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St Valentin 2014

St Valentin 2014 dans Histoire spéciale: St Valentin 2014 manga-2912

Hello à tous! En ce magnifique jour pour certains, et triste pour d’autres, ou bien encore tout à fait banale (comme pour moi), voilà comme promis l’histoire spéciale St Valentin! 

Je ne m’y connais pas beaucoup en l’amour…

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Heum heum, correction tout à fait inutile… bref, donc je n’ai pas l’habitude d’écrire des histoires pleins de romances etc… J’espère qu’elle vous plaira tout de même, qu’elle vous fera passer un moment agréable, célibataire ou pas!

En bonus, je mets à disposition quelques musiques que vous pouvez écouter tout en lisant^^ Il s’agit de chansons dont le rythme enjoué ou tranquille m’a un peu inspiré pour écrire.

ClariS- Click

HoneyWorks feat Chico- Sekai wa koi ni ochiteiru

Azu feat Seamo-Jikan yo tomare

Asami Seto- Akanezora

Hey! Say!- Bon Bon

Rainie Yang-Que yang

Kaoru Amane-Taiyou no Uta

Amazarashi- Kisetsu wa Tsugitsugi shindeiku

Lovely complex-Love Con

Back-on-Wimp

Bonne lecture!

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C’est ça, on s’en souviendra…

 

 

-Aide-moi.

Un ange passa.

Un souffle frais déposa une mèche brune, qui s’était échappée de ma queue de cheval, sur mon nez et se laissa aussitôt glisser le long de ma joue, telle une caresse. Ses cheveux à lui étaient aussi ébouriffés par le vent, ce léger mouvement contrastant avec son regard perçant, mais qui ne laissait rien paraître de ses pensées. Je me voyais refléter dans ses sombres pupilles, les sourcils levés, le nez plissé, la bouche ouverte. Remarquant que j’arborais ainsi une grimace incrédule, il interpréta mal ma réaction et crut bon d’ajouter :

-S’te plaît.

-Euh…c’est pas ce que j’attends.

Il réfléchit un instant.

-Merci d’avance.

-Non plus.

-T’es jolie.

-Toujours pas.

-Je t’offre un bonbon…au choco.

-C’est tentant, mais avant toute récompense, ce serait plus facile si je savais ce que tu veux exactement.

Devant son silence, je dis :

-Des explications.

-Ah, je pensais que ce serait évident.

-J’ai le plaisir de te révéler solennellement que nous ne sommes pas télépathes, pas moi en tout cas.

A ma surprise, il se mit à dandiner d’un pied à l’autre et fixa ses yeux sur le sol goudronneux du trottoir, devant le lycée, une expression furtivement gênée ornant ses traits délicats. J’eus l’impression de l’avoir déjà vu quelque part. Evidemment, c’était sans doute le cas puisqu’il se trouvait dans mon lycée, mais il y avait quelque chose de plus que je n’arrivais pas à attraper… Ma réflexion n’alla pas plus loin. Une poignée de secondes après, il retrouva son air inaccessible.

-J’ai eu le coup de foudre pour ton amie, Becky.

-Becca, rectifiai-je.

-Et j’aimerais que tu m’aides à me rapprocher d’elle.

-Oh…

Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer en voyant son visage fermé et impénétrable, il était assez romantique et déterminé pour demander à une étrangère un service de ce genre. Je ne pus réprimer un sourire.

-Quoi, c’est trop bizarre, t’es pas d’accord ?

-C’est pas ça, t’inquiète. Je suis juste contente que quelqu’un soit aussi intéressé par mon amie, ça va la flatter !

-Qu’on soit bien clair, je ne veux pas qu’elle le sache. Pas maintenant.

-Te fais pas de mourons, je t’aiderai de manière discrète. T’as pas l’air d’un mauvais bougre.

-T’acceptes alors ?

-Bien sûr !

Je m’attendais à ce qu’il saute de joie, ou au moins un sourire, mais il ne fit rien de tel. Sa réaction se résuma à un soupir, de soulagement je suppose, avant de me remercier.

-Juste une question, dis-je, comment tu t’appelles ?

***

 

Ainsi, je fus chargée d’une mission assez amusante. Evidemment, j’avais d’abord appris à le connaître, en commençant par son prénom. Deux jours me suffirent pour être convaincue de la sympathie de Gilles, ce qui me motiva dans ma mission.

Depuis sa rupture il y avait trois mois, Becca s’était plaint du manque d’amour, donc elle ‘’souffrait douloureusement’’. J’estimai alors qu’une nouvelle histoire ne lui ferait pas de mal.

Je comprenais pourquoi Gilles s’était intéressé à Becca. Sa petite taille menue et sa douceur enchantaient bon nombre de personnes. D’ailleurs, j’ignorais par quel miracle deux filles aussi différentes que nous aient réussies à devenir aussi proches. J’étais trop grande pour être qualifiée de mignonne, dépassant même certains garçons de ma classe de première, et trop masculine pour être définie comme gracieuse. Effectivement, je ne pouvais pas vanter mon caractère, euh, dérangé. Je ne possédais pas une once de douceur, que dis-je, de féminité en moi. J’étais pratiquement semblable à ces garçons robustes, fort d’esprit, pratiquant un ‘’Kamate Kamate Ha ! Ha !’’ au réveil (non, rassurez-vous, je ne le faisais pas). Bref, je n’étais même pas une vraie fille.  Pourtant, cela ne me dérangeait pas plus que si on me traitait de travesti… Bon, si un peu, mais sans plus !

Cependant, ce dont j’étais sure, c’était que j’étais prête à aider mon amie, peu importe comment.

Aujourd’hui, après la pause, Gilles devait faire ‘’officiellement’’ connaissance avec Becca. Même si j’étais prête à le soutenir, je ne savais pas comment il allait procéder. Malgré sa gentillesse évidente, il semblait mystérieux par certains moments. Lorsque je l’avais demandé comment et quand avait-il eu le coup de foudre pour Becca, il m’avait offert une réponse assez vague.

-C’était comme ça, il y a quelques temps, je l’ai vu et voilà.

Je l’avais laissé passer car je ne pouvais pas trop douter de lui là-dessus. Je ne connaissais rien en l’amour, c’était à peine si je savais écrire le mot.

L’heure précédant la pause, j’étais si excitée que je ne pouvais m’empêcher de faire des gribouillis dans la marge de mon cahier de maths, ne captant que des brides de phrases incompréhensibles du prof. Je frappais du pied au rythme de la musique de Mulan qui battait mes tympans intérieurement.

‘’Sois plus violent que le cours du torrent…Comme un homme !’’

La sonnerie fit vibrer mon cœur et j’entraînai Becca par le bras à travers le couloir, maitrisant tant bien que mal ma force pour ne pas lui laisser une marque.

-Ralentis, Sasha !

-Faut que je te présente un pote, il est super !

Un enthousiasme d’une telle envergure aurait pu paraître suspecte, mais venant de moi, je savais que cela passait inaperçu. D’après les autres, j’étais toujours ainsi, même pour des détails futiles.

Nous arrivâmes devant le distributeur automatique. Gilles était appuyé contre le mur, discutant avec une fille élancée aux longs cheveux blonds qui ondulaient gracieusement sur son dos. C’était idiot, mais je projetai mon esprit rempli de pensées ténébreuses vers elle, priant pour qu’elle les reçoive.  J’ignorais si cela avait marché, mais je captai leur attention. Je vis alors la mine affligée de la fille.

-Pars maintenant, lui dit Gilles. N’insiste pas, ça ne me saoulera que davantage.

L’intéressée baissa la tête et je sentis une pointe de pitié pour elle. Quand elle s’éloigna, Gilles reporta son attention sur nous. Je voulais lui demander ce qu’il se passait mais une part de moi me disait que ce n’était pas le moment, que la priorité était Becca.

-Salut ! Becca, je te présente Gilles, c’est le pote dont je t’ai parlé, il m’a aidé hier, il est super sympa ! Gilles, j’ai pas besoin de te présenter mon amie.

-Non, je la connais déjà. J’avais déjà remarqué sa beauté dans un couloir.

Wow ! Je fus frappée par la rapidité de Gilles. Becca avait l’air d’avoir apprécié ce compliment assez direct. Elle baissa les yeux avec un sourire timide.

-Merci…

-Eh ben, t’es douée avec les femmes ! M’esclaffai-je. Je vous laisse faire connaissance, je dois, euh, rendre un livre au CDI.

Un bien piètre mensonge, mais qui sembla marcher. Je me disais que les laisser seuls faire connaissance était le meilleur moyen pour les rapprocher le plus rapidement. Au cas où, pour paraitre plus crédible, je restai dans le CDI, à gambader dans tous les rayons comme une petite fille. Visiblement, Gilles savait très bien s’en sortir !

Je croisai dans les BD Florian.

-T’es pas avec Becca ?

-Tu espérais tenter ta chance une fois de plus ?

-Non…non…murmura-il.

Ses joues rosies le rendit encore plus adorable.

-T’en fais pas, pour te requinquer, je t’offrirai un kebab, okay ? Avec Becca bien sûr !

-C’est bon, pas besoin d’essayer de me remonter le moral, je suis pas un bébé !

-Si t’étais un bébé, je t’aurais proposé un biberon. Tant pis pour le kebab, je connaissais un nouveau coin pas cher et trop bon, dis-je en haussant les épaules.

-C’est bon, j’accepte ! C’est où ?

-Sur la place de St. Rafael.

-Eh, mais je connais, c’est pas du tout nouveau !

Je m’éloignai en riant.

***

-Alors, tu penses quoi de lui ?

Je renonçai après les premières minutes du cours d’allemand à écouter le prof déblatérer. Je m’intéressai plutôt à la rencontre entre mes deux potes.

-Il est cool, t’avais raison. Mais je n’ai pas eu le temps de bien connaitre. 15 minutes, c’est un peu speed. Et j’ai l’impression qu’il a pas mal de succès avec les filles.

-Oh bon.

-Il faudrait qu’on organise une sortie avec lui, et un de ses amis pour qu’il sente plus à l’aise, suggéra-elle.

J’étais à deux doigts de bondir de joie. Le plan fonctionnait encore mieux que prévu !

-Oui, le plus tôt possible ! Répondis-je sans masquer mon impatience.

J’avais remarqué que j’étais plus convaincante lorsque j’étais moi-même, aussi devais-je mentir sans masquer mon énergie pour ne pas être suspecte.

A la fin de la journée, en rentrant chez moi, j’appelai Gilles. J’attendis qu’il réponde en admirant le ciel nimbé d’un bleu foncé, presque noir, avec encore quelques couches de couleur de la journée ensoleillée.

-Ouais ?

-Becca a elle-même proposé qu’on fasse une sortie ! Tu lui as fait une super impression, bravo !

-Tant mieux, alors.

-Je suis curieuse de savoir comment tu t’es pris.

Son silence parla pour lui.

-S’il te plait, dis-le moi ! Insistai-je.

-J’ai rien fait de spécial, je suis resté moi-même. J’ai essayé de faire ressortir mes bons côtés.

-Mouais…

De toute façon, durant notre sortie, j’allais surement voir comment il faisait.

-En tout cas, je suis sure que tout va se passer comme sur des pneus !

-Des roulettes.

-Ouais, voilà ! En plus, tu sais t’y prendre avec les filles !

-Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

-T’as du succès auprès d’elle, c’est pas rien ! D’ailleurs, la fille pendant la pause, c’était une de tes admiratrices ? Elle était vachement jolie !

-Qu’elle le soit ou pas, c’est sans importance. Il ne se passait rien de spécial, elle m’a seulement saoulé, je ne l’aime pas si c’est ce que tu veux savoir.

-Eh, je ne t’en demandais pas tant !

-Ouais, désolé, je sais pas qu’est-ce qui m’a pris.

-Pas besoin de te justifier, ce n’est pas parce que tu aimes Becca que tu es interdit de toute discussion avec une autre fille.

-Je sais pas si ça plairait à ton amie si une chose comme ça arrivait fréquemment. Et toi, qu’est-ce que t’en penses ?

-Rhoo, Becca ne va pas être jalouse pour si peu ! En sortant avec toi, elle saura que t’es quelqu’un de fidèle et elle aura confiance en toi ! Et puis, elle t’aimera encore plus en voyant à quel point tu es populaire !

Il y eut un silence.

-Gilles ? T’es mort ?

-C’est ce que tu penses, toi ? Finit-il par demander.

-Hein ? Ben, comme tu me réponds, t’es vivant, alors…

-Non, pas ça.

Je ne savais pas s’il s’agissait seulement d’un bourdonnement de mon oreille, mais je crus entendre une sorte de rire étouffé. Difficile à affirmer cela par téléphone.

-Je te parlais du fait que si ton copain trainait avec des filles, tu ferais quoi.

-Moi ? Euh, c’est une question piège ?

-Où tu vois un piège ?

-Euh, je sais pas, c’est juste que c’est un sujet qui me parait totalement étranger, je ne sais pas trop quoi penser. Bref, on fera la sortie ce week-end, t’es libre ?

-Ouais.

-Parfait, alors rendez-vous samedi, à 14h, devant le parc Rich-je-ne-sais-plus-quoi ! Et si tu veux, invite un pote, Becca pense que tu seras plus à l’aise ! T’es vraiment tombé amoureux de la bonne personne, sale veinard !

-A plus, Sasha.

Il raccrocha.

***

Samedi matin, il était presque 11h lorsque je me levai. Ce fut à ce moment que Becca m’appela.

-Tu penses que je devrais porter quoi ? Une robe ? Une jupe serait trop ?

-Viens normalement, je ne vois pas l’intérêt de chercher un vêtement spécialement pour ça !

-Sash’, on sort avec des garçons, le minimum serait d’être présentable, voire un peu mignonne, tu ne crois pas ?

-Si tu le dis…

Je pouvais facilement deviner que mon amie levait les yeux au ciel.

-De toute façon, je n’ai rien de particulier dans mon placard, seulement des survêts, des jeans et des T-Shirts.

-Prépare-toi à me voir débarquer chez toi.

-Hé ?

-J’arrive dans cinq minutes.

***

En effet, j’eus à peine le temps de me débarbouiller le visage, pendant que la trace de mon oreiller sur ma joue disparaissait, que la sonnerie retentit.

-Bien, alors je t’ai amené quelques habits qui devraient faire l’affaire. Ce qui est sûr, c’est qu’ils seront mieux que…ça, dit-elle en désignant ma penderie comme s’il s’agissait d’ordures.

Elle sortait déjà des robes et des jupes, les éparpillant sur mon lit, faisant apparaitre ainsi mille et une couleurs qui me donnèrent le tournis.

-Becca, c’est vraiment pas la peine, soupirai-je. Et tu sais bien que ça me va pas.

-C’est justement pour ça que j’en ai amené pleins ! Parmi tout ça, il y en aura forcément un qui t’ira !

-Mais ce n’est pas pour moi qu’on sort, c’est pour…

Je me retins de justesse. Je n’allais quand même pas lui avouer que mon intention était qu’elle soit avec Gilles ! Je me creusai les méninges pour trouver un autre argument.

-…pour que tu te rapproches amicalement de Gilles !

-Ça ne t’empêche pas de te conduire comme une fille ! Je vois dans cette sortie l’occasion de te changer un peu !

J’étais consciente de faire une tête bizarre, effarée. C’était comme si on m’annonçait que j’étais enceinte. Mais je savais qu’il ne servirait à rien que j’exprime mon mécontentement. Becca pouvait être aussi butée que moi.

Je me laissai alors entrainer dans son jeu de Barbie habillage. En moins de cinq minutes, j’avais perdu le nombre exact de robes essayés. Je gardais en mémoire un froufrou rose (Bweurgh…), un dentelle rouge, un sans-bretelles noir.

-Bon sang, Sasha, tout ça appartient à ma grande sœur, elle a presque la même silhouette que toi !

-‘’Presque’’, repris-je, c’est peut-être ça le problème. J’ai faim, je vais nous chercher un petit truc.

-Attends, encore un peu.

-Je n’ai pas encore petit-déjeuné, encore un peu et je vais péter un câble !

La bouffe et moi, c’était une grande histoire. Tandis que je fouillais les placards, une brioche dans ma bouche, j’entendis la sonnerie de mon portable à l’étage.

-Becca, c’est qui ? Criai-je.

-Gilles !

J’abandonnai la chasse au trésor pour monter les marches quatre à quatre.

-Wow, t’es rapide.

Je décrochai et entendis un ‘’Salut’’ à peine perceptible.

-Hello ! T’es en train de me sauver, je suis en pleine séance d’essayage avec toutes sortes d’armes redoutables qui m’effritent la peau, je vais pas tarder à succ…

Becca m’arracha le portable des mains.

-Oui, euh ne l’écoute pas, tu dois la connaitre, elle exagère beaucoup.

Elle laissa échapper un sourire.

-Ou, pas de problème. A plus.

Après avoir raccroché, son sourire se perdit sous un masque exténué.

-Sash’, j’ai encore tellement à t’apprendre ! Ne dis pas à un mec que tu te prépares, fais-lui la surprise !

-Je vois pas l’intérêt, mais bon. Qu’est-ce que vous vous disiez ?

-Oh, rien d’important.

Je n’insistai pas dessus, trop préoccupée par mon estomac qui poussait des gémissements de famine. Dans la cuisine, je pris cinq bonnes minutes à tartiner dix tranches de pains avec de la confiture et du Nutella… Ne vous inquiétez pas, je partageais avec Becca, je n’étais pas une si grande morfale ! J’ajoutai trois pommes et deux grands verres de jus d’orange. Il me fallut alors deux autres minutes pour monter les marches, en faisant bien attention de ne pas laisser ma maladresse tout gâcher. Arrivée en haut, j’eus l’impression d’avoir atteint le sommet d’une montagne. Je vis Becca, immobile, les yeux fixés sur le lit, silencieuse.

-T’as eu une révélation ? T’as compris que tout ça ne servait à rien ?

Elle se tourna vers moi, le regard brillant.

-Mets ça !

Les secondes qui suivirent me parurent floues. Je ne vis qu’un tissu noir qui disparut de mon champ de vision, remplacé par un autre bleu, plus doux, qui caressa mon visage. Je mis du temps à comprendre que l’on avait remplacé mon T-Shirt par…une autre robe ? Une autre robe. Elle m’obligea ensuite à remplacer mon pantalon de sport par une paire de collants noirs. Becca réajusta quelques pans de la robe et recula pour m’observer. Je vis un sourire émerveillé, satisfait éclairer son visage. Elle se mit ensuite derrière moi pour détacher mon chignon.

-Hé, tu…

-Laisse-moi faire.

Je la sentis disperser mes cheveux sur mes épaules, et passer un coup de brosse.

Elle embrassa ma chambre d’un regard et s’exclama :

-Bon sang, il faudrait que tu penses à placer un miroir ici !

-Euh, y’en a un dans la chambre de ma sœur.

Elle me prit par le bras pour m’y entrainer. Devant la glace, je vis refléter une personne qui m’était carrément inconnue, mais dont le visage me rappelait quelqu’un. Une cascade brune encadrait don visage interloqué, tombant sur sa silhouette. Cette dernière affichait une robe à manches longues, en tissu de velours bleu, serrée au niveau de sa taille, lui arrivant jusqu’aux genoux. Des sortes d’éclats rouges y étaient représentées, comme des feux d’artifices.

La robe était simple, mais elle lui allait agréablement bien. Je contemplai cette nouvelle créature et murmurai :

-C’est qui ?

-Sasha Bronard, en personne !

Je fis un mouvement avec la main, et le reflet m’imita. J’ignorais si j’étais heureuse de me découvrir ainsi, mais j’étais surtout perplexe. Comme si j’incarnais une nouvelle personne.

Becca sortit de son sac une boîte noire, ce qui me fit sortir de ma torpeur.

-Non, non, ça suffit maintenant !

Mon ami fit une petite moue mais je ne lâchai pas prise.

-Même pas un peu de mascara ?

-Non !

-Bon, d’accord, céda-elle.

Apparemment, je venais de trouver ma tenue pour la sortie. Je me sentais plus que mal à l’aise, j’étais carrément gênée ! Une multitude de questions se frayèrent un chemin, de mon cerveau jusqu’à mes lèvres.

-C’est pas trop bizarre ? C’est trop, non ? Ça va les effrayer ? Ils vont…

-Tu es PARFAITE, Sasha, donc calme-toi ! Contrairement à ce que tu penses, ils vont pas s’enfuir, ils vont plutôt se jeter à tes pieds !

Cette dernière remarque m’horrifia.

-Si c’est comme ça, je me change !

-Hé, je plaisantais ! J’ai un peu exagéré, désolée, je ne pensais pas que ça te déplairait.

-Et toi, tu vas porter quoi ?

-T’inquiète pas, c’est un problème réglé. J’avais surtout peur que tu sortes avec un survêt, une fois de plus.

-Pour tout te dire, je suis plus à l’aise que dans cette robe, j’ai l’impression d’être déguisée…

-C’est normal la première fois, surtout quand tu n’es pas du tout habituée. Bon, une petite pause s’impose !

***

Nous arrivâmes en premières devant le parc. J’avais insisté pour mettre un bandeau sur mes cheveux, afin d’éviter que mes mèches ne me gênent. Mais lorsque je vis les garçons venir, j’aurais tout donné pour cacher mon regard derrière mes cheveux. Je n’arrêtai pas de me tortiller et Becca dut me calmer d’une petite frappe sur la tête. Je fixai mes bottines marrons, que Becca m’avait prêtées, quand j’entendis Gilles.

-Salut. C’est Marc, un pote.

-Coucou, enchantée !

Je murmurai un ‘’Bonjour’’. Les regards insistant que je sentis sur moi m’obligèrent à lever la tête. Pour une raison qui me dépasse, j’évitai de croiser les yeux de Gilles et me concentrai sur Marc, sur ses yeux verts et ses mèches blonds rebelles.

-Je m’appelle Sasha. Et, euh…j’ai 16 ans.

-Haha, merci je m’en doutais !

Je forçai mon esprit à se calmer. Bon sang, quand j’étais gênée, je pouvais dire n’importe quoi ! Becca essaya de détendre l’atmosphère qui était tendue à cause de mon malaise.

-Alors, où pourrait-on aller ?

-J’ai entendu dire qu’il y avait un spectacle de rue, qui promettait d’être super, dit Gilles. Ça vous va ?

-Oui pourquoi pas ? Accepta Becca.

-Et toi, Sasha, t’en penses quoi ?

Je fixai mon regard sur la veste noire de Gilles et acquiesçai.

Je fis en sorte de laisser mes deux amis  marcher devant, Marc et moi restâmes soigneusement en retrait derrière.

-Alors, t’essayes de les caser ensemble, c’est ça ? C’est plutôt sympa de ta part. T’es plutôt jolie toi aussi.

Je me retournai vivement vers lui.

-Jolie ? Haha, mais Becca l’est plus ! Comparée à elle, je ressemble à un cochon, non ?

-Euh…mais non, ne te dévalorise pas tant.

-Désolée, c’est juste que…j’ai pas l’habitude de ce genre de compliments, ni même de porter ce genre d’habits. C’est Becca qui m’a forcée, pour elle je devrais ‘’être plus féminine’’. Etre une fille, c’est déjà assez !

Marc me regarda avec des yeux ronds, et s’esclaffa.

-T’es bizarre, toi, mais je vois à peu près pourquoi il t’apprécie.

-De quoi tu parles ?

-Dis-moi, est-ce que tu aimes quelqu’un ?

-Aimer ? Genre, l’amour ?

Ma question déclencha en lui un nouveau fou rire.

-Oui, ben amoureuse.

-Non, je pense pas. Pourquoi ?

A ce moment-là, Becca nous interpella.

-Hé, les gens, ça vous dirait qu’on achète des crêpes ?

-Ouais !

Je courus les rejoindre, mais cela déclencha une douleur aiguë dans mon pied. Je m’arrêtai subitement, ce qui intrigua mon amie.

-Sash’, ça va ?

-Oui, oui. J’ai trop mangé à midi, c’est tout.

Bon sang, j’aurais dû me préparer à cette éventualité ! Porter des talons était une nouveauté pour moi, pas étonnant que je me fasse mal. Je marchai vers eux, en m’efforçant de ne pas trop boiter.

Le trajet jusqu’au centre-ville me parut interminable. Arrivé là-bas, il y avait plus de monde que prévu. Décidément, ce fameux spectacle devait être grandiose pour attirer une foule pareille. Pour couronner le tout, il n’y avait aucune place où s’asseoir. Nous étions au dernier rang. Pour Marc, Gilles et moi, cela n’était pas un gros problème, notre taille nous permettait d’assister à la représentation. Mais Becca avait du mal.

-Attends, je vais chercher quelque chose qui pourra te permettre d’être en hauteur, proposai-je.

Ignorant la douleur qui s’accentuait à chacun de mes pas, je voulus partir à la recherche mais une main ferme m’agrippa le bras.

-Quoi, Gilles ?

-Marc, essaye de te frayer un chemin avec Becca, le mieux possible.

-Et vous ? Demanda Marc.

-On reste ici.

Il y eut un moment d’hésitation avant qu’ils ne partent. Je ne saisissais pas la situation.

-Euh, mais pourquoi tu la laisses partir ?

Gilles planta son regard d’acier dans le mien. C’était la première fois de la journée que je voyais clairement ses prunelles noires.

-Assieds-toi.

-Hein ?

-Tais-toi et fais ce que je te dis.

Je m’exécutai, un peu perdue. Il m’imita aussitôt et…commença à enlever une de mes bottes.

-Qu…

-C’est ce pied ?

Malgré mon étonnement, je parvins à comprendre ce qu’il disait.

-Ouais… Comment t’as remarqué ?

-C’était aussi évident que le fait que tu te sentes mal dans cette robe.

-Alors les autres aussi…

-Non, je ne pense pas. J’ai juste un talent pour percevoir les changements chez les gens.

-Wow, c’est trop cool !

-Bof, avec toi, faut pas avoir de talents pour te décoder.

Il cessa de masser mon pied pour m’observer, ce qui me déstabilisa. Je détournai les yeux malgré moi.

-Pourquoi t’étais bizarre avec moi ?

-Hein ? Euh, je suis toujours bizarre !

-Tu sais ce que je veux dire. On pouvait même dire que tu m’ignorais.

Sans que je ne le remarque, il s’était approché de moi. Son visage n’était qu’à quelques centimètres du mien, si bien que je pouvais remarquer un début de barbe. Je voyais mon reflet à travers ses yeux d’un gouffre sans fond. Mon cœur s’emballa soudainement, ce qui me fit sursauter. Je m’écartai vivement, essayant d’apaiser mon rythme cardiaque. Ben quoi, c’était la première fois que je voyais un mec de si près !

-Je ne sais pas trop…j’étais juste hyper gênée que tu me découvres dans cet accoutrement et j’avais peut-être peur de voir ta réaction, ou bien de t’effrayer, je voulais pas te dégoûter…

Ses traits se détendirent petit à petit. Je n’entendais plus que le brouhaha des cris et d’une musique festive qui emplissaient l’air.

Les plis de ses lèvres s’élevèrent lentement et un rire s’échappa de lui. De Gilles. Ce rire sembla faire évaporer les voix des autres, comme s’il était la seule mélodie.

-Tu penses à de ces trucs, parfois…

Je vis sa main se lever pour caresser mes cheveux, d’un geste tendre, affectueux.

-Te fais pas de mourons, je te trouve très belle. Magnifique.

Si j’avais l’impression que quelque chose pouvait arrêter le temps, c’était bien son sourire. Avec cette chaleur sur ma tête, rassurante, qui dissipait toutes mes craintes.

Le visage de Becca me vint à l’esprit et je retrouvai aussitôt mes esprits. Non, non, non, une partie de moi me criait que j’étais en train de commettre une gaffe.

-Tu sais, Gilles, tu peux me laisser ici. Va rejoindre Becca.

-Je vais chercher de la glace, j’en ai aperçu pas loin.

-Dis, tu m’as entendu ?

-Ouais, et je préfère ignorer une telle absurdité.

En moins de 10 secondes, il était déjà revenu avec un paquet de glaçons.

-Franchement, quelle idée de mettre des talons… C’est Becca, je parie.

-Oui, mais elle voulait me rendre service !

-Je sais. Mais préviens-là que c’est pas la peine. T’es peut-être jolie comme ça, mais je te préfère normale.

J’eus un petit bug.

-Normale ?

-Enfin, j’ai l’habitude te voir habillée de façon banale, donc te voir comme ça…ajouta-il en détournant les yeux. Et puis, si c’est pour être aussi mal à l’aise, vaut mieux que tu sois en survêt. Même si un petit changement, ça ne fait pas de mal. Enfin bref, tu m’as compris.

-Ouais…je crois.

Le silence entre nous dura le temps qu’il applique les glaçons sur mon pied. Il ne s’agissait pas d’un silence lourd de tension, juste un moment paisible. Malgré la température de mon corps qui s’était légèrement intensifiée. Je frappai de mon pied blessé, et la douleur emplit les moindres recoins de mon esprit. C’était le seul moyen pour que je me calme. Je grinçai des dents pour ne pas éviter d’éclater en sanglots.

-Hé, mais tu fous quoi ?!

-Rien, je m’amuse.

-T’as perdu la tête ! Avec ça, je risque pas de te laisser seule. Tiens, j’ai une idée.

Il me souleva par les aisselles, malgré mes protestations.

-Tu vas avoir mal aux bras, je te préviens !

-On parie ?

J’assistai alors au spectacle, portée par Gilles comme le singe qui porte Simba dans le Roi Lion (ne rigolez pas). Au bout de dix minutes, il ne me lâchait toujours pas, mais je me lassais de la danse des rappeurs. Je le fis savoir.

-Ah bon ? Tu déclares forfait ?

-Non, j’en ai vraiment marre de les voir gigoter de partout !

-Ça tombe bien, moi aussi. Le mec, il a même pas remarqué qu’on voyait son pingouin sur son caleçon.

-Rhoo, arrête il est mignon son pingouin ! S’il l’avait un peu plus exhibé, ça m’intéresserait un peu plus.

-J’ignorais que tu étais une perverse.

-Mais non, je…

-Ça va, arrête de gigoter, c’est de la triche.

-Héhé.

Il me reposa.

-Comme on est en train de crever sur place, ça te dirait qu’on va autre part ?

- Okay, je vais appeler Becca et…

-Laisse-les, ils doivent être en train de s’amuser, sinon ils seraient déjà venus vers nous.

-Mais tu perds une chance inespérée pour te rapprocher de Becca !

-T’inquiètes pas pour ça, j’ai encore du temps. Je suis prêt à tout pour me tirer d’ici, tu me suis ? Y a une salle d’arcade pas loin.

Ces mots firent palpiter mon cœur.

-Oui !!!!

La douleur commença à se dissiper, jusqu’à ce que je puisse marcher normalement.

Je ne pus compter le nombre de jeux que nous jouâmes. Un moment, j’avais perdu au basket d’un panier et réclamé une revanche, qui n’était pas allée en ma faveur. J’aurais voulu continué si Gilles ne m’avait pas défiée sur une table de Air Hockey. Cette fois-ci, je l’avais battu…de peu, mais je l’avais battu quand même !

J’avais ensuite essayé d’attraper le télétubbies avec la machine d’attrapes peluches. J’avais passé la majeure partie du temps à accuser à haute voix la grue de tricherie, ce qui avait déclenché un fou rire chez Gilles. Finalement, il avait réussi à me le prendre au bout de seulement deux essais. Même si je lui étais très reconnaissante, je ne pouvais m’empêcher d’être jalouse.

-Je te surpasserai un jour…

La salle d’arcade avait aussi présenté un karaoké, qui était tout sauf bondé. Je m’y étais précipité, entrainant Gilles qui n’avait pas l’air très enthousiaste. Mais, au bout de quelques minutes, nous étions en train de chanter (ou plutôt de crier) Hakuna Matata, captant l’attention petit à petit l’attention de quelques personnes qui formèrent rapidement une foule autour de nous.

Je voulais enchaîner avec ‘’Heigh Ho’’ des sept nains, mais Gilles m’avait fait signe que trois heures étaient passées et qu’on devait y aller.

Sur le chemin, je sautillais (je m’étais quelque peu habituée aux talons) en chantonnant tout de même la chanson, mon télétubbies rouge serré contre moi.

-Comment tu peux aimer une horreur pareille ? S’intrigua Gilles.

-Comment tu peux dire ça, il est trop mignon ! Pas vrai, Gillot, t’es adorable, hein ?

-Tu lui changes tout de suite de nom, où je le balance dans les égouts la mèche la première.

***

Le soir, je ne pouvais m’empêcher de sourire en repensant à cette journée. Malgré notre petite séparation en groupe de deux, je constatai avec satisfaction que les liens entre Becca et Gilles s’étaient tout de même renforcés.  La mission se déroulait donc sur une bonne voie.

En me voyant débarquer avec Gillot, Marc avait fait une drôle de tête qui pouvait se résumer à :’’ Je ne l’approcherai plus jamais…’’ Je ne pouvais pas lui en vouloir, c’était un miracle que Gilles n’ait pas réagi de la même façon.

D’ailleurs, en rentrant chez moi et en réfléchissant bien,  je pensais qu’il serait du genre à éviter ce genre d’âneries. Trop prise par mon propre enthousiasme, je n’avais pas remarqué son détachement. Jusque-là, j’avais toujours perçu en lui une tension, comme une légère barrière qui le tenait à l’écart de nous, comme s’il voulait maintenir une distance. Et, durant notre sortie à la salle d’arcade, je n’avais plus senti cet obstacle entre nous. Il s’était brisé, comme le masque impénétrable de Gilles, pour faire place à un visage enjoué, épanoui. C’était surement pour ça que je me sentais si bien. Même si j’avais l’habitude de m’amuser, de me faire plaisir, c’était peut-être la première fois que je me sentais si heureuse. J’avais eu l’impression que le monde autour de nous avait disparu, pour ne laisser place qu’à un bonheur que nous deux profitions pleinement.

Je me surpris à sourire béatement à ce souvenir.  La sensation qui m’avait prise, le cœur qui s’était comprimé douloureusement en voyant le visage de Gilles si près me revint soudain à l’esprit. Je ne pouvais pas saisir s’il pouvait s’agir d’un bon ou mauvais instant. Je secouai la tête. Non, ce n’était rien d’autre qu’un sentiment de gêne. C’était normal, après tout, non ?

Le sommeil ne me vint pas tout de suite, et je dus attendre trente bonnes minutes avant de pouvoir m’endormir.

***

 Quelques semaines passèrent. Becca et Gilles se rapprochèrent beaucoup, jusqu’à ce que mon amie fût capable de le taquiner sans craindre d’être malpolie. Durant nos deux sorties, je les avais laissés seuls la plupart du temps, trouvant tant bien que mal un prétexte pour m’éclipser. J’avais aussi remarqué que mes liens avec Gilles s’étaient eux aussi renforcés. Il venait souvent chez moi pour discuter de tout et de rien. J’adorais ces moments passés avec lui et, petit à petit, nous parlions de moins en moins de Becca et lui. J’imaginais que c’était parce qu’il était sur la bonne voie, qu’il n’y avait pas grand-chose à ajouter.

Le 10 février, alors que je posais des manuels dans mon casier, Marc vint vers moi.

-Tiens, tiens, tu daignes enfin me parler ?

-Oh, arrête je ne t’ai jamais évitée ! Quoi de neuf, entre ton amie et Gilles ?

-Il ne t’a rien dit ?  Tout se déroule comme sur des rouleaux !

-Roulettes.

-D’ailleurs, samedi, Gilles va lui offrir une boite de chocos et se déclarer. Rien de tel que la Saint-Valentin pour ça, non ?

-Et toi ? La situation te plaît ?

-Qu’est-ce que tu veux dire ?

-Ça te va, que Becca sorte avec Gilles ? Qu’ils s’aiment, qu’ils soient ensemble ?

-Je pige pas où tu veux en venir.

Il esquissa un sourire qui m’agaça malgré moi.

-Explique-toi ! Ah, t’es tombé amoureux d’elle, toi aussi, alors tu…

-Va pas chercher aussi loin. Tu te rappelles de la question que je t’ai posée, pendant la sortie ?

-Non.

-Fais un effort au moins ! Je te la repose : t’as déjà aimé quelqu’un ?

-Quoi, encore ça ? Je te dis que non.

-Et maintenant ? T’as pas déjà eu le cœur qui battait à 100 à l’heure, les mains moites tellement t’avais chaud, ce genre de sensations ? Hé, ça va ?

Mon esprit avait remonté le temps et je clignai des yeux pour revenir au présent.

-Ouais… Et, euh, non, j’ai jamais ressenti un truc pareil.

Je refermai mon casier, en écoutant distraitement le rire de Marc, signe qu’il n’était pas dupe.

-T’es pas une très bonne menteuse. Alors, c’est qui l’heureux élu ?

- Si on considère que, par le plus pur des hasards, j’ai déjà éprouvé tout ça, c’est pas une preuve que je sois amoureuse.

-Je parie que tu te sens bien avec Gilles.

-Oui, et al…

Je me mordis les lèvres. Marc me regarda avec une lueur triomphante.

Je m’apprêtai à partir mais il me retint.

-Tu devrais être plus honnête avec tes sentiments.

-J’ai pas à le faire, c’est toi qui m’embrouille l’esprit.

***

 -Sasha.

La voix de Gilles dans mon dos me sortit de mes pensées. Je me tournai vers lui, surprise de le voir ici alors qu’il devrait être dans le bus pour rentrer chez lui. Je ne pus m’empêcher de remarquer qu’il était légèrement essoufflé.

-Qu’est-ce que tu fais là ?

-Ça va ? Pendant la journée, tu semblais ailleurs. Tu avais une petite mine.

-Oh…

Bon sang, c’était parce que je prêtais trop attention aux paroles de Marc !

-C’est rien, la fatigue surement.

Un sourire quelque peu forcé accompagna mes paroles.

-Tu es sure ? Tu ne me caches rien ?

Il s’était rapproché. De six pas. Encore quelques centimètre et j’étais collée à lui.

-Gilles, tout le monde a des secrets et…

Voilà. Je pouvais à nouveau sentir son souffle sur mon visage, le caressant doucement. C’était comme si je revenais quelques semaines en arrière. Il posa sa main sur mon front. J’eus aussitôt du mal à respirer, comme si quelque chose comprimaient mes poumons. Je le repoussai vivement.

-Hé, qu’est-ce qu’il y a ? S’étonna-il.

-Toi, qu’est-ce que tu fais ? Articulai-je.

-Je vérifiai juste ta température, pour voir si tu n’étais pas malade.

-Tu n’étais pas obligé de te tenir aussi près.

Il passa machinalement sa main dans ses cheveux, ce geste me parut soudainement très… Je me frappai mentalement.

-Désolé, j’avais pas remarqué.

-Il vaut mieux que tu partes.

Il haussa les sourcils.

-Ah ? T’en as marre de moi ?

Ces mots me firent réagir plus vivement que nécessaire.

-Non, pas du tout, mais ton bus…

-Ça fait rien, de toute façon, je l’ai déjà raté.

Comme en écho à ses paroles, le bus passa devant nous.

-Mais tu aurais pu l’avoir ! Maintenant, tu dois attendre encore vingt minutes !

En prenant conscience que c’était à cause de moi, je sentis mes joues rougir et essayai de les dissimuler sous mon écharpe. Je ne sais pas comment Gilles prit mon comportement, mais il dit d’une voix irritée :

-Je voulais juste savoir comment tu allais, j’ignorais que ça te déplairait autant. Visiblement, c’était pas la peine.

Il tourna les talons et il me sembla que si je ne dissipais pas ce malentendu, je le regretterais amèrement.

Je le retins par la manche de sa veste, ce qui le prit par surprise.

-Non, écoute, tu te trompes, je suis désolée, ça me fait super plaisir que tu t’inquiètes pour moi, ouhla, j’ai l’air trop égoïste en disant ça, mais voilà, ça me touche, c’est…c’est vraiment sympa, alors ne sois pas fâché…

Son rire cristallin retentit, son sourire adoucissant ses traits à mon plus grand soulagement. Il me prit la ma         in et son contact tiède diffusa une chaleur agréable dans toutes les parcelles de mon corps.

-Ça va, pas besoin de te justifier autant. T’es vraiment marrante comme fille.

-Hé, je te permets pas de te moquer de moi !

En réalité, j’étais plus qu’heureuse que tout soit arrangé. Il jeta un coup d’œil à sa montre.

-Bon, même s’il reste quand même pas mal de temps, je vais rejoindre l’arrêt.

-Okay, allons-y !

-Te fatigue pas, vaut mieux que tu rentres chez toi.

-Non, j’attendrais avec toi.

Son regard me déstabilisa et je me crus obligée de me justifier.

-Ma sœur invite ses copines et j’ai pas envie de les entendre piailler sur les petits collégiens et tout le tralala…

-Si tu y tiens tant.

Malgré le fait que je sois heureuse de passer encore un peu de temps avec lui, ce sentiment de malaise qui ne cessait de s’amplifier occupait une majeure partie de mon esprit, pour mon plus grand désarroi.

***

Le soir, j’appelai Becca pour lui proposer de sortir samedi. C’était la dernière étape. Je lui donnerais rendez-vous au parc, et Gilles l’attendrait avec son cadeau, seul, et lui déclarerait sa flamme.

-Oh, j’y pense, ce sera la Saint-Valentin ! Constata-elle. Une soirée entre célibataires, quoi de plus fun ?

Il y eut un court silence et elle me posa une question, sur un ton qui donnait l’impression que cette dernière lui brûlait les lèvres depuis longtemps.

-Dis-moi, Sash’…qu’est-ce que tu penses de Gilles ?

-Oh, euh, euh…et toi ?

-Toi d’abord !

Une multitude de réponses s’étaient bousculés en moi et il y en avait eu tellement que je n’avais pas remarqué qu’aucun n’était sorti de mes lèvres.

-Il est vraiment…charmant.

-Charmant ? Pouffa Becca. On dirait une mère qui commente le petit ami de sa fille !

Je l’approuvai intérieurement. C’était la première fois que j’utilisais ce terme et il me semblait vraiment inapproprié pour désigner Gilles. Je tentai de me rattraper, confuse :

-Ce que je veux dire, c’est qu’il est génial, c’est un super ami en qui on peut avoir confiance et…et…

‘’Ce serait vraiment cool d’être sa petite amie’’. Ses mots se bloquèrent dans ma gorge.

-Et ?

-Et…et c’est vraiment cool. Et toi ?

-Eh bien, bien qu’il soit un peu distant, je suis d’accord avec toi, c’est quelqu’un sur qui on peut compter. Je comprends pourquoi il a autant de succès, ce n’est pas seulement grâce à son beau visage. Ça se voit qu’il peut être attentionné, il ferait un parfait petit ami !

Mon cœur se serra, ce qui m’agaça.

-Désolée, Becca, je vais aller jeter les poubelles. A demain !

Sans attendre sa réponse, je raccrochai et descendis. Je me mis à transporter trois sacs poubelles en même temps, tellement remplis que les pots de confiture menaçaient de tomber. C’est ce qui arriva. Malheureusement, avec mes bras occupés, je ne trouvais pas d’issue pour pouvoir les reprendre. Si je reposais les sacs, le contenu allait se renverser.

Mes pensées se bousculaient pour résoudre ce ridicule problème lorsqu’une fille vint vers moi.

-T’as besoin d’aide ?

Ses yeux verts brillaient dans la pénombre, comme ceux d’un chat. Elle n’attendit pas la réponse et se pencha pour ramasser les pots avant de les remettre dans le sac.

-Merci, dis-je avec soulagement, essayant de mettre la main sur son prénom. Ah, t’es Aly, c’est ça ? Je suis ta voisine, Sasha !

-Oui, je te reconnais, dit-elle avec un sourire. Donne un des sacs, je vais t’aider.

J’acceptai avec enthousiasme. Après avoir tout débarrassé, nous fîmes le chemin ensemble.

-Tu n’es pas au lycée Barbusse ? Demandai-je.

-Non, je suis à celui qui est opposé au tien.

Son téléphone sonna.

-Raf ? Samedi ? Okay, pas de problème. Tu passes me rendre.

Lorsqu’elle raccrocha, ma curiosité me poussa à l’interroger :

-C’était ton copain ?

-Raf ?

Son regard se fit étrange.

-Non, c’est un ami…en quelque sorte.

-Et tu ne t’es pas dit que ça pourrait changer ? Que tu pourrais le considérer plus que ça ?

Brusquement, je pris conscience que je parlais en partie à moi-même. Que toutes ces questions reflétaient mon propre hésitation, envers mes sentiments pour Gilles. Alors ça pourrait être vrai ? Réellement vrai ? En tentant de rapprocher Becca de lui, j’étais également tombée amoureuse de lui ? Mon dieu…c’était complètement dément !

-Dis, Aly…je crois que je suis…amoureuse.

-Euh, d’accord…

Je perçus clairement son malaise et m’expliquai :

-Pardon de me confier ainsi, alors qu’on se connait à peine et que le seul truc qu’on ait fait ensemble, c’est jeter les poubelles, mais je pense que j’ai besoin d’un point de vue féminin. Je voulais rapprocher Gilles et Becca, car il est amoureux d’elle et il me l’a demandé, donc ça marche, ils sont devenus supers amis, et samedi, à la Saint-Valentin, il va lui demander de sortir avec lui, mais maintenant, je me rends compte que j’ai peut-être des sentiments pour lui, non, maintenant que je le dis à haute voix, j’en suis certaine, je suis à la fois heureuse et inquiète, mais…

Je repris mon souffle, ne trouvant plus quoi dire. Je levai les yeux vers Aly. Elle ne semblait pas intriguée par cette folle qui venait de raconter sa vie, mais plutôt désolée.

-En résumé, tu es amoureuse du garçon qui aime ton amie.

-Dite comme ça, j’ai l’air d’être une vraie sorcière, mais oui…

-Tu n’as pas de raisons de t’en vouloir. Je suis navrée, je ne connais strictement rien à l’amour, tu es mal tombée avec moi…mais le peu que je sais, c’est qu’on peut pas être en tort quand on aime quelqu’un. Donc te traite pas de sorcière.

J’esquissai un faible sourire.

-Merci. Tu m’as permis de voir un peu plus clair.

-Ça m’étonne, en dehors des poubelles, j’ai rien fait pour t’aider.

-Si, t’inquiètes. Je déciderai de la suite moi-même.

En réalité, je savais déjà ce que j’allais faire. C’était une évidence. Je ne voyais pas d’autres options.

-Désolée de t’avoir embêtée avec mon histoire.

-Ça ne me dérange pas. Et concernant tes questions, je n’ai jamais songé à considérer Rafael autrement. C’est plutôt compliqué, dit-elle avec un rire indéchiffrable. Bon, j’y vais. Ça a été un plaisir de discuter avec toi, j’ai pas l’habitude de parler avec les autres, je suis, disons, une asociale.

-On remet ça quand tu veux ! Enfin, je parle pas des poubelles, mais du fait qu’on discute ensemble !

***

Depuis que la mission avait commencé, j’avais toujours eu ce sentiment d’impatience, l’impatience de voir mes deux amis ensemble. Et maintenant que le jour tant attendu était arrivé, mes sentiments m’empêchaient d’être heureuse pour eux. Pourtant, je refusais de me mettre en eux, ça ressemblait à un crime pour moi ! Comme si je jouais le rôle de la belle-mère qui veut séparer le…le loup et…ah, non, la paysanne…oh, bref !

Le samedi matin, en me levant, je me sentis faible, comme si tout mon énergie vital m’avait quitté et mon cerveau me criait de rester au lit, de dormir jusqu’au lendemain. Je m’obligeai à effectuer cent pompes et j’allai ensuite mieux.

Mon téléphone sonna et mon cœur bondit lorsque le nom de Gilles s’afficha.

-Ou…i ?

Bon sang, je devais me calmer ! Inspirer, expirer, inspirer, expirer… ces exercices ne servirent à rien quand j’entendis la voix de Gilles, qui fit vibrer tout mon corps. Maintenant que je savais que je l’aimais, difficile de réagir normalement.

-Salut Sash’. Rien n’a changé, on fait comme on a dit ?

-Oui, t’es sûr que tu veux pas que je sois à proximité de toi, tout à l’heure ? Tu risques pas de tomber dans les pommes au moment fatal ?

-C’est ça, moque-toi de moi. Je t’avoue quand même que je stresse.

-T’en fais pas, je suis sure que tout se passera bien ! Elle m’a fait pas mal de compliments sur toi, hier soir !

-Cool.

Un silence gêné s’installa entre nous, et dura deux bonnes minutes. Je pouvais entendre sa respiration à travers le combiné, et elle me sembla être la plus belle mélodie que j’aie entendue. Je me fis violence pour me reprendre, et m’apprêtai à le quitter quand il reprit subitement :

-Et, je voudrais te remercier pour ton aide. T’es la fille la plus géniale que j’ai rencontré, y’en a pas deux comme toi.

-Haha, arrête, euh, t’exagères ! Je dois te laisser, mon…chat m’appelle, à plus !

Il fallut du temps pour que mon cœur retrouve son rythme cardiaque habituel. Si Becca était dans cet état, à chaque fois qu’elle tombe amoureuse, je me demandais par quel miracle elle était encore vivante !

***

Après le déjeuner, je n’arrivais pas à tenir en place, à la maison. Je décidai donc de sortir, en évitant soigneusement de ne pas me diriger vers le parc. Je regardai ma montre. 13h51. Je me demandai qui arriverait le premier. Surement Gilles. Ou Becca. Ou Gilles. Je trouvai un banc et tentai de m’asseoir, mais quelques secondes plus tard, je me retrouvai à poursuivre mon chemin. Je passai devant Casino et décidai de m’acheter une boisson. 13h56.  Je me demandai ce qu’ils feraient ensuite. L’emmènerait-il à la salle d’arcade ? Je doutais que Becca apprécierait. Je voulus envoyer un message à Gilles pour le prévenir mais me ravisai. De un, je pouvais les déranger s’ils étaient déjà ensemble et de deux, Gilles était assez intelligent pour trouver un endroit plus…romantique.

Je vidai ma première cannette d’une traite. Une voiture passa, la musique ‘’Ma Ya Hi’’ à fond. Je chantonnai jusqu’à ce que je ne perçus plus la mélodie. 14h 08. Huit minutes étaient passés depuis l’heure du rendez-vous, et je me demandais plus que jamais si c’était fait. S’il s’était déjà déclaré. Je les imaginai ensemble, main dans la main, un air serein et épanoui sur leur visage. Devrais-je les laisser plus d’intimité au lycée ? Est-ce qu’il l’avait embrassé ? Arriverais-je à étouffer mes sentiments ? Je secouai la tête. Il ne servirait à rien de laisser ce genre de questions me tarauder l’esprit.

Je m’installai dans une aire de jeux, sur le toboggan.

14h10. J’ouvris la deuxième canette et la levai vers le ciel.

-A Gilles et Becca ! A leur bonh…

La sonnerie de mon portable m’interrompit. Gilles ? A peine ai-je décroché que sa voix forte retentit à travers le combiné.

-Bon sang, t’es où ?

-Sur un toboggan, mais…

-Où exactement ? Insista-il.

-L’aire de jeux, vers le Casino…

-Bouge pas, m’ordonna-il avant de raccrocher.

Alors là, j’étais plus qu’intriguée par son comportement. Et Becca ? Ça n’avait pas fonctionné ? Si ? Me cherchaient-ils pour m’annoncer la bonne nouvelle ? Oui, certainement. Je fis les cent pas en les attendant. J’étais heureuse pour eux, mais je devais également éviter de tout lâcher et tout gâcher. Je réfléchis à ce que je devrais dire pour paraître crédible.

-Félicitations, mais ne vous précipitez pas trop ! Non, c’est trop ringard. Bravo, mais faites en sorte de ne pas m’oublier ! Non, j’ai l’air trop égoïste A quand les bébés ? Rhaa, mais Sasha, t’as aucune originalité ! Vous allez vraiment bien ensemble ! C’est un début.

-Maman, la fille elle parle toute seule.

Un enfant pas plus de cinq ans me montrait du doigt. J’entendis à peine sa mère lui dire que c’était malpoli de parler des handicapés ainsi. Toute mon attention était dirigée vers la silhouette essoufflée derrière eux.

-Je ne sais pas ce que tu es en train de faire et je ne veux pas le savoir. J’étais passé chez toi, mais ta soeur m’a dit que tu étais sortie. Et ferme ta bouche, tu vas finir par gober une mouche.

-Mais…Becca ?

Je remarquai la boîte de chocolats à sa main.

-Oh non, me dis pas que…

-Si, dit Gilles. Elle m’a rejeté. Elle veut pas de moi, je suis trop nul pour elle.

-Mais…alors c’est quoi ce sourire qui éclaire ton visage ?

Il ne répondit pas, se contentant de s’approcher de moi, de plus en plus…jusqu’à m’obliger à reculer. Ses yeux brillaient, ce qui rendit la situation encore plus incompréhensible.

-Vous sortez ensemble, mais elle a refusé les chocos ? Oh non, elle fait encore un régime c’est pas vrai.

-Non. T’es pas douée pour deviner.

-Ben explique-moi al…

Ma voix se bloqua quand il prit un de mes mèches pour jouer avec, son regard toujours fixé dans le mien. Je finis par le détourner, mais il prit mon menton pour m’obliger à le regarder, lui, son visage rayonnant de mille éclats… Je me dégageai.

-Arr…arrête de jouer, et explique-moi !

-T’es la personne la moins perspicace. Becca m’avait prévenu. Je ne suis pas amoureux d’elle.

-Quoi ?

-Et je ne l’ai jamais été. J’ai menti.

A ces mots, je sentis la colère gronder en moi. Je tentai de le frapper, mais il bloqua mon poing, légèrement surpris.

-Hé, attends un peu avant de vouloir me tuer. Becca est au courant. Depuis le début.

-C’est quoi ce charabia ?

-Alors tu ne nous as pas vus ? Ou alors tu as oublié.

Je m’apprêtai à répliquer mais ses paroles firent tilt dans ma tête. Je me souvins alors pourquoi il m’avait semblé l’avoir déjà vu quelque part. Peu avant qu’il vienne vers moi me demander de l’aide, en cherchant Becca, j’avais vu mon amie discuter avec lui.  Mais la voir discuter avec des garçons était un spectacle si fréquent que je n’y faisais plus attention.

-Mais alors, vous vous connaissiez déjà !

-Tout juste. Becca avait peur que tu te doutes de quelque chose après avoir vu ça, mais visiblement t’avais complètement oublié. Bref, avec ton air paumé, faut vraiment que je t’explique.  J’ai jamais eu l’intention de sortir avec Becca et, le jour où tu nous as vus, je l’avais demandé un service.

-Lequel ?

-De me rapprocher d’une certaine personne. Becca a accepté et, pour paraître plus crédible, j’avais demandé à cette personne de m’arranger un coup avec son amie, pour qu’elle ne se doute de rien. Et elle y a vu que du feu. Elle pensait qu’elle réussissait à me caser avec Becca sans que sa pote ne se doute de rien, alors qu’elle est la pire menteuse du monde. Par exemple, une fois, elle nous a laissés seule en prétextant qu’elle devait rendre un livre au CDI, alors que tout le monde sait qu’elle a déjà mal à la tête après n’avoir lu que trois pages. Bref, c’était vraiment marrant. Et pendant ce temps, j’ai pu me rapprocher d’elle, grâce à la sortie que Becca a proposée. Je me suis beaucoup plus amusé que je ne m’y étais attendu. Les moments passés avec elle ont été les plus beaux de ma vie.

Le monde autour de nous semblait avoir disparu. Les cris des enfants paraissaient provenir d’un univers parallèle. Il n’y avait plus que le regard sérieux et intense de Gilles qui me rattachait encore à la réalité. Et encore, n’était-ce pas un rêve ?

Le silence devait avoir duré plus longtemps que prévu car Gilles m’interpella :

-Dis-moi au moins si tu comprends ou pas.

- Oui…enfin non…enfin si…enfin je pense…enfin je pige pas…

-Bon, tu l’auras voulu.

Mon cerveau éclata lorsque ses lèvres se posèrent sur les miennes, avec une telle force que j’oubliai de respirer. Il m’avait attiré à lui, je sentais tout contre moi, sa chaleur, son corps, dur, ferme… J’ignorais combien de temps dura ce baiser, trop occupée à prier pour que mon cœur ne lâche pas. Lorsqu’il s’écarta, le temps reprit peu à peu son cours, les puzzles du paysage se rassemblèrent lentement. Ma tête me tournai encore légèrement.

-Mais…pourquoi moi ? Bégayai-je.

-Je te voyais souvent gambader dans les couloirs, discutant avec tout le monde, comme une gamine.  Et sans m’en rendre compte, j’avais commencé à t’observer, à attendre impatiemment à chaque pause que tu apparaisses. Et puis, voilà, Marc a remarqué mon intérêt pour toi et comme il connaissait Becca et que c’est un fouineur, il m’a proposé de me rapprocher de toi par l’intermédiaire d’elle.

-Wow…

-C’est tout ce que ça te fait ?

-Mais, c’est…wow, c’est…enfin c’est dingue de…savoir que quelqu’un soit aussi intéressé par toi… Mais…tu…m’aimes parce que je suis enfantine ?

-Ouhla, dis comme ça, on pourrait mal t’interpréter ! Je pense que j’étais plutôt attiré par ton caractère enjoué, ta simplicité.

-Mais t’es bizarre, avec toutes ces jolies filles qui te tournent autour, tu…

-Ecoute, l’amour, c’est pas sur commandes, un jour, j’ai trouvé que t’étais la fille la plus mignonne du monde, c’est tout. Et, arrête de rougir, ajouta-il en détournant les yeux.

Je vis ses joues rosir, ce qui me fit fondre intérieurement. S’il s’agissait d’un rêve, alors il fallait que j’en profite à fond ! Sans m’en rendre compte, j’avais pris sa main.

-Gilles, je…moi aussi, je trouve que t’es le garçon le plus mignon de l’univers !

Il me regarda avec des yeux exorbités. Je m’attendais à ce qu’il disparaisse, que je me retrouve seule, au beau milieu d’alien en détresse, mais il se contenta d’éclater de rire.

Il passa ses bras autour de ma nuque.

-Dois-je le prendre comme une déclaration ?

Je souris à mon tour.

-A condition que tu me donnes les chocos !

-A condition que tu me donnes un baiser.

-A condition que…oh et puis zut, t’as gagné !

***

Plus tard, je remarquai que Becca m’avait envoyé un message à 14h12.

‘’T’as intérêt à dire oui ou je te renie, ma fille ! De mon côté, je vais peut-être donner une nouvelle chance à Florian <3’’

Je serrai la main de Gilles dans la mienne, profitant de sa chaleur. J’inspirai pour rassembler mon courage et me pinçai le bras.

-Qu’est-ce que tu fiches ?

Rien n’avait changé. Le bonheur était resté intact. J’étais plus heureuse qu’il y avait trois secondes.

-Je t’aime, Gilles !

Il me rendit mon sourire et déclara tendrement :

-Dinguo, va…

Fin

Voilà, j’espère que vous avez apprécié cette petite histoire! A présent, veuillez m’excuser mais il est temps pour moi de partir à Lidl car…QUI DIT ST VALENTIN DIT CHOCOLAT!!!

Bisous à tous et à bientôt!

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DEGAGE!!

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