Nadia et Ersa: Chapitre 5

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-Non.

La réponse fut brute et claire. Ayam resta sans voix devant elle. Si on l’avait annoncé quelques secondes plus tôt qu’une fille refuserait les avances du prince, il ne l’aurait pas cru. Il avait d’abord pensé avoir rêvé, avoir mal entendu, mais la mine choquée et effondrée du prince était bien réelle. C’était la première fois qu’il lui voyait un tel air. Il sentit quelque chose se briser au fond de lui. Bien qu’il subisse tous ses caprices, il était certain que le prince était un homme bon, aussi avait-il décidé de lui être fidèle et le soutenir face à tous les obstacles. Peu à peu, il avait alors développé en lui une sorte de tendresse pour son maître. Bon, il devait avouer qu’il était quelque peu soulagé de voir les deux Combattants. Eux, en particulier le capitaine, pourrait ramener le prince au château. Son amitié envers Felic n’avait d’égal que l’intimidation que lui inspirait le capitaine.

Il devait également avouer que le caractère enfantin du prince l’amusait et en aucun cas, il ne voulait qu’il soit blessé, physiquement ou moralement.

Il ne put s’empêcher de fusiller la femme du regard. Cette dernière dut percevoir le malaise qui s’était installé dans le groupe car elle s’excusa, en se tortillant les poignets :

-Je veux dire… je suis extrêmement navrée d’avoir fait preuve d’indélicatesse. Voyez-vous, vous m’avez tellement surprise que je ne sais que dire. Pardonnez ma maladresse, je vous en prie.

Sa voix douce avait un timbre mélodieux qui ajoutait une touche d’attendrissement dans ses paroles. Ayam sentit l’atmosphère devenir beaucoup moins lourde.

Les yeux dans ceux de cette demoiselle Ersa, le prince retrouva le sourire, sans pour autant pouvoir dissiper le feu qui enflammait ses joues. Le serviteur pouvait même remarquer une goutte de sueur couler le long de sa tempe. Il sourit à son tour, mais discrètement.

Pensant sûrement que le prince avait perdu l’usage de la parole, Felic intervint à son tour.

-Ne vous inquiétez pas, il est normal que vous soyez prise au dépourvu. Notre prince a tendance à…comment dire, ne pas passer par quatre chemins. Sa franchise à toute épreuve est également une partie de son charme, n’est-ce pas ?

La jeune femme hocha de la tête en signe d’acquiescement, sûrement par pure politesse qu’autre chose. Ayam devait avouer qu’elle était vraiment ravissante. Elle possédait quelque chose qui la faisait ressembler à ses nobles dames qu’il rencontrait quotidiennement, dans ses manières et sa posture, mais également quelque chose qui la démarquait d’elles. Une absence d’orgueil sûrement. 

Ayam avait remarqué le garçon. Il lui était difficile de croire qu’il s’agissait du frère de la fille. Il avait des cheveux et des yeux sombres, avec un teint basané. Il s’était demandé s’il était juste de laisser un jeune adolescent avoir une vie difficile de paysan tandis que lui était nourri et logé au palais. Lorsqu’il avait échangé un sourire avec lui, il l’avait tout de suite trouvé sympathique. Il s’en voulait de lui faire subir une telle situation et souhaitait qu’il rentre chez lui pour laisser tout cela derrière lui.

Un mouvement derrière le garçon attira son attention. La porte de la maison s’ouvrit dans un petit grincement aigu et une femme apparut. Elle ne se tenait pas droite et semblait s’aider de la poignée pour se redresser tant bien que mal. Elle avait des cheveux bruns et des yeux d’un gris fatigué. Ayam fut surpris de voir à quel point les os pointaient sous sa peau et ses pommettes creuses. Malgré sa maigreur maladive, elle affichait un mince sourire.

En la découvrant dehors, la demoiselle Ersa et le garçon accoururent vers elle et passèrent un bras autour d’elle de chaque côté pour la soutenir.

-Mère, que fais-tu ici, il faut te reposer ! S’exclama la jeune fille d’un air aussi inquiet que sa voix.

-J’entendais…parler…bonjour, ajouta-elle en se tournant vers les nouveaux venus.

Soudain, ses yeux s’écarquillèrent et Ayam eut peur qu’ils ne sortent des orbites. Sa peau pâlissait à vue d’œil et elle trembla en portant  la main à sa bouche, comme en proie à une vive émotion. Oui, c’était certainement le cas. Intrigué, Ayam suivit son regard…qui se portait sur le capitaine.

***

Juste avant que la dame n’inspira un bon coup afin, semblait-il, de se maîtriser, Jyle avait également remarqué le bouleversement qui s’était peint sur son visage. En parlant de cela, malgré ses traits tirés et les rides qui pliaient sa peau, il pouvait reconnaître le petit nez retroussé ainsi que les lèvres minces qui devaient autrefois être roses qu’elle avait légués à sa fille. Elle devait être vraiment belle, avant de devenir aussi fragile.

Jyle fixa le capitaine un instant. Rien dans son attitude n’indiquait qu’il avait remarqué l’attention que lui avait portée la dame. Il était également possible que ce fût le contraire. Le prince n’arrivait décidément pas à saisir la vraie personnalité de cet homme. Derrière son masque pertinemment indifférent à tout pouvaient se bousculer un tourbillon de sentiments. Cet homme restait un vrai mystère, même après plus de dix ans au service de la famille royale. Jyle n’avait parlé avec lui qu’à de rares occasions et cela n’avait abouti qu’à quelques mots sans importance. La seule chose qui était important pour le capitaine était sa fidélité envers le roi. Il n’avait jamais fait preuve de démonstration affectif envers quiconque et ne vivait que pour obéir à Syrex. Le prince n’éprouvait aucune sympathie pour lui, voire très peu.

Pour ce qui en était de Felic, Jyle savait que son sarcasme n’épargnait pas le roi et lui, mais cela ne le dérangeait pas. Au contraire, il appréciait ce trait de caractère chez lui et était satisfait de voir qu’il ne faisait pas seulement qu’attendre des ordres pour agir, contrairement à une certaine personne.

Ayant de la peine à la vue du spectacle désolant que présentait la dame, Jyle lui proposa :

-Ne vous préoccupez pas pour nous, nous somme juste de passage. Reposez-vous à l’intérieur, nous allons…

Une illumination l’interrompit. Il s’agissait d’une idée qui lui vint à l’improviste et il lui sembla que le temps s’arrêta pour lui permettre de réfléchir. Cette idée lui paraissait complètement absurde ; mais il suffit de croiser une nouvelle fois le regard d’Ersa, cette femme qui avait réussi en un instant à ravir son cœur, qui avait changé sa vision du monde en l’éclairant d’une nouvelle lumière plus éblouissante que n’importe quel diamant, cette femme aussi resplendissante que le soleil lui-même, pour que sa détermination s’accrût. Il avait l’impression de pouvoir braver tous les dangers, même ce mystérieux monstre évoqué par la bande de paysans.

Sans prendre la peine de s’entretenir avec les Combattants, il plongea ses yeux dans ceux de la dame et déclara :

-Madame, je constate que votre santé est assez fragile pour restreindre l’utilisation de vos jambes. J’aimerais donc vous accorder les meilleurs médecins du royaume afin de vous guérir.

L’expression hébétée de sa bien-aimée l’encouragea dans la poursuite de son discours. Il poursuivit d’un ton plus résolu :

-Ils seront à votre disposition jour et nuit, afin de répondre parfaitement à vos attentes tout en s’assurant que vous vous reposerez et nourrirez convenablement. Ils pourront également vous fournir les médicaments les plus efficaces afin de vous remettre le plus rapidement sur pied. En plus de cela, vous bénéficierez d’un confort irréprochable au château, dans une grande chambre luxueuse avec le nombre de serviteurs que vous souhaiterez et…

La toux de la dame l’interrompit. Il s’arrêta, perplexe. Elle affichait un faible sourire où Jyle put lire de la reconnaissance. Il sut alors qu’il éprouvait une sorte d’affection pour cette femme, sans que cela ait un rapport avec son amour pour  Ersa. Il appréciait juste la simplicité et la gentillesse qui se reflétaient en cette dame.

-Je suis très touchée par votre attention. Cela me soulage de voir que notre royaume est gouverné par des gens bons et généreux. Néanmoins, permettez-moi de décliner l’offre. Bien que j’aimerais me sentir mieux, évidemment, je ne puis me résoudre à quitter cette maison, même si cela signifie accéder à la plus belle des chambres. Il s’agit de mon trésor, elle a une valeur particulière pour moi car c’est un cadeau de mon mari.

Il sembla au prince qu’elle fixait un point précis derrière lui mais difficile de l’affirmer car ses yeux étaient voilés par un sentiment inconnu.

L’enfant à la peau basanée la demanda :

-Mère, tu es sure ? Je comprends ton attachement à cet endroit mais il est question de ta santé ! Je pense qu’il vaut mieux que tu acceptes.

-N’insiste pas, Salm. Cela me ferait encore plus souffrir de m’éloigner d’ici que de rester dans mon état actuel.

-Oui, mais ton état ne fait qu’empirer !

Jyle vit Ersa ouvrir la bouche, la refermer et pincer les lèvres en baissant la tête. Visiblement, ce petit venait d’appuyer sur un point assez sensible. Il décida de profiter de la situation pour essayer de la convaincre.

-Votre fils a raison, il est indispensable que vous songez en priorité à votre santé. Je comprends qu’il peut être difficile de quitter son foyer pour un temps indéterminé, mais il faut parfois faire quelques sacrifices afin d’avancer dans la vie. Et rassurez-vous, vous serez rapidement de retour chez vous, et avec toute votre énergie en plus de cela ! Qu’en pensez-vous, mademoiselle Ersa ?

L’interpellée sursauta, bégaya nerveusement et Jyle la trouva terriblement adorable. Il s’efforça de conserver son calme.

-Eh bien…oui, je pense que sa Majesté a raison…

-Et puis vos enfants pourront également venir avec vous ! Ajouta Jyle.

La pensée de voir Ersa se promener dans son palais l’emplissait de joie.

-Vraiment ?! S’exclama Salm.

-Non, vraiment je…commença la dame.

-A moins qu’il n’y ait quelque chose qui vous dérange au château.

Tout le monde se tourna vers cette voix grave et maîtrisée du capitaine. Jyle remarqua le pli entre ses sourcils, signe qu’il était surement contrarié. Par quoi ? Par cette pauvre dame ? Quelle idée absurde !

Felic intervint au nom de tous :

-Qu’est-ce que tu veux dire ?

Le capitaine ne répondit pas et se contenta de fixer intensément la dame. Celle-ci, curieusement, ne parut pas surprise, ni même intimidée. Pour la première fois, Jyle imagina quelque chose qui lui parut inconcevable : ses deux-là se connaitraient-ils ?

Un silence qui parut une éternité s’ensuivit, pendant que Jyle scrutait la mine méfiante d’Ersa. Il en voulut au capitaine de mettre elle et sa famille dans une situation aussi délicate. Il voulut intervenir mais le capitaine finit par soupirer, ce qui était bien la première fois.

-Oubliez ce que je viens de dire. Mon prince, il vaut mieux la laisser tranquille, il s’agit de son choix.

-Oui, approuva l’intéressée comme s’il ne s’était rien passé, comme si elle ne venait pas d’être confrontée à l’homme le plus fort du royaume.

La panique commença à s’emparer du prince. Il lui était hors de question de laisser passer une occasion afin de se rapprocher d’Ersa. Il était certain de ses sentiments envers elle, il n’avait jamais éprouvé de tel avant de l’avoir rencontrée. Il avait l’impression que s’il la quittait maintenant, son cœur ne serait qu’un gouffre sans fond, impossible à recouvrir, même avec tout l’or du monde. S’il avait le choix, il vivrait ici, surmontant la pauvreté, avec elle. Mais il était évident que cela était impossible, tant par son rang que la colère de son père. Ce dernier serait capable de chasser la jeune femme et sa famille du royaume, et cela, Jyle ne pourrait se pardonner d’avoir causé un tel malheur.

Mais alors, quoi ? Il devait bien avoir une solution pour la garder près de lui…

Ah…

-J’ai compris. Dit-il. Je vais donc modifier ma proposition. Vous bénéficierez des meilleurs médecins, non pas dans mon château, mais ici, chez vous.  Ils dresseront seulement une tente dans votre jardin, mais seront aussi discrets que des fourmis.

-Vous…vous êtes sûr ? Suffoqua la dame.

-Parfaitement.

Elle et ses enfants se regardèrent tour à tour, s’émerveillant devant la chance qui venait à leur rencontre sans qu’ils ne se doutent de rien.

Ils allèrent lui offrir mille et un remerciements mais il les coupa d’un signe de la main :

-Toutefois, j’impose une condition.

Cette phrase enleva à peine un peu de joie qui transparaissait sur leurs visages. Visiblement, ils étaient persuadés de pouvoir répondre à la demande de ce prince si généreux.

« Parfait. »

-Je voudrais emmener mademoiselle Ersa au château, avec moi, afin qu’elle devienne ma femme.

***

L’univers semblait tourner de manière étrange autour d’Ersa. Comme si elle était dans un rêve. Mais non, il s’agissait bien de la réalité. Il lui suffit de serrer la main froide de sa mère pour l’affirmer. Il y avait également ce vent glacé qui semblait lui fouetter le dos. Son corps semblait mou, contrastant avec son cœur qui battait à tout rompre.  Elle fixa son regard sur un point précis, un caillou à moitié sorti du sol, et l’imagina en train de se battre pour se libérer des griffes de la terre. 

Un désir réussit à se matérialiser dans sa conscience embrumée.

« J’aurais aimé retourner à l’Arbre une deuxième fois. »

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