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Archive mensuelle de juillet 2015

Berserk

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Résumé:

Dans un monde médiéval et apocalyptique peuplé par des créatures monstrueuses, un jeune mercenaire solitaire mais d’une force exceptionnelle, Guts, traque les monstres dans un but précis.

Critique:

Bon, désolée pour ce résumé lambda, mais c’est difficile de raconter sans spoiler.

Avant de commencer, je prierai à tous ceux qui ne sont pas en âge de faire leur crise d’ado de ne PAS lire ce manga. Je sais qu’insister là dessus pourrait, au contraire, éveiller votre curiosité, mais c’est pour préserver la pureté et l’innocence (s’il en reste) de votre âme.

BON! Pour ma part, je pense que c’est vraiment la première fois que je lis un manga aussi horrifique. Les autres mangas, comme l’attaque des titans, à côté de ça, c’est les télétubbies!

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Le monde de Berserk est dark-fantasy. Et encore, le mot me semble un peu faible. Les limites de l’horreur sont toujours poussés à l’extrême pour nous mettre mal à l’aise ou carrément nous dégoûter. En effet, l’univers est complètement malsain et on le comprend dès la première page. Ça peut être tellement cruel qu’on a peur de voir quelle massacre va s’organiser à la page suivante, je suis vraiment choquée parfois! C’est complètement imprévisible, plus on avance dans l’histoire, plus elle devient excentrique. Donc, voilà, pas trop besoin de vous préciser que c’est méga gore: on a droit à des scènes de boucheries complètement inhumains, extrêmement sauvages et sanglants.

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Je ressens une tension permanente et j’en viens même à douter de presque tous les nouveaux persos. Même les humains peuvent se transformer en un créature cauchemardesque la seconde d’après. L’absence totale de censure renforce cet effet d’angoisse permanent. L’auteur met l’accent sur la part sombre de la vie avec un talent particulier.

Et je parle même pas des monstres abominablement abominables! Certains sont tellement grotesques et difformes qu’ils sont effrayants. Et malgré ces monstres qui n’existent pas (h-hein?), on a vraiment l’impression que c’est réel, qu’on est plongé dans ce monde effroyable et oppressant!

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Le manga présente la véritable nature des gens de façon osée, étrange, inhabituelle, en poussant le côté sombre de leur personnalité jusqu’au bout pour aboutir à des résultats glauques. Il montre explicitement toutes les horreurs que peut subit l’être humain…on se met à la place des persos, on ressent leur désespoir face à une adversité impossible à surmonter, on s’imprègne facilement de leurs sentiments. Et au contraire, devant la cruauté et la barbarie de certains méchants, on peut être complètement indigné; j’ai eu plusieurs fois des larmes de rage… Comme le manga est assez complexe, il est parfois difficile de saisir les véritables sentiments des personnages. En effet, ils ont un psychologie très profonde et réfléchie. Berserk dispose de beaucoup de personnages charismatiques.

J’ai eu un big coup de coeur pour Guts. Je l’avoue, il est le plus badass parmi tout manga confondu (enfin je pense). C’est un personnage complexe, sombre et torturé…en même temps vu tout ce qu’il a traversé… il a subi toutes les souffrances physiques et psychologiques qu’on puisse imaginer! Tantôt il peut être calme, nonchalant, tantôt il peut être aussi monstrueux d’une bête sauvage. Je vous assure, parfois, lors des combats, lors des démonstrations de sa force herculéenne, j’en ai des frissons! Rien que de le voir se balader avec une épée géante (avec sa grande cape noire, hyper stylé!), faisant pratiquement sa taille, normalement impossible à manier, en dit long sur son potentiel…en un coup d’épée, il peut dégommer au moins cinq personnes en même temps! Il est tellement badass qu’à chacune de ses apparitions supers épiques, on ne s’en lasse pas et on ressent un truc au coeur. Il a une personnalité profonde et intéressante à découvrir. Au début, Gatsu nous apparaît sous la forme d’un héros insensible, froid, qui déteste les faibles (mais ultimement badass). Puis vient son passé, et on apprend à mieux le connaitre, à suivre son évolution. Et même après avoir découvert son passé,  même s’il nous est plus familier, il nous apparaît parfois mystérieux. Il peut sembler calme au premier abord, mais mille et une pensées peuvent le tourmenter de l’intérieur en réalité.

Au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, à chaque combat où la victoire semble inatteignable, Guts arrive à nous impressionner, à nous clouer sur place, à nous faire dire:  » y a personne plus badass que lui…c’est le plus fort ». On se demande comment il peut tenir debout, on s’interroge presque sur sa nature. Guts a toujours un truc en réserve pour renverser la situation. C’est une arme humaine, c’est tout. Mais ça ne veut pas dire qu’il gagne tout le temps.

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Bon, je parle beaucoup de Guts, mais il y a également d’autres personnages très intéressants. Du côté des femmes par exemple, outre celles qui ne servent qu’à montrer les plaisirs pervers des soldats, il y a Casca, la seule soldate fille de sa bande, mais également la plus forte, après leur chef, Griffith. Bien qu’elle se comporte comme un homme, elle combat intérieurement pour réprimer les sentiments éveillés par sa féminité, s’interroge sur ce qu’elle doit être.

Griffith, lui… on dirait même pas un humain. Non, il n’est pas moche, loin de là, mais c’est son aura…bref, vous le verrez par vous-même.

Bref, côté combat, ben…ils sont tous simplement époustouflants! On a carrément le sentiment d’être entraîné dedans!

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Le graphisme est très sombre, les dessins s’améliorent.On ressent facilement les sentiments des persos, les traits sont vifs, précis, les détails parfaitement pensées, on ressent facilement la puissance du héros lors des moments critiques.

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Les chapitres s’enchaînent très rapidement, tellement on a envie de savoir la suite, comme l’histoire est vraiment très intéressante et passionnante! Ce qui est cool (mais moins pour eux), c’est que les monstres ne sont pas leurs seuls ennemis. Ben non, sinon ce serait pas génial! Guts doit se battre contre lui-même, être capable de dompter la bête sauvage en lui.

Il y a également un peu d’humour noir (notamment grâce au sarcasme de Guts), c’est assez léger parfois, mais c’est dans le but principal pour qu’on s’attache aux persos T.T

C’est quand même difficile de trouver un réel défaut à ce manga, il y a tout… C’est tout simplement « BERSERKESQUE »!

Enfin le manga a l’air parfait, mais pour l’adaptation en animé, je n’ai pas regardé…j’aime pas trop le graphisme et ça a l’air moins sombre que le manga. Mais je jetterai peut-être un œil aux trois adaptations en film animé.

Note du  manga:

19…20/20

Pour ceux qui se contentent de One Piece ou Fairy tail, si vous lisez un jour Berserk, vous ne verrez plus le manga de la même manière. C’est vraiment un manga dont on en sort pas indemne…Face à ce manga, j’aurais presque l’impression que les autres mangas de tragédie ne sont que des parodies. Bref, pour ceux qui connaissent Berserk, vous voyez ce que je veux dire =)

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Nadia et Ersa: Chapitre 10

Nadia et Ersa: Chapitre 10 dans Histoire: Nadia et Ersa aigle

-Mince, c’est vrai…

Pour la troisième fois, aux aurores du troisième jour, Salm avait jeté un coup d’oeil par la fenêtre, s’attendant à apercevoir Nadia en train d’effectuer ses mouvements avec son bâton. Il s’apprêtait comme d’habitude à la réprimander, lui disant que ce n’était pas bon pour sa santé de se réveiller si tôt pour s’entraîner à un rythme aussi intense.
Il fut surpris d’être étonné lorsqu’il ne vit aucune silhouette humaine, seulement celle d’un arbre au tronc maigre. Il se frotta le front du bout des doigts, un geste qu’il avait adopté lorsqu’il se sentait idiot.
Même si, grâce à Nadia, il avait des chances de revoir Ersa, cela attristait quelque peu Salm. A présent, malgré sa confiance envers sa sœur téméraire, il s’inquiétait pour elle . Chaque fois qu’il pensait à elles deux, il sentait l’anxiété étreindre son coeur.
Sa mère, au contraire, ne montrait aucune ombre d’agitation. Pendant que les six médecins- qui impressionnaient Salm par leur allure qu’il qualifiait d’intimidant, avec leur air sérieux semblant insensible à toute trace d’humour-, son visage à elle restait paisible et, de temps en temps, son regard se perdait vaguement au loin, comme si elle veillait sur la progression de sa fille.
Cette idée irréelle apportait néanmoins au jeune garçon un certain réconfort. Et puis, il se doutait qu’elle ne l’aurait jamais laissé partir s’il existait un danger inévitable.
Il ne voyait pas pour l’instant du changement dans l’état de sa mère, mais savait bien qu’elle ne pouvait pas guérir en si peu de temps. Cependant, il devait avouer que lorsque le prince avait évoqué  »les meilleurs médecins du monde », il gardait espoir qu’un tel miracle puisse être possible. Il était un peu déçu que ce ne fut pas le cas.
Les médecins avaient bel et bien dressé des tentes dans le jardin pour s’abriter. Évidemment, Assa les avait proposé de dormir dans la maison, mais ils avaient été catégoriques : son altesse leur avait dit de dormir dans ces tentes, ils le feraient.
Salm était à la fois admiratif et un peu effrayé par l’autorité que pouvait avoir le prince. Il trouvait encore cela consternant que sa propre sœur ait pu séduire un homme aussi puissant. Si puissant que l’enfant se demanda comment Nadia comptait procéder…
Heureusement, il ne pouvait ignorer cette part de lui qui la considérait comme une grande héroïne capable de tout- malgré son immaturité. Il ne pouvait l’imaginer abandonner.
Il ne cessa de se maintenir à cette pensée, pour se convaincre que la mort même ne pourrait la tuer.
Quelqu’un frappa doucement à la porte. Il vint ouvrir à un des médecins, qui arborait la même tenue que la veille : longue blouse bleue à manches courts descendant jusqu’aux pieds. Tout en le saluant, une question passa furtivement dans l’esprit de Salm : avait-il un pantalon, au moins ?

***

-Pardon…
Pour la troisième fois en moins de trente minutes, l’épaule de Nadia s’était cognée contre celle d’un autre. Cette fois-ci, il s’agissait d’un homme d’une forte corpulence, dont le ventre dodu sidérait la jeune fille. Elle se demanda furtivement s’il pouvait abriter un cochon entier…Il la lança un regard méprisant et claqua de la langue avant de continuer son chemin.
Nadia s’était rapidement habituée à l’air hautain dont arboraient les gens de ce village. Chaque fois que ses yeux croisaient ceux d’une personne, elle y lisait un dégoût non dissimulé. Elle se doutait bien de la raison, en comparant le riche accoutrement des habitants à ses habits poussiéreux et déchirés. La plupart était bien grasse, et Nadia se sentait prête à parier que Cérèn n’avait pas essuyé les conséquences de la Grande Famine.
Elle se sentait déroutée par la splendeur des lieux. Aucune maison n’était en briques ou en bois, mais tous en pierre qui devait briller à la lumière du jour. De grandes lampes étaient accrochées sur chacune d’elles. Ces grandes bâtisses, collées les unes aux autres, permettant seulement de rares impasses, étaient construites en deux rangées face à face, laissant un long passage à perte de vue, où marchaient des centaines de personnes. Aucun détritus ne jonchait Cérèn. Pour tout avouer, elle avait presque honte de fouler le sol d’une telle ville avec ses chaussures sales…
Contrairement à Kaba où l’on distinguait sans mal les maisons des rares boutiques, Nadia n’y arrivait pas ici. Il n’y avait pas de vitrines pour présenter les produits, juste des murs grises et vierges, ce qui la procura un vague sentiment d’enfermement. Rien que pour cela, elle préférait son lieu natal. De plus, il n’y avait visiblement aucun endroit pour se reposer un instant, comme si les gens d’ici n’effectuaient qu’un aller-retour entre leur lieu de destination et de résidence, sans avoir besoin de la moindre pause ou profiter de l’air pur de l’extérieur. Elle trouvait cela désolant. Si la vie aisée était cela, elle préférait largement rester pauvre.
Le soleil trônait encore dans le ciel, mais les nuages commençaient à prendre une teinte sombre. Nadia en déduisit rapidement qu’il ferait bientôt nuit. Il lui fallait trouver un endroit où dormir le plus vite possible. Regardant autour d’elle, elle porta son choix sur une dame à un âge avancé, ce qui ne l’empêchait pas de porter toutes sortes d’accessoires si brillants que Nadia en fut légèrement éblouie. Tout en se répétant que c’était la seule solution, elle s’approcha d’elle et demanda la plus poliment possible :
-Excusez-moi, je suis nouvelle dans cette ville, et j’aimerais que vous m’hébergiez pour cette…
A peine l’avait-elle touché le bras que la dame dégagea puis recula vivement, comme si elle portait la peste.
-Aaah, au secours, elle m’agresse !
Prise au dépourvu, Nadia ne se donna pas la peine d’étudier la réaction des autres. Elle prit les jambes à son cou, sans demander son reste, sachant que la dernière des choses à faire était de se faire remarquer.

***

Appuyée sur le mur d’une maison, dans un couloir- qui n’était pas moins éclairé que la rue principale mais était moins large- qu’elle avait trouvé et où elle n’avait pas hésité à tourner, Nadia reprit son souffle lentement. Elle garda en mémoire que c’était une mauvaise idée de courir sans rien manger depuis plus d’une demi-journée.
Ce nouveau chemin se poursuivait par une longue pente qui lui donna un vague tournis. Elle ouvrit son sac à dos pour sortir le dernier morceau de pain qui lui restait et but une longue gorgée d’eau. Il n’en resta plus que quelques gouttes. Elle avait eu la chance de rencontrer un ruisseau près des montagnes.
Elle continua ensuite d’avancer sans pouvoir détacher du regard les somptueuses sculptures en marbre qui décoraient la place. L’une d’elles attira particulièrement son attention. C’était un aigle aux ailes légèrement repliées, comme si il s’apprêtait à prendre son envol dès que l’on aurait le dos tourné. Nadia fut émerveillée par les détails des traits, notamment ses yeux perçants. Elle s’y attendait presque à ce qu’ils se plissent. L’intensité du regard était parfaitement travaillée, si bien qu’il semblait pouvoir fouiller les tréfonds de son âme.
L’envie poussa sa main à se lever pour toucher la peau écailleuse de l’oiseau, mais un cri arrêta son geste :
-Ne touche pas !
Il s’agissait d’un homme entre deux âges, à l’air plutôt sévère avec ses sourcils froncés et ses sombres pupilles. Contrairement aux autres, il n’était pas habillé de manière excentrique : il portait une tunique étroite à manches courtes, dévoilant des muscles bien dessinés. Il s’approcha d’elle sans le moindre sourire, mais sans non plus arborer une mine dégoûtée.
-Tu ne viens pas d’ici, je suppose, puisque tu ne sais pas qu’il est interdit de toucher à ses œuvres.
-Oui, désolée.
Bon sang, depuis qu’elle était là, tout ce qu’elle faisait était de s’excuser !
-Qui les a sculptées ?
-L’artiste le plus talentueux du royaume, Badum. Il vit au château et réalise toutes les demandes de la famille royale. C’est Sa Majesté la reine qui lui a demandé de décorer une partie de Cérèn, et il a choisi cet endroit. Il paraît qu’il est né ici, ceci explique cela.
-Magnifique…
-Oui, acquiesça-il. Dis-moi, d’où viens-tu ? Je suis certain qu’il n’y a aucun village voisin aux environs, et il est rare de rencontrer un étranger.
-De Rico- elle ne connaissait que de nom cet endroit et pria pour qu’il ne soit pas très loin. Je rends visite à l’une de mes…tantes et disons que traverser la forêt était plus ardue que je ne l’aurais cru.
Elle accompagna ses paroles d’un sourire innocent, espérant pouvoir dissiper les doutes qui se lisait sur le visage grave de l’homme. Ce dernier la fixa durant de longues secondes avant de lâcher :
-Tu me rappelles quelqu’un.
Le coeur de la jeune fille battit lourdement entre ses poumons, mais elle ne laissa rien paraître.
-Ah, vous aviez dû croiser ma tante, alors !
Son enthousiasme était bien trop poussé. Bien qu’il ne parut pas convaincu, l’homme abandonna :
-Après tout, je m’en moque de qui tu es exactement. Mais j’ai la capacité à reconnaître les gens malintentionnés des autres. Et je vois que tu n’es pas l’un d’entre eux, c’est l’essentiel.
Nadia retint un soupir de soulagement. Il lui fallait absolument, comme l’avait prévenu Salm, dissimuler à l’abri des regards. En d’autres termes, se déguiser. Elle demanda :
-Connaîtriez-vous une boutique qui vendrait des accessoires pour…le visage ?
Elle n’avait rien trouvé de plus subtil. Heureusement, il ne parut pas en tenir rigueur.
-Continue tout droit et tu trouveras un grand magasin du nom d’  »Edary ». Mais si tu veux te payer quelque chose, il vaut mieux que tu sois bien remplie.
La notion de richesse la terrifiait. Si elle avait le choix, elle éviterait d’entrer dans cette boutique proposée. Mais elle ne l’avait pas. Elle remercia l’homme et avança dans la direction indiquée.
Le magasin en question ne se trouvait pas bien loin. Le bâtiment ressemblait à tous les autres et seule l’enseigne, accrochée majestueusement en lettres arabesques, lui indiqua qu’elle était sur la bonne voie. Hésitant quelques secondes sur le seuil, elle finit par frapper à la porte, mais le son contre la grosse porte lui sembla imperceptible de l’intérieur. Pourtant, une voix tonitruante cria :
-Entrez !
Pour la première fois, Nadia se sentit réellement intimidée lorsqu’elle découvrit les milliers d’articles qui cachaient les murs et dont arboraient de manière extravagante les étalages de la boutique. Elle n’avait jamais été confrontée à une telle explosion de couleur. Il y avait tant d’accessoires qu’elle ne parvint qu’à identifier distinctement quelques-uns : des chapeaux dont la pointe atteignait une hauteur anormale, des écharpes à froufrous et elle se demanda au passage qui pourrait porter de telles…choses, des poudres de toutes les couleurs possibles présentées au comptoir, derrière lequel se tenait un homme de très grande carrure au visage carré. Il la regarda d’un air suspicieux avant de lancer :
-Vous avez de l’argent ?
« Parce que vous n’en avez pas assez ? » Pensa-elle amèrement. Curieusement, la cupidité de ce vendeur la remit en confiance. Hors de question de se sentir mal à l’aise devant quelqu’un comme ça !
-Oui, mais ça dépend de combien coûtent vos accessoires pour se déguiser. Je voudrais quelque chose de discret.
Sans la lâcher du regard, l’homme ouvrit un tiroir d’où il sortit une plaquette d’une dizaine de centimètres où étaient accrochées plusieurs paires de lentilles de couleur.
-C’est ce que j’ai de moins cher.
-Combien ?
-Dix pièces d’argent.
Nadia se mordit la lèvre. Elle se doutait bien que dans un village aussi riche, elle ne ferait pas le poids. Avec un soupir, elle versa toute sa bourse sur la table et laissa le vendeur examiner les pièces tandis que certaines finissaient de rouler pour retomber dans un son lourd.
-Que pouvez-vous me proposer pour cela ?
-Pas grand-chose, admit-il. J’ignore d’où vous venez, mais ici, ce n’est pas avec si peu d’argent que vous pourrez vous en sortir. Un ou deux repas, tout au plus, et vous devrez travailler pour vivre ici.
-Quel boulot, par exemple ? Demanda-elle sans hésiter.
-Je ne sais pas… certaines personnes se plaignent de délits commis par des malhonnêtes, et sont prêtes à payer pour les arrêter.
-Vous connaissez quelqu’un de ce genre ?
-Vous êtes sure de vouloir le faire ? Cela peut être dangereux, c’est pour cela que l’on ne confie ce travail qu’à des…
-Contentez-vous de me répondre, je vous prie.
Elle détestait qu’on la prenait pour faible, sous prétexte qu’elle était une fille.
-Fiden Bema.
-Où puis-je le trouver ?
-Juste ici.
Nadia cessa de regarder autour d’elle, à la recherche d’une autre personne en entendant le vendeur ricaner. Elle reporta son attention sur lui, un peu amusée par sa plaisanterie.
-Alors, que vous arrive-t-il ?
-Un gamin s’amuse de coller des affiches humiliantes devant ma boutique, expliqua-il en lui montrant une feuille où était griffonné d’une écriture négligée « Venez vous transformer en bête de foire, le vieux Bema est même prêt à arracher vos poils de nez pour vous en faire des perruques ! » Il ne connaît ni le respect, ni… Mademoiselle, qu’est-ce qu’il y a ? 
-Non, rien, excusez-moi, répondit Nadia en respirant un grand coup pour éviter de pouffer. Cela m’aiderait que vous me donniez plus de détails, comme par exemple comment je peux le coincer. Je ne suis pas d’ici.
-Très bien. Sachez que si vous réussissez, je vous offrirai le prix fort.
Nadia parcourut l’ensemble des articles d’un regard.
-J’aurai juste besoin de lentilles et d’une coloration permanente pour les cheveux, pour tout de suite si cela est possible.
-Seulement ? Pour le service que vous me rendez, ce n’est pas assez.
Apparemment, ce gamin en question devait être assez espiègle pour rendre le vendeur si généreux dans son offre. La jeune fille fixa un instant ses pieds.
-Eh bien, si vous pouvez m’héberger pour la nuit…
Le vendeur la regarda les yeux écarquillés.
-Pourquoi ne pas aller dans une auberge, dans ce cas ?
-Une auberge ? Qu’est-ce que c’est ?
-Eh bien, c’est un endroit qui peut vous accueillir pour la nuit…il faut juste payer…
-Oh…
Nadia réprima une fois de plus un éclat de rire face son air décontenancé. A Kaba, il n’y avait jamais eu ce genre de maison. Il fallait dire qu’ils n’en avaient pas besoin, puisque le village ne recevait que très rarement de nouveaux visiteurs. Elle se sentit soudain inquiète, à l’idée de devoir encore payer avec sa propre bourse, sure et certaine qu’elle n’en aurait pas assez.
Elle adressa un demi-sourire contrit à l’homme.
-Euh, si vous pouvez ajouter un peu d’argent dans votre offre, suffisamment pour une nuit à l’auberge…

***

Akilui avait remercié avec soulagement Sa Majesté le roi pour lui avoir accordé une permission, aussi courte soit-elle.
A présent, il laissait ses pas le promener à travers le village de Cérèn. Il s’était vêtu d’une chemise claire à manches courtes- ce qui était bien plus discret qu’une lourde armure resplendissante à la lumière du jour. Voir ce riche peuple vivre dans la sérénité lui procurait un sentiment d’apaisement, après ces deux dernières semaines de travail intensif ainsi qu’un peu de motivation pour persévérer dans ses recherches afin de préserver cette paix le plus longtemps possible. L’air frais le détendait également.
L’examen des Combattants se déroulait seulement tous les trois ans, mais demandait toujours énormément d’organisation. Akilui était chargé cette année de regrouper les chevaliers qui semblaient assez compétents pour passer ce test.
Néanmoins, il n’en avait pas recueilli assez pour l’instant, ce qui désespérait le Roi. Il fallait dire que les compétences souhaitées pour devenir un Combattant se multipliait de plus en plus, que l’Armée royale devenait particulièrement exigeante. Le capitaine demandait toujours plus d’efforts, d’acharnement, si bien que la majorité abandonnait en cours de route et se contentait de leur statut de chevalier, leur détermination en tapissant grandement. Akilui, lui, avait pu se démarquer seulement par son intelligence tactique, il y avait de cela douze ans de cela, soit lorsque le capitaine d’aujourd’hui n’était pas encore capitaine, et que celui d’autrefois était nettement moins sévère.
De plus, avec la venue de la nouvelle  »fiancée » du prince, une paysanne du surcroît, on ne pouvait dire que l’humeur du roi s’était amélioré, loin de là… Akilui ne connaissait pas les détails, mais apparemment, le prince s’était épris éperdument de cette mystérieuse jeune fille. Le raffinement et l’élégance des femmes du royaume ne l’avaient pas séduit, et il préférait étendre son enquête plus loin.
Il promena paresseusement son regard sur les différents villageois. Pourrait-il trouver quelqu’un ici qui répondrait aux critères désirées ? Autant le chercher dans la forêt, au milieu des animaux sauvages ! Ce ne serait pas des femmes sans aptitudes au combat, ni des hommes gras, et encore moins des enfants qui pourrait le satisfaire ! Quoique, en ce moment, il ne savait quoi faire d’autre que de recruter des participants au sein du peuple… Pourrait-il se rendre dans les provinces voisines ? Il sourit brièvement. Oui, les paysans auraient peut-être plus de chances de réussir. L’un d’entre eux avait bien réussi à ravir le coeur du prince lui-même, alors…
-Hiiii !
Le cri strident d’une femme le fit sursauter. Cela provenait de la grande ruelle dont il était passé devant il y avait quelques secondes. Il retourna sur ses pas mais une silhouette surgit vivement de ce couloir, juste devant lui. Akilui n’eut pas le temps de comprendre la suite des évènements : une autre, plus petite et flamboyante, bondit juste derrière le garçon, assez proche de lui pour le plaquer au sol, les coudes appuyés sur ses bras pour l’empêcher de se débattre. Ce fut la voix triomphante de la silhouette menue qui ramena le chevalier à la réalité.
-Je t’ai eu !!
-Lâche-moi, gémit le garçon en se tortillant dans l’espoir de se libérer.
Akilui eut l’impression que le temps s’était arrêté un court instant, assez pour qu’il puisse dévisager ces deux étranges personnages. Le garçon était assez jeune, pas plus d’une dizaine d’années, avait des mèches brunes qui lui tombaient dans les yeux et il lui manquait une gencive. L’autre avait des cheveux plus courts, d’un rouge brillant et des yeux bruns. Son visage était plus anguleux, sa peau plus claire.
Un éclair foudroya Akilui. Cette adresse qui lui était familière, cette aptitude à bloquer son adversaire, bien qu’il ait l’air plus robuste… Il sentit son visage s’éclairer et son coeur battre à tout rompre. Cependant, ce n’était pas un chevalier…oh, et puis qui sait, il s’agissait peut-être d’un miracle que le Seigneur lui accordait après avoir senti sa détresse ! Il avait été dans le même état que le prince, et il venait sûrement de trouver la solution en dehors du château, comme Sa Majesté. Il ne perdrait rien à essayer, après tout.
Le garçon aux cheveux rouges devait justement sentir sa présence, puisqu’il se tourna vers lui. Akilui en profita pour s’approcher, et il lui sembla marcher sur des particules électriques.
-Bonjour, petit, je m’appelle Akilui, Combattant au service de l’Armée royale de Sa Majesté le Roi Syrex Rextor. Cette année, nous organisons l’examen dédié à la formation des Combattants. Nous recherchons toute personne apte à le passer. (Son excitation s’accrût). Et figure-toi que, bien que tu ne sois pas un chevalier, tu me sembles assez fort. Avec un peu d’entraînement, le résultat serait sans doute encourageant. (Il inspira un grand coup). Je sais que cela peut te sembler précipité, mais ça te dirait de venir au château passer ce fameux test ?




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