Nadia et Ersa: Chapitre 12

Nouveau chapitre et cette fois-ci on se concentre sur Nadia!

Bonne lecture!

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-Whaa…

Nadia n’avait pu réprimer un murmure émerveillé en découvrant l’imposant château qui s’élevait à ses pieds. Il était aussi large que haut. De multiples tours d’une hauteur vertigineuse le composaient,- l’une d’entre elles, au centre était plus grande que les autres et elle en déduisit qu’il s’agissait des appartements de la famille royale- terminées par une pointe d’où, pour la plupart, flottait au rythme du vent un drapeau rouge arborant le symbole d’Onyx : une pétale de fleur noire transpercée à une extrémité par un fin serpent doré s’enroulant sur tout le long de la pétale, la gueule ouverte. Cette gigantesque bâtisse était construite en pierre taillée et seule la marque en forme de rectangle qui se détachait de la matière indiquait la présence d’un pont levis. Autrement, de loin, le château paraissait dépourvue d’entrée. D’innombrables fenêtres, où certaines étaient surmontées d’un balcon, brillaient au contact des rayons du soleil tels des joyaux. De chaque côté du palais, un couloir le reliait à un autre bâtiment plus petit et moins somptueux.

La végétation était courte, laissant déployer une vaste étendue verte. La forêt était située derrière.

De nombreuses personnes entraient et sortaient du château, tous richement habillés. Evidemment. Elle vit quelques soldats d’une droiture inflexible, en légère armure et tenant une lance.

Elle aperçut brièvement du coin de l’oeil l’amusement d’Akilui face à son ébahissement.

Elle ne croyait toujours pas à la chance qui l’avait mené à croiser la route de ce Combattant. Elle n’aurait jamais pu oser songer qu’accepter le travail de Fiden lui permettrait non seulement de se déguiser- elle lui en voulait néanmoins de lui avoir donné une teinture de cheveux aussi voyante que le rouge- mais également un accès direct à son but ! Sans compter le somptueux repas- une jambe de poulet avec de la semoule et de la sauce tomate- qu’il lui avait offert sans hésiter lorsqu’elle l’avait interrompu dans ses explications en disant qu’elle ne pourrait pas tout comprendre le ventre vide. Mais elle était persuadée qu’elle avait saisi l’essentiel : cette personne habitait au château et lui permettait d’y aller. Les détails lui importaient bien peu. Une autre chose dont elle était sure : Akilui la prenait pour un garçon. Elle se doutait que cela lui faciliterait son infiltration et la préservation de son identité. Elle remercia le monde entier de lui avoir permis d’avoir un physique si banal, presque sans forme.

Dans un restaurant éclairé par mille et une chandelles, autour de la table recouverte d’une grande nappe blanche, elle accumulait les informations petit à petit : Akilui lui proposait de participer à un examen, afin de tenter de devenir un Combattant. Tandis qu’il était désespéré par le nombre de candidats potentiels, elle avait surgi sans crier gare, tel un  »miracle accordé par le Seigneur lui-même ». Perplexe d’être définie ainsi, Nadia avait cependant préféré dire le moins sur elle. Voilà comment elle s’était présentée : elle répondait au nom de Ran (c’était le premier prénom qu’il lui était venu), avait 17 ans, habitait dans ce village depuis sa naissance, était orphelin et faisait alors tous les boulots proposés pour subvenir à ses besoins. Elle préférait ne pas approfondir, se sentant gênée de devoir mentir. Mais visiblement, la fierté aveuglait Akilui pour l’empêcher de s’attarder sur des points sans rapport avec l’examen.

Il avait été surpris que son bagage ne tenait que dans un sac à dos délabré mais se ravisa de tout commentaire.

Le trajet jusqu’au château ne fut pas bien long : ils l’avaient effectué à cheval, qu’Akilui avait accroché à la jambe d’un lampadaire à huile. Nadia voulut savoir s’il n’était pas inquiet à l’idée que son animal puisse être volé, mais la peur d’éveiller des soupçons la contraignit à ravaler sa question. Sinon, elle l’aurait déjà interrogé sur sa sœur.

Après lui avoir expliqué les règles générales et l’organisation de l’examen, Akilui l’avait interrogé sur l’origine de ses aptitudes.

-Euh, mon frère m’entraînait… dans l’espoir que… je puisse aider le royaume s’il était en danger, avait-elle répondu maladroitement. Il était trop ambitieux.

-Ne te sens pas gêné, c’est vraiment un magnifique objectif ! Je suis certain qu’il est satisfait de toi là où il est. J’espère sincèrement que tu pourras réussir l’examen.

Nadia était mal à l’aise de recevoir une telle attention pour un mensonge improvisé. Elle avait changé de sujet pour ne pas s’attarder sur celui-ci.

-Combien peuvent devenir Combattant ?

-Il n’y a pas de place limitée. Nous choisissons en fonction de plusieurs critères, que je ne peux pas te révéler.

-Mais alors, comment savons-nous si nous pouvons réussir ?

-Tu l’ignores, c’est tout. Je pense que c’est dans cet état d’esprit que réside la plus grande part de difficulté du test. Tout ce que tu dois faire, c’est donner le meilleur de toi-même, pour ne rien regretter, tout en espérant que cela soit suffisant pour être accepté. Je crois que c’est pour encourager les participants à dépasser leurs propres limites.

-C’est assez stressant.

-Je le confirme.

Au fond, Nadia était excitée par cet examen. Il s’agissait d’une question de force et elle avait confiance en elle dans ce domaine. Cependant, cela lui importait peu de devenir Combattant, bien qu’elle doit avouer que ce titre lui paraissait tentant. Ce qu’elle redoutait, c’était que l’échec l’empêche de rester au palais, sans qu’elle n’ait le temps de trouver une solution pour Ersa. Peu à peu, l’anxiété, ce sentiment qui la révulsait, l’avait étreinte. Elle s’était rendue compte de l’importance de sa réussite, mais face à des hommes, de vrais hommes, entraînés depuis longtemps, sachant manier divers armes avec une agilité assurée, elle était beaucoup plus défavorisée. Elle s’était sentie dans la peau d’un lapin défiant des lions sur leur propre territoire. A présent, elle prenait conscience de l’épreuve auquel elle était confrontée… Elle avait fait part de ses craintes à Akilui. Ce dernier s’était gratté machinalement la tête.

-C’est vrai, tu pars avec un handicap. Mais ne t’en fais pas trop, sinon ça t’empêchera de te concentrer et te freinera dans ta progression. Il reste un mois et demi avant le grand jour, tu as un peu de temps pour t’entraîner et développer tes aptitudes. Les chevaliers garderont une longueur d’avance sur toi, certes, mais il n’y a pas que la force qui compte. Loin de là. Et cela pourra peut-être te permettre de réussir. Et…

Il s’était arrêté un moment, comme s’il choisissait soigneusement ses paroles, avant de poursuivre plus calmement :

-J’ignore pourquoi, mais j’ai l’impression que tu dégages quelque chose de…spécial. Ce n’est pas le mot idéal, mais c’est l’idée qui se rapproche le plus. Quand je t’ai vu arrêter ce garçon, tes mouvements m’ont donné un sentiment vaguement familier. Enfin, l’essentiel est que tu saches que tu n’es pas si handicapé que tu le penses, crois-moi.

Ces paroles, bien qu’étranges, avaient réussi à lui remonter le moral. Elle ne devait pas partir vaincue au début, ou ses dernières chances s’évaporeraient. Elle s’était jurée en son for intérieur que, durant ce mois et demi, elle s’entraînerait jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus mettre un pied devant elle. Elle pouvait réussir, et elle réussirait.

A présent, elle avançait dans le grand couloir d’entrée du château tout en tournant la tête pour admirer les tableaux accrochés aux murs, avec près d’eux des lampes à huiles. Ils représentaient tous des personnages à la mine sévère. Un tapis noir décoré par des motifs dorés de chaque côté se déroulait sous ses pieds- elle remercia intérieurement Akilui de lui avoir permis de changer de chaussures ; bien qu’elle en veuille à la famille royale, elle s’en aurait voulu de salir un lieu aussi somptueux- et elle n’en voyait pas le bout. Tous les dix pas environ s’élevait un vase où écloraient des fleurs aux pétales éclatantes de santé, diffusant une senteur exquise.

Prise par sa fascination face à tant de luxe, elle ne vit pas Akilui tourner dans un nouveau passage et ce dernier dut l’interpeller deux fois, la rappelant involontairement qu’à présent, elle répondrait au nom de Ran et non de Nadia.

Dans son empressement, elle faillit bousculer une dame. Malgré son âge avancé, elle portait une lourde robe à froufrous qui mettait en avant les formes généreuses de son corps. L’éventail qu’elle tenait dissimulait le bas de son visage mais Nadia devina les rides qu’elle devait avoir autour de sa bouche, à la vue de celles qui lui pliaient le front. Sous l’effet de l’habitude, elle ne fit pas vraiment attention au regard hautain qu’elle lui envoyait et murmura un mot d’excuse avant de rejoindre Akilui.

-Où va-t-on ?

-Je vais te présenter à un autre organisateur de l’examen. Il est à ce poste depuis très longtemps, donc s’il t’accepte, il n’y aura pas de problèmes pour ton inscription.

-Et le Roi ? Pourquoi n’allons-nous pas le voir en premier ?

-Je ne préfère pas, répondit-il avec un rire bref. En ce moment, il est facilement irritable et a d’autres préoccupations en tête, comme le mariage de Sa Majesté le prince.

Nadia se figea un instant avant de reprendre sa marche, mais Akilui avait remarqué ce temps d’arrêt.

-Quelque chose ne va pas ?

-Ah… non, c’est bon. J’avais cru oublier quelque chose. Alors… le prince a trouvé une fiancée.

Sa phrase sonnait étrangement, même à ses oreilles. Elle ne savait pas s’il s’agissait d’une constatation ou d’une question. Akilui la prit apparemment pour cette dernière.

-Oui. Elle vient du village de Kaba. Une villageoise ! J’avoue que je ne comprends pas pourquoi Sa Majesté le prince est allé jusque là pour trouver une épouse. Ce ne sont pas les dames qui manquent ici.

« Au contraire, je le comprends parfaitement, si toutes les femmes ici étaient comme celle de tout à l’heure » Songea-elle, amusée.

-Je ne l’ai jamais vu, poursuivit le jeune Combattant, mais il semblerait qu’elle soit vraiment ravissante.

-Comment se fait-il que vous ne l’ayez pas encore vu ? S’étonna Nadia.

-As-tu remarqué les deux grands bâtiments reliés au château ? On les appelle les  »Ailes d’Onyx ». Celui situé à gauche correspond aux appartements des chevaliers et des soldats, et celui de droite, où l’on se dirige actuellement, à celle des Combattants. C’est également là que se tient l’organisation de l’examen. En clair, ces derniers temps, je passe presque toutes mes journées là-bas, et je n’ai eu que de rares occasions pour rencontrer la fiancée de Sa Majesté le prince dans le palais. Au passage, chacun de ses bâtiments possède un terrain dédié à leurs entraînements quotidiens. Mais pour le test, les candidats sont accueillis dans l’Aile droite, soit dans les appartements des Combattants.

Il continua en disant que l’idée que les jeunes étaient intimidés par eux l’amusait, mais Nadia ne l’écoutait plus. La situation lui paraissait cruelle, douloureuse : elle était à proximité de sa sœur, elle marchait peut-être sur ses pas en ce moment même, mais la séparation des rangs dans ce château l’empêchait de rencontrer sa sœur. Ersa était à la portée de sa main, se trouvait coincée entre les mêmes murs qu’elle, mais elle ne pouvait avancer vers sa sœur. Elle aurait juste souhaité la trouver et la rassurer, lui jurant qu’il lui fallait patienter un petit peu, l’armer de courage et d’espoir ! Cette perspective de ne pas pouvoir soutenir sa jumelle alors qu’elle étaient si proches lui procurait un horrible goût amer dans la bouche.

Elle dut rassembler toute la volonté du monde dans ses jambes pour ne pas faire demi-tour et courir à la recherche d’Ersa.

« Ne brusque pas le cours des événements » Se répéta-elle inlassablement.

Ce fut en fixant ses pieds qu’elle remarqua qu’ils s’étaient engagés dans un couloir où le sol était en bois avec quelques taches brunâtres. Elle sut d’instinct qu’ils se trouvaient dans le bâtiment des Combattants. Il était plus sombre que le château. Une vague odeur de terre humide assaillit les narines de la jeune fille. Il régnait une atmosphère plus tendue, comme grave. Les portes qu’ils rencontraient en chemin étaient tous en fer, ce qui lui procura une désagréable sensation dé réclusion.

Ils s’arrêtèrent finalement à une porte sur leur gauche, qui semblait un peu plus grande que les autres. Nadia constata que le fer avait rouillé à plusieurs endroits, indiquant qu’elle était ancienne.

Akilui s’apprêta à frapper, mais la porte s’ouvrit d’elle-même, l’encadrement couverte d’un métal plus luisant, où elle vit des éclats rouges qu’envoyait sa teinture. Lorsque Nadia réalisa qu’il s’agissait en fait d’une armure, elle vit son compagnon baisser la tête hâtivement, sûrement sous le coup de la surprise, une paume sur la poitrine, avant de la relever.

-Bonjour, mon capitaine.

« Capitaine ? »

Curieuse, oubliant d’imiter Akilui, Nadia leva les yeux vers ce nouveau personnage.

Il devait faire trois bonnes têtes de plus qu’elle. En croisant son regard sombre et perçant, Nadia sentit tout son corps frémir dans un seul et même tremblement, avant de rester crispé. Son visage taillé à la hache semblait très mature. Il la fixait d’un air indéchiffrable, ce qui ne fit qu’accentuer le malaise chez la jeune fille. En effet, sous ce masque impassible, il se dégageait une aura puissante, autoritaire, presque sauvage. Elle devinait sans peine combien il devait être fort…

Il lui fallu du temps pour s’apercevoir qu’Akilui la secouait par l’épaule.

-Ran, salue le capitaine, aussi !

Reprenant ses esprits, comme si elle venait d’entrer en transe, elle s’exécuta négligemment, toujours absorbée par cet homme qui, au premier regard, avait réussi à… l’intimider.

Le capitaine les dépassa, mais murmura lorsqu’il la croisa :

-Ton salut est du mauvais côté.

Nadia frissonna de nouveau et avala avec grand peine sa salive, comme si elle se déshydratait. Jusque là, elle n’avait jamais entendu un timbre de voix si profond, comme si les mots qu’il prononçait plongeaient tout son ouïe dans un gouffre.

Elle n’eut pas le temps, ou plutôt pas le courage de répondre. De toute façon, il avait déjà disparu, emportant avec lui la tension régnant dans l’atmosphère.

-La prochaine fois, n’oublie pas : la paume droite à gauche de la poitrine. En d’autres mots, sur le coeur. C’est compris, Ran ?

-Oui, excusez-moi.

Nadia fit la connaissance de Malt, l’organisateur dont lui avait parlé Akilui. Celui-ci la présenta à son compagnon et lui exposa sa demande. Malt ne vit aucun inconvénient à accepter Nadia. Soulagé, Akilui changea de sujet en demandant la raison de la présence du capitaine tout à l’heure.

-Il voulait vérifier le déroulement des préparations, notamment le nombre de chevaliers potentiels. Il a déjà beaucoup de travail de son côté, mais prend tout de même la peine de voir si tout se passe bien ici !

-Il est rigoureux, très rigoureux, c’est tout, dit Akilui en souriant. A-t-il fait une remarque spéciale ?

-Rien de particulier, répondit Malt en s’affalant sur le dossier de sa chaise. Même lorsque je lui ai annoncé le nombre pitoyable de participants, il n’a pas bronché et s’est seulement contenté de hocher la tête. Je crois que j’aurais préféré qu’il râle un peu, au moins, je me serais senti moins mal à l’aise. C’est frustrant parfois de se dire s’il garde toute sa colère pour lui ou si cela ne lui fait vraiment rien.

-Je te comprends. Il est très difficile de saisir sa pensée. Je plains les participants de cette année, le test sera sans doute plus difficile que les précédents, avec lui, comme Juge principal…

-Et dire qu’il est le capitaine des Combattants depuis deux ans seulement ! Enfin, même avant son affectation à ce poste, il était connu pour son caractère intransigeant et taciturne. Et toi, petit, que penses-tu de lui ? Quelle impression t’a-t-il donné ?

Nadia avait plusieurs idées de réponses, mais aucune ne décrivait parfaitement le trouble confus qu’elle éprouvait même en ce moment. Elle choisit de rester simple :

-Il est… effrayant.

Akilui et Malt éclatèrent d’un même rire et elle craignit avoir dit quelque chose de déplacé. Mais Akilui lui donna une petite frappe amicale, geste qui la rassura, avant de lancer :

-C’est tout à fait cela ! Je me rends compte que je t’ai sûrement inquiété avec ce que je viens de dire, alors je rectifie : le capitaine est assez sévère, mais il est juste. Si tu montres que tu es capable de te dévouer à la famille royale corps et âme, tu n’auras pas à t’en faire !

***

Après lui avoir montré les endroits de l’Aile droite où elle pouvait accéder, tel que la salle à manger, Akilui lui présenta une chambre entièrement libre. Elle n’avait donc pas à la partager avec un chevalier, contrairement aux autres.

La pièce était bâtie en bois sec et ne possédait que le strict minimum : un lit d’une place recouverte d’une couverture sombre, un meuble à un tiroir sur lequel reposait une bougie éteinte et une armoire assez grande pour ranger quelques habits. La lumière du jour s’engouffrait timidement par une ouverture étroite en guise de fenêtre. Akilui avait précisé qu’elle était chanceuse car certains n’avaient pas le privilège de posséder la moindre brèche dans leurs chambres. Sans compter que la sienne était reliée à une petite salle de douche personnelle, ce qui lui facilitait grandement la situation.

D’après le jeune Combattant, les bâtiments des soldats n’étaient pas aussi luxueux que le château pour la simple et bonne raison que cela ne servirait à rien. Les soldats devaient s’habituer à vivre dans un confort modeste pour éviter de prendre goût à la vie aisée. Cela les rendrait inutile s’ils devaient partir, en mission par exemple, et supporter des conditions misérables. Autrement dit, les bâtiments des Ailes participaient en quelque sorte à l’exercice de leur force mental.

Il lui avait dit d’attendre le lendemain pour commencer l’entraînement. Le soir tombait et il valait mieux pour elle de se reposer pour récupérer après cette longue journée.

Effectivement, elle avait l’impression que sa rencontre avec lui remontait à trois jours de cela. Elle s’effondra sur le lit, lourdement épuisée. Le matelas était un peu dur, mais assez confortable.

Et dire que son arrivée à Cérèn ne datait que de la veille ! Les événements s’étaient tellement précipités qu’elle se doutait si elle devait s’en réjouir… Évidemment, quelle question ! Elle n’avait pas de temps à gâcher. L’absence de sa mère et de Salm à ses côtés était une épreuve éprouvante à supporter pour elle. Jamais elle ne s’était autant éloignée de sa famille.

Depuis qu’elle était entrée dans ce château, elle avait l’impression d’avoir posé un pied dans un nouveau monde : plus scintillant, plus féerique. Elle ne se sentait pas à sa place et espéra que les exercices de combat lui permettraient de retrouver la plénitude qui l’habitait il y avait quelques jours encore.

Ayant la sensation d’avoir passé du temps dans un terrier en compagnie d’un putois, elle se leva non sans effort pour se précipiter sous la douche. Elle se souvint alors qu’elle avait une teinture et se pressa vers le petit miroir ovale accroché au-dessus du lavabo. Elle dut se dresser sur la pointe des pieds pour apercevoir son reflet, maudissant sa petite taille. Son apparence la frappa une deuxième fois. Finalement, sa teinture tenait bon comme lui avait assuré le vendeur. Elle avait également oublié d’enlever ses lentilles marron. Elle n’était pas étonnée qu’Akilui l’eut prit pour un garçon. Sa coupe courte, qui s’arrêtait à son cou, laissait échapper des mèches devant ses yeux, à travers lesquelles pointait un regard qui lui était vaguement familier. Son visage était banal pour une fille, mais était dessiné par des traits plutôt délicats. Elle était un garçon avec un visage efféminé. Son corps, quant à lui, n’était pas encore assez développé pour laisser percevoir des formes qui ne puissent pas être dissimulées sous des vêtements adaptés.

Après sa toilette qui lui procura un bien-être apaisant, elle s’écroula de nouveau en travers du lit et ferma les yeux.

L’ombre du capitaine jaillit brusquement à travers le rideau de ses paupières. La fatigue l’empêcha de le chasser de son esprit. Elle se trouvait dans un état proche de rêverie lorsqu’elle se remémora inconsciemment ce face à face. Avant de sombrer dans un sommeil bien mérité, il lui sembla que les yeux noirs du capitaine, comme celles d’une panthère solitaire, l’avait observée avec une lueur d’intérêt imperceptible.

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