Nadia et Ersa: Chapitre 11

Salut à tous! Voici mon premier article après de trèèèès longs mois sans nouvelle, et pourtant, je vous rassure, je suis encore vivante. Je ne suis pas très active à cause de l’avalanche des devoirs que je subis…bon et aussi le manque de motivation, évidemment.

Bref, vraiment désolée pour tous ceux et celles qui ont du attendre patiemment la suite de cette histoire, je vous offre 4 chapitres à la suite, que j’avais écrit il y a un moment…mais j’avais oublié de les publier. Je suis vraiment atteinte.  J’ai pas mal d’idées pour cette histoire, je ne la délaisserai pas PAROLE D’HONNEUR mais je vous préviens que les chapitres mettront surement du temps à sortir, le temps que je puisse à écrire un chapitre qui me convient bien! En plus, j’ai l’intention de dessiner les personnages et tout, mais il faudra que je m’améliore assez en dessin xD

Bref, assez de bla bla, bonne lecture!

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Environ une semaine en arrière

Dans les vestiaires liées directement à la salle d’entraînement principale par une porte en bois taillé, Felic se préparait tout en laissant son esprit vagabonder.

Tandis qu’il enroulait un fin tissu autour de ses doigts, il repensa à la veille. Sur le trajet du retour, ils avaient fait un bout du chemin- la fille et le jeune Ayam sur le cheval de Teor, le prince sur celui de Felic et les deux Combattants avaient préféré être à pied- lorsque le capitaine avait demandé :

-Votre Majesté, puis-je vous demander par quel moyen êtes-vous venus à Kaba ?

Le prince, qui n’avait pas quitté des yeux la jeune fille, avait haussé  les sourcils puis s’était frappé le front :

-Ah, les chevaux, je les ai oubliés !

Felic en avait profité pour taquiner gentiment Ayam discrètement :

-Eh bien, petit, tu perds déjà la mémoire, toi aussi ?

-Je suis navré, avait-il rougi, j’étais complètement obnubilé par le fait que mon prince ait trouvé une fiancée…

Le Combattant avait dardé ses yeux bruns sur cette dernière, tandis que Teor avait proposé de faire lui-même demi-tour, dans la direction indiquée par le prince afin de ramener les chevaux.

La femme n’avait pipé mot sur le chemin du retour. Elle avait gardé les yeux fixés droit devant elle, avec une lueur d’obstination un peu trop soutenue, comme si elle avait peur de retourner en arrière. Felic devait avouer qu’elle ne le laissait pas indifférente-il fallait être aussi insensible que Teor pour ne pas être ne serait-ce qu’un peu ébranlé par elle. Il n’avait pas été subjuguée au point de tomber amoureux, bien heureusement, et son charme ne se concentrait pas uniquement dans sa beauté, sinon cela aurait été vite lassant : elle dégageait une aura à la fois posée et puissante, lui donnant en quelque sorte une image majestueuse. Il ne percevait pas néanmoins la moindre trace d’arrogance en elle. De plus , il savait que derrière ce visage angélique se cachait une force de caractère bien marquée- ou bien il s’agissait tout simplement d’une stupidité démesurée. Refuser les avances du prince si franchement… C’était un spectacle si surprenant, mais aussi amusant.

Ce courage avait sûrement été transmise par sa mère. Felic était encore médusé d’avoir vu une femme si frêle oser interrompre le prince.

Les villageois regorgeaient de nombreuses surprises. Ils n’étaient pas à sous-estimer. Cela lui rappelait d’anciens souvenirs.

Le jeune Combattant s’était obligé à détourner son regard de cette dénommée Ersa. Pour rien au monde il ne voudrait s’attirer les foudres de Sa Majesté !

Felic enfila la paire de bottes au textile assez léger pour faciliter les mouvements. A ce moment-là, la capitaine entra dans la pièce, vêtue d’une chemise grise sans manches, indiquant qu’il allait également s’entraîner. Felic réprima un frisson : si ce monstre au combat s’entraînait encore, quel niveau atteindrait-il ?

Celui-ci lui fit un bref hochement de tête en le voyant.

-Le prince est-il en train de se faire sermonner par son père ? Demanda Felic, une pointe de sarcasme dans sa voix. Vu à quel point Sa Majesté était énervé hier, lorsqu’il a su qu’il avait amené une paysanne au château, je pense qu’on va l’entendre hurler jusqu’ici.

Le capitaine se contenta de regarder le ciel bleu azur par la petite fenêtre à barreaux. Felic profita de leur tête à tête pour l’interroger sur un point qui le tourmentait depuis la veille, sur un ton de confidence :

-Serait-il possible que tu connaisses la famille d’Ersa ?

Son air restait indéchiffrable mais Felic ne se laissa pas duper. Il savait que son ami arrivait mieux que quiconque à maîtriser ses sentiments, les dompter assez pour sembler indifférent à tout. Pourtant, Felic pouvait jurer que Teor avait tressailli lorsqu’il avait aperçu la mère d’Ersa. C’était une réaction quasi imperceptible, mais Felic avait un œil entraîné. Il était capable de détecter le moindre mouvement inhabituel dans un large champ de vision. De plus, un sursaut de la part du capitaine, aussi indiscernable puisse-il être, était comme une explosion d’émotions.

Il insista :

-Je parie que cette dame ne t’est pas étrangère. Et qui est ce Bram ?

Teor lissa un pli de sa tenue.

-Ne t’en occupe pas, ce ne sont pas tes affaires.

-D’accord, calme-toi, dit-il en levant les mains en signe d’apaisement. Comprends un peu ma perplexité, c’est surprenant que le grand capitaine des Combattants, l’homme le plus fort du royaume ait des liens avec une pauvre famille vivant en dehors du village. Mais j’y pense, cela signifie que tu connais la demoiselle Ersa ?

-Je ne veux pas en entendre parler.

-Allez, capitaine, sois gentil. Je suis tout de même ton ami, non ? Puis en réduisant le son de sa voix en un murmure presque menaçant, il ajouta : si tu refuses de me le dire, tant pis. Mais je me demande ce que Sa Majesté pourra penser de cela. J’imagine qu’il n’est pas au courant de ce lien mystérieux que tu partages avec ces paysans. J’aimerais bien voir sa réaction s’il apprend que la personne qui lui est la plus fidèle lui cache un secret qui pourrait être assez perturbant…

Le capitaine ne sembla pas le moins du monde troublé par cet avertissement. Sa voix resta monocorde :

-Fais comme tu le sens.

La tension dans la salle- que Felic semblait être le seul à sentir- s’écroula lorsque celui-ci éclata de rire, retrouvant son air détendu habituel.

-C’est bon, je voulais juste te faire lâcher le morceau ! Ne t’inquiète pas, je ne dirai rien. Bon, au lieu de rester là à discuter, que dirais-tu de s’entraîner ensemble ?

***

-Es-tu sur de vouloir venir aussi ?

-Oui.

Bien qu’à l’évidence, Ayam s’efforçait de paraître déterminé, Jyle percevait sa crainte à l’idée de se confronter à Sa Majesté. Son anxiété se traduisait par la lueur apeurée dans ses yeux fixés au sol et sa main crispée sur son pantalon.

Ils se trouvaient devant la porte gigantesque en marbre gris où étaient taillés en trompe l’œil de majestueux personnages et des formes stylisées mais fluides, amenant à la salle du trône.

Ignorant les deux gardes postés des deux côtés, vêtus d’une armure et tenant une longue lance à la pointe soigneusement aiguisée, Jyle tenta de le convaincre de retourner dans sa chambre pour éviter la confrontation avec la terrible fureur de son père. Il ne s’inquiétait nullement pour lui- il avait presque l’habitude de voir Syrex dans tous ses états, mais le jeune Ayam risquait peut-être de perdre conscience face à tant de violence… Le serviteur se força à lever son regard vers le prince d’un air résolu :

-Il faut que je vienne avec vous. Je vous ai aidé dans votre escapade, il est donc de mon devoir de prendre mes responsabilités.

« Ce petit deviendra un grand homme plus tard » songea Jyle avec un sentiment d’amusement mêlée à un brin de fierté.

-Comme tu le désireras. Ce ne sera donc pas ma faute s’ils décident de t’envoyer à l’échafaud.

Ayam frissonna jusqu’aux orteils avant de se contracter entièrement sur lui-même. Mais il n’avait pas tourné les talons. Jyle réprima tant bien que mal son envie de s’esclaffer.

Il fit signe aux gardes de pousser les battants et n’attendit pas que l’on annonce son arrivée aux Majestés pour entrer d’un pas léger, Ayam à sa suite. De toute façon, la colère devait tellement l’aveugler que le Roi n’allait pas s’occuper à lui tenir rigueur pour un simple oubli de coutume royal.

La salle du trône était très vaste et baignait dans le flot de lumière inépuisable du soleil, qui entrait à travers les trois larges fenêtres, se dressant jusqu’au plafond, côtes à côtes sur le mur de gauche, et dont les vitres étaient si propres qu’elles semblaient inexistantes. Des soldats armés étaient postés entre chaque espace qu’elle laissaient entre elle, et quatre autres se situaient à droite. Les murs étaient recouverts d’une peinture dont la couleur dorée jetait des reflets éclatants sur le sol en mosaïques où l’on pouvait contempler diverses formes géométriques complexes. Des chandeliers en or étaient dressés aux quatre coins de la pièce, attendant le soir pour être allumés. A droite, sur toute la largeur du mur et environ un mètre de longueur s’étendait un immense tableau, dont le cadre était en bois taillé, représentant à l’aide de couleurs majoritairement chaudes toutes sortes de personnages dont le point commun était la richesse visibles à leurs tenues extravagantes. Ce chef d’œuvre, où on remarquait que les détails avaient été réalisés de façon extrêmement minutieuse, renvoyait une atmosphère joviale, où le bonheur semblait profiter à tous.

En avançant vers le trône, on pouvait découvrir les bustes à l’effigie du roi et de la reine consciencieusement sculptés sur un support juste devant leurs modèles vivants respectifs, au pied des marches qui menaient à Ses Majestés. Les trônes de ces derniers ne présentaient pas de différence hormis le diamant bleu foncé qui ornait le sommet de celui du roi et celui rouge sombre de la reine. Ces joyaux reposaient sur l’union de deux boucles écaillées. Les trônes étaient construits en métal gris acier proche de l’étain. Au bout des accoudoirs se formaient des spirales qui descendaient jusqu’au sol. Les dossiers et les sièges étaient en cuir noir pour favoriser le confort.

Toute la somptuosité de la salle semblait déplacée face à la mine austère du roi. La reine, fidèle à elle-même, gardait un visage tranquille. Dans ces moments-là, Jyle se demandait si toute la colère que devait éprouver sa mère n’affluait pas en son mari, ce qui pourrait expliquer leurs attitudes contradictoires.

Jusqu’à ce qu’il arriva devant eux, seuls ses pas et ceux d’Ayam brisaient le silence chargé de mauvais présages. Il s’attendait presque à ce que le beau temps fut remplacé par un air lourd d’un orage imminent. Au fond de lui, il avait espéré que la nuit puisse apaiser le tempérament colérique de Syrex. Plus il s’approchait de lui, plus il regrettait d’avoir reporté ses explications à aujourd’hui. Il songea à Ersa qui était dans ses nouveaux appartements, ce qui l’aida à s’armer de courage et calmer sa nervosité.

« Tu te bats pour ton bonheur…non, pour notre bonheur ! » Se répéta-il.

Il s’arrêta juste au pied de la première marche. Placé là, tout le monde avait l’impression d’être un misérable cafard face aux géants.

Il se tourna d’abord vers la reine.

-Bonjour, mère.

Elle lui répondit d’un hochement de tête avec un bref sourire.

-Bonjour, père.

Bien qu’il soit habitué, il ne put s’empêcher de sursauter lorsque l’intéressé explosa en se levant :

-Tu es l’enfant le plus irresponsable, le plus inconscient, le plus stupide qui soit né dans ce monde !

Jyle pouvait entendre les dents du pauvre Ayam claquer devant cette voix tonitruante tel l’orage qui éclate. Il avait presque de la peine pour lui.

-Père, avant tout, permettez-moi de vous exp…

-Tu n’as rien à ajouter, ton comportement est injustifiable ! Tu t’aventures loin du château sans penser aux conséquences…

-Ce n’était pas si loin et je suis grand…

-Silence ! Mon angoisse m’a poussé à déranger Teor pour partir à ta recherche et veiller à ce que ta bêtise ne t’apporte aucun malheur. Et lorsque tu rentres enfin, que m’apprend-on ? Tu ramènes une nouvelle personne sans ma permission, une paysanne de surcroît!

-Père, je peux tout ex…

-Et comme si cela ne suffisait pas, tu promets sans mon consentement de faire disposer les meilleurs médecins à une dame qui m’est inconnue !

-Père, c’est que…

-Puis-je savoir ce qui t’es passé par la tête ? Quelle est la prochaine étape ? Comptes-tu offrir le château au village de Kaba et aller vivre dans la forêt ?

Un silence pesant suivit ses paroles, comme après des coups de tonnerre assourdissants. Syrex observait son fils de ses yeux perçants et celui-ci comprit qu’il attendait une réponse. Celle qui sortit de sa bouche ne semblait pas être ce que le souverain attendait :

-C’est une bonne idée.

Avec une mine harassée, son père ferma les paupières un instant et se laissa s’effondrer sur le siège avant de passer une main sur le visage. Jyle profita de son épuisement pour prendre la parole :

-Père, contrairement à ce que vous pouvez croire, je n’ai pas agi de façon inconsciente.

« Enfin pas totalement. »

-Un jour, vous m’aviez demandé la raison pour laquelle je n’avais toujours pas de compagne. Vous en souvenez-vous ? La raison est simplement qu’aucune des dames de la cour, ni celles que j’ai rencontrées, ni celles que vous m’avez présentées, n’est parvenue à provoquer en moi ce sentiment brûlant que je ressens pour Ersa, cette demoiselle que j’ai amené ici. J’ignore si c’est parce que je suis fou ou que mon amour est inconsidéré, mais il me semblait impossible de revenir au château sans elle.Comme si je craignais que l’on détruise une partie de mon âme rien que par la distance. Père, vous connaissez bien ce sentiment, je pense. De plus, elle paraît plus réfléchie et sage que toutes celles que je connais.

-Elle ne t’épousera que pour la richesse, c’est certain…

-Non, j’en doute fort. Il a fallu que je promette d’aider sa mère souffrante pour qu’elle accepte de me suivre. Cela me fait mal de l’avouer, mais en premier lieu, elle avait refusé de manière… catégorique.

Devant cette nouvelle, Syrex écarquilla les yeux tandis que sa femme éclata d’un rire cristallin.

-Effectivement, elle semble différente des autres, admit-elle. J’aimerais beaucoup la rencontrer. Qu’en dis-tu ? Demanda-elle en se tournant vers le roi qui se renfrogna.

-Moyennant quoi, je n’ai pas le choix, il est trop tard. Ma décision dépendra de l’image que j’aurai d’elle après lui avoir parlé.

La reine reporta son attention sur Jyle.

-Alors, tu penses que tu es tombé amoureux de cette demoiselle, c’est bien cela ?

-Oui ,répondit-il sans l’ombre d’un doute.

-Mais elle ?

-Eh bien… pas encore.

-Donc, elle t’a suivi de force. La pauvre petite.

Ses paroles écrasèrent le cœur du prince.

-Alors je lui ai fait du mal ?

Le roi laissa échapper un long soupir de lassitude.

-Mon fils, en ce moment, elle doit beaucoup t’en vouloir pour l’avoir arraché à sa famille, expliqua la reine.

-Mais je lui offre une vie plus aisée !

-J’ai bien peur que sans ceux qu’elle aime, elle se sentira plus seule au monde qu’autre chose.

-J’ai l’impression de l’avoir enlevé…

-En quelque sorte, c’est le cas.

Soudain, le poids de culpabilité s’abattit sur lui avec une telle force que ses jambes se dérobèrent. Il remarqua à peine Ayam se précipiter vers lui et l’aider à se relever.

-Je suis un monstre…

-Non, mon fils, ne te dévalorise pas autant ! Tu ne pensais pas à mal. Simplement, à partir de maintenant, tu dois mieux prendre en compte ses sentiments.

-Mais la laisser partir est tellement difficile ! Je ne pourrais plus la revoir !

-Je ne te demande pas de renoncer à elle. Elle peut rester ici, mais ton devoir est de lui faire prendre conscience de l’ampleur de ton amour pour elle. Avec un peu de persévérance, elle pourrait finir par partager tes sentiments.

Jyle sentit l’espoir gonfler sa poitrine.

-J’y arriverai !

-C’est très probable, acquiesça-elle. Mais avant toute chose, veille à bien t’excuser auprès d’elle de ton comportement.

-Oui ! Et en ce qui concerne les médecins… vous savez, lorsque j’ai vu que la santé de cette dame se dégradait gravement, j’ai pensé qu’il fallait vraiment la sauver…

-Je suis d’accord, nous lui accorderons les soins dont elle a besoin.

-Je vous remercie, mère ! Puis se tournant vers son père : Je suis désolé pour avoir agi ainsi, sans réfléchir, mais je vous prouverai que cela n’était pas inutile. Je suis persuadé d’avoir rencontré la femme qui m’est destinée et je sais qu’elle fera le bien de notre famille. Elle me rappelle d’une certaine façon mère.

Syrex soutint son regard et le fit signe de disposer d’un signe de la main.

-Il y a bien intérêt, ou je le renverrai sans hésitation chez elle.

Jyle fut satisfait de voir que sa colère s’était estompée. Son père pouvait être sensible à la force des sentiments et il l’avait prouvé la pureté des siens pour Ersa. C’était sûrement pour cela qu’il avait été- presque- persuadé de pouvoir convaincre le roi.

Avec une révérence exagérée traduisant sa joie irrépressible, il quitta la salle, plus résolu que jamais à faire le bonheur de sa bien-aimée.

***

Gagnée par un sentiment de malaise, Ersa faisait les cent pas à travers sa chambre, en se tortillant les mains.

Avec tout ce luxe que lui avait offert le prince, elle se sentait plus anxieuse qu’autre chose ! La chambre était deux fois plus grande que son ancienne maison en entière et parfaitement propre. Durant ses heures d’ennui, Ersa avait tenté de trouver un coin sale, mais il n’y avait pas plus un grain de poussière qu’une toile d’araignée. Une porte la menait directement à sa propre salle de bain, où tout était d’une blancheur immaculée. Une autre s’ouvrait sur un bureau, un peu plus étroit, destiné manifestement à des passe-temps en tout genre : lecture, couture, écriture… Dans la chambre, elle avait une armoire imposante atteignant le plafond, qu’elle n’avait pas encore ouverte, mais elle se doutait bien de ce qu’elle y découvrirait. Une coiffeuse avec un grand miroir ovale et six tiroirs se tenait près d’un lit en baldaquin qui lui paraissait gigantesque : elle était certaine qu’il était capable d’accueillir au moins quatre personnes de sa corpulence ! Les draps étaient en bleu clair satin et les oreillers en soie, afin qu’elle ne soit pas décoiffée au réveil. Sa mère le lui avait dit un jour, mais elle n’avait pas testé cette nuit : elle ne s’était pas parvenue à s’endormir et était restée assise sur le rebord de la fenêtre, à contempler l’obscurité faiblement étoilée. Elle s’était sans doute assoupie un moment car elle n’avait pas vu le soleil se lever.

Deux jeunes filles en tenue de domestique étaient entrées peu après son réveil et avaient apporté son petit déjeuner. Jamais elle n’avait eu autant à manger ! Prise au dépourvue, elle leur avait proposé de l’aider à finir le plateau, mais elles avaient refusé, l’air interdit.

Elle portait encore ses vêtements de la veille et n’avait pas voulu se changer : elle ne se sentait pas prête à quitter le parfum familier de sa maison, l’odeur de la terre cultivée, imprégnée sur sa robe.

Mais cela n’empêchait pas le sentiment de solitude s’accroître en elle, un sentiment irrépressible. Elle n’arrivait pas à se concentrer sur le bon côté de la situation, à savoir la guérison progressive de sa mère. Ses pensées revenaient toujours sur sa séparation avec sa famille, si précieuse, si chère.

Mère, Salim, Nadia…

Nadia.

Elle n’avait même pas pu la revoir une dernière fois ! Lui dire au revoir convenablement ! Enfin, peut-être que c’était mieux ainsi. Les adieux lui auraient paru plus déchirants… De plus, elle était prête à parier fort que cela aurait encore plus compliquer la situation. Elle imaginait Nadia se dresser entre le prince et elle, défiant les Combattants même du regard…

Une part d’elle aurait voulu que cela se déroule ainsi. Mais elle était également soulagée que sa sœur ait pu éviter d’assister à une telle scène. Elle se demandait comment avait-elle réagi en apprenant son départ. Évidemment, elle s’était sans aucun doute énervée, mais ensuite ? Qu’avait-elle fait ? Bien qu’elles soient liées depuis la naissance, Ersa avait encore du mal à la cerner. Nadia pouvait se montrer si imprévisible ! Tout ce qu’elle espérait, c’était que la séparation n’ait pas de répercussions sur son avenir…Elle méritait plus que tout d’être heureuse. Ersa sentit son coeur se comprimer, à l’idée qu’elle ne serait plus présente à ses côtés. Elle ne la verrait pas vieillir. Ni voir Salm grandir.

Que faisaient-ils en ce moment ? Étaient-ils encore en état de choc ? Quelle était la nouvelle recette que Nadia avait proposé ? L’avait-elle finalement préparée ?

Elle se sentit en manque d’oxygène, asphyxiée, comme si les murs se refermaient sur elle.

Ersa ouvrit la fenêtre: une brise au parfum de rose lui parvint agréablement. A cette hauteur, elle pouvait admirer la splendeur d’une grande partie du jardin qui se déployait sous elle, cette terre magnifiquement fleurie de toutes sortes de plantes. Ne pouvant plus rester cloîtrée ainsi devant un tel paysage, Ersa sortit de la chambre et s’engagea dans le long couloir, dont le sol était recouvert d’un tapis rouge, qui s’étendait devant elle.

Elle n’avait fait que quelques pas qu’elle rencontra une jeune servante qui l’intercepta, l’air affolée :

-Demoiselle Ersa, où allez-vous ?

-Je veux juste sortir dans le jardin, répondit-elle, perplexe.

-Je suis navrée, mais ce n’est pas une bonne…

-Quoi, auriez-vous l’intention de m’enfermer dans la chambre ? Je ne vais pas m’enfuir, si c’est ce qui vous inquiète, je souhaite juste prendre l’air.

La servante hésita encore.

-Je devrais peut-être demander à Sa Majesté le prince…

A la mention de ce dernier, un grondement inconnu s’éveilla en elle, la rendant plus agressive.

-Je n’ai pas besoin de son autorisation pour me déplacer, je ne suis pas son animal !

La domestique, terrifiée par tant de brusquerie, ne sut que dire. Percevant sa gêne, Ersa s’efforça de se calmer, surprise également par sa propre conduite.

-Veuillez m’excusez, je n’aurais pas du me comporter ainsi.

La servante sembla encore plus choquée par cette attitude, ce qui détendit un peu la jeune femme.

-Si cela peut vous rassurer, vous pouvez m’accompagner. J’aurais besoin d’un guide pour m’orienter.

-Je peux m’en occuper, si c’est cela votre désir.

Cette voix, pourtant mélodieuse, la glaça d’effroi. Comme si le mécanisme de ses mouvements ne fonctionnait plus correctement, elle se tourna lentement vers cet homme qui venait vers elle d’un pas désinvolte. Il fit un geste en direction de la servante pour la congédier. Elle aurait voulu qu’elle reste. Une brûlure incendia son estomac.

« Non, que t’arrive-il ? C’est grâce à lui que mère peut guérir, tu dois lui en être reconnaissante… »

Rien n’y fit. Elle ne pouvait ignorer ce feu qui dévorait ses entrailles, qui semblait consumer toutes ses pensées à cet instant-là. Elle ne pouvait pas changer cette vérité : elle lui en voulait terriblement pour avoir brisé son cocon paisible qu’elle partageait avec sa famille, elle lui en voulait de l’avoir arraché à jamais de ceux qui lui étaient les plus chers. Elle ne pouvait ignorer cette haine croissante qu’elle nourrissait pour lui.

Elle le détestait. Pour elle, il était le monstre le plus hideux qu’elle ait vu.

Le prince lui tendit la main et elle fit de même, réprimant une mine dégoûtée lorsqu’il la saisit pour déposer un baiser. Elle avait l’impression de se calciner à l’endroit touché par ses lèvres mortelles.

-Vous êtes resplendissante aujourd’hui encore. Je serais honoré de vous accompagner dans votre promenade.

Ersa se força à lui adresser un sourire, mais il lui sembla crispé.

-Ne vous souciez pas de moi, je saurais trouver mon chemin.

Elle avait consciente que sa voix était froide. Une part d’elle se demanda si, en fonction de son comportement, le prince déciderait d’enlever les médecins dont bénéficiait sa mère. C’était un risque. Mais pour le moment, elle en tira une satisfaction amère.

Stupéfaite, elle vit le visage du prince se fermer. Était-ce son imagination, ou ses joues avaient un peu rosies ?

-Ecoutez, si vous êtes énervée contre moi, je peux le comprendre. Je tiens à m’excuser pour mon égoïsme qui m’a poussé à vous emmener avec moi sans penser à vos sentiments. C’était vraiment infantile de ma part, et je voudrais me racheter.

Les battements de coeur de la jeune fille s’accélèrent. Allait-il la laisser partir ? Il semblait si confus que l’image horrible qu’elle avait de lui se dissipait petit à petit. Elle se sentait prête à lui pardonner !

Mais, sans crier gare, il n’y eut plus une trace d’embarras en lui et il déclara avec un sourire et un regard décidé :

-Je suis prêt à tout pour que vous répondez à mes sentiments, un jour. Je ferai en sorte que vous soyez à l’aise dans le château, et que vous restiez avec moi pour partager mon bonheur.

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