Archive mensuelle de juin 2015

Death Parade

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Résumé:

Deux personnes se retrouvent dans un bar à l’atmosphère sombre et ne se souviennent pas comment ils ont atterris dans ce lieu. Le barman et son assistante leur proposent de participer à un jeu au hasard, où ils devront risquer leur vie.

Critique:

Bon, le résumé est court pour ne pas vous spoiler, mais le premier épisode vous dévoilera plus, donc on ne peut pas appeler ça spoiler– »

Alors, que dire… j’ai beaucoup entendu parler de cet anime à l’ambiance dark qui n’a rien à voir avec l’opening qui donne une image presque festive de l’histoire. J’ai passé un bon moment avec cet anime, mais il y avait des fois où je trouvais le temps long: je n’ai pas réussi à me mettre totalement dans l’univers. C’est dommage, parce que le concept est intéressant, original et assez bien exploité. Mais je ne sais pas, je ne l’air pas trouvé aussi sombre qu’il devait être. 

Néanmoins, j’ai conscience que l’histoire est plus profonde qu’elle en a l’air, puisque le sujet principal est la mort. Les jeux servent à révéler la véritable nature des personnages, et on se demande qui mérite de mourir, de vivre. Ces derniers sont plutôt bien développés, chacun a leur histoire, leur vie, rencontrent différents difficultés. Il évoque également les problèmes récurrents de la société japonaise, comme le taux de suicide. Pour tout cela, je suis d’accord avec tout ceux qui disent que c’est un anime de qualité!

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Malheureusement, contrairement à beaucoup d’autres (je suis même peut-être la seule donc je vous conseille tout de même d’essayer à regarder), je n’ai pas ressenti particulièrement cette atmosphère angoissante et pesante. J’ai même trouvé certaines scènes trop  »légères ».

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Bon, il y a quand même de nombreux bons points, comme le réflexion qu’il amène, et j’ai eu un big coup de coeur pour Decim, le barman. Comment me justifier sans spoiler… Eh bien, au premier abord, il a l’air insensible face aux sentiments, aux craintes qu’éprouvent les autres devant la mort (ça doit être vachement pénible), mais est en réalité intrigué par ce que nous pouvons éprouver, par nos comportements… oui, c’est un personnage assez peu commun, je l’adore! 

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Pour les jeux, tantôt je trouvais ça répétitif, tantôt j’étais captivée par la tournure que pouvaient prendre les évènements, mais c’est le dernier épisode qui me marque!

Encore un truc que je n’ai pas accroché ( mais encore une fois, je suis la seule), c’est le graphisme… bon, je dis pas que c’est catastrophique, mais c’est pas mon style^^

Petit cadeau, un OST au piano magnifique!

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Note:

14/20

Je m’attendais à un peu mieux, mais au final, je n’ai pas regretté d’avoir regardé jusqu’à la fin^^ C’est un anime plutôt sympa qui porte à réflexion sur plusieurs sujets, donc si vous avez du temps, allez faire un petit tour!

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Nadia et Ersa: Chapitre 9

Nadia et Ersa: Chapitre 9 dans Histoire: Nadia et Ersa manga-33621

 

Nadia maudit intérieurement ses pauvres connaissances en géographie. Elle ne savait pas non plus si son sens de l’orientation était assez développée pour lui permettre de s’aventurer plus loin que le village de Kaba sans se perdre. Heureusement, sa mère lui avait donné quelques informations.

A l’orée de la forêt s’ouvraient deux chemins : l’un menait vers les montagnes derrières lesquelles vivait le village le plus riche du royaume, Cérèn, connu pour voir la famille royale défiler à de grandes occasions, et l’autre, bien qu’un peu plus long mais sans obstacles naturels, conduisait directement à l’arrière du château. Évidemment, c’était ce dernier le plus tentant, mais Salm lui avait bien rappelé qu’elle paraîtrait suspecte, d’être dans les environs du château, quelques temps après l’arrivée d’Ersa. Elle était donc obligée d’opter pour le village de Cérèn, c’est-à-dire se diriger vers l’ouest, dans le sens opposé de Kaba. Il lui faudrait donc contourner les montagnes, ce qui se révélerait sans doute une tâche épuisante, mais elle ne s’attarda pas sur ce détail. Elle aurait bien essayé de les escalader, mais son frère lui avait fait promettre de ne pas tenter une chose aussi risquée.

Tout en priant un dieu inconnu pour qu’elle ne se trompe pas de chemin, elle avança , serrant son bâton contre elle, tout en guettant les environs. Elle ne s’était jamais aventurée le soir dans les bois, mais se doutait bien que les animaux pouvaient représenter un danger. Plusieurs fois, elle sentait des regards derrière son dos, mais ne pouvait affirmer que ce n’était pas l’oeuvre de son imagination. Il lui semblait vaguement que sa mère lui avait raconté l’histoire d’un enfant perdu dans la forêt, mais elle n’arrivait pas à approfondir sa réflexion sur ce point, trop occupée à être sur ses gardes. Bon sang, si elle n’arrivait pas à se détendre, elle ne pourrait jamais s’endormir !

Le ciel s’obscurcissait bien trop rapidement pour elle. C’était comme si plus le temps passait, plus elle était enveloppée dans les bras ténébreux de la solitude, coupée du reste du monde.

Elle n’avait aucune idée de l’heure exacte, se contentait d’espérer que le soleil apparaisse le plus vite possible, telle une lumière sainte.

Oui, elle devait l’avouer, elle avait peur… Elle se mit à se demander ce qu’elle faisait là, au lieu d’être couchée dans son lit. Son sac sur ses épaules semblait peser une tonne. Oui, elle n’avait rien à faire ici…

Son esprit s’embruma durant quelques instants, puis ce fut l’image du prince crapaud qui perça à travers ce brouillard, lui permettant de retrouver toute sa lucidité. Elle lâcha pour s’aider à rassembler toute sa détermination :

-J’arrive, Ersa, je vais te tirer de ce château tout pourri…

Et voilà qu’elle se mettait à parler comme Rhom !

La première chose était de trouver un endroit convenable pour se reposer. Pour cela, elle choisit de faire confiance à son instinct. Ce n’était pas judicieux, certes, bien au contraire, mais elle avait le sentiment que c’était la meilleure solution. Elle s’installerait dans un endroit où elle ne sentirait pas la présence d’animaux sauvages aux alentours.

Après plusieurs minutes, elle fut amenée à dormir sous un arbre dotée d’une lourde feuillage qui lui apportait un sentiment de sécurité.

Elle déplia la couverture et s’allongea dessus, les mains croisées derrière la tête. Le temps s’était légèrement rafraîchi mais il y avait encore un brin de chaleur. Derrière les feuilles pointait une minuscule étoile qui semblait briller intensément au milieu de la pénombre. Sans détacher son regard d’elle, Nadia se fit intérieurement la promesse de ramener Ersa coûte que coûte, une fois de plus.

Ce fut avec cette volonté inébranlable qui enflammait son cœur qu’elle trouva le sommeil.

***

Nadia se leva de bonne heure, le dos légèrement endolori d’être resté immobile sur la terre ferme durant un long laps de temps.

La marche fut évidemment plus longue et rude que la veille. Elle ne s’arrêta que pour boire un peu d’eau, et manger un morceau de pain. Seuls les oiseaux lui tenaient compagnie. Tantôt il lui semblait avoir bien avancé, tantôt non. Il faisait moins chaud que les jours précédents, ce qui inquiéta légèrement Nadia. Elle savait qu’elle entrait dans une période de la saison où le temps était imprévisible. Elle continua de marcher bien après que le soleil soit remplacé par la lune. Elle ne s’arrêta que lorsqu’elle sentit que les crampes l’empêchèrent de mettre un pied devant l’autre. Cette fois-ci, elle ne prit pas la peine de s’installer le plus confortablement possible. Elle s’écroula comme une masse sur l’herbe, ne songea à rien et s’endormit aussitôt que ses yeux se fermèrent.

***

Ce fut un cri sauvage qui la réveilla en sursaut. Son esprit basculait encore entre rêve et réalité lorsqu’elle entendit un deuxième. Elle ne s’attarda pas sur les lieux et partit à la hâte.

Les effets physiques de sa marche de la veille étaient encore très présents, mais elle fit de son mieux pour ne pas leur prêter attention. Elle aurait voulu économiser la nourriture le mieux possible, mais son ventre ne semblait pas de cet avis.

Ce fut cette nuit-là la plus rude. Comme elle le craignait, le temps s’était refroidi considérablement, il arrivait que le vent vienne lui cingler espièglement le visage.

Emmitouflée dans sa modeste couverture, le sac serré contre son ventre, elle se rappela les soirs où il régnait une chaleur presque intolérable dans sa chambre. Elle se revoyait dormir en travers du lit, le haut monté le plus haut possible, ou faisant les cent pas en maudissant la moindre fourmi qui passait par là. Elle regretta à présent ces instants, tout en subissant la cruauté du temps glacial.

Le froid se faisait de plus en plus pénétrant, s’engouffrait dans ses oreilles, les faisant bourdonner désagréablement, s’immisçait à travers la couverture pour l’envelopper de ses caresses mortelles, lui procurant des frissons incontrôlables. Effrayée, elle était persuadée que si elle s’endormait maintenant, elle ne se réveillerait plus jamais… Mais résister à Morphée lui semblait être l’épreuve la plus dure qu’elle ait passée : ses sens se mélangeaient, ses membres étaient glacés, sa tête lui tournait…elle se mit lentement à délirer, en imaginant des escargots aussi gros que des châteaux saccager des villages de chevaux… elle se mit à basculer dans un état de semi-conscience des plus confus, oubliant jusqu’à son nom…

***

« Tu n’étais pas obligée de t’en prendre à Rhom ! »

Elle ne faisait pas attention à l’air anxieux de sa sœur. Elle était bien trop occupée à se retenir de crier face à la douleur brûlante causée par l’alcool qu’elle lui administrait sur la blessure qu’elle avait reçue à la joue. Elle fixa un instant Salm, qui leur tournait le dos, dans un coin, mais elle se doutait bien qu’il souriait. Il avait peur qu’Ersa s’énerve contre lui si elle voyait qu’il approuvait les actes de Nadia.

« Tu es forte, mais réfléchis si c’est contre un garçon comme lui ! C’est une chance que tu ne sois pas plus blessée ! »

« Ersa, tu le surestimes trop et tu me sous-estimes trop ! Jamais je n’aurais laissé un gros porc comme lui me battre, je préférerai me terrer dans un trou le restant de ma vie ! »

« N’exagère pas, ça n’aurait pas été un drame de perdre, l’important est qu’il ne t’arrive rien de grave. »

« L’important est qu’il ne t’arrive rien de grave à toi, rectifia-elle. Tu es celle qui est la plus exposée aux pires esprits tordus qui puissent exister, et pas question de ne pas réagir quand l’un d’eux commence à t’harceler ! Ne te l’ai-je pas déjà dit ? Je ferai en sorte qu’il ne t’arrive rien, peu importe comment ! »

« Nadia… »

« Et cesse de t’inquiéter, j’aimerais que tu fasses plus confiance en ma force, je suis assez robuste pour supporter n’importe quelle épreuve ! »

Un sourire de sa sœur pouvait décupler sa détermination en un rien de temps…

***

« Ce n’était qu’un moment de faiblesse. Rien de plus. »

Elle s’en voulait d’avoir voulu laissé tomber, mais cela ne fit que renforcer sa volonté de retrouver sa sœur. L’image de son visage resplendissant ne quittait pas ses pensées, l’aidait à avancer, à progresser.

Hélas, cela ne faisait pas tout : elle avait besoin de toute sa force physique pour traverser toute la forêt, et il fallait admettre que les aliments que lui avait donnés sa mère ne suffiraient pas à approvisionner correctement son énergie. Elle devait manger de la viande.

Rapidement, comme si le Ciel l’avait entendu, elle tomba sur un lapin qui se baladait dans les maigres buissons. Sans faire le moindre bruit, elle s’approcha de lui et l’attrapa à deux mains, en renforçant sa prise lorsque l’animal s’agita pour s’échapper. Sa fourrure était douce et soyeuse entre ses doigts. Soudain la vérité lui revint en plein visage :

« Comment vais-je le tuer ? »

Elle eut alors l’erreur de le regarder dans ses yeux d’un noir profond et sentit son cœur lâcher…le lapin bougea ses oreilles, les replia, les déplia, son petit nez se retroussait…

Nadia se rendit compte qu’elle s’était mise inconsciemment à le caresser affectueusement. Non, peu importe combien elle aurait faim, elle serait incapable de tuer un être aussi adorable.

Avec un soupir d’abandon et de frustration, elle le laissa s’échapper.

Plus tard, dans la soirée, elle sentit une pointe de regret percer son être à l’idée de l’avoir laissé partir. Il lui semblait avoir préféré la vie de ce pauvre lapin à celle de sa propre sœur… non, quelle idée absurde ! Et voilà qu’elle recommençait à délirer !

Elle fixa son bâton dont la pointe bien aiguisée la faisait légèrement frémir, lorsqu’elle l’imagina teintée de sang frais…

Elle secoua énergiquement la tête pour chasser cette pensée morbide et décourageante. Elle vivait dans un monde où elle avait des priorités, des devoirs, et afin de les remplir, il lui fallait faire quelques sacrifices. Ce mot sonnait de façon effrayante, mais elle savait que si elle laissait la compassion et la pitié prendre le dessus, elle n’arriverait à rien.

Tout en regardant le croissant majestueux et ténébreux de la lune, elle jura sur son honneur de se nourrir de viande le lendemain.

***

Sa mère lui avait souvent répété qu’il ne fallait pas seulement du courage pour se battre.

Nadia la comprit lorsqu’elle fut obligée de tuer un écureuil, pour se nourrir. Elle avait l’impression qu’une main géante lui nouait la gorge, et son ventre connaissait de nombreux soubresauts. Sentir l’arme aiguisée transpercer l’animal lui inspira un dégoût intense et elle eut du mal à avaler sa salive. Jusqu’à ce qu’elle ait fini de manger, elle murmurait sans cesse  »pardon, pardon, je suis navrée, repose en paix ». Elle se demanda furtivement comment, pendant la guerre, les hommes arrivaient à tuer d’autres humains. Ne ressentaient-ils pas ce goût horriblement acerbe ? Pouvait-on en être immuniser au point de massacrer des milliers de personnes sans broncher ? La vie lui parut nettement moins claire.

Ce dont elle était certaine, c’est que jamais elle ne serait capable d’accomplir un acte aussi barbare, celui d’ôter la vie d’un autre. Nous n’étions pas nés pour avoir un tel pouvoir, la mort n’apportait que malheur dans son sillage.

***

Après cinq nuits dans la forêt ainsi que de nombreux détours, dans la soirée, elle arriva au pied des montagnes si imposantes que celui lui coupa le souffle lorsqu’elle leva les yeux sans pouvoir en voir le sommet. Ce dernier semblait s’évaporer au contact des lourdes nuages. Nadia comprit mieux pourquoi Salm voulait tant la dissuader de les escalader. Mais même sans ses recommandations, et malgré sa témérité, elle n’était pas sure de pouvoir le faire. Et puis, elle ne voyait aucun point d’appui sur la roche rugueuse qui pourrait la permettre de grimper.

Elle inspira une grande bouffée d’air frais. Le temps s’était considérablement réchauffé. Elle venait de franchir la première étape que représentait la forêt. Il lui restait les montagnes, Cérèn, et enfin le château.

Un flux d’énergie nouveau parcourut son corps, accentuant l’adrénaline qui l’habitait. Se savoir de plus en plus proche d’Ersa était la meilleure raison de sa motivation. Elle avait la sensation que rien ne pourrait l’arrêter, que tout se déroulerait parfaitement bien.

Sans plus tarder, elle chercha à faire le tour des montagnes, persuadée que ces nouveaux obstacles ne la ralentirait que deux jours, tout au plus. Elle fut donc surprise de constater qu’il lui fallut exactement quatre jours entières pour les franchir.

Elle jura donc de ne plus jamais sous-estimer ses adversaires, quels que soient leur nature…

Nadia et Ersa: Chapitre 8

Nadia et Ersa: Chapitre 8 dans Histoire: Nadia et Ersa manga-3268-300x160

Ce chapitre est consacré à un morceau du passé de Nadia et Ersa! J’espère qu’il vous plaira!

-Il y avait jadis un bûcheron qui vivait au fin fond des bois. Les villageois le voyaient rarement, car il se cachait volontairement. La raison était qu’il était mal formé par la nature : en effet, il était né avec une oreille en moins.

-Mais alors il n’entendait que la moitié de ce qu’on lui disait ?

-Laisse mère finir, Nadia, lui intima gentiment la petite Ersa.

Assa rit devant la question enfantine de sa fille. Il n’y avait rien d’étonnant de la part d’une petite de huit ans. C’était face à ce genre de naïveté qu’elle était consciente de son bonheur d’avoir deux magnifiques enfants purs, dont elle avait la charge d’apprendre les valeurs de la vie.

Le regard fixé sur le plafond constitué de planches en bois où se projetait la clarté de la pleine lune, elle poursuivit son récit:

-Au risque de vivre loin des autres, il s’était forgé un caractère froid et distant.

-Mais comment il faisait pour manger?

-Nadia…

-Ce n’est pas grave, Ersa. Eh bien, il avait de la chance car dans la forêt habitaient des animaux tels que des cerfs ou des lapins. Il avait des compétences de chasseur, ce qui lui permettaient de se nourrir correctement. Au village, personne ne s’enfonçait dans les bois, de peur de le croiser sur son chemin. Des rumeurs ont commencé à se diffuser de la bouche à une autre et d’une oreille à une autre: tantôt il était une créature de la nuit qui attendait que la lune se lève pour traquer ses proies, tantôt il attendait que des jeunes enfants imprudents s’aventurent dans la forêt pour les manger tout crus. En parlant d’enfant, il y en a un dans la suite de l’histoire.

-Et il se fait manger?

-Patiente un peu, ma chérie, je ne vais pas te révéler la fin maintenant ! Alors comment voulez-vous nommer cet enfant ?

-Didi ! S’écrièrent les deux filles en même temps.

Elles trouvaient ce nom adorable, et l’avaient donné pour la peluche que leur mère avait cousue pour elle.

-Donc Didi était un petit garçon de dix ans. Il était d’une pauvre famille qui venait d’arriver au village. Ses parents étaient morts en partant à la chasse et il vivait avec son oncle et sa tante, qui ne se préoccupaient pas de lui. Il avait appris à être indépendant et s’occupait lui-même des tâches ménagères. Cela n’empêchait pas à son oncle de le disputer pour un rien.

« Un jour où il était allé jusqu’à le battre, les nerfs de Didi se lâchèrent et il se mit à pleurer comme il ne l’avait jamais fait. Agacé par ses sanglots, sa tante l’avait chassé de la maison et lui avait ordonné de ne plus revenir s’il ne cessait pas de se comporter comme un enfant gâté.

-Je vais les faire manger les racines des brins d’herbes, avec les vers de terre qui vont avec… dit Nadia en grinçant des dents.

-Du calme, ma chérie. Didi mit du temps à se calmer. Il faut dire qu’il n’arrêtait pas de penser à ses parents perdus, dont l’étreinte chaleureux lui manquait. Sans qu’il n’en prenne conscience, ses pas l’avaient mené à travers les arbres. Le ciel était obscurci par les nuages et l’orage menaçait d’éclater. Ajouté à cela les silhouettes menaçantes des arbres, Didi fut pris de frissons incontrôlables. Il tourna sur lui-même, mais il ne percevait aucun indice qui lui permettait de rentrer chez lui. De toute façon, l’idée de retrouver les brimades de sa famille ne l’enchantait guère. Il se força donc à avancer droit devant lui, persuadé de pouvoir trouver un autre village.Néanmoins, en constatant qu’il était parti le ventre vide, ses forces l’abandonnèrent et il tomba à genoux. Lentement, il perdit conscience, au milieu de la forêt, en pleine nuit.

-Et il se fait manger ? Demanda Nadia d’une voix inquiète.

-Mon dieu, ton impatience n’a d’égal que ta curiosité! Alors le lendemain, le bûcheron partit chasser une fois de plus. Et devinez ce qu’il trouve ?

-Un bon renard, de quoi le régaler ce soir !

Sa sœur éclata de rire.

-Et Didi, que devient-il, à ton avis ?

-Ah, oui…ah, alors c’est lui qu’il trouve ?

-Je te félicite, ma fille, pour ta perspicacité !

L’intéressée fit la moue devant l’air taquin de sa mère, qui lui déposa un baiser sur le front.

-Alors, vous pouvez imaginer la surprise de notre bûcheron, en découvrant cet enfant évanoui dans un tel endroit, les vêtements déchirés. Il s’accroupit près de lui et essaya de le réveiller à coups de claques. Le petit ne put qu’émettre un léger gémissement sans ouvrir les yeux. Le bûcheron remarqua qu’il était bouillant de fièvre, et n’eut d’autre choix que de l’emmener chez lui. Il l’allongea dans son lit et s’occupa du mieux qu’il put de l’enfant, ce qui n’était pas une mince affaire. Il décida de ne pas aller chasser, de peur que l’enfant se réveille et ne lui vole quelque chose.

« Il ne tarda pas à reprendre conscience et ce fut à son tour d’être étonné de ce qui lui arrivait. Il ne fut pas effrayé en découvrant le vieil homme près de lui. En effet, Didi était plutôt écarté du reste des enfants et n’avait pas eu l’occasion d’entendre les histoires sur le bûcheron mangeur d’enfants. Il se contenta de l’interroger d’une voix fluette : « C’est vous qui m’avez sauvé?» L’homme ne fit que grommeler dans sa barbe sans savoir que répondre et, en entendant le ventre du petit gargouiller, il lui tendit le dernier morceau de viande qui lui restait. Il faut dire que ce morceau avait un aspect peu goûteux et on voyait même des traces de dents, comme si le bûcheron n’avait pas pris la peine de couper. Mais cela n’empêcha pas à l’enfant d’être ému par ce geste ; c’était bien la première fois que l’on lui proposait à manger ainsi, dans une assiette, sans jeter la nourriture à ses pieds. Didi accepta donc et, tandis qu’il avalait les dernières miettes de viande, il ne put arrêter ses sanglots sous l’oeil perplexe du bûcheron. Ce dernier ne savait quoi faire. Il était tel un loup devant s’occuper d’un humain, un enfant de surcroît !

-Mais qu’est-ce qu’il fait alors ? Intervint de nouveau Nadia. Il finit par l’aimer ou le manger ?

-Eh bien, vu ton impatience, je me sens obligée de raccourcir l’histoire. Cela ne te dérange pas, Ersa ?

-Tant qu’elle est compréhensible, ce n’est pas grave, mère.

-Merci, Ersa !

-Donc Didi et le bûcheron finirent par rester ensemble, comme l’enfant ne voulait pas rentrer chez lui et qu’il ne représentait aucune gêne pour l’homme. Didi faisait de son mieux pour aider, en exécutant toutes les tâches ménagères possibles. La maison devint bientôt très propre. Le bûcheron, bien qu’intrigué par ce genre d’énergumènes, était satisfait de lui. Il laissa un sentiment nouveau germer en lui, qui adoucissait son cœur : c’était l’amour.

« Au village, les gens se rendirent compte de la disparition du garçon, mais l’oncle les rassura en disant qu’il était parti faire un voyage avec un autre membre de la famille. Il ne s’inquiétait guère de son sort. Les mois passèrent, jusqu’à ce qu’une année entière s’écoulât. Un beau soir, alors qu’un villageois passait devant l’ancienne maison de Didi, il entendit des éclats de voix. Sa curiosité l’amena à s’approcher et tendre l’oreille. Ce fut ainsi qu’il apprit la vérité sur le sort de Didi, égaré au milieu de la forêt, sûrement mort à l’heure qu’il était. Il répandit la nouvelle dans tout le village et l’oncle et la tante furent chassés pour la cruauté dont ils avaient fait preuve. Quelques hommes décidèrent de partir à la recherche de l’enfant, sans grand espoir de le retrouver vivant… Il ne leur fallut pas longtemps pour trouver la maison du bûcheron. La lumière était éteinte, bien évidemment, ils s’étaient couchés de bonne heure après une grande journée de travail. Les hommes avalèrent leurs salive avec difficulté et frappèrent à la porte. Le bûcheron, qui avait l’oreille fine, se réveilla sur le coup. Il s’empara de sa hache et, après avoir veillé à ce que Didi dormait toujours, se dirigea à pas feutrés vers la porte. Les flammes des torches dansaient funestement à travers les fenêtres.

-Ouvrez, ordonna une voix d’homme ! Nous aimerions vous demander quelques renseignements.

Le bûcheron préféra ne pas répondre tout de suite.

-Un enfant du village a disparu il y a un an. Sauriez-vous quelque chose ?

Le bûcheron sentit son cœur cogner lourdement. Il comprit que ces hommes étaient venus pour reprendre Didi, que s’il ne faisait rien, il ne le reverrait plus jamais. En un an, il s’était énormément attaché à lui, et le considérait comme son propre fils. Il ne supporterait pas de le perdre. Et puis, que se passerait-il si cet enfant retrouvait son oncle et sa tante, qu’il redoutait tant ?

Il se dépêcha de retourner dans la chambre, mit Didi sur son épaule et sortit par la porte de derrière. Mais dans son empressement, sa jambe se cogna contre un meuble, faisant tomber un verre qu’ils avaient oublié de ranger. Le bruit alerta les villageois qui coururent dans cette direction. Ils eurent le temps d’apercevoir le bûcheron s’enfoncer dans les bois, une petite silhouette sur ses épaules. Il ne leur fallut pas plus pour échafauder l’hypothèse suivante : cet homme avait enlevé le pauvre petit pour le réduire en esclavage, et refusait de le laisser partir. Ils se précipitèrent alors à sa suite. Le bûcheron, qui était assez robuste et endurant, arriva à maintenir le rythme durant plusieurs minutes. Mais il était seul face à plusieurs poursuivants : il se fit rattraper. Entre temps, Didi s’était réveillé et faisait face à cette étrange situation, tout en étant dans les bras protectrices du bûcheron. Il ne l’avait jamais vu aussi paniqué. Il reconnut quelques visages des hommes, qu’il avait aperçus il y avait longtemps au village. L’un d’eux cria :

-Laissez-le partir !

-Non ! Jamais ! Refusa le bûcheron d’un ton résolu.

Didi ne comprit pas tout de suite que l’on parlait de lui . Mais lorsqu’il comprit que ces hommes étaient venus pour le ramener au village, il s’agrippa à la tunique du bûcheron. Néanmoins, une part de lui se soulagea lorsqu’un des hommes lui apprit qu’ils avaient chassés son oncle et sa tante, qu’il ne se retrouverait plus confronté à eux. Mais cela ne changeait en rien qu’il souhaitait rester avec le bûcheron, qui était devenu son père. Les autres ne le crurent pas et étaient persuadés qu’il s’agissait d’une comédie montée par ce criminel, qu’il obligeait l’enfant à sortir toutes ces sottises.

Un homme, qui semblait plus sage que les autres, s’avança :

-La place de cet enfant n’est pas dans une maison au beau milieu de la forêt, mais en communauté, avec d’autres personnes de son âge. Ne pensez-vous pas que cela lui est nécessaire pour qu’il grandisse correctement, pour qu’il vive normalement, pour son bien ? Voulez-vous vraiment qu’il reste avec vous, et devienne un homme allergique aux autres humains? Voulez-vous réellement le priver de fonder une famille normalement ? Et tout ceci pour seulement satisfaire votre égoïsme ? Non, monsieur, vous n’êtes pas assez cruel pour si peu.

Le visage de l’intéressé était bouleversé par mille et une émotions, une larme perla au coin de son œil. Il ferma les yeux durant quelques instants avant de déclarer d’une voix profondément triste :

-Mon enfant, suis-les. Ils ont raison, j’ai eu tort de te garder pendant si longtemps.

Didi commença à protester mais le bûcheron le fit taire en le prenant par les épaules.

-Tu n’as plus aucune raison de rester avec moi. Ceux que tu redoutais sont partis, tu peux continuer ta vie de façon bien meilleure. Fais toi des amis, le nombre n’est pas important, contente-toi d’avoir des amis sur qui tu peux vraiment compter. Offre ton aide à ceux qui en ont besoin, mais méfie toi de ceux qui veulent profiter de ta gentillesse. Oui, tu es un bon garçon, qui m’a offert la plus belle année que j’ai eu.

Les larmes l’empêchaient de poursuivre et il se contenta d’essayer de lui adresser un sourire maladroit. Il confia l’enfant à quelqu’un, tentant d’ignorer ses protestations. C’était bien trop douloureux pour lui. Mais alors qu’il tournait les talons pour ne plus voir le visage dévasté de Didi, une douleur irradia son corps. Il n’eut que le temps d’entendre le cri du petit avant de sombrer à jamais dans les ténèbres.

-Oh non, il est… Souffla Ersa, la mine choquée.

-Oui. Un homme avait profité de la situation pour lui lancer un couteau dans le dos. C’était ce qu’ils avaient décidé depuis le début. Si ce bûcheron avait kidnappé un enfant une fois, il aurait très bien pu recommencer. Pour eux, c’était un miracle qu’il n’ait pas mangé Didi…

Assa s’arrêta, sans continuer.

-…et l’histoire finit comme ça ? S’étonna Nadia.

-Oui. C’est bien toi qui voulait entendre une histoire triste, et qui était lassée de celles qui finissaient bien, non ?

-Oui, mais…Didi, que fait-il ? Il ne devient pas un démon pour venger son père ?

-C’est à vous d’imaginer. Ma mère m’avait raconté cette histoire en me laissant le choix de réfléchir à la décision de Didi. Alors, comment voulez-vous qu’il réagisse ?

Nadia répondit aussitôt:

-Il se transforme en démon pour punir ceux qui ont tué le bûcheron ! Ce sont eux les méchants !

-Je ne suis pas vraiment d’accord, intervint sa sœur, ces villageois ont pensé que c’était une façon d’aider les enfants. Ils croyaient vraiment que le bûcheron était un méchant, on ne peut pas trop leur en vouloir.

-Tu cherches à tout compliquer, Ersa ! Riposta Nadia avant de bailler.

-Je n’aurais peut-être pas dû vous raconter cette histoire. Mais elle vous permettra peut-être de réfléchir un peu, il faut dire qu’elle est moins simple que les précédentes.

-Je préfère celles qui finissent bien, dit Ersa. Mais celle-ci était très intéressante !

-Mère, je peux manger un morceau de pain ?

- Nadia ! Je te prierai de ne pas changer de sujet si subitement, surtout s’il s’agit de nourriture ! Ensuite, il est mauvais de manger la nuit ! Allez, au lit !

***

-Ersa est vraiment étrange, elle trouve intéressante une histoire pareille…

Le lendemain, Nadia se promena de bon matin dans les bois, une capsule remplie d’eau à la main. Les rayons de soleil avaient un peu de peine à percer à travers les nuages.

C’était en repensant à l’histoire que l’envie de se fondre pleinement dans la nature lui était venue soudainement. Elle se mit dans la peau de Didi et essaya de s’inspirer des sentiments qu’il aurait pu avoir.

-Si je reste trop près de la maison, je n’y arriverai pas. Il faut que je m’enfonce un peu plus.

Elle était perplexe de voir que sa sœur ne ressentait aucune haine envers les villageois. C’était eux, les fautifs, ils avaient tué le père de l’enfant ! Les liens de sang importaient bien peu.

Sous la colère, Nadia donna un coup de pied à un tronc d’arbre et s’en excusa aussitôt avant de continuer son chemin : elle venait de se souvenir que sa mère détestait abîmer la végétation.

A son avis, Didi déciderait de se venger, la fureur le pousserait sûrement à punir tous ces assassins…en les tuant ? En y réfléchissant, il serait triste de faire accomplir à un enfant un tel acte. Il pourrait être déshumanisé, prendre goût au meurtre devenir un tueur plus tard… Elle se rappela d’une histoire semblable que sa mère lui avait contée, celle d’un assassin sanguinaire qui cachait sous son apparence humaine une sauvagerie sans nom-mais celle-ci s’était bien terminée, Nadia frissonna à l’idée de ce destin funeste qui pourrait attendre alors l’enfant. Non, s’il devenait ainsi, le bûcheron ne pourrait jamais reposer en paix ! Et puis, Didi était fait pour un bon métier tel que médecin !

Mais alors, quelle serait la fin parfaite ? Avec la mort du bûcheron, il était difficile d’en concevoir une. Didi tiendrait rigueur au meurtre et continuerait sa vie comme si de rien n’était ? Non !! Ersa avait abordé le fait que le bûcheron aurait pu être celui qui était en tort. Il aurait dû renvoyer le petit juste après l’avoir trouvé, quitte à devoir descendre au village.

Nadia se sentait perdue. Elle voulait avoir foi en le bûcheron, mais elle devait avouer qu’elle commençait à avoir quelques doutes. Elle détestait ce sentiment d’incertitude qui lui donnait l’impression d’être impuissante.

-Oh, j’en ai assez de réfléchir ! Je demanderai à mère quelle fin elle a imaginé, cela m’éclairera peut-être.

Lorsqu’elle se retourna pour rentrer chez elle, un mélange ambigu d’excitation et d’angoisse l’étreignit. Alors, c’était cela que Didi avait éprouvé ! Elle tourna sur elle-même jusqu’à en avoir le tournis, contemplant les arbres identiques les uns des autres, sans le moindre indice pour qu’elle puisse retrouver son chemin.

Elle ne paniqua vraiment que lorsqu’elle se souvint que sa mère avait promis de lui préparer un plat avec de la viande. Elle resta un bon moment, immobile, ne sachant que faire, jusqu’à décider d’engager un chemin au hasard.

Et si elle tombait sur le bûcheron ? Ou pire… son fantôme ? Et si l’histoire était réelle, qu’elle s’était passée ici même, dans cette forêt ?

Un frisson glacé lui parcourut l’échine. Non, elle ne devait pas se faire une frayeur pareille, c’était une idée stupide…

Elle accéléra l’allure sans lever les yeux du sol. Si elle avait retrouvé l’usage de ses jambes, sa tête refusait de se lever, comme si quelque chose pouvait apparaître brusquement devant elle. C’était ridicule, mais la peur l’avait à moitié paralysée. Jamais elle ne raconterait cela à sa mère ou Ersa !

Son regard ne voyait que des bouts de branches et de feuilles orangées par l’automne défiler sur le sol. Elle commença alors à se convaincre de plus en plus de sa propre idiotie…

Juste avant que son pied ne se cogne contre cette masse, elle vit une touffe de poils sombres par terre. Son coeur tressauta violemment et elle recula vivement, pour mieux découvrir le garçon, étendu sur le dos, la tête penchée de l’autre côté.

Nadia sentit ses jambes flancher et elle tomba à genoux.

-Didi…

Le garçon ne bougeait pas, semblait évanoui. Son corps était maigre, sa peau mate, ses vêtements déchirés.Sa poitrine se soulevait assez pour affirmer qu’il était encore en vie.

« Mon dieu, il s’est fait chasser de chez lui, il va mourir de faim… »

Où était le bûcheron ? Ne devait-il pas venir le sauver ? Mais s’il ne le trouvait pas ? Alors l’histoire changerait : le bûcheron resterait seul pour toujours, mais encore vivant, tandis que l’enfant…

Une minute…s’agissait-il vraiment de lui ? Cela pouvait être une coïncidence. Nadia se souvint que Didi était censé avoir de la fièvre. Elle s’approcha à quatre pattes et posa la main sur son front. Elle se sentit glacé de l’intérieur en constatant la chaleur anormale qui émanait du garçon.

-C’est pas vrai…

Que devait-elle faire ? Le laisser, l’emmener ? Cette dernière solution lui semblait être la bonne. Elle tenta d’abord de le réveiller en lui administrant quelques claques. Les paupières de l’enfant bougèrent furtivement mais ne se relevèrent pas.

Elle essaya de le mettre sur son dos, mais il était plus lourd qu’elle ne le pensait…ou c’était elle qui était trop faible. Ceci était plus probable, car le garçon, qui semblait plus jeune qu’elle, ne pesait guère plus d’un petit sac de patates. Après tout, elle était partie l’estomac vide…elle ne put avancer que de quelques pas avant de relâcher l’enfant, épuisée par l’effort.

-Oh, que vais-je faire…Se lamenta-elle.

Le soleil, désormais haut dans le ciel, ne lui semblait pas être à sa place dans le brouillard qui lui obscurcissait l’esprit. Derechef, elle tomba à genoux, abattue.

Toutefois, elle ne resta pas ainsi longtemps, car elle se souvint de quelques paroles de sa mère. Face à l’adversité, elle se devait de toujours se tenir droite, d’accomplir le plus important, à savoir porter secours à ses prochains. Elle devait avant tout aider le garçon, qui était assez mal en point.

Elle fit un petit tas de feuilles, pas trop sales, l’allongea sur le dos, la tête sur ce tas, déchira un bout de sa tunique à elle, le mouilla de son eau, et le plaça sur le front du malade. Tout comme sa mère la lui faisait lorsqu’elle ne se sentait pas bien, elle caressa doucement les cheveux du garçon, espérant l’apaiser le mieux possible.

-Je ne te laisserai pas devenir un meurtrier, murmura-elle distraitement, je ne te laisserai pas le malheur de perdre un proche.

Ses pensées se tournèrent inconsciemment vers son père, vers cet homme dont elle ne connaissait pas le visage.

Ce fut le gémissement du garçon qui la fit revenir à la réalité. Ses yeux s’ouvrirent faiblement, montrant un regard très vague. Il ouvrit la bouche mais il n’en sortit qu’un son rauque. Nadia s’empressa de le faire boire.

-Comment vas-tu ?

Après qu’il eut fini-il ne devait plus rester beaucoup d’eau-, le seul mot qui franchit ses lèvres fit fléchir le cœur de la jeune fille.

-Maman…

Didi avait-il prononcé ce nom lorsque le bûcheron l’avait trouvé ? Serait-ce pour cela qu’il avait décidé de l’adopter ? Curieuse de voir des larmes jaillir de ses yeux, Nadia dit d’un ton qu’elle espérait assez déterminé pour rassurer l’enfant :

-Ne t’inquiète pas, je vais prendre soin de toi. Repose-toi, tu reverras bientôt tes parents.

Avant même que l’idée ne lui vienne à l’esprit, la petite berceuse que sa mère avait l’habitude de lui chanter sortit d’elle :

Va, va, petit bateau,

Aidé de ton petit voile

Tu navigues sur les eaux

Sous une couverture d’étoiles

Papa, maman, t’attendent

Toi, le fruit de leur bonheur

Les yeux vers l’horizon, ils chantent

Cette berceuse du profond de leur coeur…

Elle ne s’arrêta de chanter que lorsque sa gorge fut sèche. Le petit garçon s’était endormi, le visage paisible. Saisi par l’envie de faire de même, elle s’assoupit malgré elle et quitta la réalité.

***

 

-Il s’est réveillé ?

-Oui, il est dans le lit de mère. Le pauvre, il semble vraiment déboussolé.

-Comment nous avez-vous retrouvé ?

-N’oublie pas que mère connaît la forêt comme sa poche, ce n’était pas bien difficile d’explorer les environs. Dis-nous plutôt d’où sort ce garçon.

Nadia ramena ses jambes à son menton, tandis qu’Ersa attendait la réponse.

-Je ne sais pas. Didi était étendu par terre, évanoui, quand je l’ai trouvé.

-Didi ? Tu crois qu’il s’agit du personnage de l’histoire ? Allons, Nadia !

-Qu’en sais-tu ? C’est peut-être vrai !

-C’est peu probable. Vu sa peau mate, il doit venir d’une région lointaine, il n’a pas pu se retrouver ici par hasard, en s’étant perdu.

-Il a beaucoup marché, c’est tout…

Ersa éclata de rire.

-Désolée, c’est impossible.

Assa entra dans la chambre, l’air préoccupée.

-Nadia, pourrais-tu venir un moment ? Je pense qu’il vaut mieux que tu sois aux côtés de ce garçon, pour qu’il se détende un peu.

-Je ne sais pas si ça va servir à quelque chose…Il ne me connaît pas.

-Oui, mais il s’est plus habitué à ta présence qu’à la nôtre. Tu as quand même passé toute la matinée avec lui.

Nadia s’exécuta, peu convaincue. Elle trouva l’enfant assis dans le lit, le dos appuyé contre le coussin, le regard dérivant vers l’horizon par la fenêtre. Il se retourna vers elles à leur approche. Ne sachant que répondre d’autre, Nadia lança :

-Salut. Ça va ?

Le jeune inconnu secoua la tête.

-Je veux maman…

Assa s’approcha de lui, posa sa main sur la sienne le plus doucement possible. Elle lui expliqua d’un ton rassurant la situation, en voulant la présenter de manière moins désespérée qu’elle était. Mais l’évidence ne changeait pas : il serait très difficile, voir impossible de retrouver ses parents. Assa avait vaguement entendu des nouvelles d’enfants abandonnés, conséquence de la Grande Famine. Mais elle n’aurait pas cru que cette catastrophe s’était répandue aussi loin. Visiblement, le garçon ne se souvenait pas comment il s’était retrouvé dans la forêt. Ses parents étaient sûrement partis de leur village, village, n’ayant plus rien à manger, et l’avaient abandonné.

Le jeune garçon ne put contrôler sa douleur et des larmes coulèrent le long de ses joues, suivis de lourds sanglots.

Assa demanda à ses filles de le laisser seul. Ersa obtempéra mais Nadia ne comprit pas pourquoi. Il était évident que ce garçon avait besoin de soutien, et non de solitude. Mais le regard de sa mère l’obligea à obéir.

***

Durant les deux jours, Nadia ne revit pas le garçon. Il restait dans la chambre de sa mère sans en sortir, et cette dernière dormait avec ses filles. Elle lui apportait à manger régulièrement, mais ne restait pas longtemps avec lui. Le deuxième jour, Nadia lui demanda pourquoi il ne fallait pas lui tenir compagnie.

-Il a besoin d’être seul un moment, afin de digérer la séparation avec sa famille. Il traverse une épreuve très difficile, mais il vaut mieux attendre un peu avant de le tenir compagnie, pour qu’il ne se sente pas étouffé.

-Je ne comprends pas vraiment l’utilité, mais si tu le dis, mère, c’est que ça doit être vrai.

-Ta simplicité d’esprit t’évite d’approfondir sur les idées.

-Et c’est mal ?

-Haha, non, ma chérie, cette partie de ta personnalité peut te permettre d’accomplir de grandes choses, tandis que d’autres passeront leur temps à réfléchir jusqu’à perdre la motivation d’accomplir ce projet. Néanmoins, cela peut t’amener à plusieurs échecs qui te feront sûrement mal, mais si tu te souviens de ne pas abandonner, alors tu t’en sortiras.

-Promis !

-De quoi ?

-Eh bien, promis de ne jamais abandonner !

Assa sourit avec attendrissement en lui passant la main dans les cheveux d’un geste maternel.

-Ce serait bien que le garçon ressente de nouveau ça. Cet amour qui n’existe que dans la famille, fit remarquer Nadia.

***

Cette nuit-là, Nadia fut prisonnière d’un cauchemar. Elle se voyait à la place du garçon, seule et recueillie par une famille. Cependant, elle ne se trouvait pas dans une chambre, mais dans la salle à manger. Il y avait le bûcheron qui était arrivé, sa hache ensanglantée à la main, avec le garçon à la peau mate. Ils voulaient la manger et elle n’arrivait pas à fuir. Mais au moment où le bûcheron avait abattu son arme sur elle, le décor avait changé pour laisser place aux arbres serrés d’une forêt. Elle était cette fois-là dans les bras du bûcheron, qui suppliait des silhouettes indistinctes de lui laisser la garder. Elle éprouvait en elle-même cette douleur, cette peur de perdre un être cher.

Ce fut avec cette sensation qu’elle se réveillât. Elle constata que ses yeux et ses narines lui piquaient. Elle regarda par la fenêtre, contemplant la pénombre d’un regard vague, ce qui l’empêcha de constater tout de suite la présence d’une petite silhouette accroupie. Elle se leva en s’efforçant de ne pas faire le moindre bruit pour ne pas réveiller sa sœur et sa mère, et s’approcha de la vitre.

Elle reconnut le garçon de dos, il semblait entourer ses genoux de ses bras. Elle avait l’impression de regarder un tableau. Nadia éprouva un curieux sentiment de soulagement en le voyant hors de sa chambre. Elle songea à le rejoindre mais se rappela des conseils de sa mère. Cependant, l’image de cet enfant seul, au milieu des ténèbres, lui serrait le coeur et elle savait qu’elle se considérerait comme un monstre si elle le laissait ainsi.

***

-Toi aussi, tu as fait un cauchemar ?

Le garçon sursauta en l’entendant mais ne se retourna pas. Nadia s’assit près de lui et fixa l’horizon baigné dans la faible clarté émise par la lune. Elle se doutait qu’après deux jours de mutisme volontaire,elle ne le ferait pas parler avec une simple question. Elle poursuivit sur un ton enjoué :

-Moi, j’en ai fait un. C’est à cause de l’histoire que m’a racontée mère ! Et puis, il y avait toi aussi ! Et tu ne devineras jamais : tu voulais me dévorer ! Tu as demandé au bûcheron de…

A l’évocation de ce personnage, sa voix se brisa, et la frayeur qu’elle avait ressenti dans la forêt s’empara à nouveau d’elle.

-Dis…Tu n’as pas rencontre de bûcheron dans la forêt, hein ?

L’enfant se tourna vers elle d’un air perplexe. Ses pupilles sombres luisaient dans la nuit, ce qui angoissa encore plus Nadia. Peut-être que l’apparition de ce garçon correspondait à la suite de l’histoire, qu’il s’était enfui après que les villageois aient tué son père… Elle insista :

-Oh non, c’est vrai ? Tu as vécu avec un bûcheron ? Et les villageois…oh non…

Elle sentit les larmes lui brûler les joues.

-Didi !! S’écria-elle en le prenant dans ses bras.

-Lâche-moi ! Répliqua-il.

Sans obéir, Nadia le regarda, les yeux écarquillés, puis sourit. Il s’était exclamé avec une voix exaspérée mais tellement enfantine que c’en était adorable !

-Eh ben, voilà, tu peux parler, Didi !

-Je ne m’appelle pas Didi !

-Ah bon ?

-Il n’y a pas de  »ah bon » ! Comment as-tu pu croire que je m’appelais comme ça ! Et lâche-moi, je te dis ! Ajouta-il avec un soupir de soulagement lorsqu’elle s’exécuta.

-C’est que tu parles beaucoup pour un bébé !

-Je ne suis pas un bébé, j’ai…j’ai…

Il se mit à compter discrètement sur ses doigts, et Nadia ne put s’empêcher d’éclater de rire.

-Ne te moque pas, j’ai cinq ans ! Et bientôt six !

-Oh, fit la jeune fille avec d’un ton ironiquement épaté, et quand ?

-Bientôt, je te dis…

Visiblement, il avait oublié sa date de naissance. Il ne devait pas fêter son anniversaire avec sa famille. Peut-être qu’il n’avait pas reçu de grandes preuves d’amour de sa part. Dans un élan de compassion, Nadia se leva et proclama haut et fort, donnant alors dans sa voix un accent un peu perché :

-Alors aujourd’hui sera ton jour de naissance, puisque tu vas commencer une nouvelle vie avec nous, et que c’est la première fois que tu as accepté de sortir !

-Ne dis pas n’importe quoi ! Je n’ai pas de nouvelle vie ! Je ne vais pas rester ici !

-Ah oui ? Et qu’attends-tu pour partir ?

Il hésita en regardant le sol. Nadia se mordit la lèvre : elle venait de le rappeler implicitement qu’il n’avait plus nulle part où aller… Ne sachant quoi faire d’autre, elle préféra changer de sujet pour dissiper ce malaise :

-Si ce n’est pas Didi, alors comment t’appelles-tu ?

-Je ne sais pas.

-Tu ne sais pas ? Tu as oublié ?

-Non, je n’ai pas de prénom. Maman dit que c’est inutile, que de toute façon on mourrait bientôt.

Nadia se sentit à la fois consternée et bouleversée par cet aveu. Avec la Grande Famine, le malheur s’était abattu sur de vastes régions peuplées, jusqu’à priver les humains de tout espoir…

-Eh bien, elle s’est trompée.

-C’est toi, c’est vous qui avez faux. C’est vrai, pourquoi aurait-on besoin d’un nom ? Qu’est-ce que cela change de ne pas en avoir un ?

-Aucune idée.

Visiblement, le garçon ne s’était pas attendu à cette réponse. Nadia poursuivit :

-Mais mon nom est le premier cadeau que mère m’a offert, alors il est très précieux pour moi. Et même si c’est vrai qu’on va mourir un jour, eh bien justement, ce sera un jour, on ne sait pas quand. Mais aujourd’hui, on est vivants, alors pourquoi penser à un triste lendemain ? C’est plus joyeux de se concentrer sur aujourd’hui, quand on est en vie, de penser ce qu’on peut faire, non ? Et réfléchis, si tu accomplis quelque chose de génial qui te rend célèbre, ce serait mieux pour toi que tout le monde te connaisse ! Et c’est là que c’est important d’avoir un prénom, sinon tu peux passer à côté de quelque chose de super, comme devenir riche !

Un silence suivit ses paroles tandis que le garçon ne semblait pas savoir quoi dire. Il finit pas lâcher :

-Toi aussi, tu parles beaucoup pour un bébé.

-Hé, je ne suis pas un bébé ! J’ai déjà huit ans ! Bientôt neuf !

Sa frustration s’estompa en voyant l’air amusé sur le visage de l’enfant.

-Bref, de toute façon, pas question de te laisser sans nom si tu restes ici.

-Je t’ai dis que…

-J’aimerais bien que tu t’appelles Didi, mais si ça ne te plaît pas, tant pis. Et pour ton âge, vu que le jour d’aujourd’hui est ton nouveau jour d’anniversaire… non c’est trop étrange si on recommençait à zéro.

-Quoi, tu voulais même recompter à zéro ?

-Bon, on va dire que tu as six ans, maintenant.

Puis elle rassembla tout l’air dans ses poumons avant de lâcher le plus fort possible :

-JOYEUX ANNIVERSAIRE!!!!

***

-Vous ne pouvez pas deviner à quel point j’ai eu peur…En découvrant que vous n’étiez pas dans votre lit…

Devant l’inquiétude de sa mère, Nadia réprimait un éclat de rire.

-Vraiment, Nadia, à quoi pensais-tu en criant ainsi ? Heureusement que nous vivons loin du village, je n’ose imaginer la confusion que tu aurais provoqué…

-Je suis désolée, mère, répéta l’enfant pour la énième fois, mais il le fallait, c’est son anniversaire aujourd’hui !

-Combien de fois je devrais te le répéter, je…

-Tais-toi, Didi, et contente-toi d’attendre ton cadeau, je vais te préparer une surprise grandiose !

-Je ne m’appelle pas Didi !

-Si tu ne veux pas choisir de prénom, c’est ainsi que tu t’appelleras !

-Tu m’énerves !

-C’est réciproque ! Enfin dans le sens où tu m’énerves aussi.

Ils arrêtèrent leur dispute en entendant Ersa et Assa s’esclaffer. Le garçon s’irrita de plus belle :

-Et voilà, à cause de toi, elles se moquent de nous !

-C’est parce que tu es méchant, rappelle-moi qui t’a sauvé, hein ?

-Un sale singe qui n’arrête pas de chercher des poux !

-Bon, ça suffit, maintenant, intervint Assa d’un ton néanmoins amusé puis se tourna vers le garçon. Excuse-moi, nous n’avons pas de quoi faire un gâteau, mais nous nous débrouillerons pour te concocter un bon petit plat. Ersa est une excellente cuisinière.

Il détourna ses yeux avec une mine renfrognée, mais Assa n’abandonna pas.

-Je sais que malgré ton jeune âge, tu es assez intelligent pour savoir ce qui est bon pour toi. Repartir seul, ou rester ici. Sache que nous serons plus que ravis de t’accueillir parmi nous. Nadia également, même si elle ne le montre pas comme il le faut. Qui sait, peut-être qu’un jour, tes parents passeront par là, et tu les retrouveras. Pour l’instant, ton devoir est de grandir correctement pour pouvoir devenir quelqu’un de fort et en bonne santé.

-Bon…d’accord…

Nadia ne chercha pas à cacher son enthousiasme. Elle commença à sautiller vivement.

-Super !! Tu es mon petit frère !

-Mais à condition que cette sorcière ne s’approche plus de moi.

-Quoi ?! S’étrangla l’intéressée. La sorcière ?! Comme tu voudras, alors à partir de maintenant, tu ne t’appelleras pas Didi, mais crotte de rat trouvée dans une poubelle à côté de chez…

-Nadia, tu ne vas pas te battre avec plus petit que toi ! La réprimanda Ersa.

-Mais je l’aide, il ne sait pas quel nom choisir !

-Vous savez, dit leur mère, j’avais réfléchi au prénom que je voudrais si j’avais eu un garçon.

-Et c’est quoi ?

-Salamel. Autrement dit  »les flammes du coeur ».

-Oh, c’est magnifique ! S’émerveilla Ersa.

-Alors, qu’en dis-tu ? Demanda Assa au garçon.

-C’est pas mal…

-Tu rigoles, c’est bien trop beau pour toi ! Dit Nadia.

-J’accepte ce prénom !

-Je rêve ou tu acceptes pour me contrarier ?

Le garçon laissa échapper un rire discret et lâcha :

-Et merci, Nadia.

Une part de lui avait espéré qu’elle n’entende pas, mais ses oreilles fonctionnaient mieux qu’il l’avait pensé. Elle lui ébouriffa les cheveux sans retenue :

-Je ne sais pas de quoi, mais de rien. A présent, n’hésite pas à m’appeler Votre Altesse la grande et merveilleuse Nadia !

-Je ne serai plus jamais gentil avec toi !

Le garçon se nomma ainsi Salamel, surnommé plus tard Salm, et était entré dans la famille Eyan à l’âge de six ans.

Les premiers jours, il attendait la venue des parents, mais plus le temps passait, plus il se rapprochait des filles, plus il se sentait à l’aise dans cette maison et se sentit comme un membre à part entière.

Les liens de sang importaient bien peu, c’étaient elles sa famille, elles qui lui étaient si chères, à présent…

Nadia et Ersa: Chapitre 7

Nadia et Ersa: Chapitre 7 dans Histoire: Nadia et Ersa manga-3258-300x269

Cette image présente une fleur appelée pois de senteur, et symbolise le départ…

La décision lui vint assez rapidement. Nadia choisit de ne pas encore en parler à Salm et sa mère. De toute façon, il était tard et il serait idiot de les réveiller alors qu’ils avaient mis tant de temps à trouver le sommeil. Mais elle non. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, l’image de sa sœur enfermée dans une chambre close s’imposait dans son esprit. Il lui arrivait aussi de l’imaginer aux bras d’un crapaud baveux qui représentait le prince, et elle devait se contenir de rire. Elle avait une manière bien à elle pour se remonter le moral.

Mais très vite, elle eut conscience qu’elle ne pouvait en aucun cas laisser Ersa livrée à elle-même. Elle savait que peu importe la quantité d’or que lui offrirait le prince, rien n’apaiserait sa tristesse. Elle préférait la vie libre, près de la nature, plutôt que dans un château, avec des gardes la suivant où qu’elle aille, toutes ces tapisseries dont l’odeur se mélangeait désagréablement à celle des objets de valeur.

D’ailleurs, Nadia trouvait l’idée du prince tombé amoureux d’Ersa assez drôle, malgré elle. L’homme le plus influent du royaume succombant aux charmes d’une paysanne ! Décidément, personne ne pouvait battre sa sœur !

Non, il n’y avait rien de sûr. Le prince avait tout simplement cru en un coup de foudre seulement parce qu’il la trouvait belle. Qui sait si son amour était vraiment sincère et allait au-delà des apparences. Cela étonnerait fortement Nadia. Elle savait qu’au palais résidaient des femmes tout aussi raffinées les unes que les autres. Elle craignait qu’avec elles, le prince se lasserait d’Ersa et la jetterait…elle grinça des dents à cette pensée. Evidemment, elle était certaine qu’Ersa surpassait toutes ces nobles dames. Elle possédait toutes les qualités qu’une femme pouvait avoir et, en plus de cela, elle n’avait pas en elle l’arrogance qui caractérisait généralement toutes celles ayant la richesse nécessaire pour acheter trois ou quatre champs. Mais elle se doutait que le prince fût assez perspicace pour comprendre cela.

Elle ne pouvait empêcher son corps de frémir à la pensée de ce dernier. Elle ne l’avait jamais rencontré, mais elle ne lui pardonnerait jamais d’avoir profité de son pouvoir sur sa sœur pour satisfaire son égo. Elle n’arrivait même pas à éprouver ne serait-ce qu’un peu de reconnaissance pour l’aide qu’il apportait à sa mère. Finalement, il se moquait bien de sa guérison. Seule Ersa l’obsédait et pour cela, il était prêt à tout, à savoir jouer avec la bonté des autres sans tenir compte du chagrin qu’il pouvait occasionner.

Non. Elle ne pouvait laisser Ersa l’épouser. C’était une idée inconcevable. Si rien ne pouvait faire changer d’avis le prince, alors il ne restait que l’attaque. Une de front serait un choix trop dangereux et pas très judicieux. Une seule solution s’offrait donc à elle : la ruse. Elle dut user de tous les moyens possibles pour apaiser son cœur qui commençait à tambouriner dans sa cage thoracique comme un lion en cage. Mais elle ne pouvait empêcher l’inquiétude mêlée à de l’excitation d’envahir tous ses membres d’une nouvelle énergie jusqu’ici inconnue. Elle savait que ce qu’elle voulait faire était très risqué, mais marquait un tournant décisif dans sa vie. Mais elle ne voyait pas d’autre choix. Elle se surprit d’accepter cette décision avec plaisir.

Elle ignorait encore comment elle allait procéder, mais elle s’infiltrerait dans le château et, par n’importe quelle façon, trouverait Ersa et la ramènerait.

Ce fut en élaborant mille et un plans qu’elle parvint à sombrer dans le sommeil.

***

 

Salm se réveilla un peu avant l’aube. Le ciel avait déjà commencé à se teindre d’une couleur bleue acier. Il sentit une petite douleur sur son bras droit. Effectivement, il s’était assoupi sur lui et n’avait pas changé de position durant la nuit. Il était dans sa chambre, qu’il partageait avec ses sœurs.

Il se releva et, comme à son habitude, essaya de se souvenir de quoi il avait rêvé. La première chose qui lui vint à l’esprit fut le déroulement de la veille.

Il se tourna vers le lit de Nadia et Ersa. La première dormait, en jugeant par sa respiration qui soulevait régulièrement ses épaules, tournée au mur. La deuxième était absente. A cette vue, la contraction qui ne l’avait pas quittée jusqu’à ce qu’il s’endorme apparut de nouveau. Elle serra son cœur en la pressant de toutes ses forces et il eut l’impression d’étouffer.

Il se leva sans un bruit et alla chercher un verre d’eau. La maison plongée dans l’obscurité lui donnait un sentiment de solitude, comme s’il était seul au monde. Il se laissa tomber sur la chaise, comme empli d’une profonde lassitude. Il était complètement déboussolé, ne savait que faire. Il détestait l’idée de rester sans agir, sans rien tenter pour aider Ersa. Il avait également peur que ses actions eussent des répercussions sur sa mère. Il était conscient de la chance qu’elle avait et il en était extrêmement soulagé. Mais, évidemment, il lui était impossible d’être parfaitement heureux avec le départ forcé de sa sœur. Et si Nadia avait raison ? Et si c’était de sa faute ? Et s’il avait dû insister encore plus ? Avait-il fait le mauvais choix ? Aurait-il dû se révolter contre le prince ?

Ses yeux s’emplirent de larmes. Non, il n’aurait jamais eu le courage. Il n’était pas comme Nadia. Il était l’homme de la maison, mais il ne possédait aucun moyen pour protéger sa famille. Un seul mot pouvait le caractériser entièrement : il était lâche. Il frappa machinalement la table du poing. Des veines saillaient de sa main serrée douloureusement.

Il resta ainsi, durant quelques instants, le regard fixé sur son pantalon gris où venaient tomber quelques larmes telles des gouttes de pluie. Une voix derrière lui le fit sursauter :

-Salm ?

Nadia se tenait près de lui. Comme d’habitude, elle s’était approchée en effaçant sa présence. Il y avait plusieurs années, elle s’était entraînée à le faire afin de rendre ses farces encore plus surprenantes. Petit à petit, elle avait totalement adoptée cette manière de marcher.

Malgré ses traits épuisés, elle semblait inquiète. Il se dépêcha d’essuyer ses joues humides.

-Tu n’arrives pas à dormir ? Lui demanda-il.

-J’ai entendu un bruit et ça m’a réveillé.

-Ah, désolé, j’avais oublié que tu avais le sommeil fragile.

-Oui, j’ai cru un instant que ce voleur était revenu faire des siennes.

Depuis cette mésaventure où un homme avait voulu dérobé leurs rares objets, Nadia ne dormait plus qu’à un œil. Elle avait pu intercepter ce voleur seulement en allant aux toilettes.

-On aurait peut-être pas dû le laisser s’enfuir, remarqua Nadia.

-Avec la correction que tu lui as infligé, ça m’étonnerait qu’il revienne par ici.

-Qu’est-ce qui t’arrive, Salm ?

-Quoi ?

-Tu as pleuré ?

Ses yeux pouvaient fendre le voile de la pénombre, tels ceux d’une chauve-souris. Salm, ne sachant que répondre, lui adressa un faible sourire en signe de réponse.

Alors Nadia fit une chose qui le stupéfia.

Il se retrouva soudainement enveloppé dans ses bras, sentit sa chaleur se diffuser dans son corps. Malgré sa surprise, il se sentit apaisé, comme si tous ses problèmes s’étaient évacués d’un seul coup. L’odeur des bois et du savon de sa sœur s’imprégna sur lui. Ses yeux écarquillés se refermèrent un moment, afin de profiter de cette sensation de bien-être.

-C’est à cause de ce que j’ai dit, hier ? Murmura-elle au creux de son oreille.

Il était rare que sa voix se fasse douce, mais lorsque c’était le cas, elle avait le pouvoir de réchauffer n’importe quel cœur endolori. C’était comme le murmure du vent après une journée de tempête.

Salm secoua la tête. Il n’osait pas parler, de peur de briser cet instant unique, qu’il s’évapore et qu’il se retrouve dans son lit.

-Dis-moi ce qui ne va pas…

Tout en caressant ses cheveux d’un geste serein, elle entonna une mélodie que leur mère les avait appris lorsqu’ils étaient enfants.

Va, va, petit bateau,

Aidé de ton petit voile

Tu navigues sur les eaux

Sous une couverture d’étoiles

Papa, maman, t’attendent…

Le rire de Salm l’interrompit. Elle ricana :

-Oui, je sais, je chante faux.

-Ne t’inquiète pas, c’est moins pire que je le pensais.

-Merci.

-Tu te rappelles le premier jour où on s’est parlé ? Je t’avais aussi trouvé éveillé au beau milieu de la nuit.

-Oui, et on s’est plus disputé que parlé.

Il s’écarta d’elle, de sorte à voir son visage. Avec ses yeux bleus brillants dans l’ombre, elle ressemblait plus que jamais à Ersa. Son visage affichait un sourire taquin qui effaça les dernières larmes invisibles de son âme.

-Je n’ai peut-être pas fait comme il le fallait pour essayer de convaincre Ersa.

-C’est bien ce que je disais, c’est à cause de moi que tu es dans cet état.

-Non, c’est moi, j’aurais dû…

-Tatata ! Je ne veux plus entendre des sottises pareilles !

Salm remarqua qu’elle imitait leur mère lorsque l’un des enfants tentait de s’excuser pour une erreur commise.

-Tout ce que j’ai dit était faux, c’était sous le coup de la colère. Tu me connais, quand je suis dans cet état, je dis n’importe quoi. Ce n’est d’ailleurs pas très mature de ma part… Donc tu n’as aucune raison de t’en vouloir…à moins que ce soit toi qui es appelé le prince ici pour l’offrir une ou deux poules mais qu’il ne s’est pas contenté de ça ?

Elle le regarda d’un air exagérément soupçonneux, le sourcil levé, et ils s’esclaffèrent.

-Au fait, il était comment, ce prince ? C’était un gros tas de chair avec des petits pieds et un visage tout déformé ?

-Tout le contraire. Il avait une grande silhouette très élégante et c’était l’homme le plus beau que j’ai vu.

-Forcément, en voyant la tête de Rhom, il doit y avoir une sacrée différence…

-S’il ne l’avait pas forcé à l’épouser, je pense qu’Ersa et lui formerait un beau couple.

-Difficile à imaginer dans ces circonstances. Et les Combattants, comment étaient-ils ?

-Ils étaient très impressionnants. Malgré cette chaleur, ils portaient une lourde armure en fer et ils ne transpiraient même pas ! Il y en avait un qui était assez drôle, il a même essayé de séduire Ersa ! Et il faut avouer qu’il était plutôt doué. Par contre, son camarade était très intimidant. Il ne souriait pas et ses yeux semblaient prêts à nous foudroyer si on disait une parole de travers. D’ailleurs, il ne parlait pas beaucoup, mais il a tout de même demandé à mère si…

Il s’arrêta, se demandant si c’était une bonne idée d’évoquer ce sujet avec Nadia. Juste avant de partir, le Combattant s’était un peu attardé et avait demandé à sa mère une chose assez troublante :

-Seriez-vous la femme de Bram ?

Sa mère se serait écroulée si Salm ne l’avait pas retenu. Des larmes perlaient au coin de ses yeux et sa lèvre inférieure tremblait. Elle avait baissé la tête sans fournir de réponse. Sa réaction bouleversée était sûrement suffisante. Il avait fait une révérence à peine perceptible et avait tourné les talons.

Salm n’avait pas osé demander s’il s’agissait du nom du père de ses sœurs- il n’arrivait pas à le considérer comme le sien, puisqu’ils ne se connaissaient pas. S’il s’avérait que ce fût le cas, alors cela relevait des mystères sur ses liens avec les Combattants.

C’était une information assez importante, mais Nadia ne voulait peut-être pas en entendre parler. Il savait ce qu’elle pensait de son père. Elle l’encouragea à poursuivre :

-Il a demandé si ?

-Ça concerne ton père.

Elle fronça les sourcils dans une mine intriguée. Il sut alors qu’il ne pouvait plus faire machine arrière, qu’il en avait trop dit et pas assez, que la curiosité de sa sœur était trop grande pour être comblée par un détournement de sujet.

-Il a demandé à mère si elle ne serait pas la femme de Bram. Et elle a réagi comme si c’était le cas. Est-ce que ce serait le nom de…

-Aucune idée, lâcha-elle sèchement.

Son visage s’était crispé. Voir que ceux qui avaient pris Ersa avaient un lien avec le père qu’elle haïssait devait être une vérité difficile à accepter.

« J’aurais dû m’y attendre. »

Elle semblait profondément plongée dans ses pensées et Salm tenta aussitôt de lui changer les idées.

-Et tu sais quoi, je crois que le prince a rencontré Rhom, qui lui a dit de faire attention à une bête sauvage qui rôde autour d’Ersa ! Tu as vu, ta réputation va même aller jusqu’au palais !

Il fut satisfait de voir que Nadia appréciait cette nouvelle. Mais elle retrouva très vite son sérieux. L’intuition du garçon lui dit que cela n’était plus en rapport avec son père. Après ces années passées avec elle, à la voir organiser toutes sortes de plans contre des garçons comme Rhom, il en déduisit qu’elle manigançait encore quelque chose.

-Euh, Nadia…

Elle planta son regard dans le sien et il y lut une détermination inflexible qui illuminait sauvagement ses yeux.

-Salm, j’ai décidé d’aller au château et de ramener Ersa coûte que coûte.

Il s’apprêta à protester mais elle ne lui laissa pas le temps.

-Ecoute-moi jusqu’au bout. Arrivé là-bas, je saurai me débrouiller pour trouver une solution. Cela pourrait prendre longtemps mais j’y arriverai, je te le promets. Quant à toi, veille sur mère et à ce que les médecins fassent bien leur travail. Ils ne verront jamais qu’il manque quelqu’un puisque le prince lui-même n’est pas au courant de mon existence. Je dois y aller, je sais que c’est dangereux, mais c’est le seul moyen pour aider Ersa, tu comprends ?

Salm poussa un long soupir. Il était évident que sa sœur aurait préféré mourir plutôt que de rester les bras croisés, quitte à tenter le tout pour le tout. Elle était encore plus têtue qu’Ersa, il lui était donc impossible d’essayer de la raisonner. S’il l’attachait à une poutre de la maison, elle trouverait une manière de se libérer. Et puis, il devait avouer qu’il n’était pas contre le fait de ramener leur sœur. Il savait que c’était très risqué, mais également que Nadia était assez maligne pour ne pas se faire prendre. Il était conscient des conséquences désastreuses que cela pouvait engendrer, qu’elle réussisse ou non…mais s’il laissait une occasion de sauver Ersa, il regretterait toute sa vie de l’avoir abandonné. Il aurait voulu accompagner Nadia, mais évidemment, il devait s’occuper de leur mère.

Visiblement, l’intrépidité insouciante de sa sœur l’avait contaminé lui aussi.

Il se contenta de dire :

-Tu es la fille la plus folle qui existe en ce monde.

Un grand sourire éclaira le visage de la jeune fille.

-Je savais que je pouvais compter sur toi.

-Tu as intérêt à revenir.

-Ne t’inquiète pas, je ne me ferai pas prendre. Tu me connais, je suis très intelligente pour éviter cela !

-Mais mère…je ne sais pas si elle va accepter.

-On verra. Le soleil ne va pas tarder à se lever, on ferait mieux de se reposer un peu.

Ils retournèrent dans leur chambre. Tout en s’allongeant dans son lit, Salm éprouvait un sentiment étrange, une pointe d’anxiété mêlée à une telle impatience qu’il n’avait jamais ressentie auparavant. Il avait acquis la certitude que Nadia pouvait réussir.

***

Nadia s’était attendue à ce que sa mère proteste, désapprouve son projet. Elle fut donc étonnée de voir qu’il n’en avait été rien. Après un silence plein de tensions, elle avait seulement lancé :

-Je me doutais que tu proposerais cela.

Et avec un soupir, elle avait poursuivi :

-Les médecins seront là demain matin. Autrement dit, tu as jusque- là pour partir.

-Je partirai dès aujourd’hui.

Le plus tôt serait le mieux. Malgré sa détermination, elle craignait d’abandonner sous le poids de la culpabilité à l’idée de laisser sa mère.

Dans un sac assez usé qui lui avait servi depuis dix ans, elle mit quelques vêtements de rechange, un haut et deux pantalons, une couverture, deux gourdes d’eau, deux tranches de pain et un pot contenant du ken et un peu de miel. Salm avait répliqué que cela ne suffirait pas.

-Ne t’en fais pas, la forêt regorge de surprises! Et puis je pourrai chasser.

Pour cela, elle avait pris un couteau et taillé le bâton avec lequel elle s’entraînait habituellement, jusqu’à ce que le bout devienne parfaitement aiguisé. Elle n’avait jamais tué d’animal mais elle se disait que si les villageois y arrivaient, elle aussi pourrait le faire.

Sa mère avait insisté pour qu’elle prenne au moins quinze pièces de bronze et quatre d’argent, qu’elle accepta à contre cœur.

Les préparations prirent la journée entière et ce fût au crépuscule que les adieux se firent, devant la maison. Salm lui rappela une dernière fois toutes les recommandations qu’il lui avait faîtes depuis que le soleil s’était levé :

-N’oublie pas de te déguiser, on risque de remarquer ta ressemblance avec Ersa. Ne fais rien qui puisse attirer l’attention, surtout des Combattants. N’accorde ta confiance à personne, ne te bats pas, fais attention au temps, ne mange pas tout d’un…

-Salm, tu es sûr de ne pas avoir échangé de conscience avec mère ? Je sais ce que je dois faire, je serai très prudente !

Assa s’était avancée pour prendre la parole. Durant la journée, elle n’avait parlé qu’à de rares moments.

-Je sais que tu en veux au prince, mais sache qu’il est bon et qu’il n’a pas proposé de m’aider seulement pour séduire Ersa. Je l’ai lu dans ses yeux, il y avait une gentillesse sincère qui y transparaissait.

Nadia ne prêtait pas grande importance à cette information. Il y avait autre chose qu’elle voulait demandée à sa mère mais qu’elle avait pendant la journée sans cesse repoussée à plus tard. A présent, elle ne pouvait plus fuir.

-Mère, je suis navrée d’aborder un sujet si délicat, mais il faut que je sache. Salm m’a raconté ce que le Combattant t’avait demandé hier. Est-ce qu’il connaît…père ?

Ce mot lui laissait un goût acre sur la langue. Malgré le chagrin qui se lisait dans son regard, sa mère ne perdit pas son sourire.

-C’est un peu compliqué. Vois-tu, si je te laisse partir, c’est que je sais qu’il y a beaucoup de chances pour qu’il ne t’arrive rien. Évidemment, une des raisons majeures est la confiance que j’ai en toi, mais je sais également que ce voyage est indispensable pour toi, pour que tu apprennes la vérité sur ton père, sur notre famille.

Nadia se sentait dérouter par de telles révélations. Elle se tourna vers Salm, qui lui exprima son ignorance d’un haussement d’épaules.

-Je ne comprends pas trop où tu veux en venir, mais le plus important c’est que tu te reposes. Lorsque je rentrerai, je veux te voir dans la meilleure des formes possibles, prête à me dire que tu ne croyais pas me revoir de sitôt !

-Décidément, tu ne te prends jamais la tête, dit Salm.

Elle remarqua que les yeux de son frère étaient légèrement humides. Elle s’approcha de lui et lui ébouriffa affectueusement les cheveux.

-Toi non plus, tu n’as pas intérêt à faillir à ta mission et n’oublie pas de me cuisiner un bon petit plat, ou je mange ta petite frimousse, compris ?

-Promis !

Elle embrassa sa mère et diffusa tout son amour pour elle dans son étreinte.

Après un dernier regard à sa famille pour imprimer cette image dans sa tête, elle tourna les talons et s’enfonça dans les bois, nullement inquiète de ce qui l’attendait.

12/06/15: Vive les vaaaaaaaaaacs…

12/06/15: Vive les vaaaaaaaaaacs... dans Yosh!! manga-3252-300x222

‘Suis en vacaaaaaaaaanceees!!!!!

Mon année de seconde vient de se terminer, et franchement, ça a été la plus belle que j’ai eu! Le lycée change beaucoup du collège, on a plus de liberté par exemple, au début ça me faisait assez bizarre, je ne savais pas trop où aller lors de mes heures d’étude, mais je m’y suis habituée et à présent, j’ai l’impression d’avoir passé toute ma scolarité au lycée! Il faut dire que cette année m’a semblé durer longtemps, que la rentrée 2014-2015 s’était déroulée il y a plus de deux ans, et en même temps le temps a semblé filé rapidement.

Quand je me repasse les moments au lycée, je me dis que j’ai vécu pas mal de trucs, que je me suis créée des souvenirs franchement supers. Je n’arrive pas à me rappeler des détails, mais je garde en moi un sentiment de joie, de satisfaction: sans me vanter, j’ai fait de mon mieux pour être fière de mon travail, pour ne pas baisser, j’ai parfois mis les bouchées doubles pour certains contrôles, et la plupart du temps, mes efforts ont été récompensés…bon, sauf en sport, mais là c’est une autre histoire: c’est normal. Bien sur, il m’arrivait d’être découragée ou déçue, mais grâce à ma bonne humeur quotidienne grâce à mon entourage, je retrouvais assez vite le moral, tout en me disant que j’étais pas morte donc fallait pas que je fasse ma fragile, wesh!

J’ai retrouvé ma meilleure amie, on s’est retrouvé dans la même classe, ce qui est un énorme coup de chance, sachant qu’on était dans des établissements différents l’année dernière. J’ai pu également être avec  »Odaniep », un ami que j’ai appris à mieux connaitre et qui s’est révélé…non, il n’était pas méchant, loin de là, mais il était plus mature et dingo que je le pensais…mais c’est pas un mauvais point! J’ai aussi rencontré de nouvelles personnes, avec qui j’ai partagé ma passion pour les mangas… enfin il s’agit surtout d’une amie en particulière, qu’on appellera  »A.la fragile ». C’est rare une fille qui aime autant les mangas, donc je suis vraiment heureuse d’avoir été dans sa classe… un peu hein, prends pas la grosse tête.

Peu à peu, on a commencé à traîner ensemble de plus en plus souvent, jusqu’à former une véritable bande d’amis ringards, dingues, horriblement gamins, bizarres…mais on se sentait à l’aise, et c’est ça le plus important…hein? Nos blagues, bien que débiles (SUUS), m’ont énormément fait rire et emplissaient mes journées d’un bonheur agréable à vivre. Et puis, on avait les mêmes centres d’intérêts, et faut dire que c’est assez difficile de trouver des gens qui aiment autant les mangas, qui soient aussi enfantins que nous, qui nous acceptent aussi bêtes et louches qu’on puisse être, et de ce côté-là, je me sens franchement chanceuse.

Aujourd’hui, le dernier jour, était très réussi. Je l’avais passé avec mon groupe adoré de tarés mentaux, et ça suffisait largement. Les  »adieux » étaient émouvants, avec le soleil couchant en arrière-plan, éclairant de ses rayons chaleureux nos larmes brillantes… non, je rigole, on s’est dit bonnes vacs sous un ciel avec des nuages gris en forme de caca, bref c’était pas si mal.

De toute façon, pas question de ne pas se voir durant deux mois et demi!

L’ambiance de la classe va me manquer, même si je n’étais pas proche avec les autres, mais la plupart (j’ai bien dit la plupart) était plutôt sympa.

Bref, comme tout le monde, je me plains de l’école, je cherche parfois des raisons pour me dire que ça sert à rien d’y aller (rarement, hein), mais c’est là que je passe mes plus beaux moments en dehors de ceux avec ma famille. C’est un magnifique lieu de rencontre! Et puis, les cours me poussent à faire des efforts, à me surpasser, à ne pas abandonner, à me relever à chaque échec, à devenir plus forte…ouais, c’est comme ça que je considère les contrôles, des examens pour tester ma détermination… bon, après ça change rien au fait que je suis comme vous, que ça me stresse, que j’ai envie de prendre un flingue, pour…ah, pas vous? Bon, j’ai rien dit. L’année prochaine, je passe en première, puis en terminale, donc l’année ne se finira plus de façon aussi tranquille…peu importe, je braverai tous les dangers!

Pour la fin, je vous propose les photos de mes trois amis (oui, j’en ai que trois, ça te pose un ‘blème? )

Ma meilleure amie

Ma meilleure amie

Odaniep

Odaniep

A. la Fragile

A. la Fragile

 

Et moi!

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Voilà, à tous ceux qui passent le brevet, le bac ou n’importe quel exam, bossez à fond pour ne rien regretter, soyez badass!!!!!!

Et soyez pas comme ça:

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Loul

 

10/06/15: Les Hauts de Hurle-Vent: Effrayant mais envoûtant

10/06/15: Les Hauts de Hurle-Vent: Effrayant mais envoûtant dans Yosh!! manga-3233-185x300

Normalement, pour que je lise un classique, ça doit être un prof qui m’y oblige, et je n’aime pas quand on m’oblige à lire un livre, donc je n’ai pas le plaisir de lire, en plus à la fin y a un contrôle susceptible de baisser ma moyenne, donc… Bref, pour la première fois, j’ai pris l’initiative de lire un classique, en commençant par Les Hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë. J’ai beaucoup entendu parler de ce livre, je connaissais à peu près l’histoire, mais cette dernière était beaucoup plus profonde que je le pensais… Et je comprends pourquoi il figure dans les meilleures romans anglais.

Je commence par le résumé: un soir pluvieux, Mr. Earnshaw rentre chez lui en compagnie d’un jeune bohémien qu’il a trouvé sur sa route. Son fils, Hindley, n’hésite pas à le maltraiter tandis que sa cousine, Catherine, commence à nouer des liens étroits avec le nouveau venu appelé Heathcliff. Face à Hindley et bien d’autre qui le tyrannisent, Heathcliff développe en lui des sentiments haineux qui l’amène à la recherche d’une vengeance. Sans compter que le destin des différents personnages s’entremêlent pour en créer d’autres.

Au début, le narrateur est un homme qui loue la propriété de Grange, appartenant à un certain Mr Heathcliff. Lorsqu’il rencontre la famille du château des Hauts de Hurle-vent, j’avais l’impression qu’il décrivait un tableau fantomatique, effrayant. Tout au long du livre, cette idée me revenait fréquemment en tête, ce qui me terrifiait un peu.

Ensuite, il rencontre sa dame de charge, Mrs. Dean, qui lui raconte l’intégralité de l’histoire de ce Heathcliff si froid et hostile. Ainsi, on retourne des années en arrière, et la dame raconte tout, jusqu’à arriver au moment présent.

Il y a tellement de choses à dire, donc je commence par ces personnages si exceptionnels: ils sont vraiment particuliers, notamment Heathcliff qui n’est pas un héros ou anti-héros attentionné. Il est obnubilé par la vengeance, ce qui le rend vraiment dangereux, impliquant comme le petit Hareton, le fils de Hindley, ce qui le rend froid et calculateur. La brutalité qui le caractérise me donne des frissons et chaque fois qu’il apparait, je tremble pour les personnes obligées à se confronter à lui et son humeur imprévisible. Cathy est également intéressante, ce sont ses sentiments qui construisent presque toute l’histoire. Elle devient de plus en plus égoïste, orgueilleuse, mais pour ma part, je ne la déteste pas. Aussi vaniteuse puisse-elle l’être, rien ne peut changer le lien unique qu’elle partage avec Heathcliff, ni ses sentiments inavouables mais puissants qu’elle ressent envers lui.

Ce couple est vraiment différent de tous les autres que j’ai pu voir. L’amour évident qui existe entre eux deux, mais qui ne peut être profité pleinement par eux accroît la cruauté de cette histoire. Chaque fois que je pense à ça, à ce lien si fort si indestructible qu’une séparation peut provoquer le désespoir ultime et la folie chez Cathy, je sens quelque chose d’inconnu remuer dans mon coeur. Ce couple m’a vraiment marqué!
Les personnages sont la grande plupart du temps plus hostiles que gentils. L’auteur s’amuse d’une main d’experte à mettre en valeur les pires côtés, surtout l’égoïsme. Mais cela nous prête à réflexion: par exemple, la méchanceté de Heathcliff peut, pour moi, être justifié par le rejet qu’il a subi enfant. Mais, vu le nombre de ses actes barbares, tout ceci pourrait-il être justifié par cette raison? N’est-ce pas exagéré?
En clair, ils sont magnifiquement développés et ont l’air réellement vivants.

J’ai été particulièrement marquée par l’attitude de Catherine ( la deuxième) face à Hareton. Lorsqu’il fait des efforts pour lui plaire, alors que dans un roman normal la fille approuverait d’une manière ou d’une autre cette intention, dans les Hauts de Hurle-vent, elle crache sur le garçon. De ce fait, je ressens une certaine antipathie pour cette fille, dont je trouve le côté capricieux plus insupportable que celui de sa mère, elle se rapproche de Hareton lorsque cela lui chante…peut-être aussi parce que je suis assez attendrie par le caractère de ce dernier. C’est lui qui a le plus souffert et malgré son grand âge, il me donne encore l’impression d’un enfant, avec sa grande envie mais timide d’apprendre.

J’aime bien aussi la relation qu’entretiennent Heathcliff et Mrs. Dean. Il me semble que cette dame est la seule personne, hormis Cathy évidemment, que l’homme trouve sympatique ou du moins ne la déteste pas et ne lui veut (presque) pas de mal. Du côté de Mrs. Dean, elle me rappelle une mère qui, malgré les bêtises que puisse faire son fils, ne peut pas haïr ce dernier et le considère toujours comme un enfant (enfin, d’après les commentaires à la fin du livre, plusieurs trouvent qu’elle ressemble à une commère…mais ça n’a pas été l’impression qu’elle me donnait). Bon, après, difficile d’affirmer avec un personnage pareil!

L’atmosphère est très sombre, presque lourde, je m’imagine constamment un ciel chargé de nuages qui obscurcit le paysage, même lorsqu’il est dit qu’il y a du soleil. L’auteur n’hésite pas à mettre l’accent sur l’aspect cruel de la vie. De plus, on y retrouve des thèmes assez provoquants de façon indirecte, comme le sadomasochiste auquel fait allusion Heathcliff à travers sa douleur qu’il goûte de manière excentrique, et l’inceste, avec l’union des cousins. Aussi, certains hypothèses disent que Heathcliff serait peut-être le fils illégitime de Mr. Earnshaw, dont l’amour qu’il éprouve pour Catherine pourrait être dans ce domaine.

A travers les mots transparaissent les sentiments avec une telle force que j’en viens à être profondément touchée, laissant presque comme une marque indélébile, comme la souffrance de Heathcliff face à la mort de Cathy.

J’apprécie également le fait que ce soit un témoin/acteur de l’histoire qui en raconte la majorité, on a l’impression qu’Hélène s’adresse directement à nous ce qui rend l’histoire encore plus réaliste et, par ailleurs, plus poignante. Le narrateur change souvent, pour avoir une vision plus complète de l’intrigue, mais c’est raconté de façon tellement claire que l’on comprend facilement.

Il ne se passe jamais quelque chose de bien ou très rarement. Mort, manipulation, mensonge, rejet, haine, souffrance et vengeance sont les principaux thèmes (….bon et y a aussi l’amour et la famille) de ce roman étouffant mais captivant.

Par contre, j’avais du mal à me retrouver dans la chronologie des évènements, l’âge des personnages à telle période, et l’arbre généalogique au début du livre m’avait pas mal spoilé sur la mort de tel ou telle personnage– »

Le dénouement contraste un peu avec tout le roman, puisqu’il se finit avec l’union de Catherine et Hareton qui vivent heureux- du moins quand Hareton aura surmonté la mort de Heathcliff. En parlant de lui, je n’ai pas d’opinion fixé sur sa mort mais je ressens une pique au coeur. Je suis surement triste pour lui surtout parce qu’il aura traîné la vie la plus misérable qui soit, reposant uniquement que la haine, la vengeance et la tristesse, que la lumière que représentait Cathy dans sa vie était malheureusement éphémère, et qu’il a ainsi passé sa vie dans les ténèbres, jusqu’à sa chute. Je trouve l’idée des fantômes du couple assez bonne, le fantastique va bien avec l’ambiance presque malsaine de cette histoire.

En somme, il s’agit d’un livre tout bonnement exceptionnel, bouleversant à sa manière, dont l’univers froid nous séduit même bien après notre lecture, puisque je pense que je n’oublierai jamais une telle histoire, de tels personnages.Il y a tellement de choses à dire, tellement de mystères, tellements d’idées à développer! Les différentes analyses de ce roman sont intéressantes à découvrir, tellement l’histoire est profonde!

Et dire qu’Emily Brontë l’a écrite à seulement vingt-sept ans! D’ailleurs, son frère, Branwell, l’a surement inspiré pour le personnage de Heathcliff et Hindley, puisqu’il lui arrivait d’être violent et alcoolique. Elle n’avait pratiquement aucune expérience en amour, hormis dans les romans, et elle a réussi à créer un des couples les plus marquants de la littérature! (En passant, elle est malheureusement morte assez jeune, à trente ans, d’une tuberculose comme sa mère et ses deux soeurs aînées)
Toute mon admiration pour Emily Brontë et son talent poignant mais ensorcelant!

Nadia et Ersa: Chapitre 6

Nadia et Ersa: Chapitre 6 dans Histoire: Nadia et Ersa manga-3232-300x199

Doucement, Nadia se sentit émerger à la surface, laissant les brumes du sommeil qui entravaient son esprit se dissiper. Elle entendit le pépiement des oiseaux qui s’éclaircissait de plus en plus, comme pour accueillir son retour dans la réalité. Elle murmura machinalement un ‘’bonjour’’ avant d’ouvrir les yeux, non sans plisser des paupières. Elle crut un instant que les feuillages étaient les rideaux qu’Ersa avait fabriqué avec un tissu bleu azur.

« Ersa. »

Ce mot la réveilla pour de bout et elle se redressa en sursaut, oubliant un instant le cheval qui broutait près d’elle. Un léger frisson lui parcourut l’échine.

-Qu’est-ce qui m’arrive ? Lâcha-elle à haute voix avec un rire forcé.

Elle sentit une petite boule se former dans son estomac ce qui l’intrigua de plus en plus.

« Je suis surement encore fatiguée. Il vaut mieux que je rentre. »

Elle ignorait depuis combien de temps elle s’était assoupie. Le ciel semblait aussi dégagé qu’au moment où elle s’était endormie. Elle voulait passer encore un peu de temps avec les chevaux. Qui sait dans combien d’années l’occasion d’en voir un de nouveau se présenterait. Elle remercia le cheval noir de lui avoir tenu compagnie en lui caressant la crinière. Son compagnon continuait de l’ignorer et elle préféra ne pas prendre le risque de le déranger. Elle prit ses sacs et se dirigea vers l’ouest sans hésiter. Elle était passée par là pour rentrer un nombre incalculable de fois, si bien que la forêt pouvait être sa deuxième maison.

Elle s’en voulut d’avoir cédé au sommeil alors que sa famille l’attendait peut-être pour manger, le ventre criant de faim.

Elle accéléra la cadence, en faisant attention à ne pas renverser les aliments. La boule dans son estomac ne voulait pas se dégonfler, et elle commença à croire que ce mauvais pressentiment n’était peut-être pas dû à sa fatigue… Cette pensée commençait à s’imposer en elle comme une évidence. Elle trouvait cela absurde : il n’y avait aucune preuve qu’il se soit passé quelque chose ! Quoique… elle songea aux chevaux. Normalement, dans le village, aucun n’était assez riche pour avoir des animaux aussi rapides et compétents qu’eux. A sa connaissance, il n’y avait que ceux du palais qui pouvaient en avoir, autrement dit, la famille royale, les chevaliers…

Son cœur rata un battement.

-Bon Dieu, pourquoi n’y ai-je pas pensé ? Siffla-elle.

Elle ne connaissait pas ces soldats qui maintenaient l’ordre dans le royaume, mais il existait quelques rumeurs qui évoquaient leur autorité inflexible, leur brutalité. D’ordinaire, elle n’écoutait pas ces informations sans fondement, mais à présent, elle éprouvait le besoin de prier pour qu’elles soient bel et bien fausses. Si des chevaliers étaient descendus à Kaba en passant par la forêt, ils avaient très bien pu trouver sa maison et penser qu’il était étrange d’en voir une loin du village. Qui sait s’ils étaient capables d’inventer n’importe quelle histoire pour faire du tort aux pauvres…

Une colère brûlante commença à la submerger, mais elle se força à se calmer. Son imagination prenait le dessus sur la raison !

Son cœur s’emplit d’un soulagement incontrôlable lorsqu’elle aperçut sa maison, comme si elle l’avait cherchée depuis des dizaines d’années. Elle ne fit plus attention au contenu de ses sacs et courut. A mesure qu’elle se rapprochait de sa maison, elle sentit un malaise qui planait dans les environs. Comme s’il s’était réellement passé quelque chose.

« Non, non, tu vas seulement ouvrir la porte, tu vas voir Salm et Ersa assis à la table, énervés par ton retard, ils te diront que c’est impardonnable, et toi tu te traiteras d’imbécile… »

Elle poussa la poignée et elle eut l’impression que c’était la première fois qu’elle ouvrait cette porte. Elle se serait donné volontiers une gifle si ses mains n’avaient pas été prises. En voyant la silhouette de Salm avachi sur une chaise, un soupir s’échappa du plus profond de sa gorge. Mais en découvrant également sa mère assise dans la salle à manger, elle devint perplexe. Tous deux se tournèrent vers elle. Salm avait une mine abattue et sa mère essayait visiblement d’afficher un sourire convaincant.

-Euh, quelqu’un est mort ?

Elle se maudit aussitôt mentalement. De toute façon, sa tentative d’humour n’avait pas le moins du monde affecté Salm qui le regardait de ses yeux vides. Elle se sentit soudain effrayée par cet endroit et se demanda si, effectivement, quelqu’un était vraiment mort.

Elle tenta une approche plus optimiste.

-J’ai acheté pleins de bonnes choses, on va se régaler ! Excusez-moi pour mon retard, je me suis endormie…oui, ce n’est pas très mature de ma part. Mais je vais me rattraper en vous concoctant un bon petit déjeuner ! Enfin, en vérité, c’est plutôt Ersa qui va s’en occuper, mais c’est moi qui aie fait la recette !

L’ambiance s’était soudain refroidie. Elle pouvait presque sentir sa peau geler. Salm avait détourné la tête et sa mère avait baissé les yeux. Une question commença à tourner dans sa tête. Elle la posa tout en ayant la sensation de mâcher du fer.

-Où est Ersa ?

Elle n’avait plus froid. Au contraire, elle était en sueur, comme si tenir debout lui demandait une quantité énorme en énergie. Elle attendit la réponse, le cœur battant. Ce fut la voix douce de sa mère qui la lui donna.

-Nadia, je voudrais que tu m’écoutes sans m’interrompre. Il vaut mieux que tu t’assoies.

Mais Nadia ne sentait pas la force d’émettre le moindre mouvement. Elle s’était transformée en bloc de pierre fichée dans le parquet.

Sa mère n’insista pas et lui expliqua. Tout. Ce qui s’était passé en son absence. Les Combattants. Le prince. Ersa. La proposition du prince. Le prince et Ersa.

Sa mère pouvait guérir. Retrouver la santé. Mais Ersa avait été emmenée. Le prince l’avait prise avec lui. Elle avait accepté pour aider leur mère, elle avait accepté et à présent, elle était partie.

Nadia sentit le sol se dérober sous ses pieds. Elle eut vaguement conscience que ses jambes avaient cédé brusquement, comme si le poids de la terre s’était écroulé sur elle. Quelque chose en elle s’était arrêtée, son cœur peut-être. Elle dut se rappeler de respirer et compta cinq grandes inspirations et cinq expirations avant d’avoir l’esprit éclairci. La douleur la quitta temporairement et elle fut en proie à une rage sourde qui l’aida à se lever sur ses jambes flageolantes.

-Pourquoi vous ne l’avez pas empêché ?! Hurla-elle. Il ne fallait pas la laisser partir !

-Nadia, nous avons essayé, mais c’est son choix, elle voulait… commença sa mère.

-Non, elle ne voulait pas ! Elle l’a seulement fait par obligation, pour te sauver ! Elle a cru que c’était son devoir, il fallait insister, l’attacher ici si besoin en était ! Pourquoi avoir laissé cet enfoiré la prendre, l’enlever sous vos yeux ?! Salm, t’es un homme bon sang, c’était à toi de la défendre, de la…

-JE SAIS !

Le cri de son frère la figea sur place.

-Tu as entendu, mère, nous avons essayé de la retenir ! Nous avons utilisé tous les arguments possibles pour la convaincre de ne pas accepter, nous avons été jusqu’à dire que mère pouvait vivre ainsi ! Mais sais-tu combien il est difficile de tenir tête à un membre de la famille royale ? C’est comme si tu voulais défier un requin dans la mer. Sans parler des deux Combattants ! Ils nous regardaient d’un air éberlué, comme si nous étions de bêtes de foire, lorsque nous avions refusé. Et surtout…surtout…

Sa voix se brisa un instant mais il se maîtrisa rapidement.

-Ersa nous avait assuré que tout irait bien, avec son sourire perpétuel. Elle nous a dit que c’était son rêve de voir mère guérir et pour cela, elle était prête à faire n’importe quoi. Elle semblait vraiment décidée, tu ne l’as pas vu, tu ne peux pas comprendre ! Qu’est-ce que tu voulais qu’on fasse, qu’on défie le royaume ?

La rage avait à présent laissé place au chagrin. Nadia se sentit honteuse d’avoir parlé ainsi à sa famille alors qu’il était évident que Salm et sa mère avaient tout fait pour retenir Ersa. Et il était évident que celle-ci serait tout de même partie si c’était pour le bien de quelqu’un.

-Je suis désolée…Salm, mère, excusez-moi pour mon agressivité. Si je ne m’étais pas endormie, j’aurais pu être là… je suis une idiote…

Salm soupira et il sembla vieillir de plusieurs années.

-Ça, on le savait déjà.

Ils échangèrent un faible sourire qui mit un peu de baume dans leur cœur éraflé.

Une évidence subsistait sans que personne n’ose la formuler à voix haute. Ersa ne reviendrait plus, elle était devenue un membre de la famille royale. Elle ne pouvait plus fréquenter le pauvre peuple. Ils ne la reverraient plus.




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