive.

 Je pendais ainsi, plus proche du sol mais tout de même trop haut pour tenter quoi que ce soit de fou avec un pied cassé. Par chance, je remarquai deux boutons sur la ceinture, l’un vert clair, l’autre kaki. J’appuyai sur le premier et je me sentis prendre de l’altitude. Okay, c’était le mauvais. L’autre me permit de descendre tout en douceur et je soupirai de soulagement, euphorique, lorsque je touchai le sol. Je dus me démener pour enlever la ceinture, ce qui ne fit que m’agacer, puisque je perdais incontestablement du temps !

Un son de métal attira mon attention et je me dirigeai dans cette direction. Je me retrouvai alors à l’intérieur, dans une pénombre qui mettait en valeur la blancheur écrasante de l’épée de Rafael. Ce dernier faisait des moulinets précis, incroyables mais faute de chance, ne semblait frapper que du vide. Chaque fois qu’il essayait de toucher le Père Noël, celui-ci esquivait avec agilité en plongeant d’un côté à une vitesse insoupçonnable, vu son physique de tombeur.

-Tu te fais vieux d’année en année, gamin ! Ricana-il.

Apparemment, j’étais invisible à leurs yeux. Je voyais la mâchoire contractée de mon allié sous l’effort, la sueur brillante qui perlait sur son front. Je m’accroupis à quatre pattes et me déplaçai en étouffant le plus possible ma présence. Je pris lentement la manche de mon arme et me plaçai derrière une grosse poutre rectangulaire, face à Rafael. Derrière le dos de l’ennemi, j’agitai ma main et réussit à capter l’attention de mon compagnon. Ses sourcils se haussèrent une demi-seconde, mais trop rapidement pour que le Père Noël ne remarque quoi que ce soit. Je fis un geste avec mon index, l’incitant à rapprocher le Père Noël de moi. Il comprit tout de suite. Il s’avança, tandis que l’autre reculait. J’attendis qu’il ne fut plus qu’à quelques centimètres, quand je pus voir clairement le coton de son costume, pour sortir mon poignard, bondir sur lui, et mettre la lame sous sa gorge. Il émit un couinement de surprise et ses mains agrippèrent mon bras avec force, mais je tins bon. Un rire gras sortit ensuite de sa bouche.

-Tss, faut pas faire la maligne quand on ose pas de trancher la gorge de quelqu’un, gamine !

-Elle non, mais moi si, lui rappela Rafael en pointant le bout de sa lame sous le nez du Vieux.

Je me surpris à avaler ma salive avec difficulté, comme si c’était moi qu’il me menaçait, comme si c’était moi qu’il regardait de ses yeux brillants de rage sauvage contrastant avec son visage fermé.

-Ah ! Deux contre un, j’aurais jamais pensé que ta famille serait capable d’un tel acte de lâcheté.

-Tout est à prendre s’il nous conduit à la victoire dans ce genre de moment. Maintenant, j’aimerais mettre un terme à cette longue mission pour de bon.

Je m’écriai aussitôt :

-Non, attends !

Le silence qui suivit m’informa que je devais leur expliquer mon intervention.

-Rafael, rappelle-toi de ce que je t’ai dit sur le Père Noël.

-Quoi, que c’est un homme mal dans sa peau, sans ami ? T’as beaucoup d’imagination.

-C’est lui qui me l’a dit.

-Ah ! Et tu le crois ? Encore mieux.

-J’ai jamais rien dit de pareil, c’est toi qui as choisi de t’inventer cette histoire.

-Mon intuition me dit que j’ai raison.

-La mienne m’affirme que tu es folle, renchérit Rafael.

-Eh, le Vieux, avouez que c’est vrai, avouez ce que vous ressentez, acceptez la vérité ! M’exclamai-je, irritée.

Rafael passa une main sur son visage d’un air las, et dit :

-Aly, tout à l’heure, tu voulais savoir si j’avais une raison personnelle pour lui vouer une haine imprescriptible. Eh bien oui, et une très grande.

Je jetai un coup d’œil à l’intéressé. Il ne bronchait pas, gardait ses yeux rivés sur le sol comme si ce dernier aspirait toute sa concentration.

-Au tout début, poursuivit Rafael, ce n’était pas ce Vieux qui était connu pour offrir les cadeaux, qui était celui aimé de tous à la période des fêtes. Il s’agissait de ma famille.

Le vent qui soufflait sembla changer de température.

-Tous les trois ans, les membres choisissaient lors d’une cérémonie la personne qui se chargerait de la distribution des cadeaux. Je ne me rappelle plus du nom que l’on lui donnait mais ce n’était pas ‘’Père Noël’’. En général, c’était le rôle des garçons. Les autres s’occupaient des préparatifs. Eh, je te dis une nouvelle fois, ferme la bouche !

Je m’exécutai doucement.

-Tu dois te demander pourquoi c’est ce Vieux qui se charge actuellement de ça. Ben il nous a volé le boulot tout simplement. Ma famille a passé l’éponge dessus, mais moi, certainement pas. Rien que l’idée de laisser ce Vieux se bomber le torse devant le monde entier comme si de rien n’était me dégoûte. Je me suis juré de récupérer ce qui nous appartient et de restaurer l’honneur de ma famille. D’ailleurs, cette épée est dans ma famille depuis le début, et j’ai voulu accomplir ma mission avec elle.

Sa voix montait d’un cran à mesure que son récit avançait. Pareil pour mon rythme cardiaque, comme si je sautais en parachute. Le méchant de cette histoire se manifesta d’un ton amer :

-Hinhin…et maintenant, le héros va vaincre le vilain, sauver le monde, et…quoi déjà ? Ah oui, ‘’restaurer l’honneur de sa famille’’. Et tout ça, sans vouloir écouter le fond de la vérité.

-N’essaye pas de nous embrouiller, on n’est pas dupes.

-Qu’est-ce que vous voulez dire ? M’enquis-je, sous les gros yeux de Rafael.

-Si tu crois que j’ai volé ce travail juste pour le plaisir, tu te trompes. Sinon j’aurais choisi un truc bien meilleur.

Ça tenait la route. En effet, pourquoi l’avoir pris alors qu’à présent, il ne prenait plus plaisir à distribuer des cadeaux ? Il aurait pu rendre à la famille de Rafael, cela lui aurait évité une course poursuite épuisante. A moins qu’il ne soit masochiste.

-Racontez.

Après un soupir, il commença :

-Quand j’étais gamin…

-Il y a très très très longtemps.

Je fusillai Rafael du regard.

-…j’étais plutôt du genre à vouloir aider les autres, me sentir utile, bref vous comprenez. A l’époque, la famille du gamin était très connue et très appréciée de tout le monde, sans exception. Faut dire que leur générosité était sans borne. Dans mon cas, on pouvait dire que j’idolâtrais littéralement les Riles. Leur sourire était constant et semblait être gravé à jamais sur leur visage. Je me promettais de devenir comme eux.

« Mais un jour, je crois que j’étais un ado, j’ai surpris une conversation qui m’a chamboulé. J’avais décidé de prendre mon courage à deux mains et leur demander de me raconter les détails de leur travail. Je me suis faufilé dans leur propriété- oui bon ça va, je savais pas trop ce que je faisais, me regardez pas comme ça- et en entendant des voix, je me suis caché automatiquement derrière un buisson. J’ai pu apercevoir que c’était la mère et la tante de l’homme qui s’occupait à cette époque de la distribution des cadeaux. Et le détail qui m’a frappé, c’était l’absence de leur sourire que je pensais éternel, dans toutes les circonstances. Pour la première fois, j’ai vu que leurs visages étaient marqués d’une mine contrariée. Je vous dis pas combien ça a été zarbi de les voir comme ça. J’ai au début entendu des petits extraits de leur conversation mais le mot ‘’arrêter’’ a bizarrement retenu toute mon attention. J’ai pas pu m’empêcher de tendre l’oreille. Tss, ces enflures… la mère se plaignait du travail, sa sœur compatissait. En réalité, ils prenaient aucun plaisir à faire ce travail, à rendre les gens heureux. Au contraire, ils le considéraient comme un fardeau, et j’ai même entendu qu’ils songeaient à s’en débarrasser.  Toute cette bonté n’était qu’une sale façade pour dissimuler cette vérité aberrante, vous saisissez ? Cette découverte m’avait retourné l’estomac comme pas possible ! Sur le coup, je sais que j’étais ultra énervé, de savoir qu’ils faisaient ça par obligation, alors que moi, mes sentiments étaient sincères et j’avais aucun boulot qui les mettait à profit.

« Et c’est ainsi que j’ai volé le taf de ‘’Père Noël’’ pour arrêter cette pauvre mascarade qu’ils s’efforçaient de garder, et aussi pour me venger en les précipitant dans la honte. Tu savais pas ça, hein gamin ? Ben c’est parce que c’est tellement pas classe qu’ils ont fait exprès d’omettre ce détail. Bref, à mesure que je grandissais, mes convictions évoluaient et j’ai eu de plus en plus envie que les gens m’admirent pour ce que j’accomplissais. Le sentiment de puissance était tel que je me savais au-dessus de vous. Mais plus le temps passait, moins j’étais satisfait. Je revoyais sur le visage des gens l’hypocrisie des Riles, comme je te l’ai dit tout à l’heure, gamine. Ce que je souhaitais avait encore changé, et je souhaite à présent qu’ils me voient tel que je suis, un homme à qui ils doivent beaucoup et non pas un vulgaire pépé qu’ils peuvent manipuler avec des faux sourires. Le sentiment de puissance que j’éprouve, j’ai besoin de le sentir absolument total, complet.

-Et votre envie de rendre les gens heureux, vous en faites quoi ?

-Peuh ! Je vois plus l’intérêt de le faire.

-Alors vous ne rendez pas le travail à ma famille dans le seul but de continuer à les faire payer pour avoir brisé vos fantasmes ?  Siffla Rafael.

-Mais c’est absurde, c’est…

-Tu peux pas comprendre gamine, t’as toujours eu ce…

-La ferme ou je n’hésiterai pas à couper votre sale barbe !  Cette histoire remonte à…quoi, deux siècles et quelques ? D’ailleurs, vous avez quel âge, vous êtes immortel comme les dieux ou quoi ? Bref, vous pensez pas qu’il serait temps de tourner la page ?

-Pour que ces enfoirés prennent ma place et soient de nouveau admirés de tous alors qu’ils le méritent pas ? Plutôt manger des asticots vivants ! D’ailleurs je me demande quel goût ils ont, tiens !

-Je vous rappelle que c’est la même chose pour vous depuis un certain temps, dit Rafael.

Le silence s’installa. Ce quartier était si éloigné que l’on n’entendait pas même les murmures de la ville. Une histoire dingue de plusieurs centaines d’années faisait de nouveau surface. Décidément, cette mission se révélait plus qu’une simple embuscade. Autrefois, le Père Noël était un gamin rêveur du genre ‘’plus tard, je voudrais être docteur, pour soigner les gens et les aider !’’. Mais la colère l’avait aveuglé et il avait dérobé le prestige des Riles, pour se venger. Et à présent, dans sa tête, la situation se réduisait à ça :

‘’Je voulais un truc plus sérieux, quoi ! J’aime pas ce travail, c’est fatiguant, ces mômes ne courent qu’après de sales cadeaux. Je veux qu’on me respecte et qu’on me sous-estime pas ! Mais si je rends ce rôle aux Riles, c’est mon orgueil qui va prendre un coup ! Bon tant pis, je vais juste dominer le monde mwahahahaha !’’

…Il y avait encore plusieurs parts de mystères dans cette histoire mais je comprenais l’essentiel. Une rancune aussi tenace, c’était pas rien… Rafael avait les yeux fixés par terre, ses traits crispés qui lui donnaient un air plus âgé. Le Père Noël, lui, avait le regard vague, comme s’il se plongeait dans son enfance pour explorer les moindres recoins. Et moi, que devais-je faire ? Tout à coup, le visage de Marylin jaillit dans mon esprit. Sa joie continuelle contrastant avec son expression lasse de la dernière fois que l’on s’était parlé.  Je devais arrêter notre ennemi pour elle, pour qu’il ne lui arrive rien. Pour lui prouver qu’elle avait tort, qu’elle comptait beaucoup pour moi, que je regrettais mes paroles plus que tout. Un déclic se fit dans mon cerveau.

J’enlevai le poignard et mon bras de la gorge du Père Noël.

-Vous pouvez me tuer, j’en ai rien à faire.

-Je crois à votre histoire, alors pourriez-vous prendre la peine de me croire aussi ? Proposai-je. Tout comme vous admiriez la famille des Riles pour leurs qualités, les gens d’ici vous aiment pour ce que vous faîtes, pour ce que vous êtes. Grâce à vous, de nombreux enfants rêvent de devenir un homme aussi euh, droit que vous. Vous nourrissez ainsi leurs esprits d’espoirs et d’imagination, c’est pas merveilleux ? Le truc, c’est que vous vous en rendez pas compte. Vous êtes aveuglé par la soif du pouvoir et par l’incident qui vous a changé. Et à cause de ça, vous étiez sur le point de commettre une grave erreur. Mais bon, personne n’est parfait, pas même les Riles comme vous avez pu constater. Ne pensez-vous pas qu’ils peuvent regretter leur attitude en ce moment même ? Ce que vous avez fait était mal, mais ça leur a surement permis d’ouvrir les yeux et de mieux chérir ce travail. Les humains sont comme ça, lorsqu’on leur dérobe ce qu’ils ont, c’est souvent dans ce cas-là qu’ils se rendent compte à quel point c’était précieux pour eux. Parfois, ça peut être trop tard…Mais si vous passez l’éponge dessus et que vous rendiez ce travail, ça les permettra d’avoir moins de remords. Je sais que vous considérez ça comme inconcevable, mais regardez Rafael ! Il vous a poursuivi pendant tout ce temps, ça prouve sa volonté, non ? Vous êtes un adulte maintenant, un pépé même, alors faites un peu preuve de maturité ! Je suis sure que Rafael prendrait le rôle du Père Noël avec plaisir !

-Ben, j’y ai jamais pen…

-Il serait ravi de le faire ! Alors ?

Il se gratta la barbe.

-Et ma conquête du monde ?

-N’y pensez même pas ! Je vous assure, je vous promets que vous serez bien plus heureux si vous faisiez plus attention à votre réputation actuelle !

-Bah…mouais on verra. Par contre si je suis pas convaincu…

-Faites-moi confiance ! Eh, j’ai une super idée ! Rafael, tu pourrais distribuer les cadeaux avec lui !

-Et puis quoi encore, je prendrais mon bain avec lui aussi ?

-Exagère pas, j’en demande pas tant, enfin après c’est selon tes désirs.

-BWAHAHAHA, finalement les gamins d’aujourd’hui ne sont pas si mal ! Bon allez, marché conclu

-Et moi, j’ai pas mon mot à dire ?

-Super ! Vous allez voir, avec nous vous allez bien vous amuser ! Où sont les cadeaux ?

-Je rêve où vous m’ignorez ?

-Allez, rien que pour vous, je vais vous montrer un tour de magie !

Sur ces mots, il fit un dessin avec son index dans l’air (je crois qu’il s’agissait de la forme d’une hotte), et un sac de plus de trois mètre rempli de cadeaux, dont certains s’échappaient pour rouler par terre, apparût.

-De la magie ! S’extasiai-je.

-C’est pour ça que ça s’appelle ‘’tour de magie’’, me rappela Rafael, qui avait visiblement abandonné toute résistance.

-Et c’est pas fini !

Le Père Noël siffla une petite mélodie et quelques instants plus tard, un traineau tiré par deux rennes se manifesta comme…ben par magie.

-Allez, montrez-moi comment vous allez faire pour me dissuader de ne pas être le maître du monde !

-Héhé, vous allez voir !

-Deux gamins, je vous jure…marmonna Rafael.

Je me sentais prête à accomplir des miracles cette nuit. Une seule chose me bloquait.

-Mais avant, est-ce que je peux faire un truc ? Je dois passer chez une amie…

Tous contre le Père Noël! 5

Chapitre 5

           

-Donc pendant que tu prépareras le boulet sur ce bâtiment tout en étant la seule à être dans son champ de vision, j’attendrai le moment propice pour… je peux savoir à quoi tu rêves ?

            Son interpellation sonna comme un réveil à 7h. J’étais en train de flotter dans le vide où les doigts brumeux du brouillard venaient envelopper mon cerveau lorsque Rafael me fit revenir à la réalité. J’étais de nouveau assise sur ce banc au bois rêche, sous ce lampadaire à l’éclairage vacillant, dans ce parc où le silence donnait l’impression d’être isolé du monde extérieur, et devant la silhouette de Rafael, pour une fois correctement couvert pour se protéger de ce temps gelé, avec un lourd manteau, une épaisse écharpe noire et un bonnet d’où s’échappaient quelques-unes de ses mèches sombres. Il m’avait appelée pour me donner rendez-vous afin de m’expliquer en détail le plan, le soir de ma rupture avec ma meilleure amie. Il y avait une semaine.

            -Ben rien pourquoi ?

            -Et c’est quoi ces yeux morts que tu me fais ?

            -Rien…j’imaginais juste comment ça sera quand tout sera en place.

            -C’est ça, et moi j’ai jamais rencontré pire menteuse que toi. Je comprends pourquoi ton frère ne s’est pas laissé avoir par ton excuse. Si tu penses encore à ton ex-amie, tu perds ton temps : c’est du passé maintenant, tu dois avancer dans la vie sans elle.

            -Tiens donc, Sam avait oublié de me dire que t’avais fait des études en psy.

            -Je te contredis en t’apprenant que j’en ai rien à faire de tes histoires.

            Je me levai, excédée.

            -Bon, maintenant que je sais ce que je vais devoir faire, j’ai plus aucune raison de passer plus de temps avec toi ce soir, si ce n’est t’entendre me rabâcher mes erreurs.

            Il se redressa à son tour, plantant son regard dans le mien…avant de le détourner et passa une main dans sa nuque.

            -Désolé, j’ai dû te paraitre brutal. Après tout, ce qui t’arrive ben c’est nul.

            -Je peux pas te blâmer, moi non plus je suis pas à l’aise avec les mots.

            J’arrivai à faire un faible sourire, mon premier depuis longtemps, même si cela me fit plus l’effet d’une grimace.

            – Je ne peux que te conseiller d’essayer de tourner la page, ça te fera moins souffrir.

            -Ça me semble tout à fait impossible. Je la connais depuis que je suis bébé, on a toujours été ensemble, on a traversé des obstacles en nous soutenant mutuellement,  on a ri, pleuré ensemble, elle fait partie de ma famille ! Je ne peux pas, je ne veux pas faire une croix sur elle facilement, l’oublier, c’est renier une partie de moi.

            -Mais elle ne semble pas être du même avis que toi.

            En effet, Marylin ne m’avait plus adressé la parole. Mais je remarquais qu’elle restait tout de même à proximité de moi au lycée avec ses amies, à la cantine par exemple, pour que les autres pensent que je n’étais légèrement à l’écart qu’à cause des autres filles qui trainaient avec elle. Pour que personne ne se doute que j’étais seule.

            Je hochai tristement la tête.

            -Rien de ce que je dirai ne lui fera changer d’avis, dis-je.

            -Et ça à cause du Vieux.

            Je grinçai des dents. C’était vrai, s’il n’avait pas été là, rien ne serait arrivé. Mais c’était aussi à cause de mon indélicatesse.

            Une étincelle passa furtivement dans les yeux de Rafael.

            -Tu m’as dit que les mots, c’était pas ton truc, hein ?

            -Eh oh, je te rappelle que toi non plus !

            -Calme-toi, je ne vais pas me moquer. Mais souviens-toi, tu t’apprêtes à arrêter l’homme qui souhaite piéger tous ceux qui oseront lui demander quelque chose. Et parmi eux, il y aura ton amie. Si elle apprend que tu lui as évité qu’un malheur s’abatte sur elle, il faudrait qu’elle soit vraiment cruelle pour ne pas te pardonner. Et par la même occasion, bah tu sauves le monde.

            L’univers me parut s’illuminer de mille feux, le vide que je ressentais en moi commença à se combler par des fragments d’espoir qui réanima mon esprit.

            -Oui…mais oui Rafael ! Je suis plus que remontée, pour la première fois j’ai hâte d’être Noël ! Merci, merci, en fait t’es un chic type !

            -Te fais pas de fausses idées, j’ai juste pas envie que tu me ralentisses dans ma mission et que j’échoue seulement à cause de tes problèmes d’ado en détresse.

***

            Les deux semaines se déroulèrent dans une effervescence palpable. Les rues étaient entièrement couvertes de la face ridicule du Père Noël et étaient décorées de petites lumières rouges, bleues, vertes, jaunes suspendues à des guirlandes électriques. Les enfants manifestaient une impatience inégalable, notamment dans les centres commerciaux. Les adultes se bousculaient, cherchaient avec ardeur les cadeaux, une liste remplie à la main. L’approche de l’hiver rendait le temps encore plus glaçant, sans que la neige ne tombe pour autant.

            Autour de moi, les journées poursuivaient leur rythme, les cours ne changeaient pas, les contrôles se firent plus fréquents, mais étaient plus supportables par la venue des vacances. Cette vie à laquelle j’appartenais me parut toutefois bien différente.  Un autre point de vue se superposa à celui que j’avais déjà.  Et plus le temps passait, plus ma décision d’arrêter le Vieux se renforçait. Je sentais une fureur imprégnée d’ivresse bouillir en moi, qui prenait de l’ampleur à mesure que le jour J approchait. Mon corps tremblait d’excitation, je me surpris à sourire pour rien.

            Avec ma famille, nous ne fêtions jamais le réveillon ensemble. Le 24, nous pouvions aller chez des amis et revenir le 25 à la maison pour passer la journée en famille, bien tranquillement. Aussi il ne fut pas difficile pour fournir une excuse afin de m’absenter et aider Rafael. Je ne vis pas ce dernier jusqu’au 24, et ne lui avait pas parlé.

            Le jour tant attendu arriva enfin, et je retrouvai mon compagnon dans le parc où il m’avait annoncé le plan. J’avais mis dans mon sac ce qui me parut nécessaire : un sandwich au pain de mie au poulet sauce bolognaise, une bouteille d’eau et des papillotes (ben quoi, j’avais quand même le droit d’en profiter).  Au point de rendez-vous, je trouvai un bâton, assez solide pour assommer quelqu’un. Je voulus le prendre mais Rafael m’en dissuada :

            -Ça ne te servira à rien.

            -Ben si, au cas où je serai en danger.

            -Tu n’as pas confiance en moi ?

            -Si, mais…

            -Alors jette-le.

            La maison de Rafael avait été désordonnée par tout le matériel du plan. Le sol était jonché de longs fils métalliques, des papiers couverts de dessins ratés, de ratures. Un grand drap gris poussière reposait sur le salon. Un boulet noir de la taille de la télévision trônait dans un coin de la pièce. Mais ce qui attira le plus mon regard, c’était les poignards posés sur le plan de travail, où les lames reflétaient la lumière jaune de l’ampoule, jetant des éclats funestes et irrégulières sur le mur. Ce spectacle me fit frémir de l’intérieur. Ils semblaient si acérés, si tranchants… Jusque-là, je n’avais jamais songé à devoir vraiment tuer. Je jetai un coup d’œil à Rafael. Il gardait un air impassible. Haha, évidemment que non, nous n’allions pas devoir accomplir une chose aussi barbare ! Nous devions juste dissuader le Vieux à mettre son désir à exécution ! Alors pourquoi mon intuition me criait-il le contraire ? Non, c’était impossible…

            -Euh, dis-moi, on n’est juste censé arrêter le Père Noël, hein ? On va pas aller plus loin…

            -Où veux-tu en venir ? Voulut-il savoir sans me jeter un regard.

- Ben, les couteaux, c’est pas un peu trop ? Je veux dire que ça peut gravement le blesser, ou pire.

Il marqua un silence qui sembla durer une éternité avant de répondre :

-T’inquiète pas, fais-moi confiance.

***

            Nous étions arrivés au champ de bataille… bon j’exagérais un peu mais j’avais toujours rêvé d’utiliser cette expression alors pas de commentaire !

            Grâce aux informations qu’avait récoltées minutieusement Rafael durant l’année, nous savions que le Père Noël passerait par ici avant la tournée des cadeaux. Chaque année, ce dernier choisissait un point de départ différent (la dernière fois avait été en Afrique). Et cette nuit-là, il avait décidé de passer dans cette ville si proche de la mienne. C’était pour cela que Rafael avait choisi lui-aussi d’emménager ici le temps d’accomplir sa mission.

            L’endroit en question était constitué de plusieurs bâtiments défectueux, serrés comme des dominos dans un quartier abandonné, où les uniques habitants étaient des rongeurs omnivores. Qui sait, peut-être que le Père Noël allait passer par là pour saluer un de ses amis rat.

            Nous empruntâmes deux bâtiments, constitués chacun d’antennes de réception sur le toit. Rafael me laissa tous les préparatifs. Il me dit qu’il devait me laisser un moment, mais qu’il reviendrait avant le Vieux.

            -Tu vas où ?

            -Ça ne te regarde pas, occupes-toi de ce que tu as à faire.

            -Au contraire, je pense que j’ai le droit de savoir, monsieur je-m-en-fous-de-laisser-une-jeune-fille-seule-pendant-la-nuit-dans-un-endroit-lugubre-avec-pour-seule-compagnie-des-rongeurs, répliquai-je en croisant les bras.

            -Je vais chercher un truc important, soupira-il, exaspéré. Tu sais comment faire je suppose.

            -J’ai tout en tête, allez va-t’en !

            Il s’apprêta à descendre du toit mais se retint durant un instant pour me lancer :

            -Merci.

            Je ne m’y attendais tellement pas que je le pris comme une décharge électrique.

            -Attends que l’on réussisse et ensuite tu pourras te prosterner.

            -Prends pas la grosse tête, rappela-il et je devinai dans sa voix un sourire amusé.

            Quand il fut parti, je sentis un vide autour de moi, un lourd silence qui pesait sur le paysage. Seuls les hululements fantomatiques du vent me tenaient compagnie dans cette solitude accablante. Bon, ce n’était pas tout, mais j’avais du boulot ! Il était environ 21h45 et les préparatifs demandaient un peu de temps.

            Tout d’abord, j’attachai l’extrémité de deux fils métalliques très résistants à une branche de l’antenne, sans trop forcer l’étreinte. La boule que Rafael avait portée sans difficulté était près de moi, où une grande partie était très claire par la réflexion de la pleine lune qui luisait majestueusement dans cette obscurité hivernale. J’accrochai les fils métalliques à l’objet en les passant dans un petit interstice dont était dotée la boule.  Je tirai dessus et fus satisfaite de constater que le matériel de Rafael était d’excellente qualité. Ils supportaient sans mal le poids lourd qui pendait à plusieurs centimètres du sol. Je trouvai un fil long de plus de 10 mètres, l’enfilai autour de l’antenne et passai au bâtiment d’à côté grâce à une échelle que Rafael m’avait donnée. J’attachai l’autre extrémité du même fil à l’antenne et il était encore assez grand pour maintenir des objets. Je sortis les poignards du sac, avec un frisson qui me parcourut la colonne vertébrale. J’assemblai le morceau de fil restant autour des manches des couteaux et fis un nœud pour les maintenir ensemble. Je les posai à terre et sortis le grand drap de la couleur poussière. Je constatai qu’elle avait exactement la même apparence que le sol du toit. Tout en félicitant à haute voix mon compagnon, je recouvris les poignards en étalant le tissu, faisant disparaitre le moindre pli. Pour être honnête, je n’étais pas convaincu par cette partie du plan. La moindre erreur de calcul pouvait tout faire échouer. Mais apparemment, Rafael avait préparé un autre atout pour lequel je n’étais pas mise au courant.

            Je retournai sur le premier bâtiment, à la fois pensive et surexcitée, rangeai l’échelle et m’affaissai, mon regard embrassant la toile noire de la nuit percée d’étoiles. Maintenant que tout était en place, je pouvais laisser mon esprit vagabonder jusqu’au retour de mon allié. Je pensai aux bons moments passés avec Marylin dans les fast-foods, où l’on se défiait pour celle qui mangerait la plus grande part de frites. Ces bons moments où elle me trouvait pourtant passive. Son amitié m’était comme un trésor, mais elle l’ignorait et croyait le contraire. Cette nuit, j’allais prouver que je tenais à elle, qu’elle était l’amie dont il m’était impossible de me passer.

            Un mouvement au loin, devant moi, attira mon regard. Rafael n’avait pas tardé tant que ça finalement. Je m’apprêtais à vanter mes capacités manuelles quand un détail me stoppa dans mon projet. C’était bien trop gros pour être Rafael. Je plissai des yeux pour mieux voir. Il ne m’apparut au début qu’une tâche noire difforme bougeant de haut en bas, comme un ballon de basket qui rebondit. Puis deux autres points, plus petites, se détachèrent de la tâche. Non…mon cœur battit à tout rompre dans mes côtes, mes mains et mes pieds devinrent moites, mon cerveau bouilla et diffusa la brûlure dans mes entrailles lorsque je vis une pointe rouge qui surplomba de plus en plus mon champ de vision, tel mon sang qui grinçait dans mes tempes.

            Il approchait dangereusement, trop vite. Mon corps se rappela du plan et se mit en marche automatiquement. Mes jambes coururent vers l’antenne, mes mains détachèrent les fils, mais mon cerveau me criait que cela ne servait à rien. Le Vieux n’était pas passé par là où Rafael avait dit, c’est-à-dire par l’espace entre les bâtiments. Au moment où j’aurais aperçu son bonnet rouge, j’aurais lâché la boule et, selon Rafael, le Père Noël l’aurait surement évité en sautant (il paraitrait qu’il soit très rapide malgré son poids), touchant ainsi le fil de 10 mètres. Ce contact aurait suffi à détacher les poignards qui auraient plongé sur notre proie et là, si ça ne réussissait pas, Rafael l’aurait pris de surprise par-derrière…

            La boule ne fit que rouler et chuter ridiculement du bâtiment. Non, non… à présent je pouvais distinctement percevoir les contours de son ventre dodu sous son déguisement sorti droit de mes pires cauchemars, ce visage illuminé d’un sourire triomphant. Ainsi, il se doutait de notre piège… Ses yeux qui brillaient d’une lueur machiavélique incrustés derrière ses lunettes qui… ma main me frappa à la joue, laissant une trace douloureuse marquant son passage. Je me réveillai brutalement de ma torpeur. Reprends-toi, reprends-toi, REPRENDS-TOI ! Je n’avais aucune raison de me laisser si facilement abattre, je n’en avais pas le droit ! Si je pouvais prendre un poignard… Je pris de l’élan, m’élançai et à quelques micromètres du vide, bondit dans les airs, les jambes écartées, le plus loin possible. A ce moment, tout semblait se passer au ralenti. Je parvins à m’accrocher à la bordure de l’autre bâtiment de justesse. Mon corps était suspendue dans le vide, à plusieurs mètres du sol, et j’avais l’impression d’être au-dessus d’un gouffre sans fond. Ce genre d’acrobaties, cette sensation de liberté, de frénésie qui faisait exploser toute conscience en moi, j’avais l’habitude. Je voulus me hisser de la pointe de mes doigts, mais une pression sur ces derniers accompagnée d’une douleur qui s’intensifia en même temps que cette pression m’en empêcha. La semelle écaillée du Père Noël m’arracha un gémissement. Je levai la tête pour voir sa silhouette me dominer fièrement de toute sa (petite) hauteur.

            Il fut parti d’un rire tonitruant, qui montra sa véritable apparence, celle d’un homme égoïste, avide de pouvoir, dans toute sa splendeur.

            -Tiens, tiens, c’est pas le gamin des années précédentes ? Décidément, je peux voir à quel point tout le monde m’aime, au point de m’organiser une fête de bienvenue !

            Il se baissa, m’attrapa par les cheveux et m’éleva à sa hauteur. Son visage vu de près me parut plus horrible que n’importe quelle créature des enfers. Son odeur douceâtre et pourrie infecta mes narines et la tête me tourna.

            -Je peux très bien te laisser tomber ainsi, mais ce ne serait pas drôle.

            Il me balança violemment sur le toit et j’atterris sur le dos où je ressentis un déchirement qui remonta jusqu’à ma nuque. Une douleur sourde paralysait mon pied gauche. Je me l’étais tordue. Me relever aurait été un vrai calvaire mais je n’eus pas à éprouver une telle épreuve, puisque le Vieux vint vers moi, et m’écrasa de tout son poids. Mon estomac se contracta et j’inspirai à grandes bouffées d’air. Je tentai un coup de poing mais il l’évita en attrapant mon poignet et la broyai en plantant ses ongles dans ma chair, sans ménagement.

            -HAHA, t’as vraiment cru qu’un tel piège allait marcher ? Personne, non, personne ne m’arrêtera cette nuit !

            La suite de son discours se dissout lentement tellement mes pensées s’enchevêtraient incompréhensiblement, prisonnières de la souffrance. Que pouvais-je faire ? Rien ? Où était Rafael ? Il en mettait du temps ! Non, c’était le Père Noël qui était arrivé trop tôt !

            Je ne perçus que quelques fragments de ses paroles, comme il était question de personnes non Récompensés idiotes, ce qui provoqua une colère grandissante en moi. Je me débattis de plus belle, mais c’était tout sauf facile si votre ennemi était un gros lard qui avait l’air de savoir s’y prendre. Je ne pouvais tout de même pas rester là, sans rien tenter, à attendre que l’autre arrive pour me sauver ! (Rien que l’idée me dégoûtait).

            -Z’êtes un lâche, z’avez aucune fierté…crachai-je.

            -BWAHAHA, c’est bien la première fois qu’on me fait ce genre de compliments ! Merci gamine, ça me va droit au cœur, t’es pas si mal ! Même si tu vaux pas le gamin de d’habitude ! Pour m’amuser, j’aurais aimé me confronter à lui. Faut dire que vu la haine que je lui inspire…et il a toutes les raisons pour m’en vouloir le pauvre BWAHAHAHAHA !

            Mon cerveau s’arrêta sur ses paroles, et les retourna en boucle.

            -Que voulez-vous dire ?

            -T’es bien curieuse, gamine ! Ta grand-mère t’a jamais dit qu’il fallait jamais se mêler des affaires des autres ?

            -Malheureusement, elle est morte bien avant ma naissance, hurlai-je en relevant mon pied droit pour donner un coup sur sa tête.

            J’exultai en le voyant s’exclamer dans un cri de douleur et son air victorieux disparaitre sous une grimace grotesque. Il relâcha la pression sur ma poignée alors j’en profitai pour la libérer et lui assénai un coup dans son nez en un éclair. Je rétractai mes abdos, inspirai et me redressai de toutes mes forces, donnant un coup de boule dans l’estomac. Un rictus crispa mes lèvres quand je sentis mon crâne entrer dans son ventre, dans toute sa graisse répulsive, pire que de la gélatine. Mon attaque avait dû faire son effet car il se plia en deux dans un braillement sauvage. Je me rendis compte que mon objectif n’était pas de pouvoir m’enfuir, mais de le blesser, le faire mal, le faire payer pour son hypocrisie qui pourrait aboutir à une horrible tyrannie. Je n’avais pas besoin de lui dire ce que j’avais sur le cœur, mes coups parlaient d’eux-mêmes. Je vis dans ses yeux étinceler d’une lueur fourbe sans pareille, tel un vrai démon. Soudain, il laissa échapper un rire, bref mais assez sinistre.

            -Finalement, j’aurai peut-être pas besoin du gamin pour me divertir. Tu m’as l’air aussi farouche que lui !

Il se redressa et me laissa me relever. Respirer librement me parut comme un plaisir que j’avais abandonné depuis longtemps. Je me hissai à l’aide de mes paumes, mais mon dos cassé et mon pied tordu furent des fardeaux dont je m’en serais volontiers bien passée. J’appuyai tout mon poids sur mon pied droit, le dos légèrement courbé. Ignorant le regard sarcastique de mon ennemi, je me dirigeai vers le drap, la soulevai, et pris un poignard.

-Quoi ?

Visiblement, il n’avait pas remarqué ce piège-là. En réalité, j’ignorais quoi faire avec cette arme. Je me savais incapable de planter cette lame à la blancheur froide dans la chair d’un être vivant. J’avais beau accompli plusieurs choses qu’une personne normale aurait évitées de faire, je n’en restais pas moins une fille qui refusait de blesser mortellement quelqu’un. Il avait dû remarquer mon incertitude, vu son rictus narquois.

-Si t’es si faible, ça te servira à rien, pauvre gamine !

-Pourquoi vous voulez contrôler le monde ? Ça ne rendra que les populations malheureuses !

-Et alors, qu’est-ce que j’en ai à faire, de leurs états d’âmes ? Tu penses que je me sens pas mal ? Pour moi, ce ne sont tous que des chiens qui rampent par terre, qui remuent la queue juste pour avoir quelques pauvres cadeaux ! S’ils me vénèrent tous ainsi, c’est dans le seul but d’être Récompensés ! Tu crois pas qu’ils sont tous aussi hypocrites que moi ?

Je repensai à Marylin, aux autres enfants, leurs éloges sur la bonté du Père Noël, les étoiles qui scintillaient dans leurs yeux quand ils parlaient de lui.

-Vous vous trompez ! Ils croient vraiment en votre générosité, ils vous aiment et ça va bien au-delà du simple fait d’être Récompensé ! Certains vous considèrent même comme un membre de leur famille, un grand-père qui veille sur eux de son œil bienveillant. Pensez aux conséquences qu’engendrait votre acte égoïste ! Leurs désillusions briseraient leurs rêves à jamais, et ils ne seront peut-être plus capables de faire confiance à quiconque ! Noël ne sera qu’une fête exécrable connu comme le premier jour de l’enfer ! Vous aurez du pouvoir, certes, mais vous règnerez sur un monde dépourvu d’espoir ! Le seul hypocrite ici, c’est vous, mais vous pouvez changer ça !

Qu’étais-je en train de dire ? D’où venait ce sentiment brûlant qui animait mon cœur ?

-Essaye pas de me berner, sale gamine, ça marchera pas !

-C’est la vérité, vous vous sentirez puissant, mais en réalité, vous serez seul ! Réfléchissez, ne serez-vous pas plus heureux si vous poursuivez votre travail comme depuis cinq ans ? Vous êtes en quelque sorte le…chef du monde, mais un maître que tout le monde admire et non craigne.

Le visage du Père Noël se voila et je ne vis que ses lèvres pincées. Il me sembla qu’elles s’ouvrirent mais je pus en avoir la certitude, car un son creux derrière moi attira mon attention. Je fis volte-face pour découvrir un crochet accroché à la bordure du toit et, en un rien de temps, une ombre apparut à l’autre bout de la corde, accrochée à celle-ci à l’aide d’une ceinture. La silhouette bondit sur le bâtiment sans le moindre essoufflement, un gros sac à la main. En le voyant, le Père Noël lâcha :

-Gamin…                                                                                                            

-Désolé du retard, Aly, s’excusa Rafael.

Je fus étonnée de voir que j’étais plutôt déçue de le voir arriver si vite.

-Je m’en doutais, dit le Père Noël, toutes ces paroles n’étaient que pour gagner du temps en attendant que ce gamin vienne te secourir…

-Euh, non, je…

Mais Rafael m’attrapa par la taille et m’entraina avec lui, en sautant du toit, le tout dans une vitesse surhumaine. Je me retrouvai avec lui en un rien de temps à l’intérieur d’un des bâtiments, dans la pénombre incomplète à cause de la clarté de la lune.

Quand il me reposa, je laissai automatiquement échapper un petit cri, ma rappelant de ma fêlure.

-On dirait qu’il a eu le temps de te blesser. Mais au moins, t’as pu gagner du temps, d’après ce que j’ai entendu dire.

Le plan avait échoué, mais il ne semblait pas si affecté que ça.

-Euh, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On s’est trompés dans…

-Ne t’en fais pas, c’est maintenant que ça commence vraiment.

Je le fixai, les yeux ronds.

-Je m’en doutais fortement que ça n’allait pas marcher. Et puis si c’était le véritable plan, j’aurais pris bien plus de précautions. Ce n’était qu’une grande diversion, mais je n’avais pas prévu qu’il apparaisse si vite. Heureusement, ça n’a pas trop chamboulé ce que je veux faire à présent. Même si j’aurais voulu le prendre par surprise.

A ces mots, il ouvrit son sac et sortit une… épée. Epée ? Cette dernière était dans un fourreau de couleur bleu nuit, une ligne rouge sang qui tournoyait gracieusement le long de l’objet, tel un ruban. La poignée était plus sombre, avec des marques vives blanches, semblables à des griffures.

-Je t’ai laissée pour aller chercher cette arme, et c’est avec elle que je vais achever le Vieux.

-Tu vas…le…tuer ?

-Tu pensais à quoi d’autre ?

Oui, à quoi pensais-je ? Qu’il le garderait captif dans sa cave jusqu’à la fin des temps ? Je ne savais plus trop. Mais je venais de découvrir la vraie raison du désir de domination de notre ennemi. Il croyait que tout le monde ne l’appréciait pas à sa juste valeur. Il se sentait mal-aimé, il se sentait victime d’hypocrisie. C’était pour cela qu’il me semblait si ‘’faux’’ : il ne prenait aucun plaisir à offrir des cadeaux à ceux qu’ils considéraient comme les responsables de ce sentiment si affreux ! Et à présent, il voulait montrer à tous ces gens l’étendue de son importance et se sentir accepter pour lui-même. Quel imbécile…

Ha…haha….si l’on m’avait dit qu’un jour, je ressentirais de la compassion pour mon ennemi de toujours… Et dire que j’aurais pu le convaincre de s’arrêter (enfin peut-être),  si mon compagnon ne s’était pas manifesté ! Question crédibilité, on avait pu voir mieux.

-Bon, c’est à moi de jouer maintenant.

J’attrapai Rafael par la manche, l’incitant à rester assis.

-Qu’est-ce que tu fais ?

-Ne le tue pas.

-Hein ?

-On doit l’aider !

Il me regarda comme si j’étais une extraterrestre venue l’épouser.

-J’ai pas le temps de blaguer, le temps presse.

-Non, écoute moi, dis-je en raffermant ma prise. Il se sent seul, c’est à cause de la solitude, du manque d’affection qu’il éprouve, c’est pas sa faute, alors il faut juste le stopper, l’empêcher de commettre une folie et le raisonner, lui…

-Tu perds la boule, c’est tout ! Tu ne te souviens pas de son but ? C’est qu’un pauvre égocentrique !

-C’est parce qu…

-Si tu savais ce qu’il a fait, tu ne t’apitoieras pas ainsi sur son sort ! S’emporta-il.

Ses mots éveillèrent un déclic en moi.

-Il t’a fait quelque chose de spécial ?

Rafael baissa les yeux.

-Qu’est-ce qui s’est passé ?

-C’est pas le moment…

-Tu me le dis maintenant ou je t’enfonce les poignards un à un là où ça fera le plus mal !

-T’es dingue, tu sais. Je te promets de tout te raconter, mais après avoir rempli la mission.

-Et tu vas mollo avec ton épée, bien qu’elle soit ultra classe, elle fout la trouille.

-Ouais. 

Il sortit du bâtiment et malgré mes blessures, je décidai de le suivre. Une baston avec une épée contre le Père Noël, c’était un spectacle assez rare quand même !

Tous contre le Père Noël! 4

Chapitre 4

 

            -Dis-moi, t’as pas froid ?

            Je remettais mes bottes et enfilais ma veste.

            -Tu n’es pas habillée très convenablement pour un temps comme celui-ci. J’ai failli avoir une crise cardiaque en voyant que tu ne portais qu’un simple débardeur.

            Allez savoir pourquoi, je sentis mes joues gonfler, rosir, me brûler. Beurk…

            -J’ai l’habitude. Et je pourrais te retourner la question Mister ‘’je-porte-un-T-Shirt-même-en-dehors-de-ma-maison-chauffage-pour-montrer-mes-biecps-mêmesi-je-crève-de-froid’’.

            Il leva brièvement les yeux au plafond, passa une main dans ses cheveux noirs, les ébouriffant un peu plus, et monta à l’étage supérieure. Je n’eus pas le temps de me demander ce qu’il faisait qu’il redescendit déjà, un manteau aussi gris que ses yeux à la main. Il me le tendit.

            -Même en dehors de la maison, je n’ai jamais froid, finit-il par déclarer. Et ce n’est pas une façon de parler, mon corps est et reste chaud. C’est sûrement de la famille. Le manteau, c’est juste pour ne pas éveiller les soupçons.

            Je contrôlai ma conscience pour ne pas céder à la tentation de toucher son bras pour vérifier ses propos. Je me remémorai son souffle tiède dans ma nuque.

            -Et tes lèvres aussi, c’est héréditaire ?

            -Ouais.

            -Tu viens de quel genre de famille pour avoir des caractéristiques aussi bizarres ?

            -Bon, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Je n’ai pas envie de rester là à te tendre comme un idiot mon manteau, me dit-il.

            Je n’avais pas ignoré le fait qu’il avait contourné délibérément ma question, mais je préférai en rester là, même si ma curiosité était piquée au vif. Après tout, j’avais déjà mon lot de surprise pour le reste du mois à venir. Je pris le manteau et le passa sur ma veste.

            -Merci.

            Une chaleur enivrante s’imprégna sur mes vêtements et traversa le tissu pour chatouiller ma peau. J’eus aussi le sentiment qu’elle glissait à travers mon épiderme pour pénétrer à l’intérieur de mon corps et l’alimenter de sa douce énergie. Une agréable sensation, je ne pouvais le nier. Je voyais clairement la différence entre le fait d’être bien couverte et le fait de n’avoir qu’une seule couche de vêtement sur le dos. Je ne savais pas si c’était uniquement dû à l’effet qu’avait le duvet du manteau sur moi, mais je décidai de m’habiller plus chaudement dès à présent. Alors que je m’apprêtais à prendre congé pour de bon, je me retournai sur le pas de la porte.

            -Un dernier truc qui m’intrigue.

            -Quoi encore ?

            -Qu’est-ce que t’as montré au directeur de l’école d’ingénieur pour qu’il t’accepte ?

            -Rien de spécial. Salut.

            Sur ce, il me referma la porte. Au nez.

***

 

            Deux choix s’offraient à présent à moi. Soit je rentrais directement chez moi pour rassurer mon frère, au cas où s’il aurait perçu le mensonge,  mais il remarquerait que je n’étais pas en cours, soit je retournais au lycée. Je choisis la première option, non pas pour Sam, au contraire, je priais pour qu’il ne soit pas à la maison, mais parce que je n’avais pas les affaires adéquates pour les cours d’aujourd’hui, donc il ne servait à rien que j’y aille. De toute façon, après ce que je venais de traverser, il m’était primordial de me reposer avant de faire toute autre chose, notamment s’il s’agissait de travailler. C’était sûrement le début de la plus longue épreuve qui m’attendait dans la vie, une épreuve invraisemblable, qui m’était tombée dessus sans crier gare, contrairement à toutes les choses dingues que j’avais accomplies antérieurement. Je n’arrivais même pas encore tout à fait à croire ce que je m’apprêtais à faire, et ce avec un garçon que je ne connaissais depuis qu’à peine 24h ! Je savais que c’était une entreprise qui pouvait s’avérer plus dangereuse qu’amusante.  Mais mon intuition me disait, me conseillait, m’ordonnait de foncer, de mettre au diable mes questions. Chaque fois que je repensais à la mission, mon rythme cardiaque s’accélérait et une bouffée de sentiments contradictoires chargeait mon cœur tel un artifice s’apprêtant à exploser. Je n’avais jamais ressenti pareille émotion, je n’avais jamais été aussi impatiente.

            Je levai les yeux vers ce ciel d’un bleu pâle, froid, clair, d’un bleu d’hiver, et remerciai intérieurement Rafael.

***

            Au moment où je pénétrai dans le salon, je ne pus retenir un gémissement ennuyé en voyant Sam sur le canapé.

            -Aly ? Et les cours ?

            Son regard se baissa légèrement et son expression passa de la simple surprise à une intrigue profonde.

            -Mais, ce manteau…

            Je fis tourner à toute vitesse la pauvre machine qu’était mon cerveau, rassemblant le maximum d’arguments susceptibles de constituer une explication potable.

            -Euh, le cours de sport était annulé comme j’avais faim je suis allée m’acheter un Coca là-bas j’ai vu Rafael il m’a vu mal habillée avec une froide veste il m’a prêté sa veste chaude à lui je l’ai remercié j’ai dit au revoir il est parti.

            Nous laissâmes un long silence planer dans la pièce et j’entendis le vent gémir et me plaindre au loin. Finalement, alors que je commençais à succomber sous les coups que je me donnais mentalement, Sam se pinça l’arête du nez et plissa ses yeux, dévoilant quelques rides de chaque côté.

            -Est-ce que je peux savoir pourquoi tu cherches à me mentir ?

            -Euh…

            -Premièrement, tu n’as pas EPS aujourd’hui. Deuxièmement, je ne vois pas pourquoi Rafael serait dehors, il doit être à l’école comme le prof lui a demandé un devoir avancé.

            Je voulus lui apprendre que ce n’était visiblement pas le cas, qu’il arrivait aussi à un intello de sécher, mais me retins de peur de m’enfoncer encore plus que je ne l’étais. Bah quoi, je n’allais tout de même pas lui exposer la vérité, lui dire que son pote avait prétendu qu’il était en danger pour ensuite que j’aille dans sa bagnole, qu’il m’avait donné un tranquillisant pour m’emmener chez lui et m’apprendre qu’il va bousiller le Père Noël et demander mon aide et que j’ai accepté et que sa maison est un chauffage XXL et qu’elle se situe dans un trou tellement paumé qu’il m’avait fallu une bonne demi-heure pour savoir où j’étais ! Si ?

            -Tu as vu Rafael ? Pourquoi ?

            Mon portable sonna et mon cœur rata un battement.

            -Attends, dis-je sans pouvoir masquer mon soulagement.

            J’avais reçu un message du principal intéressé de l’histoire. Nous avions échangé nos numéros pour faciliter la conversation.

            ‘’Si ton frère te demande quoi que ce soit qui nous concerne, dis-lui que tu faisais comme lui, que tu essayais d’être pote avec moi et de m’aider à me socialiser.’’

            Je dus me mordre la lèvre pour éviter de pouffer. Non seulement il tombait à point et pensait à tout, mais en plus il avait vu clair dans le jeu de Sam !

            Je le répondis par un énergique ‘’Msg reçu 5/5’’ et regardai mon frère avec des yeux moins fuyants et un air plus décisif.

            -Bon, d’accord…avant-hier, pendant que tu avais le dos tourné, j’en ai profité pour lui donner rendez-vous aujourd’hui un peu avant le début des cours devant mon lycée, en disant que c’était important.

            Sam croisa ses bras sur sa poitrine et cela fit fondre une partie de ma détermination, aussi efficace que du sel sur de la neige.  Lorsqu’il était aussi sérieux,  il pouvait devenir aussi intimidant que Wilt Chamberlain. Une partie de ma jambe gauche commença à trembler et mes poumons à se comprimer.

            ‘’Respire…aider Rafael…aider Rafael…’’

            -Comme tu voulais aider Rafael, j’ai pensé qu’une aide en plus ne serait pas de trop…donc je voulais l’aider à se socia…liser et par la même occasion sympathiser avec lui. Et tu avais raison, il est cool, j’ai même pas vu le temps passer, donc j’ai été en retard !

            -Et Marylin ?

            -Ah, euh, j’ai dormi chez elle, mais on a pas pu faire grand-chose vu qu’elle était malade et je dois lui rapporter les cours.

            J’entendis des pas résonner sur le gravier dehors, et me concentrai sur la croissance et la décroissance de ce son à mesure qu’ils se rapprochaient et s’éloignaient. Je ne voulais pas fuir le regard lourd et froid de Sam, aussi convergeai-je mon attention sur le vert émeraude de ses iris qui devenait plus profond près de sa pupille noire, où je voyais refléter ma silhouette apeurée.

            -Ah eh ben comme il est sympa, il m’a prêté ce manteau. Voilà.

            Un soupir s’échappa de Sam, si long qu’il semblait remonter du fond de sa gorge, ou plus loin encore.

            -Aly, tu peux me dire de me mêler de mes affaires. Tu es grande, tu as le droit d’avoir une vie privée et ne pas tout me dire. Je ne sais pas ce que tu faisais avec Rafael mais du moment qu’il ne t’arrive rien de grave, ça ne me dérange pas. Ce qui me préoccupe, c’est que tu laisses de côté le lycée.        

            Sa voix était à nouveau calme, apaisante, digne d’un écoulement paisible d’une rivière à l’eau cristalline. Je me maudissais affreusement de devoir le mentir.

            -Tes histoires de cœur ne doivent pas…

            -Il n’y a aucune once de romance. Ecoute Sam…je te promets de ne plus sécher les cours, je sais à quel point c’est essentiel d’y aller-et que c’est très urgent vu mon niveau. Mais cette fois-ci c’était très important, fais-moi confiance.

            Son sourire naissant libéra mon cœur des griffes acérées de l’accablement.

            -Je sais, je crois en toi, p’tite sœur. T’es peut-être pas possible à des moments, mais je sais que tu es une personne de confiance.

            La joie et le soulagement se diffusèrent dans mes jambes qui me portèrent jusqu’à mon frère et mes bras le serrèrent dans une solide étreinte.

            -Bon, je te fais un mot d’excuse pour le retard mais c’est la première ET dernière fois, compris ?

            -Je t’ai déjà dit que je t’adorais à en crever ?

            -Non mais je le sais.

***

            Il fut décidé que j’assisterais aux cours à partir de la première heure de l’après-midi, avec ‘’ de sérieux problèmes de transit’’ comme excuse pour mon absence de ce matin. Mon gamin de frère tenait absolument à livrer ce genre de motif et je ne m’y étais pas opposée.

            Marylin n’était finalement pas revenue et avait une forte fièvre dépassant largement les 40° d’après ce que j’avais entendu. Je décidai de venir chez elle, bien déterminée à ne rien laisser entraver mon chemin vers la réconciliation.

            Mon amie habitait dans une grande demeure accueillante, située dans un quartier à la périphérie de la ville. J’avais tendance à la traiter de bourgeoise, par le nombre épatant de pièces que comptait sa maison, leur propreté irréprochable dissimulée des yeux indiscrets de l’extérieur derrière des rideaux blancs à motifs de la Renaissance. Quand la lumière du soleil inondait une pièce, les rayons scintillaient sur le sol, les murs, le plafond et donnaient naissance à des éclats éblouissants sur les figurines en verre posées sur des commodes antiques et majestueuses.

            Ce fut Mme. Byraux qui m’ouvrit, avec son sourire habituel qui avait le pouvoir de vous mettre à l’aise instantanément.

            -Aly, quelle chance de te voir !

            Visiblement, elle n’était pas au courant de la querelle.

            -Bonjour tatie Anna, je viens apporter les cours pour Marylin, et des clémentines.

            -Oh oui, c’est gentil ! Sa fièvre a bien baissé cette nuit, elle est en bonne voie de guérir !

            La chambre de Marylin était exactement l’opposé de la mienne. Si dans cette dernière on trouvait une rangée de baskets, des maillots de mes joueurs préférés et un panier de basket, mon amie, elle, possédait des figurines d’anges blancs placée soigneusement sur des comptoirs en verre soudées juste au-dessus de son bureau par des minces colonnes transparentes de formes tourbillonnantes. Tandis que j’avais des posters de Kobe Bryant, ses murs étaient cachés sus des cadres de paysages imaginaires, où fées et dryades enchantées lui tenaient compagnie.

            Je jurai juste après avoir ouvert la porte sans frapper. J’avais tellement l’habitude que j’avais entièrement adopté cette attitude familière! Marylin était allongée dans son lit à baldaquin, le visage recouverte de sa couverture rose rembourrée et bien épaisse.

            -Maman, je t’ai dit que je voulais dormir…

            -Tu ne devrais pas recouvrir toute ta tête comme ça, tu vas empirer la fièvre.

            Au son de ma belle voix, elle se redressa dans un sursaut, comme si elle avait entendu une explosion nucléaire. Elle me regarda, ses yeux bleus écarquillés, ses cheveux châtains en bataille autour de son visage pâle. Ses lèvres étaient passées du rose bien garni à une couleur beige jaunâtre.

            -Quoi, j’suis pas un fantôme, dis-je.

            -Qu’est-ce que tu fais là ?

            -Quelle question, je viens t’apporter le boulot et quelques clémentines pour te redonner la pêche, répondis-je en sortant le tout sur son bureau. Mais t’occupes pas de ça et contente toi de te reposer. Je me proposerais bien pour faire le travail à ta place, mais tu connais mes capacités de physicienne et linguistiques.

            La petite flamme qui brillait dans ses pupilles devint moins dynamique et son regard plus fatigué.

            -Ok, lâcha-elle.

            -Et aussi…

            Bon, je l’avoue, les excuses, ce n’était pas mon fort.

            -Je me suis emportée l’autre jour au téléphone. Haha, mais tu me connais, je me contrôle pas très souvent, on dirait que je suis hantée par un esprit torturé, tu connaitrais pas un exorciste ?

            Une mouche s’écrasa contre la vitre, comme moi qui me confrontait actuellement à une impasse quasi infranchissable. Okay, un tonnerre d’applaudissement pour la fille la plus pas crédible du monde !

            -C’est pas drôle, Aly.

            D’accord, si mon amie devenait si honnête, cela signifiait que la situation l’avait plus touchée que je ne le pensais. Au diable ma maladresse, je devais plus que tout rattraper le coup. Alors que je voulus demander pardon, ma gorge se bloqua et d’autres mots en profitèrent pour sortir.

            -T’as pas l’air d’avoir une fièvre de cheval, donc pas besoin d’en faire tout un foin !

            Je me mordis furieusement la langue. S’il existait un moyen pour entrainer une personne sous terre jusqu’au moindre cheveu, j’étais partante. Je n’arrivais pas à prendre conscience du niveau d’intensité de ma stupidité phénoménale ! Le regard vide fixé sur le plancher, Marylin affichait un air inexpressif mais pas si indéchiffrable que ça. Je voyais bien à l’intérieur de ses pupilles le brouillard de lassitude qui masquait habilement l’étincelle de joie perpétuelle. La lassitude de devoir supporter mon caractère complexe, mon égoïsme, mon existence. Ses lèvres s’entrouvrirent de quelques millimètres et elle murmura si doucement que je dus faire un effort pour comprendre.

            -C’est bon, tu n’as pas besoin d’ajouter quoi que ce soit.

            -Euh, quoi ?

            Elle fut prise d’une nouvelle quinte de toux qui secoua ses épaules et je voulus m’approcher pour l’aider mais elle refusa d’un geste vague de la main.

            -Tu es gentille, poursuivit-elle toujours aussi calmement, mais tu es aussi difficile à comprendre. On dirait que rien n’a d’importance à tes yeux, hormis tes basketteurs. Je m’amuse beaucoup avec toi, mais j’ai l’impression que ce sont juste des moments ennuyeux pour toi, que tu peux tourner la page facilement et abandonner mon amitié en un claquement de doigts.

            -Mais…je vois pas où tu veux en venir, c’est faux, je…

            -J’en ai eu la certitude au téléphone avant-hier. En parlant du Père Noël, j’ai pris conscience que notre amitié ne tenait qu’à quelques fils, qu’une futilité pouvait la faire voler en éclats.

            -Euh, Mary, la fièvre t’embrume l’esprit, tu devrais dormir.

            -Je suis bel et bien consciente de ce que je dis. Grâce au Père Noël, j’ai découvert que notre amitié est éphémère. Je ne pense pas pouvoir supporter constamment tes excès de colère en décembre. Grâce au Père Noël, j’ai compris qu’il valait mieux limiter les dégâts maintenant.

            Ses paroles me firent l’effet d’un coup dans l’estomac qui me fit suffoquer. La couleur bleutée de la nuit tombante dehors me parut être un mirage. L’espace temporel semblait se déformer sous mes pieds, la chambre semblait s’agrandir, rétrécir, ou tournoyer autour de moi. Je fixais mon amie sans vraiment la voir.

            -J’arrive pas à saisir ce que tu veux dire ! Je vois pas pourquoi tu dois être reconnaissante envers le Père Noël !

            Si, j’avais compris. La dispute était la goutte qui avait fait déborder la piscine. Le sujet du Père Noël lui avait permis de réfléchir sur notre incompatibilité en matière de l’amitié et elle avait fait le choix de s’éloigner de moi, avant que quelque chose de plus grave ne se produise et nous détruise entièrement. Elle m’avait tendu la main, je l’avais rejetée. Ma froideur l’avait dirigée vers une décision impensable jusqu’à ce moment.

            Elle ne cilla pas devant ma fureur. Mon cœur s’allégea petit à petit avant d’être prise aussitôt par une douleur lancinante. Je lâchai entre mes dents :

            -Ouais. T’as raison. Je peux pas être ton amie. Je te ferai que souffrir. Pardon.

            Je ne savais plus quoi ajouter. Je souhaitais juste que ce mot soit le dernier que j’échangerais avec elle, si l’on devait réellement couper les ponts. Un mot chargé de tous mes remords.

            Marylin ne me regarda toujours pas, ses yeux bleus océan rivés sur le sol. Je tournai les talons dans ce silence assourdissant. Je respirais lourdement, difficilement. Je me mordis l’intérieur des lèvres jusqu’au sang, pour éviter tout éclat en sanglot.

Tous contre le Père Noël! 3

Chapitre 3

 

  Lentement, j’entendis des sortes de cliquetis qui se firent plus claires. De l’eau ? Le bruit s’arrêta et je clignai des paupières avant de les ouvrir. Pour x raison, je m’attendais à les trouver lourdes mais il n’en était rien. Toutefois, j’avais l’impression d’avoir flotté pendant une décennie dans l’espace, au milieu du vide.

            Mes yeux s’ouvrirent sur un plafond couleur ébène. Une lumière éclatante envahissait l’endroit où je me trouvais. Je baissai le regard pour voir que c’était les rayons de soleil qui en étaient à l’œuvre. Ils coulaient à flots malgré les rideaux bleus ciel qui décoraient les fenêtres.

            Je remarquai que j’étais dans une position allongée, sur un matelas moelleux. Je tentai de me redresser, ce qui provoqua une douleur fulgurante à la nuque et le long de la colonne vertébrale. Je n’abandonnai néanmoins pas et, avec un grincement de dents digne d’un animal sauvage, je parvins à me relever entièrement. I Win !!

            J’étirai mes bras et mes jambes pour éliminer la sensation d’engourdissement, fit craquer mon dos pour faire disparaître les courbatures. Me sentant beaucoup mieux, j’explorai d’un regard l’ensemble de la pièce. Devant moi se tenait une modeste cuisine avec le strict nécessaire : frigo, robinet, micro-ondes, petit plan de travail turquoise. A ma droite, il y’ avait un escalier en marbre qui menait à l’étage supérieur. De l’autre côté, une table basse placée sur un tapis en peau de guépard avec une télé Philips format plasma en face. Je vis dans l’écran une jeune fille en débardeur orange et jean, ses chaussettes blanches à découvert, assise sur un salon en cuir noir à deux places. De là, je pouvais voir clairement ma mine épouvantable au réveil, avec les cheveux blonds emmêlés, digne d’un vrai épouvantail.

            Pendant que je lissais convenablement mes mèches rebelles, je cherchais dans mes souvenirs une ressemblance à l’endroit où je me situais, en vain. J’étais donc dans un lieu inconnu, alors que j’étais avec Rafael… Rafael ? Je me levai précipitamment.

            -T’es sûr que ça va aller ?

Je me retournai vivement et découvris l’intéressé au seuil de l’escalier, pieds nus, en T-Shirt, l’air parfaitement décontracté.

            -Apparemment, ça va pas trop mal,  déduisit-il en s’approchant. Bienvenue dans mon humble demeure.

            -Ta maison ? C’est chez toi ?

            -Je suis fasciné par ton sens de jugeote remarquable.

            Je ne pris pas la peine de riposter, trop occupée par une seule pensée qui m’était venue quand j’avais vu Rafael.

            -Et Sam ? Où est-il, que s’est-il passé, pourquoi on est là, qu’est-ce…

            -J’ai menti. 

            -…que ça signifie, qu’est-ce qu’on…quoi ?

            -Ouvre un peu tes oreilles, ça t’aidera mieux. J’ai menti.

            Mon esprit se bloqua un court instant puis repassa ses paroles comme une roue.

            -Alors…c’est du…flan.

            -Une fois de plus, bravo pour ton sens de jugeote, répéta-il.

            Je ne savais plus ce que je ressentais vraiment à ce moment-là, toutes mes émotions se mélangeaient dans un tourbillon indéchiffrable. J’étais surtout partagée entre un sentiment d’immense soulagement et une rage si lancinante qu’elle m’obscurcit la vue.

            -Alors…tu m’as kidnappée !

            -Faire preuve de jugeote ne signifie pas interpréter les choses si foncièrement.

            -Tu peux la mettre où je le pense, ta jugeote !

            ‘’C’est un fou, je m’en doutais, c’est un fou’’. Je me fis violence pour garder mon sang froid le mieux possible et tournai sur moi-même, à la recherche de la porte d’entrée. J’entendis un rire à peine perceptible, avec une pointe de moquerie.

            -Tu fais peine à voir, attends que je t’explique.

            Rafael arborait un mince sourire amusé qui ne réussit qu’à me faire paniquer. Du moins intérieurement, car je refusais totalement de le laisser me voir stresser sous son toit. Je jetai un nouveau coup d’œil à la porte. Il y avait 85% de possibilité qu’elle soit fermée à clé. 15%, non soyons positifs, 25%, pour que Rafael soit un garçon qui ait la flemme de prendre cette peine. Autant tenter le tout pour le tout et si j’échouais, je pouvais encore tenter de l’assommer. Je ne fis pas attention à ses biceps qui auraient surement le pouvoir de transformer ma témérité en compote de froussarde.

            Alors que je m’appuyais sur ma jambe gauche pour piquer un sprint, je sentis une pression sur mon ventre, puis contre mon dos. La main de mon ravisseur me retenait contre lui et son souffle tiède contre mon cou me glaça.

            -Calme-toi, je t’ai dit, attends que je t’ex…

            Je paniquai. Je pris mon bras enlaçant ma taille, tournai pour lui faire face, posa ma main sur son cou, mit ma jambe gauche derrière sa jambe droite, et projetai de lui faire basculer en arrière avec un coup de pied arrière. Mais la rapidité de ses gestes me prit au dépourvu, si bien que je ne compris pas ce qui m’arrivait.

            La seconde suivant ma tentative de Jackie Chan, je me retrouvai affalée sur le canapé, avec les yeux gris de Rafael recouvrant tout mon champ de vision, ses mains me maintenant les poignets avec une force non contrôlée.

            -Bon, tu te calmes ou je serai obligé de t’attacher, me menaça-il sans perdre la moindre portion de sa placidité, ce qui était plus effrayant que s’il s’était énervé.

            Je commençai à crier.

            -Il n’y a personne dans le coin, tu ne réussiras qu’à te brûler la gorge.

            J’aurais pu ignorer sa remarque mais, allez savoir pourquoi, je savais qu’il disait la vérité. Je me tus donc et me débattis, du moins essayai car j’avais seulement l’air d’une souris en proie à un ours.

            -Laisse-moi tout t’expliquer, et tu comprendras que tu n’es pas en danger. J’accepte de te lâcher si tu me promets de rester tranquille.

            Une multitude de répliques me traversa.

            -Promis.

            J’étais à court d’idée pour tromper sa vigilance, et j’avais besoin de temps pour réfléchir. Déjà que c’était bien la première fois que je méditais tant en si peu de temps ! Et puis ma curiosité était piquée au vif à l’idée de découvrir quelle excuse il allait me servir pour m’avoir surement droguée afin de m’enlever et de m’emmener chez lui, dans un trou paumé.

            Il me relâcha avec un soupir où je lus du soulagement et de l’épuisement. Je vais paraître un peu vache, mais j’étais fière d’avoir pu susciter en lui un tel sentiment. Ce n’était pas un garçon infaillible en tout point, après tout !

            Je me relevai en position assise tout en malaxant mes poignets. Ils étaient légèrement rougies et on aurait pu mettre cela sur le compte du froid. Tiens, d’ailleurs… Il devrait faire moins de 3 degrés, même avec du chauffage, et j’étais en débardeur. Pourtant, même si j’avais l’habitude d’être peu couverte (n’allez pas vous imaginer des choses, je ne suis pas exhibitionniste), je ne ressentais pas ne serait-ce qu’un peu de frisson. Au contraire, je me sentais réchauffée, comme dans ces moments où l’on est près d’une cheminée en plein hiver, avec un gros bol de chocolat chaud entre nos mains.

            Rafael avait dû lire dans mes pensées, car il m’expliqua :

            -Ma maison est un peu spéciale. Elle s’adapte elle-même à la météo. En été, elle nous offre un peu de fraîcheur et est plus efficace qu’un ventilateur. Et lorsqu’il fait froid comme aujourd’hui, elle émet de la chaleur.

            -T’as d’autres explications comme ça ?

            Si son meilleur niveau de crédibilité était ainsi, j’avais peur pour la suite.

            -Tu ne me crois pas.

            -Oh si, bien sûr ! Je parie que tu élèves aussi des chameaux dans ton désert situé dans un monde parallèle que l’on peut accéder en sautant dans la cuvette des toilettes !

            -Ça pourrait exister, en effet.

            Je me fis violence pour ne pas lui cracher ce que je pensais réellement, ou bien il pourrait être choqué par ma vulgarité.

            -Tu veux boire quelque chose ?

            Tiens donc, il connaissait quand même le minimum de la politesse.

            -Si c’est pour m’empoisonner une fois de plus, je préfère mourir de soif, merci bien.

            -T’es moins bête que je ne le pensais.

            -T’es moins malin que je ne le pensais.

            -Ce n’était ni une drogue ni du poison. C’est une texture que j’ai mise au point permettant d’endormir les gens sans leur causer de souffrance. Un peu comme une sorte de tranquillisant, mais qui te maintient plus longtemps dans le sommeil.

            …devais-je être impressionnée ou effrayée ?

            -Et j’ai dormi combien de temps ?

            -Toute la nuit. Il est actuellement 9 :25.

            Quoi ?!

            -Mais Sam va s’inquiéter ! Et je suis en retard !

            -Ne t’inquiète pas. J’ai pris la peine d’envoyer un message à ton frère depuis ton portable qui dit que tu dors chez ton ami pour te réconcilier avec elle.

            -Quoi ? Tu es fou ? Chez Marylin ? Ah ! Mince, faut que j’y aille…  

            J’étais désorientée. A cause d’un fichu kidnapping, j’avais d’autres soucis qui venaient à ma rencontre. Comment avait-il osé se servir de mon portable ? Enfin c’était surement mieux que de laisser Sam s’inquiéter dans son coin. Ou bien, au contraire, ça aurait pu être un moyen pour m’échapper. Et Marylin ! Comment était-il au courant de notre dispute ? Ah oui, il écoutait à la porte. Mais je devais lui apporter les cours ! Si elle revenait aujourd’hui, sans le début des leçons… Ce serait de ma faute et elle croirait que je l’aurais fait exprès ! Et dire que j’aurais pu me réconcilier avec elle la veille, et dire qu’à l’heure actuelle, nous aurions pu faire comme si de rien n’était !

            -J’espère pour toi que tu as une très bonne raison pour m’avoir fait subir ça, sifflai-je entre mes dents. Ou je te jure que…

            -Tu détestes le Vieux.

            J’écarquillai les yeux, ou plutôt fronçai les sourcils…bref, je fis une grimace intriguée devant cette question qui ressemblait plus à une constatation. Je savais immédiatement qu’il faisait allusion au Père Noël.

            -…et ?

            -Tu as l’impression qu’il est hypocrite.

            -Non, j’en suis sure ! Je ne vois aucun rapport avec ma question où tu veux en venir ?

            Il marqua une pause avant de demander derechef :

            -Tu es sure de ne pas vouloir un verre d’eau ? Je dois te prévenir que ce que je vais te raconter sera sûrement un peu étrange pour quelqu’un comme toi.

            -T’as l’intention de tourner autour du pot encore longtemps ? Je suis peut-être une fille mais je ne suis pas inoffensive.

            -Comme tu veux. Alors tes doutes envers le Vieux sont fondés sur ton intuition, ce qui n’est pas très viable. Et pourtant, tu as raison. C’est un homme qui, au premier abord, a l’air d’un pépé tout gâteux, mais en réalité, il dissimule un égocentrisme et un dédain à toutes épreuves. Son moyen pour obtenir les cadeaux est d’avoir des relations puis de négocier…non, on peut même dire arnaquer. Il se fiche si des enfants n’ont pas ce qu’ils veulent, voir rien du tout, du moment qu’il est admiré et aimé par les autres.

            « Mais le bémol actuellement,  c’est qu’il semble ne plus se satisfaire de cette situation. Il s’est lassé d’être le grand-père de tout le monde, de devoir tout le temps Récompenser des personnes qu’il ne connait même pas et dont il se fiche éperdument.  D’après mes recherches, il va profiter des fêtes de cette année pour réaliser son plan. Il veut assouvir son désir de puissance, d’être le vrai maître, celui qu règnera impitoyablement sur tout le monde, celui que tous les pays craindront. Pour cela, il a prévu de tendre un piège à tous ceux qui ont eu le malheur de lui demander quelque chose. Et Dieu seul sait combien il y aura de victimes. Eh oh, ça va ?

            -Ou…ouais.

            Non…pourquoi étais-je si touchée par cette nouvelle abracadabrante ? Elle était bien trop irréaliste pour être vrai ! C’était un fou, c’était un fou…mais je ne sondais aucune trace de mensonge dans sa voix, ni sur son visage. Mon intuition disait que c’était la vérité.

            De toute façon, le Père Noël existe bel et bien.

            Oui…depuis l’apparition de ce dernier, le monde avait déjà sombré dans le fantastique absurde, alors dorénavant, plus rien ne devrait me surprendre. Mais alors… s’il avait réellement décidé de se venger de tous ceux qui lui demanderaient un cadeau, alors…Marylin…

            -Mais il faut l’arrêter !

            -Du calme, j’y viens, j’y viens. Mais avant, ne serre pas trop ton poing comme ça.

            En effet, je la serrai tellement que l’on voyait le contour de mes veines bleues, et les os blanchir. Je relâchai la pression d’un seul coup.

            -Tu as l’air d’être déterminée à arrêter le Vieux.

            -Evidemment ! Ce Satan Claus, je ne demande qu’à le pulvériser de mes propres mains…

            Rafael partit d’un rire léger et amusé et l’air sérieux constant de son visage disparut durant quelques instants pour laisser place à une expression détendue. Je pus remarquer la mise en valeur de ses pommettes saillantes, ses dents sans défaut à la blancheur éclatante et ses lèvres claires ne me parurent plus effrayantes.

            -Même si c’est un peu violent venant de la part d’une fille, ça me rassure de t’entendre dire ça.

            Je fronçai les sourcils, à la recherche d’une explication.

            -Je suis destiné à arrêter le Vieux. Depuis le début, et même avant son apparition devant le monde entier, je mène une lutte solitaire contre lui afin de l’éliminer, lui et sa véritable nature. C’est mon devoir. Chaque année, à l’approche des fêtes, j’établis un plan et, le soir de Noël, je l’exécute. Euh, ferme ta bouche s’il te plait, c’est inquiétant.

            C’était le minimum que je pouvais faire, rester la bouche béante, les yeux écarquillés dans une expression pantoise, devant une telle révélation.

            -Wh…at ?

            -Tu as bien compris, je pense.

            -Mais…comment…pourquoi…

            Sa mâchoire sembla se crisper et il ignora ma question.

            -Quelqu’un capable du pire qui bénéficie d’une telle célébrité est très dangereux pour la population. J’ai essayé de faire le mieux possible pour me débarrasser de lui mais à chaque fois, ça aboutit à un échec total. Et comme cette année, c’est plus urgent que jamais, j’ai décidé de tenter le tout pour le tout et j’ai conçu un plan légèrement différent des antécédents. Et je ne peux pas le réaliser seul cette fois-ci. Parmi toute cette foule d’admirateurs aveugles, il m’était bien entendu difficile de trouver quelqu’un qui voudrait m’aider. J’étais en train de me demander comment j’allais pouvoir me débrouiller quand je suis passé devant ta chambre, et que je t’ai entendu maudire le Vieux.  Et là, je me suis dit que j’avais trouvé la personne idéale, quelqu’un qui le détestait assez, qui le considérait comme un ennemi de la nature, tout comme moi.

            -Ah…

            A ce moment-là, j’eus l’impression qu’un nouvel univers, qu’une face cachée de la Vie venait de s’ouvrir à ma rencontre, et m’accueillait à bras ouverts. J’eus l’impression que plusieurs flux de chaleur s’entremêlaient en moi, parcouraient le moindre recoin de mon corps. Je les sentis incendier mes entrailles, mon cœur bondir dans ma poitrine jusqu’à accélérer dangereusement mon rythme cardiaque. Il me fallut beaucoup d’efforts pour ne pas me mettre à respirer de façon saccadée. Le bout de mes orteils semblèrent se durcirent jusqu’à l’extrémité, les poils de mes bras s’hérisser comme électrocutés, mes oreilles siffler. Puis, tout explosa en étincelles, qui se dispersèrent et vinrent animer chacun de mes organes d’une bouffée d’énergie,  lorsque Rafael m’en fit clairement la demande :

            -Alors, Aly ? Veux-tu m’aider dans ma mission, celle d’arrêter le Père Noël une bonne fois pour toute ?

            Une flopée d’images se succéda dans mon cerveau. Celle où ce vieil escroc donnait des papillotes aux petits, puis Marylin heureuse à l’idée d’être Récompensée, accompagnée des autres enfants tout aussi  excités, sans oublier le Satan Claus tout aussi grotesque dans son costume qu’un clown en smoking.

            Une poussée d’exaltation emplit mon for intérieur et s’intensifia lorsque je m’imaginai, triomphante face à mon ennemi de toujours. Car oui, évidemment, j’acceptai d’aider Rafael. Car j’allais faire payer à ce vieux bonhomme pour ses mensonges et son désir absurde de mettre tout le monde à ses pieds pour satisfaire son seul égo.

            Je fixai mon nouvel allié, plongeant mon regard vert dans ses pupilles voilés d’un gris brouillard, et lâchai :

            -Finalement, je peux avoir un verre d’eau ?

Tous contre le Père Noël! 2

Chapitre 2

 

            Ma mère m’avait souvent fait la remarque que j’avais tendance à être à côté de la plaque, surtout lorsque je parlais pour la première fois à des inconnus. Elle me disait que je perdais surement tous mes moyens, que c’était une forme de timidité parmi tant d’autres. Moi, je pense que c’était surtout une forme de stupidité qui m’était propre.

            Le garçon ne répondit pas, se contentant de m’observer d’un air pensif et concentré. Pourquoi ? Qu’est-ce que j’avais ? Je passai machinalement une main sur mon visage à la recherche d’un problème mais, hormis les boutons à peine visibles, je ne trouvai pas le souci. Je lui lançai un regard interrogatif  qu’il balaya d’un vent. Je ne me souvenais pas que mon frère avait un ami aussi malpoli. D’ailleurs, je ne me rappelais tout simplement pas de ce garçon. Il faut avouer qu’avec un visage et une aura tels que les siens, il serait difficile de l’oublier.

            Le silence devint lentement lourd, puis insoutenable. Il pourrait au moins faire une critique sur ma question, dire que j’étais mal placé pour dire ça ! Ça ne devait pas être l’envie qui lui manquait, comme pour toute personne normale. Ah, j’avais oublié. Lui ne l’était sans doute pas.

            Je m’étais peut être souvenue des règles de politesse mais lui, visiblement, non.

            -T’es qui ? M’interrogea-il.

            -Hein ?

            -Je te demande ton nom, précisa-il les yeux plissés dans une légère moue agacée.

            …devais-je lui rappeler qu’il se trouvait actuellement chez moi, devant la porte de ma chambre, dans une posture qui me donnait l’impression qu’il était là depuis longtemps ? Bien assez pour entendre toute ma conversation, ou plutôt ma dispute avec Marylin ?

            -Et toi ? Répliquai-je. T’es un espion de la NASA  pour une enquête embrouilles-entre-best-friends-durant-la-période-des-fêtes ? Ou bien tu viens du passé et t’as voyagé dans le futur pour découvrir que cette maison ne t’appartient plus ?

            La porte de Sam s’ouvrit et sa silhouette apparut, son visage identique au mien, avec les mêmes cheveux couleur blé, les mêmes yeux verts, la même peau bronzée malgré le froid.

            Il haussa les sourcils en nous voyant.

            -Qu’est-ce que vous faites ?

            Je voulus répondre que j’étais en train de découvrir l’amabilité dont était parfaitement doté son ami, mais ce dernier me devança.

            -On faisait connaissance.

            -Oh, alors c’est cool que tu connaisses Rafael, Aly ! Dit mon frère en retrouvant son sourire habituel. J’espère que vous vous entendrez bien !

            ‘’Compte là-dessus et bois de l’eau’’ voulus-je répondre mais ce serait trop cruel de ma part. Sam était quelqu’un d’enjoué, aimant tisser des liens d’amitié. Il était assez sensible pour un garçon, sans pour autant tomber dans la susceptibilité. Ses qualités lui attiraient la sympathie de son entourage. C’était ce qui le différenciait de moi. Nous étions à la fois si ressemblants, mais aussi si différents.

            Donc si je risquais à dire ce que je pensais réellement, cela ne lui ferait que de la peine. Et j’avais tout sauf envie de blesser deux personnes qui m’étaient chères en moins de dix minutes.

            -Je vais manger, et vous ?

            -On a déjà pris un sandwich sur le chemin, mais si tu peux laisser un peu de choucroute de côté pour moi ce soir…

            -Pas de problème.

***

            Le soir, mes parents n’étaient pas encore rentrés. Je dînais avec Sam tout en regardant ‘’Money Drop’’. Je lui posai la question qui me turlupinait depuis midi.

            -Rafael, il est…comment ?

            -Qu’entends-tu par comment ?

            -Ben, en gros, son caractère.

            Sam attaqua un morceau de saucisse en riant.

            -Qu’est-ce qu’il y a ?

            -Ça doit bien être la première fois que tu t’intéresses à quelqu’un. Allez, pour la peine je sors la limonade ! Tu dis rien à maman, ok ?

            -Je ne m’intéresse pas à lui, il…

            ‘’Il m’intrigue. Il dégage quelque chose de zarbi, il est hostile, il est…’’

            -…a juste l’air de bien s’entendre avec toi.

            -Je ne sais pas si je peux te confirmer ça.

            Il reposa sa fourchette, marquant une pause.

            -Rafael est un garçon distant, qui a toujours l’air de s’ennuyer, de ne pas prêter attention à ce qui se passe autour de lui.

            Je me remémorai son regard déstabilisant sur moi. Ce n’était clairement pas l’impression qu’il m’avait donnée.

            -Il est arrivé à la rentrée de Toussaint dans l’école d’ingénieur.

            -En cours d’année ?

            On pouvait dire que ce n’était pas fréquent, surtout dans l’école de mon frère réputée pour leur intransigeance inviolable.

            -Oui, il parait qu’il a montré au proviseur quelque chose de si brillant qu’il a tout de suite été accepté. Bref, voyant qu’il restait à l’écart, avec Jérémy et les autres on a bien essayé de l’intégrer dans notre entourage. Mais mes potes ont constaté que ça ne servait à rien, que Rafael avait fait le choix de vouloir rester dans son propre monde, alors ils ont abandonné.

            -Et toi tu persistes, n’est-ce pas ?

            -Eh bien…Je sais que maintenant je suis majeur, mes amis aussi, qu’on se doit d’être plus mature qu’avant, c’est un fait. Mais Rafael, lui, il a toujours un air grave et sérieux, comme s’il était plus responsable qu’un adulte, ou même comme s’il avait un devoir très important à accomplir. Haha , formulé ainsi, on dirait qu’il s’agit d’un justicier…mais parfois, il me donne l’impression d’en être vraiment un, c’est fou !

            -…peut-être parce qu’il a des lèvres blanches ?

            Je ne voyais pas le rapport avec Superman mais bon.

            -Ah, t’as remarqué aussi ?

            -Sam, ce genre de choses ne passe pas inaperçu.

            -Oui…je pense qu’il pourrait avoir du succès, voir beaucoup, auprès des filles s’il n’avait pas cette caractéristique et s’il était moins réservé. Les filles aiment peut-être les mecs avec un côté mystérieux, mais il y a tout de même des limites. J’ai donc décidé de le changer un peu, de l’obliger à sortir de son cocon. Je l’ai expliqué combien j’avais du mal à faire un compte-rendu, et lui ai demandé de l’aide. Ce qui est tout à fait crédible si on sait à quel point Jérémy peut être fainéant et Rafael est une tête !

            -Ah, donc tu l’as invité à la maison. Et ça marche ?

            -Bof, il ne me parle presque pas de lui lorsque je l’interroge. Je sais seulement qu’il habite seul, que ses parents sont loin. Quelque part.

            -Tu as essayé, c’est déjà ça.

            -Oui, enfin tant que ça ne marche pas, je ne serai pas satisfait ! Je sais qu’il n’est pas méchant, qu’il pourrait être un bon pote.

            -Mouais, ça dépend, marmonnai-je.

            -Quoi ?

            -Non, rien.

            Je vidai mon verre de limonade d’une traite.

            -Et toi, ça va ? Je t’ai entendu…parler dans la chambre ce matin.

            -Oh…c’est rien, une petite dispute avec Marylin.          

Je n’avais pas envie de m’attarder sur le sujet. Mon frère le comprit et je sus qu’il éviterait désormais le sujet comme il évitait chaque année de me parler de Noël. L’attention qu’il pouvait porter à son entourage contrastait avec ma brusquerie.

            La nuit, le sommeil mit plus que jamais du temps à venir. Ma conversation avec Marylin me tournait dans la tête, telle une montagne russe, mes propres mots me serraient le cœur, et j’enfouis mon visage dans l’oreiller pour tenter de dissiper ce souvenir. En même temps, je pensais à Rafael, à l’intervention alerte de mon intuition. Avais-je raison de ne pas avoir prévenu Sam de ce pressentiment ? Et si Rafael était quelqu’un de dangereux ? Capable de faire du mal à ma famille ? S’il avait vraiment un lien avec le Père Noël ? Non, non, ce n’était qu’un garçon si solitaire qu’il en devenait étrange, mais un garçon entièrement ‘’humain’’. Je réfléchissais trop, alors que j’étais complètement éreintée.

            Je n’avais pas fait totalement mes devoirs, laissant les révisions de contrôles de côté.

            Marylin…Rafael…devoirs….choucroutes…contrôles…

            Je secouai vivement la tête comme une dingue pour tout balayer de mon esprit. Il ne servait à rien de se morfondre jusqu’à perdre le sommeil, je devais trouver une solution avec Marylin, oublier quelques temps Rafael, pour les contrôles, advienne que pourra. Et pour la choucroute, eh bien…

            Je descendis prendre un dernier repas.

***

            La journée du lendemain se déroula avec une lenteur incroyable, digne d’un escargot exécutant un marathon. Et, coup de chance ou de malchance, Marylin était absente. Je fus prise d’un violent sentiment de culpabilité et d’inquiétude. Je fus chargée de lui prendre les cours et de les lui donner. Je décidai de me rendre chez elle dès la fin des cours, et en profiter pour m’excuser, dans l’attente d’une idée plus originale. Durant toute la journée, je me creusai en vain la tête, attendant simultanément que la journée se termine pour que je voie mon amie. Ajoutés à cela les contrôles de maths, d’allemand et de géo. Je n’étais pas une tête d’ampoule, loin de là, mais à présent je venais d’atteindre le meilleur taux d’échec dont je pus être capable. Autant dire que je n’avais jamais vécu une journée aussi magnifique. Mais, le bon côté des choses était que je ne me préoccupais plus de Noël, beaucoup moins en tout cas.

Lorsque la sonnerie finale retentit, je l’accueillis comme une musique sacrée et me sentis pour la première fois vivante depuis le début de la journée. Je sortis à la hâte, me fraya un chemin entre les lycéens, me bouchant le nez à cause de l’odeur de la cigarette. Je regardai ma montre. Le bus ne devrait pas arriver pas trop tard, dans cinq minutes environ. Ce n’était rien, mais ce temps me paraissait trop long. Je ne pus m’empêcher de me dandiner un pied sur l’autre, tantôt pour patienter que pour me réchauffer. Je ne portais qu’une légère veste, car je n’avais pas eu le temps d’en prendre une plus chaude ce matin, faute du réveil. Je jetai un œil du côté où le bus devait arriver mais ne vit qu’un véhicule noir roulant dans notre direction. Je vérifiai une fois de plus ma montre, tandis que j’entendais le ronronnement d’un moteur de plus en plus proche. Une masse noire apparut devant moi et je levai automatiquement les yeux pour découvrir la voiture noire d’il n’y a même pas cinq secondes. La vitesse à laquelle elle s’était garée me parut insignifiante lorsque la portière du conducteur s’ouvrit pour laisser apparaître Rafael.

            Il ne portait qu’un T-Shirt à manches longues et ses cheveux étaient légèrement ébouriffés. Quelques murmures s’élevèrent et j’entendis :’’T’as vu sa bouche ?’’

Il s’approcha de moi, ne prêtant aucune attention aux autres, l’air impénétrable.

            -Monte.

            Je sortis de mon hébétude et me frappai mentalement pour m’obliger à me reprendre.

            -C’est une manie de toujours aller droit au but ou quoi ?

            -Ton frère m’a demandé de te ramener à la maison. C’est important.

            -Sam ? Relevai-je, intriguée. Pourquoi n’a-t-il pas demandé à Jérémy ?

            -J’étais avec Sam quand ça s’est passé.

            -Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

            Je sentis mon cœur tambouriner violemment dans mes tympans.

            -Je ne peux pas te dire que ce n’est pas grave.

            -Dis-moi !

            -Je te raconterai tout dans la voiture.

            Mes jambes obéirent à ses paroles. Je m’engouffrai dans le véhicule, entendant distraitement quelques bourdonnements de voix derrière moi. Rafael s’installa près de moi et démarra à nouveau.

            -Explique-moi, maintenant, je ne peux plus attendre !

            Il garda le silence et une partie de mon anxiété se transforma en agacement.

            -T’es sourd ou quoi ?! Je te demande de…

            -C’est bon, d’abord calme-toi.

            Il ouvrit le coffre avant, et sortit une bouteille d’eau. La voir me fit constater que j’avais la gorge sèche.

            -Bois un peu, ça te calmera.

            Je pris la bouteille et bus une gorgée. Ma tension s’apaisa et je me sentis me détendre doucement.

            Il ne servait à rien de m’énerver, de stresser, je me devais de rester tranquille. Je remarquai lentement combien c’était silencieux à l’intérieur de sa voiture, comparé aux bruits citadins, et dirigeai toute mon attention sur ce détail qui me parut important. Mes lèvres s’étirèrent en un large sourire, et la mauvaise journée que je venais de passer me parut lointaine dans le temps. Rafael emprunta un chemin que je ne reconnus pas. Un raccourci ? Je tentai de le lui demander mais mon cerveau s’embruma et j’oubliai aussitôt ma question. L’image de Kobe Bryant se manifesta brièvement dans mon esprit, se transformant en kangourou sur le terrain de basket. Haha !

            Mes paupières devinrent de plus en plus lourdes et j’eus tout le mal du monde à les garder ouvertes. Oh, et puis après tout…je fermai les yeux.

            -C’est ça, dors.

            Je murmurai un ‘’bonne nuit’’ intérieurement et m’enfonçai dans un profond sommeil avec un bâillement.

Tous contre le Père Noël! 1

Chapitre 1

              -Allô ?

            C’était Marylin à l’appareil.

            -Ca y est, je sais ce que je veux pour Noël !

            …et dire que j’étais parvenue à oublier ce sujet qui me hantait depuis fin août, soit trois mois. Nous étions le 3 décembre. J-22 avant l’enfer absolu. Lancer quelques ballons dans le petit panier de basket accroché  près de mon bureau m’avait aidé à oublier ça. J’étais en train de me voir sur un vrai terrain, capable de feinter tous mes adversaires, de dunker.

            « Aly Dunker (oui c’était vraiment mon nom) vient de franchir la barrière Jordan-Bryant, qui juste là était connu pour être invincible ! Incroyable, totalement incroyable ! Unbelievable !! Elle s’approche de plus en plus…wow, une magnifique feinte de côté et elle saute et… »

            … et c’était à ce moment crucial que ma meilleure amie m’avait appelée, interrompant ainsi mon fantasme.

            -Il y a un kit de maquillage ultra top, absolument complet ! Poursuivit-elle. Je te lis : ‘’passer du discret au extravagant avec une facilité déconcertante, grâce à ce trésor qui vous rendra sublime en toutes circonstances !’’ Et c’est pas tout ! En cadeau, il y a un gilet en cachemire et tout ça pour seulement 199,99€ !

            -Mon dieu, c’est moins de 200€ ! Ironisai-je.

            -C’est une bonne affaire, mais je pense que le Père Noël me l’offrira. J’ai terminé ma seconde avec les compliments et depuis la rentrée de première, je n’ai pas eu-beaucoup- de mauvaises notes ! Ça suffit pour que je sois Récompensée, non ?

           -Fais ce qu’il te plait.

           -Tu n’as pas répondu à ma question.

            -Si, si ça suffit, fais-lui la demande et on verra, répondis-je tout en faisant des lancers à une main.

            -Dis-moi, est-ce que tu as essayé de suivre mon conseil ?

            -…lequel ?

            -Celui d’être plus joyeuse à Noël, imbécile ! C’est rare que je te conseille quelque chose, tu devrais garder celui-ci en mémoire quand même !

            -Désolée, c’est au-dessus de mes forces. Je n’ai pas envie de faire semblant.

           -Tu n’as pas à le faire. De toute façon, personne ne se doute que tu détestes autant Noël, tout le monde pense que tu es juste une fille très stoïque. Alors que c’est faux, on le sait. Il t’arrive de faire des choses dingues comme…

            -La fois où j’ai sauté d’une voiture en marche ?

            -Bof, c’était pas le pire. Même si j’ai failli avoir un arrêt cardiaque. D’ailleurs, s’il te plait, pour mon cœur et ta vie, cesse de faire des choses aussi stupides ! Essaye plutôt de t’ouvrir aux autres, ce sera déjà super et moins dangereux ! Tiens, voilà un deuxième conseil !

            -T’avoir comme amie me suffit amplement.

            Je jubilais. Nous avions changé de sujet.

            -Et tu ne voudrais pas avoir un petit copain ?

            J’entendis vaguement des voix masculines et une porte qui se referma. Sam recevait sans doute des amis.

            -Ne t’inquiète pas, Marylin, je peux survivre sans.

            -Tu es la fille la moins féminine que j’ai rencontrée.

            -Merci, je sais.

            -Bref, revenons au sujet principal. Je n’arrive toujours pas à comprendre tes raisons pour justifier ta haine envers Noël ! C’est sûrement la plus belle fête qui ai jamais existé, sans compter mon anniv.

            Argh, retour à la souffrance psychique.

            -Je te corrige pour la 46e fois, ce n’est pas la fête que je souhaite voir disparaître, mais l’homme qui me parait encore plus hypocrite que…

            -Je te comprends encore moins alors ! Le Père Noël est comme notre grand-père à tous et même notre Di…

            -Je préfère manger des carottes 24h/24 plutôt que de le considérer comme une divinité à vénérer, et encore moins comme un membre de ma famille !

-…C’est parce que tu es sure qu’il ne t’offrira aucun cadeau que tu le détestes autant ? Parce qu’honnêtement, tu fais pas mal de…

            -Rien à voir ! Je t’ai déjà raconté la fois où je l’avais rencontré en personne (à ce souvenir, je fus secouée de frissons). Sous son masque de vieux pépère généreux, il dégageait quelque chose de…

            -Ce n’était qu’une impression liée à ce que tu éprouves pour lui.

            -Arrête, formulé comme ça, on dirait qu’il s’agit de désir ou d’amour.

            -Ce serait déjà mieux que ce que tu éprouves actuellement.

            -Tu as décidé de me retourner l’estomac, aujourd’hui ? Car laisse-moi te dire que je te donne 23/20 si c’est le cas. Et en parlant d’estomac, je suis sure qu’il mange tous les cookies des enfants lorsqu’il fait la tournée des cadeaux.

            -T’as rien trouvé de mieux comme idée ? Bref, tu n’as aucune raison valable pour le détester ainsi.

            -Pense ce que tu veux, mon intuition ne me trompe jamais.

            -Aly, je dis tout ça pour ton bien. Tu te casses trop la tête pour rien, ça  te rend de plus en plus paranoïaque.

            -Merci, c’est gentil, mais ne t’occupes plus de ça, dis-je, de plus en plus irritée. Oublie-moi, ne pense seulement qu’à avoir ton kit débile et on sera tous heureux. De mon côté, si je ne veux pas fêter Noël, c’est mon problème, pas le tien, et si je hais le Père Noël, alors c’est mon choix, pas le tien !

            A présent, j’étais complètement hors de moi. La plupart du temps, j’étais plutôt calme et tranquille, mais il existait des sujets qui avaient le pouvoir de briser ce cocon de paix dans lequel j’étais et m’enflammer violemment. Et lorsque j’étais dans cet état, il ne restait vraiment aucune trace de gentillesse, ce qui me transformait en un démon insensible à toute démonstration affectueuse. C’était surement mon plus grand défaut. Sur le coup, comme d’habitude, je ne regrettais pas mes paroles. Au contraire, je n’étais pas encore assez satisfaite.

            -Je ne veux plus que tu me donnes de leçon sur l’amour de Noël et blablabla, ça me tue de t’entendre ! J’ai déjà le vieux Satan à supporter, j’ai pas besoin d’un perroquet qui me rappelle des conseils inutiles !

            A peine prononcé ce dernier mot que je sentis un début de sentiment de regret naître en moi. Bon Dieu, je ne pouvais pas fermer mon clapet pour une fois ?

            Il y’eut un silence à l’autre bout du fil. Je cherchai vivement une excuse convenable mais Marylin reprit la parole trop tôt.

            -J’ai compris, désolée.

            -Mary…

            Elle raccrocha avant que je ne pus ajouter quoi que ce soit. Tout en jurant entre les dents, je jetai rageusement mon portable contre le mur, le reprit, le relançai dans le panier et il atterrit sur le sol. Je maudissais mon caractère stupide et insensible. Je pouvais même dire que j’étais aussi odieuse que le Père Noël.

            Un goût amer m’emplit la bouche, comme à chaque fois que je sortais une idiotie. Au même moment, mon ventre émit son habituel SOS, signe qu’il était midi. Ça tombait bien, je n’avais aucune envie de rester une seconde de plus dans cette chambre où j’avais rejeté violemment la gentillesse de ma meilleure amie de 11 ans. Nos parents se connaissaient depuis nos 5 ans et de leur amitié était née la nôtre. Nous nous étions souvent disputées, mais cela ne se propageait pas au-delà de deux jours. J’avais déjà peté les plombs il y avait deux ans (devinez à cause de quoi), mais je n’étais pas pire qu’aujourd’hui. Je devais trouver un très bon moyen de me faire pardonner.  Le regret ajouté à la faim provoquait un horrible sentiment de faiblesse, d’abandon face à la vie.

            Avec un soupir, j’ouvris la porte et sursautai en me retrouvant nez à nez avec un torse…bleu ?

            Ah, non, ce n’était pas un schtroumpf grandeur nature, seulement un T-Shirt bleu… T-Shirt ? A cette saison avec un grand 1°C, qui serait assez insensé pour s’habiller aussi légèrement ? Euh… je fis pour la première fois attention à la sensation frigorifique sur mes jambes nues. Ah oui, j’avais opté pour le premier short qui m’était tombé sous la main, en me réveillant. Bref, d’accord rectification : qui serait aussi fou que moi pour s’habiller aussi légèrement en ce temps-là ?

            Je levai les yeux et ils croisèrent un regard gris brouillard, teinté d’une légère nuance de vert. Mon champ de vision s’élargit progressivement et je constatai devant moi un garçon aux cheveux noirs, à la peau légèrement mate, à un visage bien proportionné avec un nez aquilin et des lèvres fines et…blanches. Comme la neige ?! Comme la neige. Je tentai de retenir une grimace de surprise mais cette dernière se manifesta tout de même, pour autre chose néanmoins. Mon intuition me criait : ‘’Alerte ! Alerte !’’. De ce garçon émanait une aura inhabituelle, mais qui m’était familière. Il provoquait en moi une sensation que j’avais déjà éprouvée il y avait deux ans.

            ‘’Satan Claus’’.

            Le garçon me mit en un rien de temps mal à l’aise, et j’avais l’impression d’être une petite fille peureuse en face d’un basketteur de 2 m. Je l’avais déjà dit, mon intuition ne me trompait jamais. Et je savais que la personne qui me faisait face sortait de l’ordinaire. Un minimum du moins.

            Je remarquai qu’il me fixait également, de ses yeux peu communs. Peut-être détectait-il lui aussi mon aura, et avait découvert que j’étais une dingo qu’il ne fallait pas s’approcher ? Non, impossible. Je m’obligeai à ne pas lui ordonner tout de suite de décliner son identité, me souvenant à temps des règles de politesse. Au lieu de cela, je lui demandai :

            -Tu gèles pas ? 

 

 

Tous contre le Père Noël!

Tous contre le Père Noël! dans Histoire spéciale: Noël 2014 manga-2821-280x300

Prologue

 

Je n’aime pas vraiment Noël.

 Soyons clairs, je n’ai rien contre les cadeaux, au contraire, surtout s’il s’agit d’un bon équipement de boxe ou de basket. L’ambiance de fête ne me dérange pas non plus, cette joie palpable le soir de Noël, les enfants surexcités devant le rayon de jouets, le sapin magnifiquement décoré sur la place du centre-ville, les petites lumières des guirlandes brillant dans la pénombre étoilée, le gros bol de chocolat chaud qui transmet sa chaleur dans tout notre corps tandis que le temps est gelé et, parfois, la possibilité de construire un royaume de télétubb… de bonhommes de neige. Choisir les cadeaux pour les autres me plaît également. D’ailleurs, en parlant de cadeaux, je ne suis pas très difficile. La chose qui me ferait le plus plaisir en ce moment peut-être, ce serait de remporter le maillot dédicacé par Michael Jordan en personne. Mais bon, il faut pour cela gagner un concours sur internet, et je n’ai même pas une chance sur deux pour remporter ce prix inestimable.

 Bref.

 Un élément, un seul, me dégoûte, à tel point qu’il me fait redouter l’approche  de ces fêtes pourtant si merveilleuses : le Père Noël. Le ‘’Santa Claus’’. Le ‘’Satan Claus’’, oui (je sais, anagramme débile). Ce personnage sorti d’on ne sait où, avec un tonneau de vin à la place du ventre, sa barbe grasse, ses yeux de rat dissimulés derrière des lunettes dignes de celles d’un prof, son abominable costume qui me fait à présent détester la couleur rouge. Ce personnage si effrayant mais pourtant si aimé ! Avant, en décembre, j’évitais soigneusement d’aller dans les centres commerciaux, trop horrifiée par la perspective de croiser quelqu’un déguisé en mon pire ennemi, en train d’appâter les enfants avec des papillotes.

Mais, depuis cinq ans, depuis le jour où le seul, le VRAI Père Noël s’est manifesté pour faire parler de lui dans le monde entier, j’ai senti que toute ma vie s’était effondrée. Aujourd’hui, pratiquement tout le monde lui voue un véritable culte et, même si les enfants sont à présent plus disciplinés, pensant que c’est essentiel pour être Récompensés à la fin de l’année alors que le vieux pépère n’en a rien à faire, je donnerais tout pour remonter le temps et lui tendre un piège avant que tout le monde ne soit au courant. A peine en août que l’on voit déjà sa photo sur toutes les affiches, avec des slogans ridicules au-dessus de sa tronche ! Le reste de l’année, je n’entendais pas beaucoup parler de lui, mais tout de même assez pour le maudire. Ah, pourquoi je le déteste autant ? Eh bien…il ne m’inspire pas confiance. Il est trop…gentil. Et j’ai tendance à développer une crainte envers ce genre de personnes. Je fais entièrement confiance à mon intuition, qui ne m’a jamais trahi.

Chaque année, mon vœu est d’éradiquer le Père Noël. Ce serait cool. Mais il ne faut pas trop rêver non plus…

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