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Rekishi Yume: Chapitre 9

Chapitre 9 : Première confrontation

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Yume s’était parfois demandée de quelle manière elle pouvait mourir. Crise cardiaque ? Accident ? Noyade ?

Elle avait pensé à toutes sortes d’éventualités, mais surement pas à se faire dévorer par des créatures tout droit sorties des ténèbres ! Dans quelques petites minutes, son existence allait s’achever entre les dents de bêtes sauvages affamées, qui dégusteraient avec plaisir son sang. Cette pensée la fit frissonner de la tête aux pieds. Elle tenta de son mieux de contrôler ses tremblements, afin de ne rien laisser paraître de sa peur. La dernière chose dont elle avait envie avant sa mort était de satisfaire ses loups garous en montrant sa frayeur.

Elle voulut se relever pour leur faire face, courageusement, mais ses jambes étaient pétrifiées. Elle essaya d’évoquer un souvenir heureux dans sa tête. Les visages de ses amis, d’Akira… Mais elle ne réussit qu’à penser une chose :

« Tata va être vraiment énervée de ce retard… »

Tsss…elle n’était même pas entrée à Sunight que le danger lui tombait déjà dessus ! Et, visiblement, elle ne pouvait compter sur Shiro et Sora. Ces deux idiots étaient surement chez eux.

Ah ! Elle songea alors à ce qu’ils lui avaient révélé. Elle pouvait produire de la magie. La peur lui avait fait oublier ce détail important.

Ignorant les ricanements autour d’elle, elle ferma les yeux et appliqua le processus d’invocation magique que lui avait enseigné Sora.

Vibration du corps au contact de l’air… entre en elle… un avec l’esprit… la main gauche tendue…concentration de l’énergie…

Elle attendit durant quelques secondes. Mais le résultat était différent de la première fois. Elle n’était pas plongée dans un gouffre. Elle était toujours présente consciemment au milieu des rires des bêtes qui se faisaient plus bruyants. Elle ne sentit rien dans sa main.

Elle rouvrit les yeux, sentant la déception grandir en elle. Pourquoi ? Pourquoi n’y arrivait-elle plus ? Pourquoi maintenant ?

-Tu essayais de nous faire un tour de magie, c’est ça ? S’esclaffa Gora. Dommage que tu sois trop faible, ça nous aurait divertis !

Donc elle allait vraiment mourir ainsi, sans aucun moyen de défense… il était bien évident que la force physique ne servirait à rien. Elle aurait tellement voulu être présente pour le réveil de Naomi, pour le retour de Kaori… Elle ne put empêcher ses larmes de couler. Elle les dissimula à travers ses cheveux ébouriffés et les sécha rageusement de la main. Non, il fallait qu’elle soit forte, jusqu’au bout ! Peu importe si ses efforts étaient vains, elle ne resterait pas là sans rien faire !

La colère lui donna la force de se relever, sous le regard amusé de Gora.

-Ah ! Alors tu acceptes ton destin ? Ou bien tu veux…te battre ?

Ce dernier mot déclencha à nouveau un concert de rires assourdissants. Mais Yume ne se laissa pas démonter.

Pour laisser le temps à son corps de se préparer au combat, elle demanda pour gagner du temps :

-Que me voulez-vous ?

-Te manger, n’est-ce pas évident ?

-Pourquoi moi, particulièrement ?

-Avec ce maudit Lanrô, tu es le sujet principal du conseil des cieux. Tu intrigues pas mal de personnes, mais pas moi. J’ai l’intention de mener mon clan à la conquête du pouvoir. Le vieux dirige Sunight depuis bien trop longtemps, et il ne fait plus les choses correctement. La preuve, le monde est en train de revivre l’histoire d’il y a deux cents ans ! Il est temps que la nouvelle génération reprenne le flambeau, et qui est mieux placé que les loups garous pour diriger Sunight avec une poigne de fer, hein ?

-Quel rapport avec moi ?

-Eh bien, je n’ai pas envie de te voir dans le royaume que je créerais. J’ai l’intention d’éliminer tous les combattants, pour qu’il ne reste que les créatures supérieures. Pff ! Autoriser des humains à venir à Sunight, et puis quoi encore ! Faudrait que j’élimine aussi ce sale papillon… Bref, j’avais l’intention de commencer par ce gamin de la glace, il m’avait vraiment tapé sur les nerfs, la dernière fois… mais j’ai changé d’avis. Avant tout, j’ai envie de goûter le sang d’une personne dont l’Energie ne s’est pas encore développée… je m’en régale d’avance, ajouta-il en se léchant les babines.

-Vous voulez faire un coup d’état, c’est ça ? Dit Yume en s’efforçant d’ignorer la remarque sur son sang.

-Ah ! Je te dis que je vais te dévorer toute crue et tu t’intéresses seulement à ma domination ? T’as du cran, petite !

Il s’approcha de la jeune fille, si près qu’elle put sentir son odeur nauséabonde, une odeur de détritus datant de plusieurs jours. Elle réprima de toutes ses forces l’envie de reculer.

-Te dévorer est un excellent moyen pour déclarer la guerre à tout le monde. Tu es spéciale, on ne sait pas quel est l’origine de ton pouvoir. Le vieux avait l’intention de te protéger le temps de le découvrir.  Dommage pour lui, il n’y arrivera pas.

-Pourquoi ne pas unir vos forces pour combattre la silhouette noire ?

Gora balaya la question d’un geste de la main.

-Bah ! C’est juste quelqu’un qui veut se faire remarquer. Je reconnais qu’il est fort, mais je peux me débarrasser de lui en un clin d’œil. Il ne me gênera pas plus qu’une mouche dans mes plans !

-Vous avez une grande confiance en vous.

-Venant du chef du clan le plus puissant, ce n’est pas étonnant !

-Quand est-ce qu’on mange, patron ? S’impatienta Ogry.

C’était le moment. Sans laisser le temps à Gora de répondre, Yume tenta un coup de pied retourné au niveau de son museau, propulsant toute sa force dans sa jambe. Mais Gora, bien qu’étant distrait par son subordonné, l’arrêta d’une seule main, sans même lui accorder un regard.

-Pas encore, Ogry, on ne s’est pas encore amusé,  soupira-il comme si Yume n’avait rien fait.

Par la jambe de la jeune fille, il la projeta sans effort apparent en arrière. Elle s’écrasa contre un loup-garou et sentit la fourrure de ce dernier contre son dos. Elle perçut l’odeur insoutenable de son haleine, ses grognements d’excitation. Elle se sentit pousser brutalement en avant et atterrit face à une autre bête avant de se faire propulser à nouveau. Et ainsi de suite. Partout, autour d’elle, il n’y avait que les visages de ces créatures assoiffées de son sang. Ces loups garous s’amusaient avec leur proie avant de passer à la dégustation. Et cette proie, c’était elle. Elle constatait que le cercle se refermait lentement sur elle, au fur et à mesure du jeu. Elle commençait à étouffer, à cause de l’odeur et la peur qui lui écrasait la poitrine. La force avec laquelle les loups garous utilisaient pour pousser Yume avait donné des courbatures à son corps. Elle se sentait au bord de l’évanouissement et avait une violente envie de vomir.

Elle sut que le jeu avait cessé lorsqu’elle put tomber lourdement sur le sol. Les monstres étaient plus près que jamais, leurs pupilles et leurs crocs brillant dans l’obscurité.

Yume était hors d’haleine. Elle n’arrivait plus à bouger le moindre de ses muscles, son corps était totalement paralysé. Ses yeux furent de nouveau embués de larmes, mais elle les refoula rapidement. Avec une détermination qui lui était autrefois inconnue, elle planta ses yeux dans ceux de Gora. Même s’il était mille fois plus puissant qu’elle, même si la vue de ce monstre la glaçait, elle ferait preuve de courage avant de quitter ce monde. Même si elle n’avait pu que lui lancer un pitoyable coup de pied inefficace, elle ne se laisserait pas abaisser. Les prunelles rouges sang du chef du clan renvoyaient l’expression haineuse qui masquait le visage de la jeune fille. Elle pouvait voir ses cheveux décoiffés, le sang le long de son visage…une apparence lamentable. Inconsciemment, un rictus se dessina sur ses lèvres. Gora haussa un sourcil.

-Tu deviens folle à l’approche de la mort, ma pauvre.

-Mourir de la main d’un caniche…j’aurais pas pu rêver mieux.

Pour la première fois, elle avait réussi à susciter de la colère chez son ennemi.

-Si tu y tiens tant…bon appétit !

Yume ne lâcha pas son regard et salua mentalement ses amis, sa tante, sa vie.

« Je n’aurais même pas pu visiter Sunight…ça m’aurait peut-être plu un peu… »

Elle vit du coin de l’œil les griffes fuser vers son visage à une vitesse fulgurante…avant de s’arrêter brusquement à quelques millimètres de sa joue.

Les cris fébriles des loups garous s’étaient arrêtés en même temps. La main était enveloppée dans une couche de glace. Une tension palpable régnait entre les membres du clan. Yume était aussi intriguée que Gora : que se passait-il ?

Les narines de ce dernier frémirent, ses pupilles brûlèrent de rage et un cri féroce s’éleva de sa gorge. Il brisa violemment la glace afin de libérer ses griffes.

Une voix s’éleva derrière lui. Une voix qui fit bondir le cœur de Yume.

-Regardez-moi ça, tout un troupeau de cabot sans cervelle.

Tous se retournèrent vivement. Yume ne voyait rien à cause des corps massifs de ces bourreaux, mais elle arrivait à percevoir les jambes de Shiro. Sa présence entraina une série d’émotions chez elle. L’hébétude fut remplacée par le soulagement suivi de la joie pour faire ensuite place à l’incompréhension. Pourquoi était-il là ? N’était-il pas parti avec Sora ? Elle décida de chasser toutes ces questions de sa tête. Shiro l’avait sauvée, elle allait peut-être pouvoir s’échapper ! Ce garçon était remonté dans son estime. Même s’il pouvait être très irritant, ce n’était pas quelqu’un de mauvais. Elle se surprit à sourire béatement et se reprit aussitôt. Ce n’était pas le moment de rêvasser, elle devait encore s’échapper.

-Sale gamin, t’as osé…siffla Gora, la voix tremblant de fureur non dissimulée.

-Si je m’attendais à tomber sur vous, dit Shiro, indifférent.

Yume tenta de se frayer un passage entre les pattes, en retenant sa respiration. Elle ne pouvait plus supporter leur odeur ! Lorsqu’elle réussit à dégager son buste, son regard croisa celui de Shiro.

-Ah, il me semblait bien voir une touffe rouge. Qu’est-ce que tu fais là à imiter le chien ?

Gora reporta son attention sur elle. Elle contempla les yeux de celui-ci avec horreur. Ils étaient injectés de sang et on pouvait aisément y lire la cruauté de son propriétaire. Elle détourna la tête et regarda Shiro.

-Bon sang, tu pouvais pas la fermer ? Lui lança-elle.

-C’est comme ça que tu me remercies ? S’enquit-il d’un air narquois.

Un loup garou s’apprêta à la prendre mais Gora l’arrêta :

-Pas besoin…de toute façon, elle ne pourra pas nous échapper.

Tandis que Yume se releva tant bien que mal et s’éloigna d’eux en direction de Shiro, Gora retrouva son sourire habituel.

-Deux gamins en une soirée…pour un début, c’est plutôt pas mal.

Ses compères approuvèrent par un tonnerre de rugissements enthousiastes.

-Tu n’étais pas rentré dans ton monde ? Demanda Yume au magicien.

-Si, mais je voulais te demander où tu habitais. Histoire de ne pas me casser la tête le jour J. Contrairement à ce que tu penses, même si on a de supers pouvoirs, on n’est pas des GPS.

-Et Sora ?

-Il s’en fiche, il était sûr de trouver le chemin sans problème. Tu as une mine affreuse.

-Merci, je le savais.

-Je t’ai peut-être un peu sous-estimé. Ne pas fondre en larmes devant ces monstres, c’est plutôt courageux.

-Il n’en était pas question que je meure dans cet état.

-Bien dit.

Ils étaient sur la même longueur d’onde pour la première fois. Gora ne tarda pas à intervenir :

-Eh, gamin. Attends-toi à ce que je te torture bien comme il faut avant de t’achever.

-C’est quand tu veux.

Deux loups garous chargèrent sur eux, leurs museaux tremblant d’excitation, vision qui fit frémir Yume. Shiro, lui, réagit rapidement : en deux mouvements avec son index et majeur, il fit un signe qui sembla être une étoile de glace à quatre branches, puis de sa main gauche, propulsa la magie qui s’agrandit jusqu’à toucher de plein fouet les monstres. Ils retombèrent lourdement sur deux de leurs compagnons qui s’écroulèrent sur leurs poids. Les autres ne perdirent pas plus de temps et prirent le relais.

Yume se retrouva en un rien de temps dans les bras de Shiro qui se propulsa sur la branche la plus haute d’un arbre en l’espace de quelques bonds inhumains. Il la reposa et fit apparaitre une  longue stalactite de glace qu’il donna à Yume.

-Au cas où si je n’arrive pas à te protéger. Je m’excuse d’avance si tu meurs.

-Pas de problème.

-Bon, adieu, peut-être.

Il sauta sur le sol qui devait être à 8 mètres, et attaqua déjà avec le bleu froid de sa magie. Yume le vit tournoyer au milieu de ces monstres, sa silhouette entourée d’une sorte de buée étincelante. Elle voyait les loups tomber petit à petit, et Gora légèrement en retrait, en train de gronder :

-Mais bon sang, qu’est-ce que vous foutez ?

Yume se ressaisit malgré ce spectacle inhumain et réfléchit à une solution. Ses yeux se posèrent sur la stalactite puis le chef des loups garous. A quelle distance était-il ? Pourrait-elle le toucher ? Il ne faisait plus attention à elle, trop préoccupé par Shiro. Elle décida d’attendre qu’il s’approche un peu. Si seulement elle pouvait communiquer avec son compagnon et lui dire de provoquer Gora pour le rendre plus imprudent ! Mais visiblement, elle n’avait pas besoin de parler. Shiro ne tarda pas interpeller Gora :

-Ben dis-moi, mon petit Gory, t’as la frousse que je te fous une tarte ? Viens t’amuser avec nous au lieu de rester en retrait, tu me fais de la peine !

L’intéressé grogna et bondit dans sa direction. Les autres loups s’écartèrent et, bientôt, le combat ne concerna plus que lui et le mage de glace. La vitesse de leurs mouvements donna bientôt la migraine à Yume, qui s’était efforcée de suivre leurs attaques. A présent, elle ne pouvait utiliser son arme sans risquer de toucher Shiro.

Elle se sentit soudain légèrement secouée. Elle baissa la tête pour découvrir un loup garou s’accrocher au tronc d’arbre, ses dents luisantes de bave. Elle se cramponna à la branche et s’efforça de ne pas paniquer, malgré le fait que son ennemi commençait à grimper. Et, malheureusement, il était plutôt agile pour son gabarit. Elle serra la stalactite jusqu’à ce que les os de sa main blanchissent. Cela la rassurait de savoir qu’elle n’était pas sans défense et elle remercia intérieurement Shiro. Elle remarqua avec un frisson qu’en un rien de temps, l’animal avait déjà grimpé la moitié de l’arbre. Elle inspira un bon coup et cria à son intention :

-Hé, le clébard, le temps que tu montes jusqu’ici, il commencera déjà à neiger! Même un escargot te battrait haut la, euh, tentacule !

« Allez, approche, encore. » pria-elle dans sa tête.

Comme elle l’espérait, le loup-garou accentua la cadence. Elle concentra la majeure partie de sa force dans son bras qui tenait l’arme. Ses mains n’avaient jamais été aussi moites. Son cœur battait si fort qu’elle avait peur qu’il lâche pour de bon. Son estomac se tordait sous le coup du stress. Une goutte de sueur s’échappa de ses cheveux pour couler le long de sa tempe. Son esprit commença à se vider de toute pensée et elle sentit qu’elle perdait progressivement ses sens. Seule la vue restait intacte.

Elle ignora si c’était le bon moment, mais lorsqu’elle put clairement voir le museau de son adversaire remuer de plaisir, elle décida de porter le coup. A ce moment-là, il lui sembla que son bras bougeait indépendamment, sans qu’elle y fasse le moindre effort. Elle n’eut qu’à seulement propulser toute son énergie. La stalactite fonça vers le torse du loup et tout lui paraissait être au ralenti. Elle sentit clairement la pointe percer la fourrure, la chair, pénétrer dans le corps, un peu de sang giclant sur sa main. Elle sut que l’ouïe lui était revenue quand elle entendit le cri douloureux et enragé de la bête. Son esprit retrouva son état habituel. Elle se demanda si c’était normal que le rugissement du loup soit le seul son qui emplissait la nuit, hormis sa respiration haletante, comme si elle sortait d’une séance d’apnée. Elle voulut lever la tête pour voir ce qui se passait du côté de Shiro et des autres, s’ils n’avaient pas disparu. Mais elle s’aperçut que tous ses membres étaient figés, ses muscles étaient contractés. Elle se contenta alors de garder les yeux fixés sur les poils ensanglantés, avec ce liquide d’un rouge si pur qui coulait paisiblement. Le cri s’estompa doucement et se transforma en un petit gémissement, semblable à celui d’un chiot.

« Qu’est-ce que je fais… »

Bon Dieu, après avoir poignardé un loup-garou (elle venait de poignarder un loup-garou avec une stalactite magique !), quelle était la suite des opérations ? Rester ainsi ? Enlever l’arme du blessé, pour aboutir à une hémorragie ? Elle n’eut pas besoin de réfléchir un peu plus. La voix de Shiro lui indiqua qu’il était toujours là.

-T’assures, Yume…

Suivit ensuite un coup lancinant qu’elle reçut à la joue. C’était comme si des griffes acérées l’avaient…ah ben oui, c’était tout à fait ça. Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas hurler de douleur. La blessure lui semblait tellement profonde, sa joue lui semblait tellement humide qu’elle fut angoissée à l’idée de perdre tout son sang, ou bien que l’intérieur de sa joue soit aussi percée. Encore étourdie par la violence du coup, la remarque de Shiro lui sembla venir de lointain :

-….Ou pas.

Elle ignora d’où lui venait la force de répliquer.

-T’aurais pu t’arrêter à mon prénom, ça aurait été parfait.

Elle regarda la stalactite encore fixé dans le corps. Elle compta jusqu’à trois dans sa tête puis la retira, arrachant ainsi un nouveau cri de souffrance au loup. Celui-ci se plia en deux, ses pattes appuyées sur son torse.

-Il me semblait que c’était pas enfoncé si profondément, murmura-elle pour elle-même.

-C’est une stalactite spéciale. Une éraflure suffit à faire gémir de douleur une bêbête comme celui-là. Je me devais quand même de te donner une arme facile à manier, pour une débutante aussi nulle que toi.

-Il y a deux mots de trop dans ta dernière phrase.

-Et c’est pas tout, elle a aussi la particularité de soigner les blessures humaines. Passe la glace sur ta joue.

Effectivement, la fraicheur dissipa toute douleur, en plus d’un doux sentiment de bien-être.

-Bon, je te pardonne pour cette fois, docteur ShiShi.

-Tu m’appelles encore comme ça et je leur dis de partir pour que les loups les remplacent.

-Quoi ?

Trop concentrée sur son adversaire, elle remarqua seulement maintenant que les loups avaient disparu, que les ombres qu’elle avait aperçues sous ses cils n’appartenaient pas à eux, mais à d’autres créatures… des créatures non moins excentriques.

-Des chev…des centaures, souffla-elle.

Elle dévora du regard ces corps à tête d’hommes, pour la plupart barbus et avec des cheveux longs, avec un torse humain à découvert et divers armes accrochées dans leurs dos, du carquois avec l’arc à la hache, mais dont le bas du corps appartenait à celui d’un cheval, leurs queues fouettant frénétiquement l’air, leurs sabots martelant le sol. Tous observaient les environs, hormis un qui était près de Shiro. Il avait des cheveux sombres attachés en une longue queue de cheval et un carquois. Ses yeux d’une couleur entre le gris et le blanc étaient posés sur elle. Malgré la tranquillité qui transparaissait dans son regard, Yume sentait une force oppressante écraser sa poitrine à travers ses pupilles.

-Tu vas continuer à faire le singe encore longtemps ? Brailla Shiro. On a pas que ça à faire, prends au moins la peine de les remercier. S’ils étaient pas arrivés… bah on s’en fout en fait, je les aurais tous rétamer.

-Euh…

Elle n’eut pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. L’action qui se passa juste après la prit au dépourvu. En un rien de temps, elle vit une flèche en argent, dont l’éclat resplendissait dans la pénombre, introduite dans la fourrure du loup-garou. Ce dernier lâcha une dernière espèce de gargouillement avant de rester immobile et silencieux. Yume reporta lentement son attention sur le centaure aux yeux brouillards. Le léger mouvement qu’il fit pour réajuster son arc prouva que c’était bien lui l’auteur de cette attaque plus rapide que l’éclair elle-même. Elle n’arriva plus à émettre le moindre son et se contenta de rester assise sur la branche, bouche bée. Elle entendit distraitement un centaure lui apprendre :

-Rimfaxe, aucun ennemi à l’horizon. Ils sont bien tous rentrés.

Le centaure aux yeux brouillards hocha la tête. Rimfaxe ? Appelait-on le chef par son nom ? Ou bien était-ce une marque de politesse ? Etait-ce bien son prénom au moins ?

-T’as vu Rim, dit Shiro, les bras croisés derrière la tête, c’était une bonne idée de la laisser se débrouiller.

-Elle a du potentiel, acquiesça-il.

« C’est vraiment son nom… » pensa-elle.

Elle décida de se ressaisir et entreprit sa descente de l’arbre. Ce fut une épreuve atroce, à cause de ses jambes trop engourdies à force de rester assise. Elle avait l’impression que chaque branche était la marche d’une échelle de plus de cinquante mètres. Elle atterrit finalement lourdement sur le sol, soulagée et en sueur, tandis que Shiro et Rimfaxe s’approchait d’elle. Ce dernier lui tendit une main, qu’elle accepta, hésitante. Il avait la peau tiède.

-Euh, merci…je peux vous appeler Rimfaxe ?

-Ben comment tu veux l’appeler ? Demanda Shiro.

-Euh…chef ?

Le centaure secoua la tête.

-Ce n’est pas moi, le chef est à Sunight pour tenter d’attraper Gora et son clan. Je suis seulement son bras droit.

Si celui-là parvenait à tuer en un rien de temps, de quoi était capable ce mystérieux chef? Yume déglutit.

-Gora allait me faire je-ne-sais-quoi quand un de ses sbires s’est fait attaquer par un centaure et a atterri sur lui, expliqua le mage de glace. T’aurais dû voir ça, c’était tordant. Les centaures sont venus parce que, comme Gora n’est pas très crédible, ils se doutaient de quelque chose et quand ils se sont aperçus de l’absence des loups garous à Sunight et que le vieux a senti leurs pouvoirs ici, c’était devenu évident qu’ils nous ont trahis. C’est pour ça qu’ils sont là.

-Et on va assurer ta sécurité jusqu’à ton arrivée à Sunight, ajouta Rimfaxe.

-Ouais, y a intérêt. Si tu te voyais dans une glace, tu ferais direct une crise cardiaque. Je peux t’en donner une pour montrer à quel point ta mine est…

-Tu l’avais déjà dit, pas besoin de faire le perroquet. Et dis-moi, comment ça se fait que tu sois presque intact ? T’es peut-être fort mais…

Shiro agita ses doigts pour faire apparaitre deux glaçons.

-Ah oui… pratique pour guérir. En parlant de magie, comment ça se fait que je n’y suis pas arrivée, tout à l’heure ?

-Donc, t’as essayé. Bah tu sais, les débutantes n’arrivent pas toujours, il faut beaucoup d’entraînement. Mais ça se peut aussi que c’est parce qu’il ne s’agit pas de ton atout principal.

-Mon atout principal ?

-Je te retourne la remarque, ne joue pas au perroquet. Je t’expliquerai tout à Sunight, pour le moment, le plus important est d’y retourner.

-Ah mais, maintenant ? Mais tata, Kyo…

-Je suis désolé que ce soit aussi précipité mais on n’a pas le choix, intervint Rimfaxe. Depuis que les loups garous nous ont officiellement trahis en tentant de te tuer, le temps presse. En plus du Lanrô, on a plus que jamais besoin du plus grand nombre de combattants possible. Ne t’inquiète pas pour tes proches, tu disparaitras de leur mémoire peu à peu. Et s’ils préviennent la police, l’enquête va un moment donné se dissiper et s’évanouir en même temps que les souvenirs te concernant dans ce monde.

Ce n’était guère rassurant de se savoir destinée à tomber dans l’oubli, mais Yume se garda de le faire remarquer. Elle s’obligea à refermer son cerveau, à ne pas trop penser, de peur de se défiler. Elle inspira une grande bouffée d’air et, tout en mettant de l’ordre dans ses cheveux, lâcha d’un ton qu’elle voulut déterminé :

-Okay, c’est quand vous voulez.

-Bien, approuva Rimfaxe.

Il émit un sifflement et les autres centaures vinrent former un cercle autour de lui. Yume se sentit légèrement intimidée par leur présence imposante, malgré elle.

-On retourne à Sunight, leur dit-il. Quilès.

Celui qui répondit à ce nom sortit un petit sachet marron de son carquois. Il déversa le contenu, et Yume constata qu’il s’agissait d’une poudre verte. Elle ne put s’empêcher de remarquer que c’était la même couleur que celle des brouillards qui hantaient les villes dernièrement, et également celle de l’explosion lorsque Shiro était apparu.

Il dispersa la poudre, de sorte à former un cercle autour d’eux. Puis il récita une sorte d’incantation dans une langue parfaitement étrangère, semblable à du latin, se disait la jeune fille. Une question surgit dans son esprit, qu’elle posa à Shiro :

-Au fait, Gora m’a dit que tu l’avais fait quelque chose. Qu’est-ce qui s’est passé ?

-Rien de spécial, il est juste de nature rancunière. J’ai juste transformé sa forêt en igloo géant indestructible, pour seulement deux semaines.

-Pas mal.

Les grains verts s’allumèrent petit à petit, illuminant la nuit d’une lumière aveuglante.

« Si les gens voyaient ça, ils penseraient tout de suite à des extraterrestres. »

La lumière s’éleva, telle une tour, et Yume se sentit comme aspirée par elle. La gravité sembla avoir disparu et une sensation étrange, qui mélangeait légèreté et poids lourd, s’empara de son corps. Elle ne sentit plus la terre sous ses pieds. Elle avait voulu jeter un dernier regard en direction de sa maison, mais tout autour d’elle semblait disparaitre, se confondre pour former des spirales interminables, des distorsions de toutes sortes. Elle ne put bientôt plus suivre le rythme, consciente que le cadre spatio-temporel changeait de façon trop extraordinaire. Elle entendit vaguement la voix de Shiro lui conseiller :

-Laisse-toi aller, il vaut mieux.

Elle obéit, ferma les yeux et se laissa transporter dans ce monde nouveau, le cœur battant…

Rekishi Yume: Chapitre 8

Chapitre 8 : Le feu face à la glace…

Le premier quartier de la lune était déjà haut dans le ciel de couleur encre. Sous celui-ci était apparu de façon totalement inattendue Shiro, devant les yeux ébahis de Yume. Aucun mot ne put sortir de sa bouche, comme si c’était Dieu en personne qui était présent. Elle n’eut même pas la force de formuler les questions évidentes, face à ce spectacle ahurissant, dans ses pensées.  De son côté, lorsque Shiro vit Yume, il laissa ses bras tomber le long de son corps et s’adressa à elle de son ton habituellement désinvolte :

- Oh, c’est toi Yume. Qu’est-ce que tu fais ici ?

-M…mais…articula-elle mais elle ne put finir.

« Mais c’est moi qui devrait te demander ça ! ». Voilà ce qu’elle voulut lui dire mais les yeux du garçon s’étaient tournés vers Sora. La jeune fille avait oublié la présence de ce dernier. Elle constata qu’il fixait Shiro avec un air…écœuré. Il ne semblait pas le moins du monde étonné par la venue de ce personnage aux cheveux bleus. Celui-ci fit un saut en arrière sous le regard de Sora qui dit :

-Toi…

-Ah, salut, lui répondit Shiro. Ça faisait un bail, poil de carotte.

-Je te le confirme, espèce de sale esquimau…

« Hein ?! s’écria Yume dans sa tête. Ne me dis pas qu’ils…ils se connaissent ? D’où sortent ces surnoms, sinon ? »

Néanmoins, il y avait une autre chose très étrange, inhumaine : l’atmosphère que dégageaient les deux garçons. Yume sentit une sensation des plus hostiles, qui n’avait rien d’ordinaire. Les sourires que s’envoyaient Shiro et Sora exprimaient clairement le dégoût et la haine que ressentait l’un envers l’autre. Mais pourquoi ? En tout cas, il était clair que ce n’était pas la première fois qu’ils se rencontrent.

La jeune fille n’aurait jamais pensé que Sora, un garçon si poli, si souriant et si gentil, puisse avoir un visage pareil. On aurait pu penser qu’il était prêt à tuer celui qui lui faisait face. Ils se regardèrent en chiens de faïence jusqu’à ce que, soudain, Shiro proposa avec un rictus de plaisir :

-Et si l’on se faisait un petit combat ? Histoire de vérifier que tu ne t’es pas plus ramolli que la dernière fois ?

-Tu es sûr ? Je ne voudrais pas te défigurer plus que tu ne l’es déjà.

-Tsss…c’est ce qu’on va voir, poil de carotte !

Avant que Yume ne puisse s’interférer pour leur dire d’arrêter, ils s’élancèrent l’un vers l’autre à une vitesse fulgurante, puis s’assaillirent de coups aussi rapides que l’éclair. Cette vélocité donna naissance à des gestes vifs qui dansaient autour d’eux.  Mais aucun des deux n’arriva à prendre le dessus sur l’autre. A peine ils se voyaient et, en deux minutes, ils se jetaient déjà dessus comme des fauves ! La comparaison n’était pas exagérée. Ils reculèrent jusqu’à leurs positions de départ.

- C’est tout ce que tu peux faire ? Remarque, je m’y attendais, siffla Shiro en reprenant son souffle.

-Tu parles, tu es à deux doigts de t’évanouir. Fais de beaux rêves, belle au bois dormant ! Lui répondit Sora du même ton rempli de sarcasme.

-Tu vas voir, si je suis plus faible que toi.

-Ah, on passe aux choses sérieuses ? Je ne suis pas contre.

Tout à coup, Yume remarqua à vue d’œil deux couleurs distinctes émettre de chacun des combattants. Celle de Sora fut d’un orange si foncé qu’il en devenait presque rouge. Celle de Shiro fut d’un bleu si clair que l’on aurait dit du blanc pur. Ces auras rendirent la scène encore plus incroyable et, par-dessus tout, accentuèrent la tension.

« Je dois être en train de rêver… »

Yume se frotta plusieurs fois les yeux, se pinça cinq fois le bras et se donna des gifles : la douleur lui confirma qu’elle faisait fausse route. C’était bien réel.

Comme si cela ne suffisait pas, dans la main de Shiro se forma une sorte de gelée argentée entouré de milliers de légères étincelles. Dans celle de Sora, on put apercevoir de manière distincte une flamme vermillon surgir de nulle part. Le premier réflexe de Yume fut de jeter un coup d’œil autour d’elle, cherchant un extincteur. Avant qu’elle ne puisse enlever sa veste dans le but d’éteindre ce feu, les deux garçons s’étaient derechef rués l’un vers l’autre, en se lançant cette fois les deux matières étranges dans la direction de l’ennemi. La force des impacts était à couper le souffle et provoqua une bourrasque qui projeta Yume en arrière. Elle retomba sur ses fesses après avoir reculé de plusieurs mètres.

« Mais qu’est-ce que c’est que ces trucs ???!!! J’ai l’impression d’être dans un…jeu vidéo !»

Elle se releva tant bien que mal mais le combat n’était pas fini. A présent, les coups que se donnaient ces personnages excentriques étaient armés d’un halo de lumière hors du commun. Bleu céleste et rouge flamboyant se confondaient, produisant des éclats de lumière dans la pénombre, comme des feux d’artifices avec seulement deux couleurs et ils semblaient plus dangereux que merveilleux… Le choc de tout à l’heure était encore présent, visible par les souffles de vent. Elle réussit à avancer de quelques pas jusqu’à ce qu’elle n’y puisse plus sans risquer de se faire éjecter de nouveau. Elle hurla de tous ses poumons :

« Arrêtez ! »

Mais son cri se perdit dans le vacarme que réfléchissaient les coups. Une pensée traversa son esprit : d’ailleurs, comment cela se faisait que tout ce tapage n’avait pas encore alerté les voisins ? Il y avait déjà tellement de mystères que cette question ne la préoccupait pas vraiment.

La seule façon de les convaincre de cesser de s’entretuer était de s’approcher suffisamment pour qu’ils remarquent sa présence. Cependant, elle ne se sentait pas encore prête à risquer sa vie pour effectuer cette action suicidaire.

Soudain, elle vit à sa droite une silhouette massive, sans doute un homme. Il s’avançait vers eux d’un pas tranquille et Yume remarqua qu’il ne semblait pas se soucier de ce qui se passait. Comme s’il ne les voyait pas… Il ne souffrait curieusement pas non plus des bourrasques de vents. Elle lui ordonna tout de même :

-N’approchez pas ! Restez où vous êtes !

L’homme avait dû l’entendre car il obtempéra, la regardant d’un air perplexe.

- Que se passe-il ? Lui demanda-il.

-Vous ne voyez vraiment pas ?!

-Que dois-je voir ?

-Vous êtes aveugle ?

-Vous vous moquez de moi ?

Elle jeta des coups d’œil entre le nouveau venu et les garçons. Ces derniers continuaient toujours de se battre avec vivacité.

-Euh…hésita-elle.

L’homme reprit sa marche vers elle.

- Je vous ai dit de ne pas avancer !

-Mais à quoi joues-tu ? Dit-il sans s’arrêter.

-Vous êtes sourd ? S’irrita-elle.

Yume n’avait jamais été d’une nature patiente.

-Ne me parle pas comme ça ! Vu ton uniforme, tu es du lycée Nagashima, je me trompe ? Cesse de me raconter n’importe quoi si tu ne veux pas que je les informe de ta conduite irrespectueuse !

La jeune fille eut à peine le temps de lâcher un soupir quand un éclair bleuâtre, surement issu du combat, sortit du paysage…et vola en direction de l’homme. Puis tout sembla se dérouler au ralenti: Yume sentit ses jambes courir automatiquement et elle se retrouva en un rien de temps devant lui. Elle le força à se baisser en l’écrasant de tout son poids, profitant de l’hébétude de l’homme face à son acte inattendu. Elle était certaine que l’éclair allait la toucher, elle ne pourrait l’éviter. Mais quelques secondes passèrent, sans qu’elle ne ressente la moindre douleur. Lorsqu’elle leva les yeux, il avait disparu. L’homme se redressa en la repoussant. Ses jambes se dérobèrent, non pas à cause de ce geste, mais c’était la première fois qu’elle avait ressenti une montée d’adrénaline aussi élevée, mélangée avec une frayeur sans pareille. Et tout ça à cause d’eux… Elle n’entendait même plus les réprimandes de celui qu’elle avait sauvé. Une colère sourde commença à l’envahir. Elle se releva, planta son regard bleu dans les yeux de l’homme et répliqua :

-Partez sur le champ, maintenant. Appelez mon lycée, si ça vous fait plaisir mais allez-vous-en ! Je n’hésiterais pas à crier que vous m’agressez !

Cela devait paraître brusque et soudain pour l’homme, mais elle s’en moquait. Lorsque Yume était énervée, plus rien ne la préoccupait hormis le moment présent. L’homme fronça les sourcils.

- Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête, mais tu vas avoir des problèmes, je te préviens !

Sur ce, il tourna les talons et sortit du parc. Satisfaite, elle se rendit subitement compte qu’un silence planait au-dessus d’elle. Elle se retourna et remarqua que les deux idiots avaient cessé leurs enfantillages. Ils la fixaient d’un air incrédule, le visage et les vêtements poussiéreux. Elle voulut les sermonner, mais aussi leur demander des explications sur ce combat extraordinaire, hors du commun, surnaturel, incroyable… Elle ne savait pas par où commencer. Finalement, ce fut Sora qui prit la parole :

-Comment…tu as fait ça ?

-Ca quoi ? S’intrigua  Yume. C’est plutôt moi qui devrais vous demander ! C’était quoi toutes ces lumières, ce feu et tout…on aurait dit un numéro de cirque, en plus réaliste ! Ah, j’ai trouvé ! Vous êtes des sorciers !

-Plutôt des magiciens, rectifia Shiro comme s’il avait dit ‘’je suis un garçon.’’

-Vous jouez dans une troupe ?

Les garçons se regardèrent avant d’éclater de rire.

- Vous vous fichez de moi ou quoi ? S’emporta-elle.

-Ben oui, affirma Shiro.

Ils s’arrêtèrent et Sora s’excusa :

- Désolé, tu ne dois pas vraiment voir où on veut en venir. Mais au moins, tu me crois maintenant, non ?

-De quoi tu parles ? Demanda-elle.

-Jusqu’où va ta stupidité ?

-La ferme, esquimau !

-Tu te prends pour q…

-Expliquez-moi !

Sora se calma.

« Nous sommes des magiciens de Sunight, le monde dont je t’ai parlé tout à l’heure.

-Ah là là ! Fit Yume, exaspérée. T’as pas encore fini avec ton délire ?

-Donc, si je comprends bien, tu nous prends pour des gars, seulement capable de faire des tours de magie au cirque c’est ça ? Devina Shiro.

- Pourquoi, ce n’est pas le cas ?

-Alors comment tu expliques la puissance que tu nous as montrée en sauvant ce vieux ?

-C’est quoi ce charabia, encore ?

-Tu n’as pas l’air d’être au courant. En voulant protéger cet homme, tu as dévié la portion magique de l’esquimau avec ta propre réserve de magie, expliqua Sora.

-C’était nécessaire de m’appeler ‘’esquimau’’ ?

-C’est vrai, tu mérites un surnom pire.

Yume n’entendit même pas la nouvelle querelle qui les opposait. Elle les fixait avec des yeux ronds sans vraiment les voir, ni les entendre.

« De la magie ? S’étonna-elle dans ses pensées. En moi ? C’est encore un mensonge…non ? »

-M…mais je n’ai pas de magie ! Les coupa-elle et ils interrompirent leur dispute. Je ne suis pas magicienne !

-Ça m’étonnerait que ce soit le cas, en effet, affirma Shiro.

-Ben voilà !

-Ce qu’il veut te dire, c’est que tu n’es peut-être pas une magicienne, mais que tu possèdes l’Energie.

-L’Energie ?

-Oui. On appelle cela la puissance, magique ou non, que détiennent les personnes que l’on ne peut qualifier d’ ‘’humains’’, ou à moitié. Toi, tu es une demi-terrestre, mais tu es comme nous.

-C’est vrai que nos cheveux ne sont pas communs de tous.

Shiro pouffa mais se reprit rapidement.

-T’es sûr que c’est elle que l’on recherche ? Demanda-il à Sora, puis il se tourna vers Yume. Tu t’appelles bien Yume Haruno ?

-Bah oui ! Et comment ça vous me…

-Evidemment que c’est elle, tu as bien vu comment elle a détruit ton attaque !

-C’était rien du tout !

Yume avait la tête qui tourne : elle était complètement perdue ! Bien sûr, elle aurait pu partir en laissant ces deux fous derrière elle, et prier pour ne plus jamais les revoir. Mais une part d’elle-même ne voulait pas réagir ainsi. Une petite voix l’incitait à les écouter, à les croire. Sora la tira de ses rêveries.

- Yume, peux-tu nous montrer à nouveau ta puissance magique ?

-Et comment veux-tu que je fasse ça ?

-Tout d’abord, ferme les yeux, la guida-il et elle s’exécuta. Imagine que ton corps vibre au contact d’un élément…l’air sera le plus facile. Tu n’es pas obligée de trembler pour de vrai. Bien, ça y est ? (elle hocha la tête). Ensuite, imagine que l’air entre en toi, jusqu’à ce qu’il ne fasse plus qu’un avec ton esprit. Comme c’est la première fois, essaye de mettre toute ta force (cette action lui arracha une grimace). Tends la main gauche, paume levée, voilà, et essaye de concentrer toute l’énergie sur elle.

Yume se concentra autant qu’elle put, et n’entendit plus Sora. Tout devint noir dans sa tête, et elle eut l’impression de se trouver dans un gouffre profond, sans issue. Elle sentit alors quelque chose effleurer sa main pendant un instant, avant de disparaître. L’abîme en elle disparut, remplacé par le paysage du parc plongé dans l’obscurité. Elle se rendit compte qu’elle venait d’ouvrir les paupières et les garçons la regardaient.

-Alors ? Voulut-elle savoir.

-Rien, répondit Shiro en haussant les épaules.

-Ne t’inquiète pas, Yume, tu as réussi à faire apparaître une petite lumière. Tu y étais presque, l’informa le garçon aux cheveux oranges en souriant. Et puis le fait que tu puisses nous voir signifie que tu n’es pas une fille ordinaire.

-Ah…et c’est pour ça que l’homme de tout à l’heure ne vous a pas vu ?

-Exact. En tout cas, ça prouve bien que tu es bien celle que nous recherchons.

-Vous me recherchez ?

-Oui. Nous voulons t’emmener avec nous, à Sunight.

-Un kidnapping, c’est ça ? Dit Yume.

-Crois-moi, si ça ne tenait qu’à moi, je te laisserais en plan ici, fit Shiro.

-Qu’est-ce que tu attends alors ? L’interrogea-elle.

-On ne peut pas, intervint Sora à la place de l’autre.

-Je vous préviens, je fais un peu de karaté !

-Même si tu étais ceinture noire, tu ne tiendrais pas trois secondes face à nous ! Se moqua Shiro. Du moins, contre moi.

-A vrai dire, je m’en doutais un peu aussi, vu la correction que tu avais mise aux grands lascars…

-En vérité, c’était des monstres de Sunight déguisés en humains.

-Quoi ?! S’écria-elle.

-Leur force était diminuée à cause des corps qu’ils ont pris, mais ça ne change rien à leur monstruosité. Donc arrête de paniquer sous prétexte qu’on veut te protéger, ce n’est pas nous que tu dois craindre, mais ces bêtes et une personne en particulier.

-Qui, le Père Noël ?

-Le Lanrô, bien sûr !

Lanrô…cela lui rappelait quelque chose. Ah !

- La silhouette noire ! D’ailleurs, comment vous êtes au courant ?! Cette fois, réponds-moi Sora !

-Pour résumer, cette personne fait partie de notre monde. Elle, enfin il car c’est un homme,  sème en ce moment le chaos dans Sunight, sans que personne ne soit encore en mesure de l’arrêter. La première fois que nous avions entendu parler de toi, c’était en rapport avec ton accident causé par le Lanrô.

Ce souvenir la fit frissonner. Elle revit contre son gré cette créature qui semblait sortir tout droit des entrailles de la terre, ou de l’enfer.

-Qui est-il alors, en réalité ? Comment s’appelle-il ? Voulut savoir Yume.

-Nous ne savons rien sur son identité. La seule chose qui le caractérise pour l’instant, c’est sa longue cape noire qui cache son visage. Sinon, il n’y a eu pratiquement aucun témoin dans les lieux où il est passé.

-Alors c’est bien lui qui a blessé Naomi ?

-Ton amie ? Ouais, répondit Shiro d’une voix tellement dégagé que Yume lui en aurait collé une volontiers. Bref, t’es pas la seule à souffrir à cause de ce psychopathe, garde ça en tête.

-Tu sors ça comme si je pensais que j’étais la plus malheureuse au monde, remarqua cette dernière. Mais si vous n’avez jamais vu son visage, comment pouvez-vous être certain qu’il s’agisse d’un homme ?

-Parce qu’il est très fort. A Sunight, hormis les reines, les hommes sont plus forts que les femmes. De plus, un survivant d’un village dévasté par le Lanrô nous a dit que ses pouvoirs et sa manière de se battre appartiennent à ceux d’un homme…si l’on suppose que ne bouger qu’une main peut signifier ‘’se battre’’.

-Je n’aime déjà pas votre monde…commenta-elle, dégoûtée par la supériorité du sexe masculin.

-Qui c’est, peut-être que tu as le niveau d’une reine, ricana Shiro. Enfin, je te préviens, ne compte pas trop là-dessus. Il y a environ 0,000001 chance sur un milliard.

-Merci, c’est vraiment aimable de ta part, ironisa Yume.

-Tout le plaisir est pour moi.

Décidément, ce garçon ne lui plaisait pas du tout ! Elle avait facilement deviné qu’il était prétentieux, orgueilleux et hautain. Tout le contraire de Sora…la plupart du temps, du moins. Celui-ci reprit la parole :

- Donc est-ce que tu es d’accord pour venir avec nous ?

-Eh, il faut du temps pour vraiment croire tout ce que vous venez de me dire ! Ce n’est pas une décision à prendre à la légère.

-T’as encore rien pigé ? S’exclama Shiro. En clair, Sunight est un monde magique, on vient de là-bas, le Lanrô aussi, et tu dois venir. Ça y est, c’est bon ? Même un gamin de trois ans pourrait comprendre ça.

-Je n’ai pas dit que je ne comprenais pas ! Mais tu penses bien que tout ça est…plus que bizarre !

-Pas vraiment.

A ces mots, Shiro refit apparaître la forme de gelée blanche dans sa paume. Yume était émerveillée et cela devait être visible sur son visage car le garçon pouffa :

- C’est rien du tout ça !

-Comment ça rien du tout ? Répéta-elle. Tu crois que l’on peut faire ça en un claquement de doigt ?

-Ben ouais.

A ces mots, il fit apparaitre une nouvelle gelée en claquant des doigts. Yume leva les yeux au ciel, exaspérée.

-Pardonne cet imbécile, Yume, il vaut mieux que tu l’ignores, soupira Sora.

-Tu veux mon coup de pied dans t…

-En fait, Shiro est un magicien qui maitrise la glace et moi le feu, le coupa-il, une flamme flamboyante dans sa main, et les yeux de Yume s’illuminèrent un degré au-dessus.

-Donc c’est pour ça que vous vous détestiez ? Comme le feu et la glace, supposa-elle.

-Quel que soit le pouvoir, je détesterai toujours cet idiot, répliquèrent-ils en chœur, avant d’échanger un regard entre eux et éteindre leur magie.

-Okay…marmonna-elle. Donc pour revenir au problème, je ne veux pas venir avec vous.

-On peut savoir pourquoi? Maugréa Shiro.

-Si je pars, que deviendrait ma vie ici ? Ma tante, mes amis, mon lycée ? Je ne peux pas les quitter comme ça !

-Si tu restes, tes proches seront en danger à cause de toi, l’informa le magicien de glace, impassible.

Yume resta interdite pendant quelques secondes.

- En…danger ? Reprit-elle. Comment ça ?

-Le Lanrô va peut-être encore s’en prendre à quelqu’un à qui tu tiens, l’avertit Sora, ou bien directement à toi. Si tu viens à Sunight, son attention ne sera sans doute plus dirigée vers la Terre. Mais ne t’inquiète pas, on fera en sorte que tu sois en sécurité, ajouta-il avec un sourire optimiste.

Dans ces conditions, si son entourage risquait encore de se blesser, ou pire, le choix était vite fait pour elle.

-On part quand ? S’intéressa-elle, d’un ton décidé.

-Du calme, ce n’est pas pour tout de suite, rit le garçon de feu. On va te laisser le temps de dire au revoir à tes amis et ta tante. Et puis comme c’est bientôt les vacances d’été, ça facilitera ton départ.

-Je peux leur expliquer où je vais ?

-Tu rigoles ? Se moqua Shiro. Tu penses que tu arriveras à les convaincre alors que nous, on a eu du mal avec toi ? Et encore, je suis prêt à parier que tu nous prends pour des fous encore.

C’était à moitié vrai.

- On trouvera un mensonge convaincant, la rassura Sora.

Yume se contenta de fixer des chaussures. Elle n’arrivait à admettre que tout ce qu’elle était en train de vivre était vraiment réel. Elle avait surtout l’impression de nager en plein rêve. Ou bien tout ceci pouvait-il être des illusions provoquées par son propre esprit, à force de jouer aux jeux vidéo ? Elle s’approcha sans hésiter de Shiro et lui pinça le bras. Ce dernier eut un mouvement de rejet.

- Hé !

-Pas de doute, vous existez vraiment, conclut-elle.

Soudain, elle entendit une mélodie qui lui était familière. La sonnerie de son portable. Elle revint vers le banc, ouvrit son sac et prit le téléphone. Le numéro affiché sur l’écran appartenait à sa tante. En voyant l’heure, Yume était certaine qu’elle allait passer un mauvais quart d’heure, voir plus… Malheureusement, elle n’eut d’autre choix que de décrocher.

- Je sais, il est tard, dé…

-Bon sang, tu réponds enfin ! J’ai essayé de t’appeler au moins 5 fois et j’ai demandé à tes amis qui m’ont dit que tu n’étais pas avec eux ! Un peu plus et j’allais appeler la police !

-Dés…, commença Yume en écartant son portable de son oreille, pour ne pas devenir sourde.

-La lune est déjà haute dans le ciel, et tu n’es toujours pas rentrée ! l’interrompit Akira. Tu ne me préviens même pas de ton absence ! Tu n’imagines pas à quel point j’étais inquiète !

-M…

-Où es-tu ? Il ne t’est rien arrivé au moins ? Je viens te chercher !

-Tata, calme-toi ! S’exclama Yume, en entendant les rires de Shiro et Sora derrière elle. Je vais bien, tout va…pour le mieux. Je n’ai rien, je suis dans le parc près de chez nous.

-Qu’est-ce que tu fais là-bas ?

-Euh…bafouilla-elle.

Elle se tourna vers les garçons, dans l’espoir qu’ils lui fournissent une explication plus plausible que la vérité. Shiro se contenta de lui adresser un sourire moqueur. Elle l’aurait surement étranglé sur place si Sora ne s’était pas avancé vers elle, et prit son mobile des mains avant qu’elle ne put réagir.

-Bonsoir, madame, je m’appelle Sora Kageyama, salua-il, sous les yeux ronds de Yume.

-Que…que faites-vous à l’appareil de ma nièce ?

-Je suis désolé, c’est moi qui l’ai proposé d’aller au parc. Je suis nouveau dans le lycée Nagashima, et Yume est la première personne avec qui je me suis lié d’amitié. Elle m’a expliqué le fonctionnement et les règles de l’établissement en me le faisant visiter, à la fin des cours. Pour la remercier, je l’ai acheté à boire et nous nous sommes installés dans le parc. Nous avons tellement discuté que nous n’avons pas prêté attention au temps qui passait ! Je vous demande pardon de vous avoir causé tant d’inquiétude et de soucis.

Yume l’observait, sidérée. Elle n’avait jamais rencontré pareil menteur que lui. Son ton ne laissait place à aucun doute sur une moindre tromperie. Au contraire, il était poli et semblait plus que sincère. Elle entendit à peine Shiro murmurer : ‘’quel mauvais comédien…’’ Elle ne fut guère étonnée de constater que sa tante était tombée dans le panneau.

-Ah…ce n’est pas grave alors, si elle t’a rendu service, dit cette dernière.

-Je vous remercie de votre compréhension.

-Oh, ce n’est rien ! Je suis contente que Yume se fasse de nouveaux amis ! Tu vois, elle n’est pas très sociable, c’est déjà un miracle qu’elle en ait !

-Je suis tout à fait d’accord, chuchota Shiro avec un rictus en s’apercevant le regard meurtrier que lui envoya la jeune fille.

Celle-ci reprit son portable.

- Pas besoin d’aller me chercher. Je suis à la maison dans 5 minutes.

Elle raccrocha sans attendre la réponse d’Akira et se tourna vers Sora.

- Je n’aurai jamais cru que tu pouvais mentir aussi bien ! En tout cas, tu m’as sorti d’un sacré pétrin, merci !

Elle mit son sac sur son épaule.

- J’y vais maintenant, avant de subir un nouveau savon.

-N’oublie pas que tu dois partir à Sunight, lui rappela Shiro.

-Tu penses que je risque d’oublier un truc pareil ? Répliqua-elle. Je trouverai un moyen de la convaincre. Par exemple : ‘’il y a un camp de vacances trop cool’’, ou ‘’j’ai revu une amie et elle m’a proposé de dormir chez elle’’…bref, j’ai le temps.

-Je te trouve bien détendue pour quelqu’un qui va quitter ses proches pour toujours et mener une nouvelle vie où tu risques de mourir à cause d’un petit manque d’inattention.

-Comment ça pour toujours ?! S’écria-elle. Je pensais que c’était seulement pour les vacances d’été !

-Ces deux mois serviront à effacer les souvenirs de ce monde en rapport avec toi, l’apprit Sora.  Cette action demande du temps et du soin.

-Mais quand vous aurez éliminé la silhouette noire, il n’y aura plus besoin que je reste avec vous !

-J’espère que tu fais exprès d’être aussi idiote, soupira Shiro. Même quand le Lanrô disparaitra, on ne pourra pas te laisser retourner sur Terre. A Sunight, les gens vont t’aider à développer ton Energie. Imagine que tu ne le maitrises plus et, qu’une fois dans ce monde, tu ne blesses quelqu’un.

-Je n’ai pas besoin de développer quoi que ce soit ! Je n’ai pas l’intention de dire adieu à ma vie actuelle, compris ?

-Si tu viens à Sunight, tu deviens une habitante à part entière, et peut-être même une combattante, riposta le mage de glace. Et si tu refuses d’y aller…tu sais ce qui pourra se passer.

Yume se mordit la lèvre. Elle ne ressentait aucunement l’envie de ne plus revoir sa tante et ses amis. Elle devait coûte que coûte assister au réveil de Naomi, et si possible retrouver Kaori. Elle ne voulait en aucun cas disparaitre de leur mémoire. Cependant…elle ne supporterait pas qu’un de plus soit blessé à cause de son caprice égoïste. Elle n’arrivait pas à croire qu’un tel dilemme puisse exister. Elle tourna les talons en annonçant :

-J’imagine que ce ne sera pas difficile pour vous de trouver où j’habite. A dans une semaine.

Elle longea le chemin qui la mena rapidement à la sortie du parc. Elle voulut courir chez elle, passer toute la soirée auprès de sa tante, ne plus perdre une seconde du temps qui lui restait. Mais son corps n’était pas de cet avis. Alors elle marcha tranquillement, laissant son esprit vagabonder. Plus les secondes passaient, moins elle avait du mal à croire ces deux garçons. Le combat qu’elle avait vue et cette maudite silhouette noire étaient des preuves irréfutables de l’existence de ce monde. Sunight… elle s’était souvent imaginé un univers fantastique, où habitent créatures fantastiques et guerriers compétents. Mais de là à ce que soit réel…

Elle regarda sa main et serra le poing. Elle aussi avait cette Energie en elle ? Elle aussi pouvait faire de la magie ? C’était invraisemblable ! Incroyable ! Impossible ! Enfin normalement… mais plus rien n’était normal pour elle. Si un monstre venait à débarquer devant elle, cela ne l’étonnerait même plus !

A peine eut-elle formulé ses mots dans ses pensées… qu’une forme massive surgit devant elle. De nulle part ! Après avoir évité de justesse la crise cardiaque, elle réprima un cri. Au premier abord, elle pouvait voir une énorme boule de poils, mesurant au moins trois têtes de plus qu’elle. Les détails ne se firent pas attendre. Cette créature se tenait debout sur ses deux pattes. Ses pupilles étaient d’un jaune terrifiant et brillaient dans l’obscurité. Des griffes en guise d’ongles semblaient aussi acérées que les couteaux les plus aiguisés du monde. Le regard de Yume s’attarda surtout sur ses dents. Ou plutôt ses crocs. Elle pouvait les voir très clairement. Leur blanc luisant contrastait avec le paysage ténébreux, qui les détachait du décor. La salive de ce monstre coulait le long de sa mâchoire. Pas besoin d’avoir un QI de 160 pour savoir qu’il était affamé.  Ses grognements ne ressemblaient pas à ceux d’un chien ou d’un quelconque animal ordinaire. Son apparence non plus d’ailleurs. Contre l’attente de la lycéenne, il lança d’une voix rauque :

- T’as des cheveux rouges, des yeux bleus, et tu peux me voir…pas de doute, t’es bien le déjeuner qu’on cherche !

Il poussa un long hurlement. Un hurlement de loup. Yume n’hésita plus : elle lâcha le cri le plus fort qu’elle put et prit ses jambes à son cou. Elle n’eut pas le temps de parcourir deux mètres que le monstre se matérialisa de nouveau devant elle. De ses griffes, il la frappa violemment, l’envoyant sur le côté. Elle tomba lourdement, une vive douleur au visage. Elle porta sa main à sa joue et vit un liquide chaud contre sa paume. Du sang. Elle voulut se relever mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Elle ne savait pas si c’était parce qu’elle était totalement terrorisée. La bête la regardait d’un air féroce et s’approchait lentement d’elle. Yume chercha des yeux la présence d’un objet pour se défendre, un simple bâton par exemple, en vain. De plus, elle se trouvait dans un endroit isolé, donc la probabilité que quelqu’un lui vienne en aide était très faible.

En un rien de temps, la tête de la créature était à quelques centimètres de la sienne, et elle put sentir très clairement l’odeur nauséabonde qui émanait d’elle. La jeune fille perçut aussi la lueur meurtrière dans son regard.

- Ne t’inquiète pas, susurra-il, mes amis vont bientôt arriver. Même si ton Energie est encore faible, y a pas à dire tu as l’air délicieuse, ajouta-il en se léchant les babines.

Yume put peu à peu retrouver l’usage de ses jambes. Malgré la frayeur que lui inspirait cet horrible monstre sorti d’elle ne savait où, elle essaya de gagner du temps.

- Qu’est-ce que tu me veux ?! Demanda-elle, en s’efforçant de limiter les tremblements dans sa voix.

-Mes amis et moi, on attend ce moment depuis si longtemps ! A Sunight, on ne peut pas bouffer un de ses combattants sans prendre le risque d’être tué ! Mais là, ce n’est pas la même chose ! Dit-il en éclatant de rire.

-Alors vous venez de Sunight ? En même temps, je m’y attendais.

-Ouais, gamine. Je n’ai pas besoin de me présenter puisque tu vas crever !

-Et je n’ai pas envie de te connaître !

En prononçant ce dernier mot, elle lui asséna un coup de poing, le plus puissant qu’elle put. Cela arracha un cri de douleur à la bête. Yume en profita pour se lever et lui envoyer sans attendre un coup de pied dans son torse poilu. Sans regarder si cette attaque avait servi à quelque chose, elle se détourna et courut.

Tout à coup, elle entendit des hurlements semblables à celui de son ravisseur. C’est alors qu’une silhouette géante se jeta sur elle, l’arrêta dans sa course, et la plaqua au sol. Ses poils effleuraient son visage, ce qui était tout sauf agréable.

-Pousse-toi, Ogry ! Ordonna une voix plus grave que celle du premier monstre.

Ogry obtempéra. Yume se redressa un peu, assez pour voir qu’elle était encerclée. Encerclée par une dizaine de ces créatures abominables, anormales. L’un d’eux, qui était plus imposant que les autres, s’avança vers elle. Ses yeux avaient la couleur du sang, le rendant encore plus menaçant que ses compères.

« Dans quel pétrin je me suis fourrée encore… » Pensa-elle. Elle songea à verser quelques larmes, mais à quoi cela servirait ? Comme si cela pourrait les adoucir et ils l’épargneraient…car elle savait ce qu’ils avaient l’intention de faire.

- Nous y sommes…lâcha la bête aux yeux rouges.

Puis il se présenta, un mauvais sourire aux lèvres :

- Je suis Gora, chef du clan des loups garous de Sunight. Enchantée, Yume Haruno. Et adieu.

Rekishi Yume: Chapitre 7

Chapitre 7 :Un temps révélateur…

       Lundi matin, soit quatre jours après la réunion du conseil des cieux, la pluie tomba constamment, avec cependant un brin de chaleur. Le ciel était assez terne, et il y avait un brouillard épais. Yume avait horreur de ce genre de temps. Elle préférait les jours ensoleillés lorsque le ciel était d’un bleu éblouissant. Ceci mettait de la joie dans la vie, disait-elle.

Ce matin-là, elle regarda le journal télévisé.

-Ces temps-ci, d’étranges nuages verdâtres apparaissent un peu partout dans le pays. Nous ignorons si cela arrive dans d’autres états, mais c’est un cas assez rare. Cela ne semble cependant pas dangereux, reporta le journaliste.

-L’invasion des extraterrestres, lâcha-elle.

Avant que Yume ne sorte, Akira lui rappela de prendre un parapluie, objet qu’elle détestait sans aucune raison :

- Prends-un d’assez grand pour au moins deux personnes. On ne sait jamais si un de tes amis en aurait besoin.

-Oui oui…fit Yume en mettant ses mini-bottes marron sans talons.

- Au fait, est-ce que tu as reçu des nouvelles sur la disparition de Kaori ? Demanda sa tante, soucieuse.

- Oh…non, rien pour l’instant… répondit sa nièce en enfilant sa veste noire.

-Tout de même, la police pourrait être plus efficace ! Une jeune fille ne pourrait pas être loin, si l’on a placé des avis de recherches dans tous les environs. Bon. Vas-y Yume, sinon tu vas encore être en re… 

Sans attendre la fin de la phrase, cette dernière sortit de la maison, refermit la porte derrière elle et déploya son parapluie. Celui-ci était de couleur kaki, couleur que la lycéenne haïssait le plus. Mais la pluie était de plus en plus intense, alors elle n’avait pas d’autre choix que de s’en servir. Elle partit vers le lycée en empruntant son chemin habituel. La route était glissante à cause de l’eau qui se mélangeait à la terre du sol. Yume tenta tout de même de courir, manqua alors de tomber, son parapluie presque emporté par le vent.

« Un temps fabuleux en été » se dit-elle.

Lorsqu’elle pensa être bientôt arrivée au lycée, elle s’arrêta et se remit à marcher. Plus elle avançait, plus le brouillard changeait de couleur…elle remarqua très vite qu’il passait du gris au vert. Néanmoins, il semblait commencer à reprendre sa couleur initiale. Le vert s’évaporait doucement. Yume n’était pas d’humeur à essayer de deviner quelle en était la cause de ce cas. Elle restait sur son hypothèse puérile d’invasion d’alien.

A travers le brouillard, non loin d’elle, elle vit vers sa droite un garçon à l’allure mystérieuse et solitaire. Elle se tourna vers lui pour mieux l’observer. Pendant un instant, Yume crut que c’était Shiro, mais se rendit rapidement compte que ce n’était pas lui. Celui qui était devant lui était tout aussi beau mais avait des cheveux ébouriffés de couleur orangé, des yeux gris comme le brouillard qui l’entourait. On pouvait croire qu’il s’agissait d’une poupée en porcelaine à cause de sa peau qui semblait lisse. Yume remarqua qu’il n’avait pas de parapluie et était habillé en uniforme du lycée Nagashima. Il ne bougeait pas et semblait être une statue.

« Je pensais que les extraterrestres étaient verts. »

Mais elle se reprit rapidement. Il fallait qu’elle soit plus mature !

Yume s’approcha de lui, et un ‘’Hé’’ sortit accidentellement de sa bouche. Il se retourna aussitôt vers elle, et s’adressa d’une voix rigide :

-Bonjour.

-Ah heu…balbutia la jeune fille. En fait, j’ai remarqué que tu avais l’uniforme de mon lycée, et je ne t’ai jamais vu- avec une tête comme la tienne je ne peux pas te louper, ajouta-elle dans sa tête-. Est-ce que tu es un…

-Oui, je suis un nouveau, lui coupa le garçon avec un sourire amical.

-Mais pourquoi restes-tu sous cette pluie ? Sans parapluie en plus. 

Il émit un petit rire.

- Eh bien pour te dire la vérité, je ne me rappelle plus vraiment du chemin pour m’y rendre. On ne peut pas vraiment dire que j’aie une bonne mémoire.

-Ah bon ? Viens sous mon parapluie, alors, je vais t’accompagner. Heureusement que ma tante m’avait recommandé celui-là.

-Vraiment ? Merci beaucoup, c’est très gentil de ta part ! Je suis content de t’avoir rencontré ! 

« Waouh, quel garçon poli ! Se dit Yume. Tout le contraire d’un garçon hostile que j’ai rencontré récemment… »

L’adolescent se mit sous la protège-pluie.

-Tu veux que je le tienne ? Proposa-il avec un sourire qui dissuada Yume de refuser. 

Ils marchèrent tous les deux en direction de l’établissement. La jeune fille, n’aimant pas le silence, demanda :

- Au fait, comment tu t’appelles ?

-Ah désolé de ne mettre pas présenter plus tôt. Je m’appelle Sora Kageyama. Et toi ?

-Sora ? C’est un joli prénom pour un garçon. Moi c’est Yume Haruno. » 

La pluie commençait à disparaître petit à petit, même si elle restait assez dense. Yume lâcha un soupir en se tournant vers Sora.

- Ce temps est vraiment mauvais pour ton premier jour pas vrai ? 

Le garçon ne répondit pas. Elle s’aperçut qu’il regardait à l’horizon, comme s’il réfléchissait.

- Tu t’appelles…Yume Haruno ? 

Yume vit alors que son expression était identique à celui de Shiro, lorsqu’elle avait révélé ce nom à ce dernier. Le fait qu’ils réagissent aussi étrangement à l’évocation de son nom l’énerva :

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Toi aussi ? Tu trouves qu’il y a un problème avec mon nom ? Si c’est le cas, dis le moi ! Je connais un autre gars qui a eu la même réaction que toi. En plus de toi, j’ai l’impression d’être un extraterrestre !

-Ah mais non…heu… Bégaya Sora, en reprenant peu à peu son air ordinaire. Je suis vraiment désolé de t’avoir mise en colère. Ne t’inquiète pas, je pense que tu es bien une humaine. C’est juste que…ton nom…je l’ai surement entendu quelque part…

-Ah bon ? Où ça ?

-Heu…dans le quartier peut-être…ça arrive. 

       Il ajouta sur ces mots un petit sourire tranquille. Le fait qu’il l’ait entendu par hasard dans la rue intriguait Yume. Il y avait peu de chance pour que ça se produise vraiment. En dehors de ses amis, peu de gens la connaissait vraiment. Mais elle préféra ne rien dire pour l’instant. Ils arrivèrent au lycée à la dernière minute. La pluie avait cessé de tomber, comme si elle ne voulait que contrarier Yume. Celle-ci se dirigea vers sa salle et Sora vers le bureau du principal. Pendant les deux premières heures de cours, la jeune fille jeta plusieurs fois un coup d’œil vers la porte, espérant que Sora se retrouverait dans sa classe, mais apparemment, non.

       A la récréation, elle chercha de vue le garçon. Kyo l’interrompit dans sa recherche :

       -Eh, Yume ! Qu’est-ce qui t’arrives, tu es en train de fuir une bande de yakuzas ?

-Depuis ce matin, on dirait que tu attends quelqu’un, ajouta Eri.

-Ah, vous l’avez remarqué ? Fit-elle en se tournant vers eux.

-On l’a tous remarqué ! Dirent ses amis en chœur.

-Alors qu’est-ce qu’il y a ? Le questionna Kenji, impatient.

-Eh bien, ce matin, en allant en cours, je suis tombé sur un nouveau du lycée et on a fait le chemin ensemble jusqu’ici en faisant connaissance…

-Ah, j’ai compris ! S’exclama Hiro calmement en remontant ses lunettes. Tu voulais savoir s’il allait être dans notre classe, ce qui explique le fait que tu regardais souvent la porte.

-Toujours même justifia Kenji.

-Oui, tu as raison, continua Hiro. Et maintenant, tu le cherches dans la cour, exact ?

-Exact, affirma Yume.

-Oh Oh, tu as eu le coup de foudre ? La taquina Eri.

-N’importe quoi ! S’écria-elle en rougissant légèrement. Tu crois vraiment que je suis le genre de fille à tomber amoureuse de quelqu’un sorti de nu…

-C’est bon, je rigolais, lui coupa son amie en riant. 

       Mais Yume ne l’écoutait déjà que d’une oreille. Elle suivait du regard Sora qui sortait du bâtiment. Il se dirigea vers un banc au fond de la cour. Il s’assit et sortit de son sac un petit cahier vert ainsi qu’un stylo, puis commença à écrire.

  - Eh oh ! L’appela Kenji. Qu’est-ce que tu as ?

-Euh…rien pourquoi ? 

       Kyo suivit le regard de Yume jusqu’au garçon.

       - C’est lui, le gars ? dit-il en le montrant du doigt.

-Waouh, il est beau, tu ne trouves pas, Yume ? S’exclama Eri.

-Si tu le dis, hésita la jeune fille.

-On dirait une poupée, commenta Hiro.

-Je trouve aussi, remarqua Kyo.

-Ben, peut-être que c’en est une…ajouta Kenji.

-Haha, très drôle, mec, t’en as une autre d’aussi stupide ? Lui lança Eri.

-Et si on allait faire connaissance ? Proposa Kyo.

-Bonne idée, s’écria la sportive. 

       Yume ne voulait pas vraiment les accompagner, mais le fit malgré tout. Elle connaissait son amie. Cette dernière pourrait faire des suppositions douteuses si elle refusait de venir avec eux.

       Lorsqu’ils furent arrivés devant Sora, celui-ci leva aussitôt la tête et dit avec un sourire radieux :

       -Bonjour Yume ! Oh, ce sont tes amis avec toi ?

-Oui, voici Eri, Kyo, Kenji et Hiro présenta-elle.

-Je m’appelle Sora Kageyama, enchanté.

-Nous aussi, répondit Eri. Pour tout te dire, il y a deux autres personnes, Naomi et Kaori. Naomi est à l’hôpital et Kaori a disparu d’un seul coup.

-Ah…alors si je comprends bien, ça va mal pour vous ces derniers temps. 

       Tous hochèrent tristement la tête.

            -J’espère que Naomi se réveillera bientôt et que l’on retrouvera vite Kaori. 

       La sonnerie retentit et tous les élèves se dirigèrent vers leurs classes. Ils saluèrent Sora qui rangea son cahier et son stylo. Puis il se leva et fit face à Yume, un air sérieux peint sur son visage :

 - A la fin de la journée, je voudrais te dire quelque chose. Pourrais-tu m’attendre à la sortie ? J’essaierais de ne pas être long.

-Euh, oui si tu veux.

-Merci, à toute à l’heure ! 

       Pendant la journée, Yume se demanda ce qu’il voudrait la dire à la sortie. Elle était plus distraite en cours que d’habitude.

 « Mais pourquoi ça me préoccupe tellement ? Ça ne doit pas être très important… se disait-elle. »

       Pourtant, elle n’arriva pas à sortir ce garçon de la tête. Son visage sérieux restait ancré dans ses pensées. Il était étrange, la jeune fille le sentait, mais elle n’arrivait pas à deviner la raison.

       « Peut-être parce qu’il est trop poli pour un adolescent ? C’est normal s’il veut se faire des amis, non ? »

       A la fin, le soleil s’était déjà couché, chose étrange en été. Beaucoup de lycéens étaient excités par l’approchement des vacances, qui arrivaient dans une semaine.

       Yume attendit Sora pendant un quart d’heure. Tout le monde était déjà parti, excepté le surveillant qui tenait le portail d’entrée.

       - Vous ne partez pas, mademoiselle ?

       -Non, j’attends quelqu’un.

       -Sûrement une personne de la classe de 1ère D. C’est la seule classe qui n’est pas encore sortie. Je crois qu’ils ont un petit cours de vie de classe. 

       Le surveillant était un homme maigre et assez petit. Il avait une grande gentillesse mais à cause de celle-ci, mes élèves les plus agités en profitaient pour le contrarier. Son nom était Fujiru Ichihara.

       On vit des élèves sortir du collège. Yume aperçut Sora discuter avec quelques filles et garçons.

       « Il s’est déjà fait des amis, on dirait, comprit-elle. Je parie qu’il a du succès auprès de la gent féminine. »

       Lorsque le nouveau la vit, il salua ses amis et courut vers la jeune fille.

       - C’est donc lui que vous attendiez, remarqua Fujiru. C’est votre petit ami ?

       -Non ! S’écria Yume en rougissant légèrement. On vient juste de se re…

       -Hahaha ! Rit Sora. C’est bon Yume, ne te mets dans tous ces états. Merci de m’avoir attendu et excuse-moi si c’était long.

       -Pas grave !

       -Je préfère que l’on ne reste pas devant le lycée pour parler. Tu viens ?

       -Okay. 

       Après avoir salué le surveillant, Yume suivit le garçon sans savoir où il allait. Elle voulut se méfier de lui, mais n’y arriva pas vraiment. Finalement, il l’emmena près de chez elle. Ils s’assirent sur un banc, dans un parc, près de quelques coquelicots. Yume posa son sac pour être plus à l’aise. Sora fut le premier à reprendre la parole :

       - Dis-moi…est-ce que tu crois au surnaturel ?

       -Euh…hésita Yume, perplexe par cette question.

       -Réponds-moi, c’est tout, s’il te plait. 

       La lycéenne repensa à la silhouette noire. Pouvait-on qualifier cette apparition cauchemardesque de ‘’surnaturelle’’ ? Elle choisit de dire :

       - Eh bien, ça m’arrive…pourquoi ?

       -Tu fais référence au Lanrô ?

       -Hein ?

       -La silhouette noire. Celle qui a provoqué l’accident où tu as perdu tes parents. 

       L’évocation de cet assassin d’une autre bouche que la sienne lui fit l’impression d’une douche glacée pétrifiant son cœur par la même occasion. Elle regarda Sora avec des yeux aussi ronds que des boules de cristal.

       - Co…comment es-tu au courant ? Bégaya-elle.

       -Ecoute-moi, ce que je veux te dire est assez délicat, étrange, mais très important pour toi Yume. Cela peut aussi concerner tes amis.  Tout ce que je vais te raconter va paraître impossible, c’est normal…mais c’est la vérité.

       -Comment es-tu au courant ? Répéta-elle entre les dents.

       -Du calme, ce que je veux te révéler a un lien avec ta question.

       -De quoi tu parles à la fin ?! S’emporta Yume, énervé par ce charabia.

       -Tu viens bien m’écouter sans discuter, maintenant ? 

       Sora avait gardé son calme, mais son air était devenu étrangement très sérieux, ce qui fit taire la jeune fille.

       -Je sais qu’il t’est arrivé beaucoup de choses, ces derniers temps, bien avant que tes amis me le disent. Il faut que tu saches que tous ces évènements ne sont pas arrivés au hasard. Leur point commun est lié à un monde totalement différent du tien : son nom est Sunight. C’est un royaume peuplé de magiciens, de guerriers, et de créatures fantastiques, souvent dangereux. Je fais moi-même partie de ce monde et on me surnomme ‘’Sora le garçon de feu’’. Il parait que tu as aussi rencontré d’autres personnes de Sunight, mais je ne sais pas qui. Est-ce que tu comprends jusque-là ? 

       Comme l’on pouvait s’y attendre, Yume resta muette de stupeur pendant quelques secondes.

       « Ce…ce garçon est fou ! Pensa-elle. Il a l’air gentil, mais il n’est pas normal… »

       Sora, qui avait compris la situation dans lequel se trouvait la jeune fille, reprit son air serein et un sourire calme.

       - Je suis désolé, ça ne doit pas être facile pour toi d’entendre toutes ces découvertes. Tu dois me trouver étrange. Mais tout ça est réel, crois-moi. 

       ‘’ Crois-moi’’…Il avait prononcé ces mots avec une telle gravité ! Elle retrouva l’usage de la parole.

       - Mais non, c’est quoi ce délire ? Tu es fou ! Comment as-tu pu penser que je pourrais croire toutes ces bêtises ? Et tu n’as pas répondu à ma question : je veux savoir comment as-tu appris pour la silhouette noire !

       -Je ne suis pas fou, répondit-il toujours paisiblement. Je sais que ça semble impossible mais c’est la vérité.

       -Mais quelle vérité ? Tu as dû confondre la réalité avec les jeux vidéo, ce n’est pas fréquent mais c’est possible.

       -Non, je n’y joue jamais. 

       A ce moment-là, Yume avait la ferme conviction qu’à la fin de cette conversation insensée, elle l’emmènerait chez le médecin le plus proche.

       - Ne t’inquiète pas, le jour où tu réussiras à croire à Sunight viendra. Dis-moi, comment s’appellent les autres personnes que tu as rencontrées récemment ?

       -Réponds à ma question d’abord ! Tu ne sais pas combien c’est important pour moi ! Personne n’est censé connaître ce secret et toi, tu débarques de nulle part et je vois que tu le connais ! Tu sais en plus que c’est elle la raison de la mort de mes parents, ce n’est pas normal !

       -Si tu réponds à la mienne, je pourrais peut-être mieux t’expliquer. Cela dépend de ta réponse.

       -Tu rigoles ?

       -Non. S’il te plait, essaie de t’en souvenir. Tu peux être plus en danger que tu ne l’es déjà.

       -Comment ça je suis en danger ?

       -Tu peux très bien avoir rencontré des gens malfaisants.

       -Ah bon ? Mis à part sa force inhumaine, ça m’étonnerait qu’il puisse me faire quoi que ce soit…murmura Yume pour elle-même, ce qui n’échappa à Sora.

       -Qui ça ?

       -Un gars aussi bizarre que toi. Il s’app… 

       Tout à coup, avant qu’elle ne puisse achever sa phrase, une petite explosion inoffensive se fit  entendre derrière les deux adolescents. Ils se retournèrent brusquement dans sa direction, se levèrent et s’approchèrent lentement.

       -Reste en arrière, Yume, lui recommanda Sora avec un air prudent. Je connais cette explosion. C’est lorsqu’un habitant de Sunight pénètre sur Terre. J’espère que ce n’est pas un ennemi. 

       « Il recommence encore à délirer ! » Se dit Yume en levant les yeux au ciel.

       Devant eux apparaissaient les brumes vertes causées par la détonation, qui se dissipèrent peu à peu.

« Donc ces brouillards verts sont causés par des explosions ? Se demanda Yume »

 Ils virent une vague silhouette déformée par les étranges nuages, s’avancer vers eux. La forme humaine devint de plus en plus reconnaissable.

       Lorsque Yume réussit à identifier le mystérieux personnage, elle fut médusée, figée sur place. Shiro se tenait là, sans égratignure, l’air ennuyé. Il bougonna en se grattant machinalement la tête :

       - La vache ! J’ai connu des atterrissages plus agréables… 

Rekishi Yume: Chapitre 6

Chapitre 6 : Réunion au clair de lune…

Ces derniers temps, le silence avait du mal à régner à Sunight…

Jour et nuit, on entendait dans la forêt de tous les dangers, des cris de monstres féroces souhaitant sortir des bois ténébreux. Les créatures les plus terrifiants et les plus dangereux s’apprêtaient à sortir de leurs repères afin de semer la terreur sur leur chemin, certains ayant déjà commencé à attaquer les villages les plus proches. Beaucoup de victimes étaient à déplorer, malgré le déploiement des différents clans pour repousser ces abominables monstres. Le royaume entier était agité dans tous les sens, sans que personne ne sache vraiment la raison.

Le conseil des cieux décida alors de faire une réunion ce soir même. Certains rois et reines de clans différents de Sunight vinrent à Aré, le plus grand et le plus majestueux bâtiment du royaume. Il y avait le représentant des elfes, des fées, des loups garous, des centaures, des sorcières, des cyclopes, des lutins et des dryades. Ils prirent place sur des chaises en mousse argentée confortable, autour d’une grande table ronde en or. La salle vaste était décorée de nombreuses images fantastiques vivantes, représentant diverses actions de combats, de spectacles ou autres. Il y avait aussi deux grands chandeliers dorés placés dans deux des quatre recoins de la pièce qui maintenaient une lumière chaleureuse et pleine de douceur dans toute l’espace.

Le grand maître des anciens, Toba, s’assit à la place principale. Celle-ci était un trône ornée de diamants brillants de toutes les couleurs, également en mousse d’argent. Toba, lui, était un vieil homme d’une centaine d’années. Sa longue barbe blanche lui tombait jusqu’aux hanches, et ses cheveux aussi.  Plusieurs rides lui masquaient le visage et son air était à la fois doux et sévère. Ses yeux bleus reflétaient une grande sagesse. Son corps était comme son visage, mais on pouvait constater qu’il semblait avoir quelques muscles autrefois. Il portait une large robe d’un blanc bleuâtre, laissant à peine apparaitre ses pieds nus. Une cape de la même longueur et même couleur lui donnait un air royal. Une petite couronne d’un jaune vif était posée sur sa tête. Il devait s’aider d’une canne en bois pour se déplacer.

Lorsque le silence se fit dans la salle- on entendait tout de même l’agitation de dehors- le vieil homme prit la parole d’une voix rauque :

-Rois et reines des créatures magiques de ce monde, je vous salue. Il est fort dommage que tous les autres n’ont pu venir en ce lieu ce soir, car cette convocation traitera les problèmes, que l’on peut qualifier des plus importants.

-En bien ou en mal ? Ricana un homme massif aux oreilles de loups mais à l’apparence humaine, un sourire narquois à dents acérées aux lèvres.

-Tu le sais très bien, Gora, lui réprimanda une femme d’une beauté incomparable, faisant secouer ses ailes d’une blancheur éclatante dans son dos, alors arrête d’interrompre le maître juste pour pouvoir amuser ta petite personne !

-Oh mon dieu ! S’écria le dénommé Gora d’un ton ironiquement affecté. Quel cruauté tu as, sale petit papillon !

-Comment ose…

-Il suffit tous les deux ! Leur coupa Toba fermement. Linara, il vaudrait mieux que tu évites les conversations inutiles avec lui. Cela ne créera que des conflits entre vos deux clans.

La fée prit un court instant de silence pour se calmer avant de reprendre la parole :

- Bien maître.

-Merci. Donc, pour répondre à ta question, qui est évidemment tout à fait stupide Gora, le problème est grandement négatif.

Tous les autres firent échapper un gloussement de rire, excepté Gora qui laissa échapper un grognement et un homme au regard endormi, dont le bas du corps était celui d’un cheval.

- Comme vous le saviez, continua Toba sereinement, des monstres assoiffés de sang souhaitent sortir de la forêt de tous les dangers mais pour quelle raison ? Et bien pour pouvoir semer la terreur dans notre royaume et le monde ordinaire.

Une vieille femme coiffée d’un grand chapeau pointu toussa deux fois doucement pour attirer l’attention de tout le monde.

-  Excusez-moi maître, mais mise à part le fait de pouvoir se nourrir de créatures et d’humains frais, que va-t-il leur apporter à envahir les deux mondes ? Brovard est un endroit fabuleux pour eux et subvient parfaitement à leurs besoins.

-Bonne question. Répondit le maître. Ceci est vrai que se promener en dehors de leur territoire ne pourra rien leur apporter de spécial, mais je me demande si –sa voix se transforma en un murmure- si ce serait pour quelqu’un…

-Que voulez-vous dire ? Le questionna un lutin.

-Attendez…dit Linara, vous voulez insinuer que ce serait une personne qui a ordonné à ces monstres de sortir de la forêt ?

-C’est ce que je pense en effet, fit-il.

-Mais enfin c’est impossible ! Aucun être de ce monde  ne pourrait contrôler un si grand nombre de monstres dépourvus de bons esprits! Même nous, les rois et reines regroupés, n’y pourrons pas ! Et puis, il y a une puissante barrière magique difficilement franchissable autour de la forêt qui les empêche de se sauver normalement.

-Il est vrai qu’il soit possible que je me trompe. Je doute aussi qu’il existe une personne assez puissante pour tous les manipuler. Mais…j’imagine que vous avez tous entendu parler d’une étrange silhouette vêtue d’une longue cape noire qui rôde en ce moment même dans le royaume

Tout le monde approuva d’un hochement de tête.

-  J’ai entendu dire qu’il y a 7 ans, cette mystérieuse personne a déclenché un accident dans le monde ordinaire, informa Linara. Je crois que c’est ce jour-là où l’on a entendu parler d’elle la première fois.

-Et qu’ensuite, elle a complètement disparu avant de réapparaitre il y a quelques temps, ajouta le lutin.

-Exact, affirma Toba.

-Pff… dit Gora. Elle se fait parler d’elle dans tout Sunight ! En puis, on ne sait même pas s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Son but est de se faire remarquer, c’est tout !

-Comme si elle n’avait que ça à faire…murmura un homme avec un seul œil placé au milieu de son front. Mais quelqu’un aurait une idée de son sexe ?

-Il s’agit certainement d’un garçon. Pensa le lutin.

-Oui, tu as raison, approuva Toba. Puisque dans ce monde, les garçons ont un pouvoir plus puissant que les filles, racontées par cette légende, il doit surement s’agir de cela. D’autant plus qu’on peut confirmer sa puissance en se basant sur les catastrophes qu’il a commis récemment.

-Et cette histoire dit vrai ! Fit remarquer le loup-garou d’un ton vaniteux.

-Garde tes pensées pour tes sales clébards ! Lança la sorcière.

- Je rêve ! Tu me cher…

-Maître, cela veut dire  que c’est cette silhouette noire qui… lui coupa une jeune fille portant un diadème dans ses longs cheveux ondulés.

- En effet. Nous ne le connaissons pas, certes, mais je suis certain qu’il est la cause de nos problèmes actuels. Certaines personnes l’ayant vu ont tenté maintes fois de le capturer, sans résultat.

-Il se peut qu’il vienne de la forêt des enfers…supposa le cyclope. On ne sait jamais ce qui habite cette forêt !

-Belle hypothèse, Oro, dit le maître. Et nous pouvons le considérer comme le nouveau Lanrô, le grand destructeur.

Il commença à caresser sa barbe :

- En tout cas, c’est à cause de lui- il prit un ton grave- que certains monstres commencent déjà à peupler le monde ordinaire.

-Quoi ?! S’exclamèrent-ils d’une même voix.

-Vous…voulez dire qu’ils sont déjà en train de l’envahir ? s’écria une petite fille volante d’un ton aigüe.

-Hélas oui. Soupira-t-il. Mais rassurez-vous, ils ne sont pas encore nombreux et possèdent chacun un corps humain, ce qui diminue leur force.

-Mais il faut quand même intervenir au plus vite ! Répliqua le cyclope en clignant de l’œil. D’abord les abominations de Brovard, puis je vous parie que ceux de Dragnir vont s’y mettre aussi !

- Calme-toi, le tranquillisa Toba. Pour l’instant, ce n’est pas le cas alors ne sois pas aussi pessimiste. Et n’oublie pas que le magicien de la lune est dans le monde ordinaire. On peut compter sur lui.

Oro s’apaisa doucement. Tous les autres firent de même lorsqu’ils entendirent ‘’ le magicien de la lune’’.

- N’importe quoi ! Intervint Gora d’un ton arrogant.  Qui sait, peut-être que cette silhouette noire est plus forte que lui !

-Toujours aussi optimiste…fit remarquer le lutin ironiquement.

- Tu peux dire ce que tu veux, tu ne peux pas dire qu’il a toujours répondu à vos attentes ! Souvenez-vous, de l’incident du clan neigeux ! Il était là et n’a rien pu faire face à des monstres aussi minables que des insectes !

- C’est normal, c’étaient des créatures de Dragnir ! Ajouta Linara.

-Ça prouve quand même qu’il n’est pas si invincible qu’on le croit ! A cause de lui, ça a été un vrai désastre !

-Ce n’était pas à cause de lui ! J’aimerais bien t’y voir toi, face aux monstres les plus dangereux que l’on puisse rencontrer !

-Arrêtez tous les deux ! Répéta le vieil ancien.

Ils se turent.

-L’incident du clan neigeux…reprit la fille au diadème. Rien que d’y penser j’ai les larmes aux yeux… Cela nous a tous bouleversé…

Gora fit échapper un ricanement que personne n’entendit.

-  Oui, surtout la mort de la petite Isa… se lamenta Kiri, la reine des sorcières. Pauvre enfant…Elle était si gentille et venait seulement d’avoir ses 14 ans…

-Mais elle était dans la forêt de Brovard. Leur rappela Toba. Je me demande pourquoi s’est-elle enfuie dans un endroit aussi dangereux…Je pense qu’il faudrait mener une enquête.

-Vous pensez que le nouveau Lanrô pourrait être derrière ce désastre ? Demanda Linara.

-Je ne sais pas…médita Toba. Je doute qu’il soit si fort pour contrôler des monstres de Dragnir. Mais on ne sait jamais, comme le dit Oro, il vient peut-être même de là-bas.

-Je n’espère pas… fit ce dernier.

Un silence se fit pendant quelques secondes. Tout le monde semblait réfléchir aux évènements. Gora paraissait s’ennuyer et le centaure toujours endormi. Le lune était encore accrochée dans le ciel et veillait sur le royaume d’un éclat éblouissant. Risa  fut la personne à reprendre la parole :

- Dites maître, avez-vous entendu  la dernière nouvelle toute récente ? Le garçon de la glace est dans le monde réel.

-Est-ce vrai ? Non je n’étais pas au courant.

-Mais que va-t-il faire là-bas ? murmura Kiri.

-Raison de plus pour se calmer, ajouta la fille au diadème. Il est très fort.

-Tu as raison, Midori. Approuva Toba.

-Mais j’ai entendu dire qu’il y avait aussi le garçon de feu. Fit le lutin.

-Oh non…pensa Linara à voix haute. Lui aussi ? Cela ne fait qu’accroître mon inquiétude…

-Moi de même, dit Oro. Leurs relations sont bien pires que le feu et la glace eux-mêmes…

-Leur rivalité est aussi plus profonde ! Fit la sorcière.

-Ne vous inquiétez pas, les rassura encore le maître, tout ira bien pour eux.

-Facile à dire qu’à penser ! S’enquit Risa. Enfin bon, si vous le dites…on peut toujours espérer.

- En parlant du garçon de la glace, reprit Toba, vous devez surement être au courant pour ce qui s’est passé dans Dragnir.

-Ah oui, avec cette fille… se rappela Linara. Mais quelle grosse têtue ! On avait insisté pour qu’elle ne s’y aventure pas, elle ne nous a pas écouté et résultat : elle a failli y laisser sa vie !

-Hahaha !! S’esclaffa Oro bruyamment. Elle ne cessera jamais de m’impressionner cette petite ! Si seulement les autres humains étaient aussi téméraires qu’elle !

- Il n’y a rien de drôle ! S’énerva Kiri. Elle avait vraiment dépassé les bornes cette fois-ci !

-L’essentiel est qu’elle soit saine et sauve. Fit Midori d’un ton positif.

-C’est vrai. Enfin, continua le maître, je vais à présent vous parler du dernier sujet de la réunion, qui n’est pas la moins importante. Ceci concerne un peu l’accident causé par le Lanrô il y a 7 ans.  Il s’avère que l’enfant qui a survécu, Yume Haruno, possède en elle une puissante réserve de magie qui sommeille en elle. Pour l’instant, on ne peut savoir de quel type elle est et si elle est bonne ou maléfique. De plus, une de ses amies est en ce moment même inconsciente à cause de même coupable. Il a peut-être aussi ressenti les pouvoirs qui dormaient en Yume.

-Mais alors pourquoi ne s’attaque-il pas à la jeune fille directement ? Demanda Risa.

-Un mystère…Répondit le vieux.

- Et alors ? Intervint Gora. Je ne vois pas en quoi elle est interessante.

-Et moi, je ne sais pas si tu le fais exprès ou pas, mais vraiment, ce que tu peux être stupide parfois ! Remarqua la reine des fées.

-Grrr…Tu me cherches encore ? Grogna le loup-garou.

-Oh ! Vous n’allez pas recommencer ! S’écria Kiri.

Toba ne prêta aucune attention à cette dispute et poursuivit :

- Il se peut que cette jeune humaine ait déjà rencontré les deux jeunes magiciens et qu’ils soient déjà amis. Cela peut être une bonne chose car elle se sentira un peu plus à l’aise dans Sunight.

-Elle va venir dans notre monde ? Interrogea le cyclope.

-Puisqu’elle possède des pouvoirs à l’intérieur de son corps, pourquoi pas…Répondit-il. Elle est comme Lizzie après tout.

-Pourvu que cette Yume n’ait pas le même caractère qu’elle… espéra le lutin.

-Mais si la magie qu’elle a en elle est maléfique ? Demanda Midori.

-Eh bien dans ce cas, nous la tuerons. Dit le maître calmement.

-C’est évident… murmura Gora. Je me demande quel goût elle a…

Mais tout le monde ignora sa remarque. Ou plutôt ils ne l’avaient pas entendu.

-Bien. Je déclare le conseil de cette nuit terminé. Annonça Toba. Merci à tous d’être venu et surveillez bien les alentours du royaume. Eliminez tous les monstres que vous croiserez. Et à propos du Lanrô, évitez de vous retrouver face à lui. Il vaut mieux pour l’instant de recueillir plus d’informations sur lui avant de prendre le risque de le combattre. Evidemment, avertissez les autres rois et reines sur les nouvelles de cette soirée.

-Oui ! Répondirent les autres.

Tous se dispersèrent dans tous les coins de Sunight en un éclair, excepté Gora et le centaure au regard endormi qui restèrent à leur place. Le grand maître des anciens s’approcha de ce dernier et s’adressa à lui d’une voix basse :

-Veille à ce qu’elle vienne ici sans difficultés.

-Compris, maître. Affirma l’intéressé d’une voix assurée.

Il quitta Aré à son tour aussi rapidement qu’une étoile filante. Il resta Gora.

- Que fais-tu là encore ? Lui demanda Toba. A ce propos, j’espère que tu n’as pas manigancé un plan contre la jeune Yume…

-Mais que dites-vous là maître ?! Je suis un gentil loup-garou maintenant ! Depuis ma sortie des ‘’autres ténèbres’’, je me suis adouci !

-Je le souhaite…

Gora partit à son tour mais en marchant, devant les yeux de son supérieur.

Une fois dehors, la pleine lune brillait toujours aussi fort. Arrivé dans une forêt obscure, ses sbires étaient agités, c’est-à-dire comme d’habitude.

-Alors chef ? Cria l’un deux. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

-Patience Ogry, patience. Une humaine tout fraîche, qu’en pensez-vous ?

A ces mots, tous les loups garous présents se mirent à crier d’enthousiasme. Quant à Gora, son sourire des plus cruels fit montrer ses crocs aussi tranchants que des lames, et il hurla à la lune. Ce fut un hurlement qui avait envie de sang humain…

Rekishi Yume: Chapitre 5

Chapitre 5 : Quelques erreurs, sans plus…

 

La mauvaise nouvelle à propos de Kaori faisait l’objet de toutes les tristes discussions. Certains se vantaient de connaître la jeune fille, d’autres espéraient vraiment qu’elle fût saine et sauve.  Ils apprirent par le proviseur que la police ouvrait une grande enquête et qu’elle allait  poser des questions aux proches de la disparue, aussi bien dans le quartier qu’au lycée.

Le jour de l’annonce sur l’état de leur amie, on aurait presque cru le groupe ‘’Yujo’’  allaient perdre leur souffle, tellement leur visage étaient vidés de toutes couleurs. C’était comme si le monde s’était effondré d’un seul coup sur leurs petits épaules.

L’après-midi, ils allèrent voir les parents de leur amie. Ils sonnèrent et lorsque la porte s’ouvrit lentement, ils virent la mère de Kaori, Nami More, en pleurs, un mouchoir mouillé par ses larmes dans ses mains.

Nami était une femme d’une cinquantaine d’années, mais toujours en forme et assez sportive. Ses yeux avaient la même couleur marron que ceux de sa fille. Ses cheveux courts et lisses étaient noirs et était toujours décorée d’un petit bandeau de différentes couleurs selon son humeur. Pourtant, aujourd’hui, elle n’en avait pas. Elle était surement occupée de penser à son enfant, normale pour une bonne mère.

-  Ah…bonjour…mes enfants…comment allez-vous ?…dit-elle faiblement en séchant ses larmes.

-Heu…bonjour madame… répondit Kyo en baissant les yeux, ce qui était habituel chez lui lorsque qu’une fille pleurait devant lui. On a appris pour…Kaori…

-Ah oui…mais entrez je vous en prie…les policiers viennent justement de partir…

Ils entrèrent dans la maison sans oser croiser les yeux mouillés de la pauvre femme.

Quand ils furent tous assis dans le salon, refusant un jus de fruits  proposé par Mme. More, Yume prit la parole :

- Nous sommes vraiment désolés pour ce qui est arrivé…nous sommes tous autant bouleversés que vous…

-Oui je n’en doute pas. Répondit-elle. Vous êtes ses plus grands amis et nous souhaitons tous qu’elle revienne le plus vite possible en pleine forme…

-Mais madame, demanda Hiro, pourquoi n’avoir pas prévenu le lendemain même de sa disparition et avoir attendu un jour pour le faire ?

-Toujours aussi perspicace mon cher Hiro. Normalement, j’aimerais garder la raison pour moi. Je n’ai juste dit aux policiers que je n’avais trouvé Kaori nulle part. Sans doute ils me poseraient tellement de questions qu’à la fin, ils me prendraient pour une folle en connaissant ma réponse. Néanmoins, vous êtes ses plus fidèles amis donc je peux bien vous le dire. Eh bien, le soir même, avant que se produise ce malheur… nous nous étions disputés à propos de…oh non, ça je ne peux pas vous le dire c’est à Kaori d’en décider. Mais elle l’a mal pris, s’est énervée et s’est enfermée dans sa chambre. Puis, quand je suis allée frapper à sa porte pour me faire pardonner… il n’y avait aucune réponse. Je me suis permis d’ouvrir et je ne l’ai trouvée nulle part.  Au début, je pensais que ce n’était pas vraiment nécessaire d’alerter la police… je me suis dit que ce n’était qu’une simple fugue. Mais plus j’attendais, plus je m’inquiétais et je commençais à avoir peur de comprendre la vérité…

- Quel vérité ? S’intrigua Eri.

-…hésita la mère. Non, excusez-moi, mais si je vous le disais, vous me prendrez pour une vieille femme qui a perdu la tête !

-Je doute, commença Kenji, vous êtes la mère d’une fille douce, timide, qui ne raconte jamais de mensonges. Et puis telle mère telle fille.

-Merci pour ton compliment, Kenji. Dit Mme. More. Mais je ne pense pas que ce serait vraiment nécessaire de vous parler d’une chose qui sortirait du commun.  Par conséquent, cela ne veut pas dire  que je ne vous dirai jamais la vérité…Du moins, une partie en tout cas…

-Et quand est-ce que ça arrivera ?  S’impatienta Kyo.

-Bientôt, ne t’inquiète pas…surement bientôt…

La partie importante de la discussion terminée, les amis s’apprêtèrent à partir. Sur le seuil de la porte, ils saluèrent la pauvre femme

- Ne vous en faites pas madame, la police la retrouvera certainement. La rassura Yume. Elle ne peut pas être bien loin.

-Oui, je sais. Enfin je l’espère… Je vous remercie à tous pour votre soutien, revenez quand bon vous semble !

Après ce jour, 3 étaient passés et Kaori ne donnait aucun signe de vie. Aucun indice. Rien. Beaucoup de personnes venaient chez ses parents pour essayer d’apaiser leur inquiétude avec des mots réconfortants. ‘’Vous savez bien que la police met toujours du temps pour achever une enquête, ‘’Ils ont surement gardés des preuves pour vérifier si ce n’est pas une erreur avant de vous prévenir’’, ‘’ Ne vous inquiétez pas, elle va revenir…’’… Mais peu de gens étaient confiants de leurs paroles.

La police avait interrogé ‘’Yujo’’ mais les membres de ce dernier ne dirent rien d’intéressant.

Samedi matin, le groupe était dans la chambre d’hôpital de Naomi. Certes, cela faisait trop longtemps qu’elle était inconsciente pour un simple bout de bois, ce qui était de plus en plus étrange. Les policiers n’avançaient pas non plus dans cette enquête.

Comment réagirait-elle lorsqu’elle apprendra l’absence de son amie ? Surement comme ses amis…

- Qu’a-t-on fait pour mériter tous ces malheurs ? Se plaignit Kenji d’une voix désemparée. D’abord Naomi avec ce fichu accident inutile, puis Kaori avec sa disparition mystérieuse ! Et après ? Je vous parie de Kyo aura une crise cardiaque !

-Eh oh ! Tu y vas un peu fort là ! répliqua ce dernier sans vraiment être intéressé par la remarque. Mais j’avoue que tu as quand même raison, notre joyeux groupe est en train de se briser en mille morceaux. J’espère qu’un jour, on pourra la reconstruire…

Eri fit une grimace :

-Kyo, arrête de faire le garçon poétique, ça fait peur venant de ta part !

-Je dis ce que je veux ! S’énerva le turbulent. Et puis je ne fais pas le garçon poétique, comme tu le dis !

-Assez, je vous en prie ! Intervint Hiro. Ce n’est pas vraiment le moment de vous disputer !

-…fit Yume, perdue dans ses pensées.

-Il faut quand même avouer que Kaori est gonflée de laisser ses proches s’inquiéter ! Commenta Eri. Elle n’a même pas pensé à nous et aux conséquences de son absence ! Et Naomi ? L’a-t-elle oubliée ?

-Réfléchis Eri ! Dit Yume après s’être réveillée de la remarque, pensa-t-elle, déplacée de son amie. Elle avait sans doute une bonne raison pour avoir agi de la sorte. Ce qu’a dit sa mère devait être vraiment horrible…ce n’est pas son genre de faire inquiéter ses proches pour rien…

-Je suis d’accord. Affirma Kenji. Eh !  Une hypothèse vient de me traverser l’esprit ! Imaginez Kaori est en train de tous nous faire une blague ! Et puis, demain ou après, elle reviendra ! En même temps, elle est la seule à ne pas avoir fait de blague le 1er avril !

-Mais oui c’est ça…tu en as d’autres aussi stupides que celui-ci ? Idiot ! Se moqua Eri.

-Tu as vraiment cru qu’elle était du genre à faire une bêtise pareille ? Fit remarquer Hiro calmement.

-Je ne savais pas que tu le connaissais aussi mal, espèce de voyou ! s’exclama Kyo, en faisant une mimique.

-C’est bon, je voulais juste vous remonter le moral ! Voir des têtes aussi maussades que les vôtres, il y a de quoi s’inquiéter ! Il n’y avait pas besoin de m’agresser !

-Ha ! Tu n’as pas vu la tienne alors ! Plaisanta Eri. Enfin bon, c’est gentil de ta part de vouloir nous rassurer, merci.

Kenji commença à s’empourprer. Il n’avait pas l’habitude que l’on lui fasse des compliments, et ce depuis qu’il avait adopté un statut de rebelle du quartier.

Autrefois, il occupait le plus grand de son temps à trainer dans le froid, la nuit, dehors, à sécher les cours et rentrait chez lui dans les environs de minuit.

Ses parents étaient désespérés et ne savaient que faire. Heureusement, ce fut grâce à Eri qu’il arrêta peu à peu de vivre misérablement. C’était en 5ème.

      ***

       Tout d’abord, Kenji et Eri étaient des enfants qui se connaissaient depuis le début de maternelle. Ils n’étaient pas forcément amis, mais discutaient entre eux quelques fois. Eri remarquait l’évolution de la personne du jeune garçon. Elle voyait qu’il commençait à se rebeller contre ses professeurs, à frapper tous ceux qui le contrariaient… Déjà vers la 3ème année de l’école primaire, il était connu dans tout son quartier pour sa réputation d’enfant dangereux.

Eri ne prêtait aucune attention sur ce problème, considérant que cela ne la concernait pas. Lorsque, en 5ème, le comportement du rebelle s’aggrava beaucoup plus, la jeune fille ne put rester là sans tenter quelque chose.

Un soir où la lune brillait déjà fortement, elle décida de suivre discrètement son ami. Ce dernier, sans s’apercevoir de sa présence, se dirigea vers une décharge. Eri vit qu’il allait dans la direction de six individus dont leurs têtes de taureau indiquaient qu’ils n’étaient pas du genre amicaux. Ils possédaient tous une taille de géant et leurs corps étaient assez musclés. Il était assez difficile de deviner leur âge.  Face à eux, Kenji semblait être un petit enfant qui voulait juste leur tenir tête pour ressembler à un dur.

La jeune sportive se cacha derrière une petite montagne d’immondices, en se pinçant le nez à cause de la puanteur irrespirable qui se dégageait des ordures. Elle aperçut que son ami échangeait quelques paroles avec les six autres mais ne put entendre la conversation. Soudain, un des hommes fonça sur Kenji d’une rapidité inhumaine en voulant lui assaillir un coup, mais le garçon l’esquiva à temps, prit son bras musclé et, avec un souffle montrant l’effort dont il faisait preuve, le lança sur des ordures comme peaux de bananes ou encore des vieux mouchoirs accompagnés d’autres déchets répugnant, le tout entassés  les uns sur les autres. Eri ne put s’empêcher de pouffer de rire. Mais elle s’arrêta rapidement lorsque les cinq autres se lancèrent tous sur Kenji, lui balançant des coups de poings et de pieds d’une grande agressivité. Malgré sa force, le jeune voyou ne put arrêter toutes ces attaques. Petit à petit, il commença à s’écrouler sous la violence de ses adversaires et son sang coula le long de son visage. Il perdit peu à peu connaissance.

L’homme qui était mis à terre tout à l’heure se releva tant bien que mal et voulut rejoindre ses amis pour profiter de sa vengeance sur Kenji. Mais il fut empêché par Eri qui, animée par une colère noire, avait décidé de sortir de sa cachette pour venir en aide à son ami. Elle renvoya d’un seul coup de pied rempli d’énergie le garçon dans les ordures. Sans laisser les agresseurs de comprendre la situation auxquels ils faisaient face, la ‘’sportive du siècle ‘’ leur montra ses talents en boxe.

- Vous n’éprouvez même pas de honte de s’attaquer ensemble à plus petit que vous ! Ce n’est même pas un combat, mais de la violence gratuite ! Je compte bien vous apprendre moi-même ce que ça fait d’être battu par une plus jeune que vous !

Par la suite, elle gagna dès le premier round par un K.O.

Lorsque Kenji reprit conscience et réussit à se relever péniblement, il vit que tous ses ennemis étaient à terre, inanimés, et Eri se tenait debout, au milieu de ces inconscients. La jeune fille semblait quelque peu essoufflée, ce qui montra au voyou qu’elle était à l’origine de leur évanouissement.

- Mais…comment…bégaya-il.

-Que veux-tu savoir ? Le coupa-elle avec un sourire aimable. Comment les ai-je mis à terre tout seule ? Je ne peux pas vraiment te répondre, mais j’ai moi-même une question : qu’est-ce qui t’a pris de te frotter à des brutes comme eux ? Tu es peut-être plus fort que les autres garçons de ton âge, ça ne fait pas de toi un homme invincible !

-Je m’en moque de tes reproches ! Répliqua Kenji, en détournant son regard. Ce n’est pas la première fois que je provoque des gars plus âgés que moi ! Je fais ce que je veux de ma vie, ce n’est pas une petite fille dans ton genre qui m’apprendra comment me comporter !

-Je suis peut-être une gamine, mais je te signale que tu as le même âge que moi !  Et faire ce que tu fais, c’est-à-dire te bagarrer avec les autres, les blesser, te blesser, faire inquiéter tes parents, ça t’amuse ?

Eri ne souriait plus à présent. Kenji hésita et dit finalement :

- Oui, parfaitement. Et puis ma vie ne te concerne pas, à ce que je sache !

-Et bien, je ne sais pas pourquoi mais je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter pour toi…et même si ça t’amuse tant de faire du mal autour de toi, je peux quand  t’apprendre une chose très importante : il y a un autre moyen de s’amuser sans se blesser, et sans être seul. Ce moyen-là, c’est avec des amis et de la vraie joie que tu l’appliques ! Et je doute fort que tu sois vraiment heureux dans l’état actuel où tu es.

Le garçon ne sut plus quoi dire. Il ne put s’empêcher de penser aux paroles de la jeune fille. Celle-ci émit un soupir et ajouta :

- J’espère que tu tiendras compte de ce que je t’ai dit et tu verras, la vie te paraîtra moins mauvais. Bon. A plus !

Elle laisse alors son ami toujours perplexe. Au départ, celui-ci voulut oublier ses mots qui lui semblaient insignifiantes, mais plus il leur prêtait de l’attention, plus il remarqua que le monde qui l’entourait n’était pas seulement remplie de personnes déplaisants et antipathiques, mais aussi de celles qui possédaient une grande générosité et qui donnaient l’envie de vivre pleinement chacun de nos jours.

Ce fut comme cela qu’il se changea lentement en un garçon fidèle, et se promit de ne plus se battre seulement dans ses intérêts, mais aussi pour ceux des personnes ayant besoin d’aide. Avec ses parents, il se conduisit peu à peu en un adolescent bon et ordinaire, ce qui les étonna fortement. 2 ans plus tard, il rencontra Yume et les autres, qui devinrent alors ses meilleurs amis. Il devint aussi plus proche d’Eri. Même si cette dernière et lui se disputaient assez souvent, leur amitié l’un envers l’autre est incommensurable. Leurs amis se demanderaient même si ce n’était pas de l’amour qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre…ce qui n’était pas sans les énerver lorsqu’ils leur faisaient cette remarque !

 ***

       Le soir, Yume avait encore ses pensées dirigées vers Kaori, mais aussi vers les derniers évènements récents de sa vie : l’accident de Naomi, le retour de la silhouette noire, sa rencontre avec Shiro, les paroles curieuses de celui-ci, le rêve étrange… Tant de choses étaient arrivées ces derniers temps !

Elle s’endormit lentement.

Cette nuit, la pleine lune brillait haut dans le ciel obscur. Il n’y avait pas une seule étoile. La seule chose qui venait perturber ce sombre paysage était les hurlements sanglants des corbeaux, symbole d’un mauvais présage…

Rekishi Yume: Chapitre 4

Chapitre 4 : Un rêve terrifiant et des plus étranges…

‘’Shiro’’…

Yume songeait toujours à lui. Elle n’avait jamais pensé pouvoir rencontrer  un jour une personne aussi étrange.

Etait-il vraiment un garçon ordinaire ? Ses yeux gris, ses cheveux bleus clairs, son visage d’une beauté curieuse, son regard mystérieux, mais aussi sa force physique incroyablement développée n’avaient rien de normal. Mais ce qui intriguait le plus la jeune fille était les paroles. Elle avait estimé ne pas le prendre au sérieux, mais c’était plus fort qu’elle. Yume n’arrivait pas à oublier les mots de Shiro. D’habitude, elle voulait des preuves pour ce qu’on la racontait, sinon elle n’y accordait aucune importance. Mais maintenant, qu’est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi ses pensées étaient-elles envahies par quelques mots insensées d’un inconnu, qui semblait introverti, qui n’était même pas sûr de son âge et ne savait pas le nom de son école ?

« Comme si ma vie allait vraiment changer, se dit-elle. De plus, qu’est-ce qu’il en sait ? Il ne me connait même pas ! »

Mais ses pensées ne changèrent pas pour autant. Peut-être qu’avec le temps, elle oublierait tout de ce garçon. Pour l’instant, cela semblait totalement impossible.

La nuit de cette rencontre, elle avait mis du temps pour pouvoir trouver le sommeil. Mais même lorsqu’elle dormait, elle avait l’impression de toujours prêter attention au jeune garçon. Il s’était aussi insinué dans son rêve. Elle le revoyait debout, devant elle, immobile et à la fois partout. Comme s’il avait pratiqué un multi clonage !

C’était le lundi matin, 6h30. Yume était réveillée et ne voulait pas rester dans son lit, à ne rien faire. Elle décida de se lever. Elle remarqua par l’entrebâillement de la chambre de sa tante que celle-ci dormait toujours. Elle s’habilla rapidement avec son uniforme, se coiffa d’une grande couette, prit son petit déjeuner, et déposa un mot sur la table de cuisine, prévenant Akira qu’elle était déjà sortie. Elle prit son sac, et partit.

Le soleil était en train de se lever. Le ciel prenait une couleur d’un jaune orangée magnifique. On pouvait entendre les oiseaux chanter leurs petites mélodies chaleureuses.

« Je devrais surement me lever plus tôt de temps en temps pour pouvoir admirer ce paysage. »Pensa-t-elle.

La jeune fille regarda sa montre. 7h20. Elle avait le temps devant elle et décida de rendre une petite visite à Naomi.

L’hôpital était presque vide et le silence était plus grand que d’habitude.

Lorsqu’elle entra dans la chambre de son amie, elle vit que la pièce était remplie de bouquet de fleurs, de cartes de bon rétablissement, et pleins d’autres cadeaux.

Yume resta quelques instants avec elle, contemplant son visage toujours aussi pâle qu’avant.

-Quand vas-tu te réveiller, Naomi ? S’impatienta-elle.

Elle se perdit dans ses pensées. Les images de son amie évanouie sous les décombres, la longue silhouette noire encapuchonnée, son sourire diabolique…

« Est-ce que la vie est contre moi ? Est-ce que cette silhouette représente-t-il ma malchance ? Si ce n’est pas ça, que signifie-t-il ? Et qui est-il ? »

Yume se posa des questions pendant une vingtaine de minutes, et lorsque le temps passa, elle décida de partir.

Dehors, le soleil était à présent haut dans le ciel. Des lycéens commençaient à se rendre en cours.

A son arrivée au lycée, la jeune fille vit que tous ses amis étaient présents, hormis Kaori.

- Où est Kaori ? leur demanda-t-elle en posant son sac par terre pour décharger ses épaules. Normalement elle est toujours en avance.

-Je ne sais pas. Répondit Kenji en se grattant la tête. Quelqu’un a été averti qu’elle serait absente ?

Tous les autres secouèrent la tête.

-J’avoue que c’est un peu étrange. Remarqua Hiro. Elle prévient toujours l’un ou l’une d’entre nous lorsqu’ elle ne peut pas venir…

-Peut-être que son réveil est cassé ? Plaisanta Kyo.

-Impossible. Dit Eri d’une voix certaine. C’est sa mère ou son père qui la réveille.

-Il n’y a pas besoin de s’inquiéter, réagit Kenji. On l’a demandera la raison de son absence quand on la verra c’est tout.

-Tu as raison…approuva Yume faiblement.

La sonnerie retentit et ils regagnèrent leur classe. Yume essaya de trouver une excuse rassurante, mais aucune n’était convaincante.

«  Peut-être qu’elle était dans les nuages et qu’elle s’est perdue ? Non, elle connaît la ville comme sa poche » «  ou bien elle a été retenue par ses parents pour une affaire de dernière minute ? Non, elle nous aurait appelé avec son portable » « ou peut-être que son portable est cassée ? Non, elle vient tout juste d’en racheter un et il est de haute qualité. »

Et ce fut ainsi dans sa tête jusqu’à ce soir.

« Mais pourquoi je m’inquiète tant ? C’est juste une absence ! »

Elle remarqua que ses amis n’allaient pas mieux qu’elle. Elle avait un mauvais pressentiment et le prit seulement pour de la fatigue.

Lorsqu’elle rentra chez elle, sa tante n’était pas là. Elle vit un mot sur la table de la salle à manger.

‘’ J’ai une réunion d’informatique ce soir. Je rentrerai vers 19h20.

                                                                                              Akira.’’

La jeune fille jeta le mot dans la poubelle et alla dans le salon. Elle se laissa tomber sur ce dernier aux motifs japonais. Sans pouvoir en expliquer la cause elle était extrêmement épuisée.

« Normal que je sois si fatiguée, je me faisais trop de soucis pour Kaori. »Pensa-elle.

Yume ferma alors lentement ses yeux, se laissant ensuite emporter par un profond sommeil.

Lorsqu’elle rouvrit ses paupières, elle remarqua que tout était sombre autour d’elle. Il ne semblait ne rien avoir autour d’elle. Sa posture était debout.

- Qu’est-ce qui s’est passée ? Où suis-je ? se demanda-t-elle, en regardant autour d’elle, intriguée.

Tout à coup, une petite lumière s’illumina devant elle.

Sans hésiter, Yume courut vers cette petite lueur et se retrouva alors dans une forêt lugubre. Le paysage entier était sombre : les arbres avaient perdu toutes leurs  feuilles et semblaient mortes. Les herbes étaient sèches. Le ciel était curieusement d’un rouge sang: impossible de savoir s’il faisait jour ou nuit. Rien ne ressemblait à la clarté que Yume avait aperçue. Cette dernière fut  déconcertée par ce lieu dévasté où elle se trouvait.

« La pollution peut-elle faire tant de dégâts ? »

Soudain, un bruit des plus terrifiants venant de l’est la fit sursauter. C’était un grognement.

« Qu…qu’est-ce que c’était ? Aucun animal ne grogne comme ça !»

Malgré le fait que son corps tremblait, elle réussit à faire quelques pas en direction de l’est, et s’approcha prudemment.

A son grand étonnement, le décor changea rapidement, laissant place à une prairie sans fin, recouvertes elle aussi d’herbes noires. Au milieu de ce paysage vide au ciel pourpre, Yume vit une espèce de taureau géant qui ressemblait fortement au minotaure de la mythologie, accompagné d’une jeune fille.

On ne put voir entièrement le visage de cette dernière, cat il était caché par ses cheveux noirs ébouriffés, mais elle semblait essoufflée. Ses habits déchirés étaient couvertes de sang et de poussière, à telle point qu’on ne put identifier la nature de ses vêtements, et ses mains enveloppées de bandages étaient tachés de la couleur de ses blessures. Ses chaussures étaient tellement trouées que l’on commençait à voir ses pieds. Elle brandissait une épée éclatante et sa lame laissait échapper une blancheur intense, malgré le rouge sanglant qui le recouvrait un peu.

« Mais qu’est-ce qu’elle fait ? » S’interrogea Yume, ébahie par le spectacle qui s’offrait à elle.

Avant qu’elle ne put bouger ne serait-ce qu’un de ses membres, l’espèce de minotaure chargea sur la jeune fille ensanglantée en laissant échapper le même grognement de tout à l’heure. Cette dernière se mit en garde en levant son épée et, lorsque le taureau fut assez près, dit quelques paroles que Yume ne put entendre, et abaissa son arme sur lui mais le manqua de peu. La créature en profita pour l’assaillir de coups de poings des plus violents. La spectatrice ne put voir la victime, à cause de la fumée poussiéreuse faite par l’agressivité du monstre.

Au moment où il s’arrêta, la poussière se dissipa. Yume constata, stupéfaite, que la jeune fille, couchée à terre, respirait toujours, mais faiblement. A présent, son visage n’était plus dissimulé par ses cheveux, mais par le sang qui en coulait de son front. Elle essaya de se lever mais était si épuisée qu’elle n’y arriva pas. De plus, son épée était hors de sa portée. Aucun doute. Elle n’avait plus aucune chance de pouvoir s’en sortir vivante, en dehors d’un miracle.

« M…mais qu’est-ce que je fais ici à rester regarder alors qu’elle est en train de se faire tuer ? » s’écria Yume.

Elle voulut alors courir vers la jeune fille pour lui venir en aide, mais ses jambes refusèrent de produire le moindre mouvement. Etait-ce de la peur ?

« Je vous en supplie, faites qu’ils bougent !! pria Yume. »

En vain.

Au même moment, le minotaure fit apparaître un sourire narquois sur ses lèvres, prit l’épée étalée sur le sol, et la leva. Il poussa un grognement encore plus effrayant que le premier, et lorsqu’il voulut l’abattre sur la malheureuse, une lumière vive couleur de glace fonça sur le monstre.

Puis, plus rien.

Yume rouvrit les yeux si soudainement qu’Akira sursauta en arrière.

Elle se trouvait maintenant dans le salon, un paysage ordinaire.

-  Oh là là ! Tu m’as fait peur ! S’exclama sa tante.

-Pa…pardon. S’excusa-t-elle, ne s’étant pas encore remis parce qu’elle venait de ‘’voir’’. J’ai juste fait un mauvais…rêve.

-D’accord…mais tu devais être en train de dormir vraiment profondément. Ça faire un quart d’heure que je n’arrivais pas à te réveiller, je commençais à m’inquiéter quand tout à coup, tu as crié ‘’Non’’.

-Ah ouais…

Yume se rappela qu’elle avait crié ce mot lorsque le taureau était sur le point d’achever la fille avec l’épée.

Cette fille…elle semblait si réelle…et pourtant tout ceci n’était qu’un rêve. Enfin plutôt un cauchemar. Elle se souvint alors de la lumière vive qui avait foncé sur le monstre…Qu’était-ce ? Avait-elle réussi à vaincre le minotaure et à sauver la pauvre victime ? En se comparant à cette courageuse petite lueur, elle se considéra comme une lâche. Pourquoi avait-elle été aussi paralysée par la peur, alors que ce n’était même pas réel ?

- Bon. Va prendre un bain. Il est déjà 19h50 alors dépêche-toi.

-Hein ? Déjà ?! S’étonna Yume.

Elle courut vers la salle de bain puis se dépêcha de se laver. Elle s’aperçut que son ventre commençait à gargouiller. Après qu’elle eut fini de se doucher, elle descendit diner avec sa tante.

Le soir, la lycéenne se coucha tôt. Elle aurait aimé continuer le rêve d’aujourd’hui, savoir si la jeune inconnue était saine et sauve et l’origine de la lumière. Elle s’endormit lentement. Cette nuit, Yume ne rêva de rien, ce qui la permit de dormir paisiblement.

Le lendemain matin, elle se leva tôt pour partir rendre visite à Naomi, avant de se rendre au lycée. Dans la chambre de son amie, il y avait de nouvelles fleurs qui étaient venues s’ajouter à celles d’hier.

En arrivant à l’établissement Nagashima, elle espéra que Kaori serait revenue. Si ce n’était pas le cas, elle garderait tout de même le sourire et plaisantera de tout et de rien pour essayer de rassurer ses amis, malgré le pressentiment qui lui nouait de plus en plus le ventre. Elle ne prêta tout de même pas attention à ce dernier. Après tout, Kaori avait bien le droit d’être absente, il ne fallait pas en faire tout un fromage, pensait-elle.

Mais la nouvelle qui l’attendait aujourd’hui la figea sur place.

Elle arriva vers ses amis et remarqua une fois de plus l’absence de son amie. Ils ne purent rien dire que la sonnerie retentit. Lorsque les élèves allèrent dans leurs salles respectives, les professeurs les emmenèrent tous dans le grand auditorium où se tenaient les réunions importantes, les spectacles de fin d’année…

Un brouhaha se demandait ce qui se passait. Chaque classe était excitée, car il était plutôt rare de tous se retrouver dans cette vaste salle.

-Mais pourquoi nous-a-t-on convoqué ici ? S’intrigua Yume, comme tous les autres.

Le directeur du lycée, M. Fugisawa, monta sur l’estrade. Tous purent remarquer que ce dernier avait une mine grave et triste, ce qui étonnait un peu tout le monde. De plus, il n’y avait pas seulement lui qui semblait dans cet état, tous les professeurs aussi.

M.Fugisawa prit la parole d’une voix affectée :

- Mes chers élèves, professeurs et personnels de l’établissement, j’ai une très mauvaise nouvelle à vous annoncer, concernant une élève de seconde de ce lycée même. Cela va passer aux informations dès ce soir mais nous préférions vous le dire tout de suite.

‘’Elève de seconde de ce lycée’’… Yume et ses amis eurent le visage figé d’angoisse. Ils avaient peur de comprendre de qui il s’agissait.

- Elle s’appelle Kaori More, continua-t-il. Avant-hier, elle a soudainement disparu de chez elle vers 23h15. On ne la retrouve plus…

 

Rekishi Yume: Chapitre 3

Chapitre 3 : Une rencontre pas tout à fait normale…

 

C’était un dimanche après-midi. Yume avait décidé de rester à la maison. Sa tante n’était pas là et ne rentrerait que le soir.

- Je dois aller à un mariage. Lui avait dit Akira. Je sais que tu ne veux pas venir et que tu veux rester à la maison. Alors ne mange pas n’importe quoi !

Elle fit ses devoirs et rattrapa les cours pour Naomi.

L’incident au gymnase avait beaucoup effrayé les élèves et fut le sujet de toutes les conversations. De nombreuses heures de sports furent annulées, faisant ainsi la joie des lycéens. Beaucoup de personnes de la ville rendaient visite à Naomi, toujours inconsciente. Les amis de celle-ci lui préparaient des petits cadeaux en attendant son rétablissement. Ceci se passait dans une ambiance assez joyeuse :

- Je vais lui préparer des petites pâtisseries ! avait décidé Kenji.

-Pour quoi faire ? Pour l’empoisonner ?

-La ferme, clown de MacDo ! Je suis très bon cuisinier !

-Tu es bête ou tu le fais exprès ? On ne s’est pas quand elle va se réveiller et peut-être que d’ici là, ils vont pourrir tes gâteaux, andouille !! lui rappela Eri. Pour ma part je vais lui fabriquer de jolis origamis.

-Je te rappelle que tu n’es pas du tout douée en travaux manuels.

-Heu…Hiro…ce n’est pas très gentil de dire ça…

-Ouais ! Tu as raison Kaori ! S’était énervée Eri.

Après le petit discours que leur avait fait Yume à l’hôpital, ‘’Yujo’’ allait vraiment mieux. Tout le monde était impatient du réveil de Naomi.

Le soleil allait bientôt se coucher. Yume termina ses devoirs et, comme sa tante n’était pas encore rentrée, elle décida d’aller profiter du soleil dehors.

Elle mit les écouteurs dans ses oreilles ainsi que sa musique préférée, le morceau ‘’Samurai Heart’’ de Spyair. Le côté rock de cette chanson avait tendance à la transporter dans un autre monde, disait-elle.

Elle s’habilla ensuite rapidement, mit ses converses noires et sortit.

Il faisait frais et le ciel commençait à prendre une couleur crépuscule. La musique rendait le paysage plus vivant. Les cheveux détachés de Yume volaient grâce à la fraicheur du vent.

Elle allait se perdre totalement dans les mélodies de sa chanson, lorsque tout à coup, elle vit au fond d’une étroite rue sombre une petite silhouette entourée par cinq colosses.

- Ben alors, petit, t’as perdu ta langue ? dit l’un d’eux d’un ton agressif. On t’a demandé ce que tu foutais là !

-Eh ! Je te parie qu’il est mort de peur et qu’il doit penser à sa maman ! s’exclama un autre. Pas vrai gamin ? Mais réponds bon sang !

Malgré les menaces des agresseurs, la personne ne bougea pas.

Yume enleva ses écouteurs et s’approcha d’une cachette. Elle put remarquer  que cette personne était un jeune garçon.

- Mais pourquoi il ne se défend pas ? S’énerva Yume, en chuchotant tout de même pour ne pas attirer l’attention des agresseurs sur elle, pour le moment. Il a peut-être besoin d’aide.

Mais il n’y avait personne aux alentours. Donc personne ici n’était en mesure de le secourir…à part elle.

« Je n’ai ni d’épée, ni d’arc à ma disposition…j’espère pouvoir compter sur les techniques de karaté qu’Eri m’a apprise… »

Elle décida alors de prendre son courage à deux mains, sortit de derrière le tonneau de vin d’où elle s’était cachée et cria d’une voix à moitié tremblante :

- H…hé vous là ! Arrêtez de l’embêter !

Les colosses se retournèrent aussitôt vers elle. La jeune fille s’aperçut qu’ils avaient tous des nez en trompette et des lèvres épaisses.

Ils étaient mal rasés, hirsutes et avait une mine hostile.

Autrement dit, ils étaient tous la laideur incarnée.

Yume voulut dire ce qu’elle pensait d’eux, mais se retint à la dernière minute.

Du côté du jeune garçon,  rien n’avait changé. Il était toujours immobile. Il ne se retourna pas pour voir ce qui se passait. Yume sentit la honte envahir son cœur. Elle s’était montrée pour le porter secours et lui semblait se moquer de sa présence et de son acte de courage ! Les agresseurs la fixaient avec un regard vide.  L’un d’eux prit la parole d’un ton moqueur :

-Hein ? Qui es-tu toi ? Qu’est-ce que tu veux nous faire, gamine ? C’est ton petit copain ce minus ?

La jeune fille ne put s’empêcher de rougir. On ne lui avait jamais adressé la parole en utilisant ‘’ton petit copain’’. Mais elle savait que ce n’était pas le moment de se sentir gêner ou autre. Elle se frappa mentalement, à la fois pour se punir de sa ridiculité et se donner du courage, et leur répondit d’une voix si sure qu’elle se surprit elle-même :

-  Qui je suis ? Pff ! A quoi ça vous servirait de savoir ça. Je vous dis juste de le laisser tranquille, c’est tout ! Sinon, je vous assure que ça va être votre fête !

Silence. Puis les colosses s’esclaffèrent d’un coup et la confiance de la jeune fille retomba d’un coup.

- Bwahahaha !!! Qu-quoi ?!! Nous faire la fête ?! Bwahahaha !!! Mais vas-y, essaye gamine !  Ha haha !!!

Yume devint encore plus embarrassée. Elle connaissait déjà l’issue de cette journée si elle se battait avec eux : des jours à l’hôpital, peut-être aux côtés de Naomi.

Elle reporta de nouveau son attention sur le garçon. Il ne remuait toujours aucun muscle de son corps, malgré l’agitation. Mais Yume put s’apercevoir qu’un sourire amusé, probablement narquois aussi, s’était dessiné sur ses lèvres.

-Eh toi là ! L’appela-t-elle alors agacée au plus haut point. Pourquoi es-tu toujours figé sur place ? Viens me donner un coup de main, je suis venue t’aider mais je ne vais pas pouvoir les mettre une pâtée à moi toute seule ! C’est pas une fille qui doit défendre toute seule un mec, tu le sais ça ?

Le garçon se retourna enfin. Il la fixa d’un regard vague et mystérieux. Yume put constater à quel point son visage était joli : ses grands yeux gris et luisants semblaient pouvoir percer les tréfonds de l’âme d’autrui ; ses cheveux coiffés en pique étaient d’un bleu aussi clair que l’océan. Les traits de son visage et ses lèvres étaient délicats, avec un teint blanc. Il semblait avoir à peu près le même âge que Yume.

Elle le contempla, bouche bée, sans en comprendre la raison. Peut-être à cause de ce physique qui était tout sauf ordinaire ? Mais elle pouvait être sure d’une chose. Une impression glaciale, au sens propre, émanait de cet étrange inconnu. Même son physique l’était, glacial. A présent, elle se dit qu’elle s’était trompée. Le garçon n’avait aucunement l’attitude d’une victime. Pendant un bref instant, elle pensa même que les colosses, eux, étaient en danger face à lui.

« C’est stupide…c’est encore qu’un gamin… »Songea-elle, même si elle n’arrivait pas à être convaincue de sa réflexion.

Lui commença alors enfin à parler d’une voix mature, le sourire toujours présent :

- Qui es-tu ? Je ne me souviens pas de t’avoir demandé de venir, étrangère.

Elle resta stupéfaite. Aucun mot ne put sortir de sa bouche grande ouverte.  Au lieu de s’excuser d’être resté figé ainsi, de la remercier, ou bien tout simplement de la parler poliment, il venait de dire une phrase synonyme de ‘’Dégage, j’ai pas besoin de toi. ‘’

De plus, c’était la deuxième fois que l’on le disait ‘’ Qui es-tu ?’’, comme si elle venait d’une autre planète.

Les cinq autres éclatèrent de rire encore plus fort que tout à l’heure.

-  Hahaha !! C’est…c’est méchant…Hahaha !! C’est méchant de dire ça à sa petite copine !

-Qui ? Elle ? demanda-t-il en montrant du doigt Yume comme si elle était un insecte insignifiant. Je ne la connais pas de tout. Elle est juste sortie de nulle part pour… pas grand-chose en fait.

La jeune fille, ne pouvant retenir sa colère, la laissa éclater.

- Non mais tu te prends pour qui ?!! Je suis là pour t’aider à sortir de ce pétrin, et toi tu ne trouves pas  mieux que te moquer de moi ! La politesse, ça t’écorcherait la bouche, espèce de grossier ?! Excuses-toi tout de suite, sale malpoli !

-Quoi ? Ce n’est pas à moi de m’excuser mais plutôt  à toi. Répondit-il, impassible.

-Mais qu’est-ce que tu racontes ?

-Eh bien, c’est toi qui est venue de ton plein gré ici pour soi-disant ‘’me sauver’’. De plus, qui t’a dit que j’étais dans une mauvaise posture ? Je peux très bien me débarrasser facilement de cinq maudits gorilles puants. Et toi, tu es venue me déranger, ce qui ne me fait pas vraiment plaisir.

Avant qu’elle ne puisse protester, les hommes, qui avaient soudainement cessé de rire, réagirent avant elle.

- Eh le minus ! Qui est-ce que tu traites de maudits gorilles puants ?

-Vous, évidemment, qui d’autre sinon ? répondit-il, un sourire provoquant sur ses lèvres.

Sur ce point, Yume fut d’accord avec lui. Elle laissa même échapper un rire discret.

-Rhaa, sale gosse tu vas voir ! Crièrent en chœur les ‘’gorilles’’.

Sur ces mots, ils bondirent tous en même temps sur le jeune garçon. Mais ce dernier les esquiva tous en s’écartant d’un pas seulement. Ils tombèrent tous par terre, les uns sur les autres. Tous se passe en une fraction de seconde. Le garçon eut un sourire malicieux et donna un grand coup de pied avec une force inhumaine, sur chacun d’eux, les faisant projeter sur un mur. Ils perdirent connaissance sous cette violence impressionnante.

Yume fut si étonnée par le spectacle qu’elle ne put en dire mot. Jamais elle n’avait vu un aussi jeune garçon battre cinq grands colosses à lui tout seul, excepté dans les jeux vidéo. Avec de simples coups de pied, en plus… Elle réussit tout de même à balbutier quelques mots, les yeux ronds :

« T…tu…comment…

-Comment quoi ? Je t’avais bien dit que je pouvais me débrouiller tout seul non ?

-Heu…mais…qu…qui es-tu ? De quel lycée tu viens ? Et puis comment tu as fait ça ? C’est impensable ! demanda-t-elle, interloquée.

-… Je ne vois pas en quoi c’est important de savoir qui je suis.

- Réponds-moi ! Insista-elle.

- Bon, si tu y tiens. Mon nom, c’est Shiro.  Shiro Hisagi. 16 ans, enfin je crois, lycée heu… je ne sais plus trop, je suis assez costaud pour battre des gros singes comme tu as pu le voir, j’aime le steak et je déteste le chocolat. Voilà.

-Je ne te demandais pas autant de dét…Attends, tu n’aimes pas le chocolat ?!! Tu n’es pas un gars normal toi.

-C’est vrai. Et puisqu’on en est là, tu peux me dire qui tu es toi aussi.

-Si tu veux. Yume Haruno, 15 ans et j’en suis sure, lycée Nagashima, j’adore les jeux vidéo,  je déteste tout ce qui est gluant et en ce moment, je me demande pourquoi je me présente ainsi à un inconnu.

Soudain, Yume remarqua que Shiro avait changé d’expression. Il avait maintenant un air plutôt surpris, ce qui était inattendu de sa part.

- Heu qu’est-ce qui t’arrives ? la demanda-elle.

-Tu…t’appelles Yume Haruno ?

-Oui pourquoi ? Il y a quelque chose d’étrange dans mon nom ?

Mais Shiro reprit lentement son air narquois habituel.

- Non, rien. Il faut juste que je te prévienne que l’on a de grandes chances de se revoir. Enfin, j’espère que ça n’arrivera pas. D’ici là, essaye de t’habituer à la nouvelle vie qui se présentera à toi.

-Hein ? De quoi tu parles ? Je ne te suis pas là, tu peux parler japonais ?

-Mmm… Tu verras plus tard. Bon, je te laisse, à plus.

Et il courut à une vitesse tellement rapide que Yume n’eut pas le temps de le retenir. ‘’Se revoir’’, ‘’ nouvelle vie ‘’… Quel garçon excentrique ! Une force surhumaine, une attitude mystérieuse, une rapidité hors du commun…elle avait rencontré le Superman du Japon !

Elle chassa ses idées de son esprit. Néanmoins, elle savait parfaitement qu’elle ne pourrait oublier facilement ce garçon, Shiro. Hormis la silhouette noire, elle n’avait jamais rencontré de personne aussi anormal que lui.

Elle remarqua que le soleil était couché et que sa tante devait surement être rentrée. ‘’Mince’’. Elle courut aussi vite qu’elle put jusqu’à chez elle.

***

Pendant ce temps, Shiro fut de retour ‘’chez lui’’. Ses pensées étaient toujours occupées par la jeune lycéenne. Un homme d’une cinquantaine d’années vint le voir :

- Eh bien, pourquoi un sourire aussi énigmatique sur tes lèvres mon cher neveu ?

-J’ai rencontré cette fameuse Yume aujourd’hui.

-Ah c’est vrai ? Mais c’est super ! S’exclama l’homme. Comment est-elle ?

-…Je dirais une fille plutôt banale à première vue, mais je pense qu’en vérité, elle est beaucoup plus interessante.

-Oh ! Mais tu es tombé amoureux c’est génial !

-Qu’est-ce que tu racontes, vieux crouton ? Je ne disais pas dans ce sens-là.

-Oui oui je sais…

Le vieil homme repartit dans sa chambre à coucher.

Peu après,  on put entendre Shiro murmurer quelques mots :

- Pauvre Yume…Je me demande quel sort te réservera l’avenir…

Il se rendit à son tour dans sa chambre,  refermit la porte et éteignit la lumière pour s’endormir le plus rapidement possible, laissant derrière lui un monde plongé dans l’obscurité…

Rekishi Yume: Chapitre 2

Chapitre 2 : En attendant le réveil de notre amie…

Une semaine était passée depuis l’accident et Naomi baignait toujours dans l’inconscience, à l’hôpital, sans la moindre amélioration de son état.

-Elle avait surement dû recevoir un très grand morceau de toit sur la tête qui l’a fait perdre connaissance, pensèrent les policiers.

Mais les médecins n’étaient pas de cet avis. Rien de ses blessures ne justifiait l’hypothèse des policiers. Peut-être un choc à cause de petits bouts de bois du toit mais pas un immense. A part cela, on ne put expliquer les plaies de la jeune victime. C’étaient des écorchures récentes qui avait, même aujourd’hui, avait conservé la couleur du sang et des sutures aux lèvres. C’était évident que ces coupures n’étaient pas faites à cause du bois.

Yume et ses amis demeuraient dans le tourment. Ils savaient que leur amie ne resterait pas aussi longtemps dans le coma, sans un petit signe de vie, seulement à cause de bouts de bois. Aussi, elle avait plutôt la tête solide. Et puis, le toit ne pouvait pas s’effondrer tout seul puisque de grands charpentiers l’avaient reconstruit.

Mais bien sûr, ce qui était le plus intriguant pour Yume, c’était la silhouette noire qui lui était familière. Elle était sure que ce n’était pas le fruit de son imagination. Cela aurait pu être n’importe qui. Mais ce sentiment d’effroi intense qu’elle avait ressenti…Il n’y avait pas de doutes : c’était le même coupable que celui qui avait causé l’accident de ses parents…

Yume sentit la rage envahir son cœur et son esprit. Elle avait enfin trouvé une vie joyeuse, avec un entourage chaleureux…Pourquoi était-il réapparu ? De plus, qui voudrait faire du mal à Naomi ? Pratiquement toute la ville l’adorait pour sa gentillesse et sa joie envoyées à tout le monde ! Une personne jalouse d’elle, au point de la blesser gravement ? Et la silhouette noire ? Avait-elle fait exprès de s’en prendre aux proches de Yume ? Ou était-ce une coïncidence ? Qui était-elle en réalité ? Un criminel en évasion ? Un psychopathe en liberté ? Quelles étaient ses véritables intentions ? En avait-elle au moins ?

Tellement de questions se bousculaient dans sa tête sans aucune réponse pour venir les éclaircir.

 

C’était un samedi après-midi et Yume et ses amis étaient assis dans la chambre d’hôpital de leur amie. Celle-ci semblait dormir paisiblement mais on ne pouvait savoir ce qui se passait dans son esprit. Sa peau était pâle, ses cheveux détachés dépassait le bord de son lit et son corps ne bougeait pas, immobile comme celui d’un cadavre.

Personne ne parlait. La tristesse et l’angoisse dominaient la pièce. Le silence était lourd à supporter. ‘’Yujo’’ n’avait jamais été aussi calme. On entendait juste leurs respirations.

Enfin, Kyo murmura quelques mots :

-Naomi était vraiment sympa…

-Comment ça ‘’était’’ ? S’étonna Hiro sans quitter des yeux ses genoux. Je te rappelle qu’elle est toujours vivante ! Ne l’enterre pas trop vite, s’il te plait.

-…, fit Kyo.

-Ben alors le clown, tu ne répliques pas ? Intervint Kenji d’une voix surprise mais basse. C’est pourtant pas ton genre de rester calme.

-Tu penses vraiment que je peux faire le guignol maintenant ? Tu as vu dans quel état est Naomi ? C’est nul de faire des blagues quand il n’y a pas elle, consciente, pour la voir rire…

-Peuh ! On dirait que tu es vraiment amoureux d’elle…lâcha soudain Eri.

-Que…quoi ?! S’exclama Kyo en bondissant de sa chaise, le visage rouge. Qu’est-ce qui te prends de dire ça tout à coup ?

-Pour rien…juste comme ça…

- C’est vrai que Naomi sourie toujours. Je ne l’ai jamais vu se plaindre ou s’énerver… se rappela Kaori, le visage triste caché derrière ses cheveux bruns…

-Tu as raison…  Murmura Kenji, les yeux sombres.

Le silence reprit aussitôt. Ayant eu marre de ce dernier, Yume décida d’intervenir, mais si précipitamment que ses amis sursautèrent :

-Bon arrêtez de faire ses têtes d’enterrements ! J’aurai jamais cru qu’un jour, vous aurez une conversation aussi déprimante ! Ce n’est pas comme si elle était déjà dans l’au-delà !

-Oui mais…commença Kyo.

-Ecoute-moi Kyo ! L’arrêta Yume d’un ton sec. C’est surtout toi qui me surprends avec ta face de mort ! Les clowns ne sont normalement pas aussi déprimés !  Bref, comme vous l’aviez dit, Naomi garde toujours le sourire dans n’importe quel moment critique ! Tout le monde sait qu’elle va le garder lorsqu’elle sera réveillée ! Mais pour l’instant, on va faire comme elle, on ne va pas sombrer dans une grande dépression pour si peu ! On va continuer à  sourire et je suis sure que ça l’aidera à vite guérir ! Bon, je vais aller chercher des sodas. Quand je serai revenue, je ne voudrais plus voir ces expressions de zombies sur vos têtes d’abrutis ok ? »

Sans attendre de réponses, Yume sortit de la chambre et se rendit devant le distributeur de boissons, vers l’accueil. Pourquoi avait-elle dit tout ça ? Elle-même n’arrivait pas à sourire. Elle s’était juste emportée sous le coup de l’émotion.

Elle prit 2 Cocas pour Kenji et Eri, 3 Fantas pour Kyo, Kaori et Hiro et une bouteille d’eau pour elle.

Lorsqu’elle allait retourner dans la chambre, elle vit un homme qui ne lui était pas inconnu, assis sur une chaise à l’accueil. C’était le père de Naomi, Mitsuru Tsukamoto. Il était blond avec les mêmes yeux verts que sa fille qui étaient cachés derrière des verres de lunette rouges. Sa chemise décontractée était blanche et son pantalon noir. Il travaillait comme professeur de Sciences, dans un autre lycée.

Yume s’approcha de lui lentement. Il ne la remarqua pas. Il semblait perdu dans ses pensées. La jeune fille décida de l’appeler, mais doucement :

- Excusez-moi…monsieur Tsukamoto…

Il ne réagit pas. Elle l’appela une seconde fois mais un peu plus fortement. Cette fois-ci, l’homme tourna la tête vers elle et s’exclama d’un ton enthousiaste, un sourire aimable aux lèvres :

-Ah, bonjour Yume ! Comment vas-tu ?

-Bien, merci monsieur répondit-elle le plus poliment possible. Mais pourquoi restez-vous ici ?

-Oh, comme j’ai vu que toi et tes amis étiez déjà dans la chambre de Naomi, je ne voulais pas vous déranger.

-Merci beaucoup de votre attention mais ce n’était pas la peine d’attendre.

-Si tu le dis…affirma Mitsuru. Tu sais, je suis vraiment content que ma fille s’est faite des amis aussi gentils. Elle me parle très souvent de vous.

-Vous savez, c’est normal que l’on soit comme ça avec Naomi. Elle est tellement attentionnée et si joyeuse qu’on ne peut que l’adorer !

-Tu as raison. Elle ne mérite vraiment pas cet accident…

Son téléphone sonna.

-Ah, excuse-moi Yume. Dit-il

Il alla répondre à l’appel en s’éloignant de la jeune fille.

‘’Accident’’…ce mot résonna dans la tête de Yume et la fit directement penser à la silhouette noire. Mais elle enleva tout de suite cette maudite pensée. Ce n’était vraiment pas le moment opportun pour penser à ce genre de choses…Du moins elle voulait éviter le plus possible d’y songer.

Elle vit Mitsuru discuter au téléphone mais il était tourné de dos, ce qui empêcha à Yume de voir son visage. Il raccrocha puis poussa un long soupir, ressemblant à celui de la fatigue. Il se retourna vers la lycéenne et lui sourit en le disant :

-Excuse-moi, je dois te laisser. Une petite affaire à régler. Merci à toi et à tes amis de t’occuper aussi bien Naomi.

-Ce n’est rien monsieur. Et rassurez-vous. Je suis sure qu’elle se réveillera bientôt.

-…Oui je l’espère de tout mon cœur. Merci Yume. Je reviendrai ce soir, dès que j’aurai du temps. A bientôt !

-Au revoir monsieur.

Elle le regarda s’éloigner. Son corps était droit et sa démarche sur.

Elle rejoignit la chambre de son amie. Lorsqu’elle entra dans la pièce, ses amis étaient en train de parler vivement et gaiement.

-Ah ! Et bien te voilà enfin ! On commençait vraiment à avoir soif ! déclara Eri joyeusement.

-Heu…qu’est-ce qui vous arrive ? demanda Yume.

-Ben on fait comme tu as dit. On garde le sourire ! Répondit Kyo avec un sourire rayonnant.  Il faut que l’on soit joyeux pour qu’un bon présage se réalise pour Naomi !

-Ouais ! Et au fait, maintenant que j’y pense, qu’est-ce qui t’a pris de nous traiter d’abrutis ? Réagit Kenji.

-Parce que c’est vrai !  Dit Yume avec un éclat de rire.

Mitsuru avait raison. Sa fille était entourée d’excellents amis.

Une infirmière entra plusieurs fois dans la chambre pour demander un peu de silence.

Le soir arriva. Ils rentrèrent chez eux et croisèrent en même temps M. Tsukamoto. Une courte discussion s’entreprit entre eux et ils se quittèrent.

Mitsuru vint dans la chambre de sa fille. Assis devant le lit de celle-ci, son visage était marqué par un sentiment de rage et murmura en serrant ses dents :

- Maudit Darkar…

 

Rekishi Yume: Chapitre 1

Première partie: Une lumière sous une ombre funeste…

Chapitre 1 : Une journée banale…enfin presque…

         << Ah là là !! Qu’est-ce que je m’en lasse du lycée ! Dès la première année en plus ! La vie est tellement normale qu’elle en devient ennuyeuse ! Je voudrais qu’il se passe quelque chose d’enfin intéressant, comme dans les jeux vidéo ou les mangas !!>>

Voilà ce que se disait Yume Haruno depuis plus d’un mois, à presque tous  les matins d’école en se réveillant. Pourtant, ce jour-là, ces mots ne purent se formuler dans ses pensées.

<< Je crois que je change un peu…même si je ne vais pas me mettre à aimer le lycée. >>

Elle s’apprêta à se rendormir dans son lit douillet aux motifs de fleurs de cerisiers, lorsque la voix énergique de sa tante la réveilla complètement :

-Yume ! Dépêche-toi ! Tu vas encore être en retard !

-Ouais ouais…J’arrive ! répondit-elle entre deux bâillements.

La journée ne devait pas être nuageuse. La météo avait annoncé de la chaleur et une présence dominante du soleil. Yume mit son uniforme de printemps-été du lycée. Il était composé d’un T-Shirt dont le col, formant un léger V, était bleu foncé, le nœud papillon et les mini collants de la même couleur, une jupe blanche et des chaussures noires. Elle remonta ses longs cheveux lisses en queue de cheval, laissant échapper quelques mèches qui lui tombèrent sur le visage et qu’elle remit derrière ses oreilles. Ses cheveux étaient d’un rouge foncé surpassant le pourpre et lui arrivaient jusqu’aux hanches. Ils étaient très précieux pour elle car, grâce à eux, elle ressemblait à une grande guerrière d’un de ses  jeux vidéo préférés. Sa mère lui avait souvent fait la remarque qu’elle avait plutôt l’air d’une rebelle, tandis que son père trouvait qu’ils lui allaient très bien.

Malheureusement, elle ne pourrait plus entendre ses parents la dire quoi que ce soit. Le jour de ses 8 ans, un horrible accident de voiture s’était produit à cause d’une mystérieuse silhouette enveloppée dans une longue cape noire, recouvrant tout son visage.

Yume avait survécu à ce drame mais celui-ci avait enlevé la vie de ses parents. Depuis, la jeune fille vit avec sa tante, Akira, du côté de son père.

7 ans étaient passés après cette catastrophe et Yume avait une vie normale, avec des amis auxquels elle tenait beaucoup. Mais, depuis que les policiers qui enquêtaient sur l’accident ne l’avaient pas cru lorsqu’elle leur avait raconté la présence de la silhouette noire, elle n’en avait plus parlé à qui que ce soit. A quoi cela aurait pu servir, de toute façon… Elle-même se disait parfois qu’il s’agissait peut-être de son imagination, mais le souvenir clair et précis qui la hantait prouvait qu’elle avait raison.

Elle sortit de sa chambre, descendit les escaliers, puis alla dans la salle à manger qui baignait dans la lumière provoquée par les rayons de soleil, et salua sa tante.

Cette dernière était une femme qui allait sur ses 32 ans et d’une grande beauté : ses yeux vifs et bleus comme ceux de Yume semblaient nager dans un océan de douceur, ses courts cheveux bruns ondulés encadrant une frange lisse brillaient à la clarté du jour. Sa petite robe rose arrivant jusqu’à ses genoux donnait l’impression qu’elle rajeunissait. Sa gentillesse et sa splendeur avaient touché le cœur de nombreux hommes bien qu’elle fût toujours célibataire. Elle travaillait dans une entreprise d’informatique et vivait à Tokyo dans une modeste mais charmante maison.

 Les murs de celle-ci étaient voilés de papiers peints de couleur crépuscule, la petite cuisine décorée par des images de fruits et de sucreries était dans la même pièce que la salle à manger. Le jardin était empli de toutes sortes de fleurs : des roses, des violettes, des jonquilles mais aussi des narcisses qui étaient ses préférés.

- Prends une ou deux tartines et file à l’école ! fit Akira d’une voix pressée. Je n’ai pas envie que tu arrives une fois de plus en retard.

-C’est bon, répliqua Yume en levant les yeux au ciel. Si ça arrive seulement de temps en temps, ce n’est pas dramatique !

-Souviens-toi que les profs ne sont pas stupides, ils remarqueront ton…

-Ne t’inquiète pas…la coupa sa nièce en se préparant un bol de céréales.

Après avoir fini de manger, Yume mit sa tenue de sport dans son sac, embrassa sa tante et partit en direction de son lycée, à pied.

Le vent était assez frais apaisant ainsi la chaleur et faisant voler ses mèches rouges. Le ciel était d’un bleu éclatant et ne laissait apparaître aucun nuage. Yume le contempla et se perdit lentement dans ses pensées. Elle se souvint quand ses parents et elle pique-niquaient au bord d’un lac, sur l’herbe, sous la même atmosphère paisible.

Le chemin qu’elle empruntait pour au lycée Nagashima n’était pas souvent emprunté par les autres car il était assez ardu, à cause du gravier et des grosses pierres qui rendait la marche inconfortable. Les arbres qui bordaient la route des deux côtés étaient assez grands pour cacher la moitié des lueurs envoyées par le soleil. A sa droite, un peu plus bas, on pouvait admirer une rivière. Yume aimait écouter le son mélodieux que produisait le bruissement de l’eau. Un soir, elle avait pu voir la lune qui s’y reflétait, donnant ainsi à la rivière une couleur entre le blanc et l’argenté. Cette scène resta gravée dans sa mémoire, tellement elle le trouvait magnifique.

La jeune fille aimait se promener sur ce chemin car elle se sentait protéger par la nature mais aussi libérée des regards autour d’elle.

Lorsqu’elle arriva dans la cour de l’établissement, une voix joyeuse la fit sortir de ses rêveries :

- Yumeee !!! Comment ça va ? 

 Yume pouvait la reconnaitre entre mille. C’était celle de Naomi, sa meilleure amie. Elle était belle comme une rose : c’était une lycéenne menue à la démarche gracieuse qu’enviait Yume. Elle était métisse avec un père américain et une mère japonaise. Elle avait un visage lisse au teint rose, encadré par de longs cheveux blonds coiffés en deux grandes tresses. Ses yeux vifs avaient la couleur de l’émeraude. Son sourire chaleureux qui ne disparaissait pratiquement jamais de son joli minois la rendait encore plus resplendissante. D’ailleurs, elle avait assez de succès auprès des garçons un peu plus âgés qu’elle, mais ne le remarquait pas.

La lycéenne courut vers Yume et s’élança dans ses bras :

-Doucement ! s’écria cette dernière en riant. Tu es vraiment cinglé pour te jeter comme ça ! Imagine si je me serais décalé hein ? J’avoue que le résultat serait assez marrant…

-Haha !! Ne te moque pas trop ! En plus je suis sure que ça n’arrivera pas, sinon je te mets une grosse tarte dans ta figure et tu ne t’en remettrais pas ! Plaisanta Naomi.

 -Pfft ! Vu ta force, même si le mot n’est pas le plus approprié, je ne sentirais rien du tout ! 

Les conversations entre ses deux amies n’étaient jamais sérieuses.

La sonnerie retentit et elles se dirigèrent vers leur salle, la 1-D. Yume salua ses amis, Kaori, Kenji, Kyo, Hiro et Eri.

 Ces derniers s’amusaient beaucoup avec elle et Naomi. A eux sept, ils formaient une bande d’amis assez hétérogène : Kaori était une fille assez timide mais tout de même ouverte à ses proches ; Kenji était un ancien voyou donc difficile à approcher à part pour ses amis ; Kyo était le plus pétulant mais aussi le plus étourdi ; Hiro était le cerveau du groupe et peut-être même de toutes les 1ère années  et Eri était surnommée ‘’la sportive du siècle’’. Quant à Yume et Naomi, l’une était la surdouée des jeux vidéo et l’autre la fashion victim mais aussi la mascotte du groupe car elle était la plus jeune en naissance et la plus petite en taille. Ils s’étaient rencontrés seulement en 3ème  en se retrouvant dans la même classe, mais leur fidélité l’un envers l’autre était insondable et plus solide que l’acier. Leur bande était appelé ‘’Yujo’’.

La première heure de cours fut de français. Comme d’habitude, Mme. Mitani, professeur assez aimable, essayait d’amuser la classe avec des blagues qu’aucun adolescent ne pourrait comprendre,  et n’y arrivait pas. Hiro les prenait tout de même en note, en pensant que cela pourrait lui servir pour l’avenir. Ensuite, l’heure de maths arriva. Kyo faisait le pitre comme toujours et divertissait ainsi la classe. Mais il était à chaque fois renvoyé de la classe, sous la grande peine de ses camarades. A la récréation, la bande d’amis parlait de tout et de rien. C’était souvent des conversations ressemblant à :

  -Tu as vu hier la cascadeur à la télé ? Quand je serai grand je deviendrai comme lui !

-Mais oui ! Je viendrai te voir tous les jours à l’hôpital. 

Ou bien :

-Savez-vous que dans l’exercice 1 p.253, la lettre x représentait le double du quadruple de…

-La ferme, on s’en fout complètement !

Mais toutes leurs discussions étaient constamment entourées de rire joyeux.

La sonnerie résonna et ils rejoignirent le reste de leur classe devant le gymnase de sport. C’était un bâtiment assez vieux d’un seul étage, mais qui était rénové solidement, avant la rentrée. Il composait maintenant deux étages avec plusieurs salles de sport, des dojos et des vestiaires séparés.

La 1-D utilisait une salle de sport du premier étage. Ils allèrent se changer dans les vestiaires, ce qui permettait aux élèves les plus perturbants comme Kyo ou Kenji de provoquer des agitations. Mais cela ne durait pas longtemps à cause de la crainte qu’ils avaient envers le professeur de sport. Ce dernier s’appelait M. Ashikawa et était un instituteur au crâne chauve et avec une taille de géant qui aidait beaucoup les élèves en difficulté. Ce qui ne l’empêchait pas d’être assez sévère. Les élèves le rejoignirent dans la salle.

C’était le contrôle de basket. Evidemment, tout le monde pensa qu’Eri aurait la meilleure note. Yume, elle, était assez mauvaise dans ce domaine. Elle avait l’habitude d’obtenir des notes plutôt basses en sport. Heureusement, elle avait de l’endurance pour les courses.

Pour l’évaluation, la classe se divisa en 4 équipes de cinq personnes. Kyo, Eri, Kaori et Naomi furent ensemble avec un autre garçon  et Yume, Hiro et Kenji avec deux autres filles dans une autre équipe.

-Ah ! Ah ! Avec Eri dans notre équipe, c’est gagné d’avance ! Se réjouit un joueur dans l’équipe de la jeune sportive.

-Ne crie pas victoire trop vite ! Nous, on a Hiro, l’intello du lycée ! Se défendit un autre.

-Eh ! Ce n’est pas parce qu’il a de supers notes qu’il est le plus intelligent de tout l’école !

-Arrêtez-vous deux ! Intervint M. Ashikawa d’une voix forte. Enfin sauf si vous voulez un bon gros zéro et dire bonjour au banc ! 

Les deux galopins se turent.

Le professeur revint sur le terrain, un ballon de basket dans ses mains.

Deux équipes d’aucuns membres de ‘’Yujo’’ y  allèrent aussi. Ils se séparèrent en deux camps.

- Attention…c’est parti ! S’écria l’arbitre en lançant le ballon et en sifflant pour marquer le début du match.

Les deux autres équipes étaient en attente.

- Dis, Yume, les mèches te tombent souvent sur ton visage, elles ne vont pas te déranger ?demanda Kenji.

-Tu devrais les couper, suggéra Hiro.

- Alors là, pas question ! Répliqua-elle. Vous savez qu’ils sont précieux pour moi. Je ne les couperai que s’ils sont vraiment longs comme…jusqu’aux pieds. Sinon pour rien au monde je m’en débarrasserai.

-Tout ça pour des cheveux…murmura Kenji.

- Je suis d’accord avec toi, Yume. Lança Naomi avec un grand sourire. En plus, c’est quand même rare de voir une chevelure aussi belle et rousse que la tienne.

-Merci, Naomi. Fit la jeune fille. 

Ils regardèrent un peu le match mais d’un air peu intéressé.

- Rhaa !! Pourquoi ce n’est pas nous qui jouons en premier ! Bouda Kyo. Je suis super impatient de mettre une raclée à ce voyou !

-Tu rêves un peu trop, mon gars ! Protesta Kenji. Figure-toi qu’autrefois, on m’appelait ‘’le gorille du basket’’ !

-N’importe quoi ! remarqua Eri. Je te connais depuis toute petite et jamais on ne t’a donné ce surnom débile !

-Qu’est-ce que tu en sais ! On n’était même pas amis !

-Oui, mais tu te faisais tellement remarqué par les adultes que je commençais à te connaître ! 

-Ouh ! s’exclama Kyo. Ce n’est pas bien de mentir espèce de racaille sans cervelle ! 

-Il n’a pas vraiment menti. Une fois, plusieurs personnes l’avaient traité de gorille…en l’appelant King Kong à cause de ses cris ridicules qu’il poussait quand il se battait.

Tous les trois commencèrent à s’agiter.

- Assez, s’il vous plait ! S’énerva Hiro en remontant ses lunettes. J’ai besoin de concentration pour analyser les techniques de l’adversaire afin de le vaincre facilement en finale !

-Qu’est-ce que tu racontes ? demanda Kyo, surpris. Il faudrait d’abord que tu nous battes et t’y arriveras pas, pas vrai Eri ?

-Bien sûr que non ! répondit-elle fièrement. En plus, tu crois qu’ils ont des techniques ? Tu es vraiment stupide parfois ! 

-Heu…arrêtez, s’il vous plait…chuchota Kaori d’une voix timide. Le professeur va nous punir.

-T’inquiètes pas, Kaori, la rassura Kenji, il est tellement absorbé par le match qu’il ne nous remarquera même pas ! 

Naomi rit de bon cœur avant de déclarer :

-Excusez-moi, puisque M. Ashikawa ne nous regarde pas, je vais en profiter pour aller aux toilettes ! A toute !

-Ok mais fais vite c’est bientôt à nous. L’avertit Yume. 

Un quart d’heure plus tard, les deux équipes en attente allaient jouer et Naomi n’était toujours pas revenue.

- Mais qu’est-ce qu’elle fait ? S’impatienta Kyo. Pour aller aux toilettes, ça ne prend pas aussi longt… 

Il fut interrompu par le retentissement d’un énorme vacarme, suivi d’un cri en direction des toilettes. C’était Naomi. Tous les élèves paniquèrent et firent des braillements incessants. Mais Yume et ses amis coururent pour voir ce qui s’était passé.

Arrivés devant la porte à demi détruite, ils ne crurent pas ce qui était devant leurs yeux. Le spectacle était désastreux : le toit s’était transformé en décombres sur le plancher, laissant apparaître le ciel éclatant. Les portes des toilettes étaient au sol et les robinets cassés faisaient de longues fuites d’eaux.

On pouvait aussi voir une tresse sortir de sous les débris. Le groupe se précipita vers elle et sortit son possesseur de tous les décombres. Naomi était évanouie et du sang coulait le long de son visage sale.

-Eh ! Naomi ! Réveille-toi ! Crièrent désespérément ses amis.

 En vain. M. Ashikawa le prit dans ses bras pour l’emmener à l’infirmerie du lycée, sans se demander ce qu’elle faisait dans les toilettes. Il appela ensuite la principale, l’ambulance et la police. Tous les élèves partirent vers les vestiaires en étant effrayés par l’évènement. ‘’Yujo’’ voulut aller avec Naomi mais fut dissuader par le professeur. Ses membres n’eurent d’autres choix que de rejoindre les autres, mais sans un mot, avec la plus grande inquiétude qui régnait entre eux.

A part Yume.

Celle-ci était restée sur place, devant la porte démolie des toilettes toutes détruites. Sur son visage se dessinait un sentiment effaré bien plus grand que celui de ses amis ou de ses camarades, probablement même que de tout autre humain.

Elle était devenue pâle comme une morte.

Ce qu’elle avait aperçu n’avait duré qu’un bref instant mais cela suffisait pour la terroriser : elle lui avait semblé reconnaître une silhouette vêtue d’une longue cape noire complétée d’une large capuche sur sa tête…s’enfuir avec un sourire des plus cruels sur les lèvres de son visage mystérieux…

Rekishi Yume: Prologue

 

Rekishi Yume

Thème: Mystères, magie

Age conseillé: A partir de 13 ans.

Résumé:

Yume est une jeune fille ayant perdu ses parents dans un mystérieux accident de voiture. Malgré ce traumatisme, elle réussit à profiter pleinement de ses journées, aux côtés de ses amis et sa tante. Pourtant, alors que tout semble passer pour le mieux, un accident va tout basculer, et annoncer le retour de sa plus grande peur… 

 

 

Prologue

          Isa courait à toute vitesse dans la forêt de tous les dangers, Brovard. Quoi qu’il lui arrive, pas question de s’arrêter : elle avait perdu la totalité de ses pouvoirs et était poursuivie par une horrible créature avide de meurtres.

Le sang de la jeune fille coulait le long de son visage et lui troublait la vue. Sa robe de couleur jaunâtre tombait en lambeaux au fur et à mesure de sa course. Ses cheveux, autrefois d’un blond éclatant, avaient maintenant la couleur de la terre poussiéreuse. Ses yeux blancs n’exprimaient rien d’autre qu’une peur intense. La sueur ruisselant sur son front indiquait sa fatigue incommensurable.

La bête, elle, courait avec une espèce de grimace affichant son plaisir à l’idée de jouer avec sa proie. Ses dents acérées faisaient apparaître le sang de ses victimes récentes. Sa peau était recouverte d’une fourrure à écailles aussi tranchantes que des couteaux bien aiguisés. Ses yeux sombres telle que l’obscurité qui régnait dans la forêt, reflétaient la cruauté dont elle s’apprêtait à faire preuve. Elle pourchassait Isa sur ses quatre pattes, poussant des grognements effrayants, dans le but d’exprimer sa faim sauvage.

Devant Isa se trouvait une grosse racine dont les deux extrémités étaient implantées dans le sol boueux. Elle ne la remarqua pas, trébucha et tomba. Ce fut la fin : la créature bondit sur elle et, avant que la princesse ne put laisser échapper un cri  d’effroi, l’avala tout entier de sa énorme bouche visqueuse, puis la déchiqueta entre ses dents, laissant le sang se mélanger à ceux des autres membres du clan neigeux. Après avoir dévoré son dernier repas pour la soirée, il poussa un hurlement de satisfaction, et s’enfonça dans Brovard, entre les arbres inquiétants et la pénombre ténébreuse.

C’était une des grandes menaces de la forêt de tous les dangers, qui était remplie de monstres assoiffés de sang. Un des endroits les plus périlleux de Sunight…




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